Blog FARM http://www.fondation-farm.org/ Blog FARM fr Faut-il subventionner l’assurance agricole ? Le 18 octobre dernier, nous avons participé, comme discutant, au petit-déjeuner-débat organisé par la fondation FARM autour du professeur Peter Hazell, co-auteur d’un rapport intitulé « When and how should agricultural insurance be subsidized? Issues and good practices » (« Quand et comment subventionner l’assurance agricole. Enjeux et bonnes pratiques ») (voir la présentation de Peter Hazell). Au niveau mondial, on estime que les gouvernements dépensent au moins 20 milliards de dollars par an pour subventionner les primes d’assurance agricole. Pourtant, presqu’aucune étude n’a été menée pour évaluer l’impact de ces subventions. On ne sait donc pas grand-chose de l’utilité de ces dépenses publiques, alors même que les montants en jeu ne cessent d’augmenter, aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents.


Si l’efficacité des subventions reste à démontrer, on sait en revanche que l’assurance a un impact positif sur les agriculteurs couverts. Le J-PAL a publié un bilan des études d’impact menées sur le sujet. En Inde, en Chine ou au Mali, les agriculteurs assurés adoptent des stratégies plus risquées offrant de meilleurs rendements. Ils sélectionnent de nouvelles variétés de semences, cultivent plus de terre et on constate dans certains cas une augmentation significative de la production. Ces éléments semblent converger pour démontrer que le risque est le principal frein à l’investissement, peut-être plus que l’accès au crédit. Ce dont les agriculteurs les plus vulnérables ont besoin, c’est de confiance.

Du point de vue des Etats, l’assurance a une vertu essentielle, comparée à d’autres instruments de gestion des risques : elle établit une forme de discipline budgétaire. En effet, il est extrêmement difficile pour des gouvernements de maintenir des fonds de réserve pour répondre aux crises agricoles et aux catastrophes naturelles. L’argent manque toujours, et les besoins immédiats abondent. Lorsqu’un sinistre se produit (sécheresse, inondation, ouragan…), les gouvernements des pays en développement sont bien souvent dans l’incapacité de faire face à la catastrophe et n’ont d’autre recours que de faire appel à l’aide internationale. Or, on sait aujourd’hui que la rapidité de la réponse est déterminante, et que plus elle tarde, plus le coût de l’aide aux populations est élevé.

On peut alors se poser la question de qui doit s’assurer ? Les petits agriculteurs ou les pouvoirs publics? Il arrive en effet que les Etats s’assurent eux-mêmes. En cas de sinistre, l’indemnisation est alors utilisée pour financer la réponse à la crise. C’est par exemple le cas de l’African Risk Capacity, qui est un pool multi-pays de mutualisation des risques, réassuré sur les marchés internationaux. L’avantage de ce type d’instrument est qu’il permet de couvrir rapidement un grand nombre de personnes, notamment les plus vulnérables. Pour les assureurs et réassureurs, c’est la possibilité d’obtenir une taille de marché suffisante. Néanmoins, ce type de programme ne permet pas de bénéficier de tous les impacts positifs ex-ante qu’offre l’assurance au niveau individuel : sécurisation de l’investissement, adoption de nouvelles technologies, gains de productivité… Il faut donc poser la question de l’articulation entre les niveaux macro et micro, pour éviter que l’un ne se fasse au détriment de l’autre.

On voit apparaître depuis quelques années le concept de « risk layering » (voir notamment ici, ici et là). Un risque fréquent et de faible intensité doit pouvoir être supporté par l’agriculteur. Les risques plus importants, à même de mettre en danger la pérennité de l’exploitation, doivent pouvoir être transférés sur les marchés assurantiels. Enfin, pour les risques les plus extrêmes et systémiques qui pourraient fragiliser assureurs et réassureurs, les gouvernements peuvent intervenir en tant que réassureur en dernier recours. Cette approche par « tranche » de risque, dans laquelle les niveaux de risque sont portés par différents acteurs et différents instruments, semble à même de stabiliser les revenus des agriculteurs comme les dépenses des Etats.

Enfin, il faut garder en tête que le marché de l’assurance agricole évolue, il s’agit d’un secteur qui innove énormément. Des risques ou des publics qui n’étaient pas considérés comme assurables le deviennent, grâce à l’arrivée des produits indiciels, du big data. La distribution est également bouleversée, sous les effets de la digitalisation et du mobile. On peut attendre de ces innovations qu’elles favorisent un meilleur accès à l’assurance agricole et à des produits qui répondent mieux aux besoins des agriculteurs. Les gouvernements ont clairement un rôle à jouer dans cette transformation. Les subventions de primes sont un outil, mais il y a aussi des besoins en recherche et développement, en investissement dans les données… Des politiques publiques volontaristes sont donc nécessaires pour soutenir le développement des marchés de l’assurance agricole et améliorer la résilience des agriculteurs face aux risques naturels et climatiques. 

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Tous entrepreneurs ! Mais où sont les travailleurs ? La solution miracle

Les chiffres sont maintenant bien connus : d’ici à 2030, 375 millions de jeunes seront en âge de travailler en Afrique sub-saharienne. Pour la majorité d'entre eux, leurs moyens de subsistance dépendront principalement de l'économie rurale. Pour faire face à la colossale génération d'activité que suggèrent ces dynamiques démographiques, l'entreprenariat est devenu le leitmotiv de nombreux programmes et projets de bailleurs de fonds et d'ONG, ainsi que des politiques publiques. Sur fond d’afro-optimisme ambiant porté par la forte croissance des années 2000 et par la multiplication de success-stories surmédiatisées, l’entreprenariat comme « solution à l’emploi des jeunes » est finalement rarement critiqué. Compte tenu des chiffres rappelés plus haut, il est pourtant essentiel de nuancer les attentes irréalistes suscitées par cet imaginaire où des millions de jeunes ruraux constitueraient une myriade d'entrepreneurs indépendants dans les campagnes africaines. Tous les jeunes ne deviendront pas entrepreneurs, la majorité d’entre eux cumulera différents statuts de travailleur où les relations de dépendance économique et de subordination seront dominantes.


La dépendance familiale

Au-delà des mots-clés habituellement utilisés pour définir l'entreprenariat – tels que « exploiter les opportunités du marché », « innover » ou « prendre des risques » – un entrepreneur est tout d’abord un individu qui engage son propre capital (ou celui d’investisseurs) pour générer de l'activité tout en contribuant plus ou moins au travail lié au processus direct de production. En considérant cette définition, entreprendre n’est pas une chose nouvelle dans les campagnes d’Afrique sub-sahariennes. En effet, c’est le propre de la majorité des structures de production en milieu rural, essentiellement familiales, que de générer leur propre activité, qu’elle soit agricole ou non-agricole, en investissant leur capital et leur propre travail. D’ailleurs, sous l’effet de contraintes diverses, ces dernières n’ont pas d’autres choix que d’innover et de prendre des risques pour assurer leurs besoins.

Mais tel qu'il est généralement promu, l’entreprenariat semble largement ignorer les structures sociales au sein desquelles les jeunes ruraux naissent puis grandissent ; c’est-à-dire les familles. Avant de pouvoir « entreprendre », les jeunes sont avant tout des travailleurs familiaux dont les choix individuels dépendent des familles au sein desquelles ils grandissent. Etre travailleur familial est une forme de subordination aux aînés – même s'il ne peut pas être considéré comme une forme de salariat étant donné que le capital et la terre sont le plus souvent transmis à ces travailleurs. Certes, la jeunesse du continent n’a jamais été aussi éduquée et ouverte sur le monde, ce qui contribue sûrement à accroître leur capacité de transformation des structures familiales. En effet, la jeunesse est précisément une période d'évolution des dépendances économiques, sociales et culturelles, où les jeunes sont en mesure de faire évoluer les règles régissant le fonctionnement des familles, en particulier pour l'accès aux ressources telles que la terre et le capital. Néanmoins, n'appréhender la jeunesse que du point de vue de sa capacité à transformer, innover, saisir les opportunités – le propre des approches strictement centrées sur l’entreprenariat – génère des visions erronées des réalités sociales. La plupart du temps, la famille, et plus particulièrement le chef de famille, reste l'organe principal qui donne accès aux ressources et décide de la répartition des revenus issus de l’activité familiale. Enfin, en raison de l’absence de système de sécurité sociale, les travailleurs familiaux ont aussi la charge des personnes inactives de la famille, plus ou moins élargie.

Le salariat « silencieux »

Pour des raisons méthodologiques et idéologiques, le salariat informel n’est pas comptabilisé dans les statistiques officielles du travail (telles que les Labour Force Survey du Bureau international du travail, BIT). Pourtant, cette forme de travail est présente en Afrique rurale et parfois vitale pour certaines familles, comme l'ont prouvé de nombreux chercheurs[1]. Outre le salariat au sein de grandes exploitations agricoles à salariés, les processus de différenciation sociale liés aux formes de concurrence existantes entre les ménages pour l’accès aux ressources génèrent également des mouvements importants de travailleurs entre ménages. En effet, certains ménages disposent de suffisamment de terre et de capital pour que l'activité agricole (ou non agricole) génère des revenus suffisants pour répondre à leurs besoins de production et de reproduction. Mais pour d’autres familles, l’activité propre ne suffit pas à assurer les besoins et il leur est nécessaire de vendre leur force de travail pour assurer leur reproduction. Ce type de salariat « silencieux » ne fait pas la une des journaux mais il est pourtant quantitativement massif. Par choix ou par défaut, les jeunes ruraux s’engageront dans le salariat, cumulé ou non avec un travail familial ou une activité en auto-emploi. En effet, le salariat peut être un moyen d’accéder au capital en s’affranchissant de certaines règles familiales liées à son accès ; cela afin de subvenir directement à ses besoins ou d’initier sa propre activité. En outre, dans certaines régions où les processus d’héritage familial sont remis en question en raison du manque de terre ou du faible capital à transmettre, les jeunes n’ont d’autres moyens que de trouver une activité salariée pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur jeune ménage.

Au-delà de l’entreprenariat

Renforcée par un contexte où la pensée néolibérale continue de dominer les théories du développement, la focalisation des débats sur l’entreprenariat confisque toute discussion sur les mécanismes de protection sociale à élaborer pour répondre au défi de l’emploi en Afrique sub-saharienne. Plus largement, ce sont les réflexions sur la constitution d’Etats providence garantissant un niveau minimum de bien-être à l’ensemble de la population à travers un système étendu de protection sociale (vieillesse, invalidité, chômage, maternité, charges de famille, éducation) qui sont évitées. Pourtant, les liens entre politiques de protection sociale et progrès économique ont été démontrés[2]. Moins de 10 % des populations sub-sahariennes ont actuellement accès à ces dispositifs qui sont réservés aux travailleurs du secteur formel[3]. Ainsi, dans des contextes où prédominent l’économie informelle, les structures familiales jouent un rôle central pour assurer la reproduction des travailleurs, qu’ils soient familiaux ou salariés (en assurant les soins de santé et la prise en charge des inactifs notamment). L’attention mise sur l’entreprenariat semble être une façon de permettre à l’Etat de se désengager – ou de ne pas s’engager –  de certaines de ses fonctions sociales. Pourtant, comme discuté précédemment, puisque la majorité des jeunes ne deviendra pas entrepreneur, ne devrait-on pas reconnaître la faiblesse institutionnelle des travailleurs, familiaux ou salariés, et organiser des droits et des dispositifs qui leur donnent un pouvoir pour répondre à la domination structurelle de donneurs d’ordre ? En outre, libérer les structures familiales de certaines dépenses sociales ne leur permettrait-elles pas d’accroître leur propre capacité d’investissement et donc de génération d’activité et d’emploi ? Bien que l’ampleur de l’économie informelle et le financement de tels dispositifs demeurent des enjeux majeurs dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne, les politiques de protection sociale ne devraient pas être l’apanage des pays riches et méritent de faire partie du débat sur l’emploi des jeunes ruraux.

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Au Sénégal, des solutions existent contre la désertification Au Sénégal, à l’instar des autres pays d’Afrique de l’Ouest, ce sont les activités agricoles qui font vivre les populations rurales. Mais le phénomène de désertification, c’est-à-dire de « dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs », selon la définition de l’ONU, met en péril depuis plus de quarante ans la survie du secteur agricole et des écosystèmes, avec des conséquences humaines et environnementales catastrophiques. Le Sénégal est l’un des pays d’Afrique de l’Ouest le plus affecté par la désertification ; il représente donc une bonne étude de cas pour tenter de mieux appréhender les causes, notamment environnementales et démographiques, de ce phénomène et comprendre comment une association de développement rural, IRRIGASC, peut fournir des solutions durables.

L’impact de la sécheresse

L’Afrique de l’Ouest a connu depuis 1970 plusieurs cycles de sécheresse. Ceux-ci se manifestent notamment par un raccourcissement de l’unique saison des pluies, qui dure en moyenne moins de quatre mois, de juillet à septembre. Au Sénégal, cela a conduit à un déplacement des isohyètes[1] vers le sud du pays, avec des conséquences négatives  pour la vallée du fleuve Sénégal (zone la plus impactée à la frontière nord du pays), dont la moyenne pluviométrique, qui variait entre 200 et 400 mm par an de 1940 à 1970, est passée sous la barre des 200 mm à partir de 1969[2]. D’une part, cette diminution de la pluie a entraîné une sécheresse hydrologique, laissant la zone avec des nappes d’eau douce restreintes. D’autre part, la montée du niveau de l’eau de mer a grandement contribué à la salinisation des nappes phréatiques[3].

Face à la réduction de la quantité d’eau douce disponible, les agriculteurs doivent mieux gérer leurs ressources. Dans la vallée du fleuve, les riverains sont habitués à arroser par tranchée ou grâce à des canaux, mais ils sont maintenant confrontés à l’assèchement de leurs canaux pendant les semaines qui précèdent la saison des pluies. Sans moyens pour stocker l’eau et optimiser l’irrigation, ils sont nombreux à perdre une grande partie voire même la totalité de leurs cultures. Ceux qui n’ont pas accès aux canaux utilisent généralement des puits de surface, de moins de 15 mètres de profondeur, faute de budget et de moyens pour faire des forages plus profonds. Ces puits de surface demandent une gestion minutieuse : en effet, une consommation trop importante mène à l’assèchement de la nappe exploitée, remplacée souvent par une eau salée.

Au niveau des sols, la vallée du fleuve bénéficiait auparavant de la crue du fleuve laissant place à une couche superficielle argileuse ayant la caractéristique d’absorber l’eau et de retenir l’humidité. Cependant, la crue a diminué et la nature des précipitations, qui sont courtes et intenses, catalyse le phénomène d’érosion hydrique par ruissellement. Cette couche superficielle argileuse se retrouve donc perturbée et déplacée par les mouvements d’eau et souffre également d’une érosion éolienne avec la force des vents sahariens (l’harmattan et l’alizé) qui la remplacent par un dépôt de sable. La terre sableuse retient malheureusement très mal l’eau et les fertilisants, encore une difficulté pour les agriculteurs.

Il est reconnu que les formations ligneuses permettent de faire barrière au vent et de réduire ainsi l’érosion éolienne des sols. De plus, elles permettent de faire barrage aux ruissellements et de diminuer l’érosion hydrique. Mais les formations ligneuses continuent de régresser d’environ 80 000 ha par an sur l’ensemble du pays, notamment à cause de la destruction des forêts par l’homme pour la récolte de bois et la production de charbon.

Une transition démographique très lente

Un deuxième facteur essentiel de désertification est d’ordre démographique.

Les pays d’Afrique de l’Ouest connaissent un taux de natalité par femme toujours très élevé (37,2 ‰) pour un taux de mortalité en forte régression (7,7 ‰), notamment dans le monde rural. A l’inverse des pays du Maghreb et des pays du sud de l’Afrique, la transition démographique n’a pas eu lieu, la forte croissance démographique couplée à une faible activité économique et à la diminution des terres agricoles cultivables a accentué la paupérisation de la jeunesse rurale et son exode vers les villes.

Même si les facteurs culturels et religieux sont indéniables, on peut attribuer cette persistance du taux de natalité très élevé à des facteurs économiques.Les enfants aident la famille par le travail de la terre ou les revenus qu'ils tirent de leurs petits métiers en ville. De plus, la prise en charge des parents âgés est faite par leurs enfants (le système de retraite est insignifiant ou inexistant dans la plupart des pays d'Afrique de l’Ouest). Plus il y a d'enfants, plus la charge d'aide aux parents est répartie. Dans leur grande majorité, les politiques gouvernementales volontaristes pour une instruction obligatoire et une meilleure autonomisation des femmes, notamment vis-à-vis de la natalité, sont défaillantes ou inopérantes.

Une solution : la plantation arboricole familiale

Il y a eu quelques projets de reforestation au Sénégal, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal dans les années 1980-90. Cependant un rapportde 2005[4] sur les résultats de ces projets montre non seulement que leur taux réel d’exécution est souvent bien inférieur aux objectifs définis.

Peut-être faut-il alors repenser notre vision des programmes de reforestation ? Au lieu de les concevoir comme des entités mal intégrées à la communauté locale, ces programmes doivent bénéficier en priorité aux populations. C’est en tout cas la vision de l’association IRRIGASC qui a choisi d’allier le développement économique et rural à des objectifs de reforestation. L’association aide des agriculteurs locaux à démarrer leur exploitation fruitière de manguiers et d’anacardiers avec des formations, un appui matériel et un appui technique sur trois ans.

En vingt ans, l’association a aidé plus de 2 500 agriculteurs à implanter leur verger de manguiers et d’anacardiers, plantant un total de 220 000 arbres. Depuis 2013, l’association assure un taux de survie des arbres de plus de 70 % pour tous ses programmes, même dans la vallée du fleuve Sénégal. Chaque plantation est l’équivalent d’une petite exploitation individuelle, qui selon les cas correspond à la création d’un emploi et demi en moyenne, soit 4 200 emplois en 25 ans ! Sachant que la durée de vie moyenne d’un manguier et d’un anacardier est de 60 ans, ce sont plus de 50 années de revenus assurés.

Le succès du programme est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, le concept IRRIGASC a été développé depuis 1992 autour d’une innovation technologique, la gaine IRRIGASC[5], et une méthodologie de mise en œuvre et d’accompagnement de l’agriculteur. Cette gaine permet d’économiser jusqu’à vingt fois moins d’eau, comparée à une irrigation traditionnelle, et contribue à renforcer l’arbre. C’est une gaine d’irrigation de goutte à goutte en profondeur qui permet d’éviter l’évaporation de l’eau au moment de l’arrosage et de guider les racines le plus rapidement possible vers les couches plus humides et fertiles du sol.

 

Deuxièmement, la participation est entièrement volontaire et se fait dans le respect de la propriété des parcelles des populations locales. Avant de planter, IRRIGASC demande à l’autorité locale une attestation montrant que le bénéficiaire est propriétaire ou usufruitier de sa parcelle. Troisièmement, c’est l’agriculteur lui-même qui s’occupe de l’entretien de sa parcelle et qui reste l’unique bénéficiaire des fruits de son travail. Les plantations sont rentables.  Avec 100 arbres, l’agriculteur peut percevoir un revenu compris entre 500 000 et 1 500 000 francs CFA, soit entre une et trois fois le salaire minimum sénégalais, très supérieur aux revenus issus du maraîchage. Enfin, l’association fait un suivi rigoureux des plantations (sept visites d’accompagnement et de contrôle qualité pour chaque plantation sur trois ans, répertoriées et accessibles sur le site de l’association en temps réel). Au bout de trois ans, les manguiers et les anacardiers deviennent indépendants en eau, l’agriculteur et la plantation sont autonomes.  Il est donc possible de lutter contre l’avancée du désert, et de mettre en place des programmes de reboisement durables au Sahel, à la condition de mettre au cœur du projet la responsabilisation et la motivation économique des populations rurales.

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En Afrique, toujours plus de bouches à nourrir Ce qui frappe, dans les nouvelles projections de population mondiale publiées par l’Organisation des Nations unies (ONU) le 21 juin, c’est moins la forte croissance démographique prévue en Afrique, désormais largement anticipée, que sa révision continuelle à la hausse. En effet, depuis les projections publiées par l’ONU en 2012, le nombre d’Africains attendu en 2050 a été augmenté de 135 millions de personnes (6 %), soit l’équivalent de deux fois la population française actuelle.
La transition démographique, c’est-à-dire la baisse de la fécondité, est certes bien engagée dans cette région, puisqu’elle est tombée de 5,1 naissances par femme à 4,7 au cours de la période 2010-2015. Mais son rythme a été nettement surestimé. On peut bien sûr se demander s’il l’est encore1.

Selon les dernières statistiques, la population africaine devrait doubler entre 2017 et 2050, à 2,53 milliards de personnes. Elle représenterait alors 26 % du nombre total d’habitants, contre 17 % aujourd’hui. Pour l’agriculture, les enjeux liés à ce boom démographique sont considérables.


Le premier défi est bien sûr celui de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Pour ne pas dépendre excessivement des importations, le continent africain devra accroître fortement sa production agricole. Entre 2017 et 2050, il y aura en Afrique 1,27 milliard de bouches supplémentaires à nourrir. Entre 1984 et 2017, l’augmentation a été de 536 millions. La production alimentaire doit donc non seulement s’accroître, mais croître plus vite, d’autant plus que la progression de la demande de produits animaux nécessite une forte hausse de la production d’aliments du bétail et que l'urbanisation rapide crée de nouveaux besoins. En outre, il faudra aller au-delà de l’expansion de la production agricole pour pallier les carences nutritionnelles des catégories les plus vulnérables, en particulier les enfants2.

Le second enjeu est la capacité des filières agroalimentaires à créer des emplois. Plus de 40 % de la population africaine est âgée de moins de 14 ans, contre 24 % en Asie et 16 % en Europe. Le flot de jeunes arrivant sur le marché du travail va s’amplifier. La population agricole vieillit et doit se renouveler. Mais il est douteux qu’elle puisse employer davantage de bras, dans des conditions de travail décentes, alors que, globalement, elle souffre déjà d’un excédent de main-d’œuvre. Les industries et les services d’amont et d’aval de la production agricole offrent en revanche de formidables opportunités, à condition bien sûr que les jeunes soient suffisamment formés et que les créateurs d’entreprises trouvent un environnement politique et réglementaire favorable.

Le troisième défi est étroitement lié aux deux premiers. La faim et la pauvreté, conjuguées à d’autres facteurs (tensions ethniques et religieuses, concurrence pour l’accès aux ressources…) et dans un contexte général de grande fragilité des Etats, sont le terreau de l’insécurité. Les ruraux en quête d’un meilleur avenir, fût-il illusoire, partent vers la ville ou tentent d’émigrer ; d’autres se lancent dans des trafics ou s’enrôlent dans des groupes terroristes. Le Sahel est particulièrement touché, or les perspectives en matière de démographie et d’impact potentiel du changement climatique (avec notamment un risque accru de sécheresse) y sont alarmantes. Alors que la population de l’Afrique subsaharienne devrait être multipliée par 2,1 d’ici à 2050, elle le serait par 2,3 au Tchad et 2,4 au Mali, pays déchirés par des conflits armés (tableau).

Perspectives démographiques dans quelques pays d’Afrique (en millions d’habitants)

  2017 2050 Coefficient de multiplication

Afrique, total

Afrique du Nord 3

Afrique subsaharienne

Mali

Mauritanie

Niger

Nigeria

République centrafricaine

République démocratique du Congo

Tchad

Soudan

Soudan du Sud

1 256,3

192,5

1 063,8

18,5

4,4

21,5

190,9

4,7

81,3

14,9

40,5

12,6
2 527,6

278,5

2 249,1

44,0

9,0

68,5

264,1

8,9

197,4

33,6

80,4

25,4
2,01

1,45

2,11

2,37

2,02

3,19

1,38

1,90

2,43

2,26

1,98

2,02
Source : World Population Prospects. The 2017 Revision, United Nations, 2017

L’une des situations les plus inquiétantes est celle du Niger, crédité par l’ONU de l’un des plus faibles indices de développement humain et confronté à une menace terroriste multiforme (al-Qaida au Maghreb islamique, Ansar Dine, Boko Haram). Dans les 33 prochaines années, la population nigérienne pourrait plus que tripler (x 3,2), dépassant 68 millions d’habitants, soit à peu près la population actuelle de la France. Certes, la superficie du Niger est environ deux fois et demie celle de l'Hexagone mais, ainsi que le notait Serge Michailof dans un ouvrage récent4, « comme moins de 8 % de sa superficie bénéficient d’une pluviométrie supérieure à 400 mm (rendant possible la pratique de l’agriculture), c’est finalement plus de 85 % de la population qui vit sur les 20 % du territoire les plus au sud. Dans ces régions, la densité de population varie entre 60 et plus de 100 habitants au km², atteignant même 150 dans certains arrondissements. Compte tenu de l’irrégularité des pluies, de la qualité très inégale des sols, des techniques culturales extensives actuelles et de la pénurie de terres irriguées, ce type de densité pose problème ». Et l’auteur de relever que le ratio des terres arables disponibles par actif agricole, au Niger, a été divisé par 2,4 entre 1980 et 2010, évolution observée dans la plupart des autres pays africains. Constat inquiétant, car il n'y aura pas de réduction massive de la pauvreté sans accroissement des revenus agricoles.

Les chiffres de l’ONU plantent ainsi le décor des immenses défis que doit relever l’Afrique, avec l’appui de la communauté internationale. Et de l’urgence de politiques de développement plus efficaces, privilégiant l’amélioration des conditions de vie des ruraux, conjuguées à des stratégies ambitieuses de maîtrise de la natalité, comme l'a reconnu récemment la CEDEAO.

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Pour une agriculture productive et résiliente : l’agroforesterie Dans le Pays Dogon, au Mali, il se passe quelque chose de merveilleux : dans une douzaine de villages au nord de Koro, aux confins du Sahara, il y a assez à manger, malgré la sécheresse qui affecte la région. 

Les fermiers dogons, en renouvelant une méthode agricole ancestrale, ont engrangé une réserve suffisante pour passer la saison sèche.

Leurs voisins n’ont pas cette chance. En effet, sur cette terre aride qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge, la malnutrition fait rage, tandis que la famine s’abat sur les plus pauvres, depuis la Somalie et le Kenya, à l’Est, jusqu’au Mali, à l’Ouest. Ce n’est pas la sécheresse qui menace les 250 millions de fermiers qui habitent ces terres. Ils la connaissent bien, pour la subir régulièrement. Ce qui arrive est bien pire, bien plus effrayant : ce sont les sols qui sont en train de mourir.

Lessivés de toute matière organique, cuits par un soleil qui ne leur offre aucun répit, les sols du Sahel deviennent durs comme du béton. Les pluies, quand elles arrivent, ne pénètrent plus. C’est la raison essentielle pour laquelle périclitent des fermes et qui engendre une forte dépendance à l’aide alimentaire pour plusieurs millions de personnes. Des millions d’autres sont forcées de prendre la route de l’exil – vers le Sud, vers la pluie ; vers le Nord ; ou encore vers l’Europe. 

Chaque année, les sols perdent encore du peu de fertilité qu’il leur reste : de 10 à 15 % par an. Si rien n’est fait, d’ici quelques années, l’Afrique devra faire face à des famines monstrueuses, mettant en danger la vie de dizaines de millions de personnes.

Agir est non seulement urgent mais possible, et les fermiers dogons nous montrent la voie à suivre.

Des centaines de milliers de fermiers africains, partout dans les zones arides, redécouvrent une agriculture que l’on croyait révolue, celle de leurs ancêtres. Cette agriculture résistante aux aléas du climat et adaptée à l’Afrique se répand pour une raison simple : elle permet, à un coût dérisoire, de retrouver une productivité suffisante pour donner aux paysans l’assurance que des investissements supplémentaires seront porteurs.




C’est une agriculture qu’on a aussi connue dans le Nord, en Europe. Une agriculture antérieure à la séduction du diesel, des machines et des intrants artificiels. Une agriculture qui exploite les sources locales de fertilité : les déjections animales, les feuilles des arbres, la rotation des cultures, l’utilisation abondante de légumineuses.

Cette agriculture-là ne ressemble guère aux grandes surfaces arables qui incarnent, pour nombre d’entre nous, le summum de la modernité. Elle n’est pas austère mais exubérante, pas monoculturale mais multiforme. Surtout, surtout, elle est affaire de mélanges – mélanges de cultures, d’arbres et de bétail en tous genres.

En Europe, bénéficiant d’un climat tempéré qui marie harmonieusement ensoleillement et pluie tout au long des saisons, nous avons pu nous permettre d’arracher nos haies et nos arbres, d’abandonner des siècles d’expérience et de miser sur la mécanisation et les intrants. Traiter le sol comme un support neutre ne nous a coûté, semble-t-il, que de l’argent et la destruction de nos paysages ruraux. Les rendements, eux, ont tellement augmenté que ce prix nous semble dérisoire !

Mais en Afrique, ce prix est rendu inabordable par le climat. Prenez le Sahel de ces paysans dogons : une seule saison des pluies de quelques semaines, suivie de dix mois de chaleur et de sécheresse. Dans ces conditions, une agriculture industrielle ne peut se réaliser qu’à grands renfort d’irrigation – une solution hors de prix pour la vaste majorité des agriculteurs.

Pourtant, de Maradi à Zinder, du Sénégal à l’Ethiopie, des paysans arrivent à produire, bon an mal an, quelques tonnes de sorgho, de millet ou de teff par hectare dans ces conditions délétères. Ils n’ont pas de machines, pas de pompes, souvent même pas d’animaux de trait. Mais ils ont des alliés de poids : leurs arbres.

Qu’ils soient régénérés naturellement (la majorité des cas) ou plantés, ces arbres poussant à même les champs apportent ce dont les cultures ont besoin. Leurs profondes racines vont chercher des nutriments dans le sol, qui retombent à la surface avec la chute des feuilles. Celles-ci, en se minéralisant, libèrent ces nutriments pour les cultures et rechargent les sols en carbone organique. Beaucoup d’arbres, comme par exemple les acacias, si communs dans la région, sont des légumineuses qui apportent de l’azote aux cultures. Ces mêmes racines permettent à la pluie de pénétrer les sols, rechargeant ainsi les nappes phréatiques. L’ombre des arbres protège les cultures et le bétail des chaleurs du milieu de journée, augmentant leur productivité. Leur présence ralentit les vents, diminuant ainsi l’érosion des sols et l’évapotranspiration des cultures. Les arbres offrent aussi des bénéfices plus directs : fourrage pour le bétail, bois de chauffe et d’œuvre, miel, fruits, noix et produits médicinaux.

C’est bien simple : sans les arbres, ces terres deviennent des déserts. Avec eux, elles redeviennent de grandes surfaces agricoles productives.

Partout dans le Sahel, des paysans innovent avec leurs arbres. Les Dogons des environs de Koro les taillent en forme de cônes inversés, garantissant ainsi une ombre constante aux cultures. Certains taillent une partie des arbres, pour faciliter l’accès du bétail au fourrage. D’autres rajoutent des arbres fruitiers à proximité immédiate de leur habitation pour varier les repas et améliorer la nutrition des enfants.

Ces techniques, connues sous le nom d’agroforesterie, sont millénaires (le figuier, première plante domestiquée il y a déjà 11 000 ans, est une espèce agroforestière typique). Mais elles sont aussi parmi les plus modernes. Des centaines de chercheurs, pour beaucoup affiliés au Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF), les explorent depuis des décennies. Leurs conclusions, publiées dans des milliers d’articles, sont sans appel : l’agroforesterie, c’est le futur. Mais aussi : l’agroforesterie, c’est délicat.

Comme l’exemple des Dogons le montre, des combinaisons somme toute simples – acacias plus céréales – donnent déjà de fameux résultats. Mais des combinaisons beaucoup plus complexes, comme celles trouvées dans les fermes à damar, sur l’île de Sumatra, en Indonésie, donnent des résultats encore plus mirobolants : plus de résilience, de productivité, de revenus. Pourquoi ? Que faire pour diffuser de tels systèmes? Comment les standardiser, les adapter à la mécanisation ? Ces questions-là, nous commençons à peine à y trouver réponse. Et pourtant, le travail déjà fait est immense : l’ICRAF dispose d’une librairie génétique de milliers d’espèces d’arbres, a déjà séquencé des douzaines d’espèces tropicales et développe une variété d’outils de vulgarisation prometteuse.

Et pourtant, l’agroforesterie ne se répand que lentement dans les paysages africains. Les causes de ce phénomène sont connues. Il s’agit parfois de problèmes d’ordre réglementaire : personne n’investira dans des arbres sans garantie d’en profiter. Dans d’autres cas, le problème est culturel : « ça, c’est l’agriculture de mon grand-père. Moi, je veux être un fermier moderne ! ».

Mais le plus souvent, la barrière est l’ignorance. Toute forme d’agroforesterie demande un savoir théorique (sur la compétition entre arbres et cultures, par exemple) et pratique (quels arbres choisir ? pour quoi faire ? comment les régénérer ou les planter ? comment les élaguer et les soigner ?), rarement présent dans une campagne où les arbres on disparu. C’est un savoir complexe, qui devrait être diffusé par des systèmes de vulgarisation agricole performants. Mais ceux-ci sont rares : les dispositifs mis en œuvre par le secteur public souffrent de sous-investissement ; en outre, comme ceux du secteur privé, ils sont focalisés sur des conseils agronomiques axés sur des solutions coûteuses, tels que les intrants ou l’irrigation.

L’agroforesterie demande une vulgarisation vigoureuse et approfondie. Et c’est évidemment là que le bât blesse. Ce n’est pas seulement que les cours d’agroforesterie sont rares dans les collèges agricoles ou que les services publics de conseil rural sont pauvres: c’est que les filières agroindustrielles n’y trouvent pas leur compte. Comment valoriser un conseil agroforestier, quand votre business model est axé sur la vente d’intrants ?

Pour se répandre, les options qui intègrent des arbres dépendent donc surtout de donateurs qui, de leur côté, ont parfois du mal à croire qu’une solution au rapport coût-bénéfice si exceptionnel puisse être la clé du développement rural à grande échelle.

Pourtant, son futur semble radieux. Les grandes puissances agricoles misent toutes de plus en plus sur l’incorporation des arbres. Du Brésil à la Chine, des centaines de milliers d’hectares de céréales et de soja sont cultivés sous des rangées d’arbres. Après avoir longtemps pénalisé les paysans qui avaient la témérité d’avoir des arbres sur leurs parcelles, la politique agricole commune de l’Union européenne les subventionne aujourd’hui. L’Inde à été le premier pays au monde à se doter d’une politique agroforestière nationale, lancée par son Président (excusez du peu). Et de la FAO à la Banque mondiale, la conclusion se répand que développement rural soutenu et soutenable passe le plus souvent par l’inclusion des arbres.

Il s’agit maintenant de combiner ces grandes déclarations de principe avec un support concret sur le terrain.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=agroforest 2017-06-26 text/htmlfr
Il faut conforter la production européenne de biocarburants qui ne menace ni l'environnement ni la sécurité alimentaire L’Union européenne s’est fixé des objectifs ambitieux en matière d’énergie et de climat à l’horizon 2030 : une part minimale de 27 % d’énergie renouvelable dans sa consommation finale d’énergie et une réduction de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à celles de 1990. Ce dernier objectif correspond à l’engagement pris par l’UE dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat (COP 21) entré en vigueur à l’automne 2016.

Fin novembre 2016, la Commission européenne a présenté le paquet réglementaire « Energie propre en 2030 », soit son projet de feuille de route européenne pour la période 2020-2030 en matière d’énergie et de climat. Cet ensemble de textes doit désormais être examiné puis discuté avec le Conseil et le Parlement européens. Y figure notamment la proposition de « directive énergie renouvelable II » qui établit spécifiquement le cadre réglementaire en matière d’énergie renouvelable pour la période 2020-2030, notamment pour le secteur des transports.

Ce secteur représente 20,8 % (hors aviation et transport maritime) du total des émissions de GES de l’Union européenne en 2014 (28,5 % en France) et devra participer significativement à l’objectif de réduction de GES pour 2030 pour maintenir un équilibre des efforts entre chacun des secteurs, notamment pour l’agriculture qui ne peut compenser les autres secteurs. On pouvait donc s’attendre à une proposition volontariste de la Commission européenne dans ce secteur.

Or, il n’en est rien. La Commission européenne a présenté un texte dénué d’ambition qui propose de :

  • réduire la part minimale d’énergie renouvelable dans les transports en 2030 par rapport à ce qu’elle sera en 2020, 
  • réduire drastiquement la contribution des biocarburants conventionnels au bouquet énergétique des transports, sans arguments fondés,
  • tout miser sur un fort développement des biocarburants avancés aux maturités technologique, logistique et économique incertaines à ce jour.
Au-delà du manque d’ambition dont elle fait preuve, la proposition de la Commission n’est pas compréhensible à plusieurs égards.

En premier lieu, elle est imprégnée d’un dogmatisme radical à l’encontre des biocarburants conventionnels que rien ne justifie. Qui peut encore considérer que cette bioénergie serait responsable d’une hausse significative des prix agricoles au regard des cours actuels des céréales, des oléagineux ou du sucre ? Comment peut-on dire sérieusement que la production européenne de bioéthanol et de biodiesel menace la sécurité alimentaire mondiale ? 

Quant à la question complexe des changements indirects d’affectation des sols (CASI, ou ILUC en anglais) induits par les biocarburants issus de cultures alimentaires et la prise en compte en terme d’émissions de gaz à effet de serre, elle a déjà donné lieu à un débat européen de près de trois ans à l’issue duquel un compromis politique a été trouvé : la directive dite « CASI » adoptée en 2015 en introduit un plafonnement à 7 % de la contribution de ces biocarburants à l’objectif de 10 % d’énergie renouvelables dans les transports en 2020. 

Ce compromis peut être considéré comme un point d’équilibre entre l’application du principe de précaution et les nombreuses incertitudes scientifiques qui caractérisent l’estimation de ce phénomène.

En l’absence de nouveaux éléments marquants en la matière, on peut donc se demander pourquoi la Commission revient sur ce compromis laborieux en proposant une baisse drastique de la contribution maximale des biocarburants de première génération de 7 % en 2020 à 3,8 % en 2030, et à quel titre elle entend imposer à chaque Etat membre la conduite à tenir en matière de biocarburants conventionnels dès lors que leur plafonnement ne comporte aucune obligation de recourir à cette solution.

En second lieu, la proposition de la Commission donne un dramatique signal d’incertitude et même de désinvestissement de la bioéconomie qu’elle a pourtant contribuée à lancer avec la Directive biocarburants de 2003.

En effet, la majeure partie des biocarburants de première génération consommés en Europe est  issue de sa propre agriculture, innovante, qui produit plus et mieux, dans le cadre d’une politique agricole commune (PAC) prenant en compte la protection des sols, la biodiversité, les enjeux agronomiques et environnementaux. Les filières biocarburants contribuent ainsi à la sécurité alimentaire et aux préoccupations environnementales, participent à la décarbonation du secteur des transports routiers, accroissent l’indépendance énergétique de l’Europe, améliorent l’indépendance protéique de l’élevage européen en réduisant la part des tourteaux de soja importés et répondent aux nouvelles demandes en matériaux biosourcés dans le cadre d’une bioéconomie créatrice d’emplois et d’activité économique dans les territoires ruraux.

Les développements intervenus au cours des dernières années n’ont eu ni de conséquences significatives sur les équilibres de productions au sein du secteur agricole, ni d’impact déterminant sur les coûts d’approvisionnement alimentaire. Par ailleurs, les enquêtes  montrent un soutien très majoritaire des citoyens européens aux politiques en faveur des biocarburants.

Enfin, les filières européennes de biocarburants de première génération représentent aujourd’hui 16 milliards d’euros d’investissements et 220 000 emplois attachés, directs et indirects, dans l’agriculture, l’industrie et les services.

Dès lors, pourquoi provoquer à dessein l’attrition de ces jeunes filières au moment où la compétitivité économique des biocarburants devient optimale (investissements initiaux amortis en grande partie) et leur bilan environnemental  optimisé (investissements dans des sources d’énergie renouvelables telle que chaudière à biomasse ou géothermie, optimisation des procédés industriels) ?

Dans ces conditions, il est bien illusoire de croire que les acteurs de ces filières investiraient dans la production de biocarburants avancés qu’ils sont pourtant les mieux à même de développer. La proposition de la Commission européenne en matière d’énergie renouvelable dans les transports doit être revue en profondeur par le Parlement et le Conseil européen, afin notamment de fixer dans ce secteur un objectif obligatoire d’au moins 15 % d’énergie renouvelable par Etat membre d’ici 2030 et de maintenir une contribution possible de 7 % des biocarburants de première génération, s’ajoutant à la trajectoire des biocarburants avancés pour atteindre ce plafond. Ce n’est pas en cédant à certaines attaques démagogiques contre le bioéthanol et le biodiesel européens qu’on luttera efficacement contre l’insécurité alimentaire et le dérèglement climatique.    

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=prod-bio 2017-06-13 text/htmlfr
Agriculture et sécurité alimentaire : la France entre commerce<br> et développement La France se distingue dans le monde par son ouverture, son respect des diff&eacute;rences et sa sensibilit&eacute; aux enjeux de d&eacute;veloppement par-del&agrave; les fronti&egrave;res hexagonales. Le rang de la France dans les relations internationales s&rsquo;explique pour beaucoup par cette capacit&eacute; &agrave; &eacute;couter les attentes de partenaires &eacute;trangers et &agrave; proposer des activit&eacute;s de coop&eacute;ration pour r&eacute;pondre &agrave; des besoins concrets qui concernent l&rsquo;am&eacute;lioration des conditions de vie des populations. Si ce rang est assur&eacute;ment mis au d&eacute;fi par l&rsquo;&eacute;mergence de nouvelles puissances, cela ne signifie pas pour autant que le r&ocirc;le de la France s&rsquo;&eacute;tiole irr&eacute;versiblement et que notre pays ne serait plus en mesure de jouer sa propre partition dans les affaires strat&eacute;giques internationales.



L&rsquo;agriculture, maillon-cl&eacute; d&rsquo;une strat&eacute;gie s&eacute;curitaire globale

Incontestablement, notre pays n&rsquo;a pas les moyens de tout faire. Il a &eacute;galement besoin de retrouver une certaine &laquo;lisibilit&eacute;&raquo; &agrave; l&rsquo;international, en adoptant une strat&eacute;gie coh&eacute;rente avec ses valeurs, ses int&eacute;r&ecirc;ts et ses potentialit&eacute;s. Une telle clarification devient n&eacute;cessaire pour que plusieurs axes politiques se compl&egrave;tent et se confortent mutuellement. Cela implique d&rsquo;accepter de choisir, ou du moins de prioriser, les secteurs d&rsquo;activit&eacute; et les zones g&eacute;ographiques dans lesquels l&rsquo;action de la France s&rsquo;av&egrave;re appropri&eacute;e. L&rsquo;agriculture se situe au c&oelig;ur de ce double d&eacute;bat portant &agrave; la fois sur la souverainet&eacute; nationale et le r&ocirc;le de la France dans certaines r&eacute;gions du monde. Activit&eacute; essentielle &agrave; la vie des &ecirc;tres humains, qui entretiennent quotidiennement un rapport &eacute;troit et privil&eacute;gi&eacute; &agrave; la nourriture, l&rsquo;agriculture constitue aussi l&rsquo;un des piliers de notre &eacute;conomie et l&rsquo;un des marqueurs de nos territoires. Bien que l&rsquo;urbanisation de la population et que la tertiarisation des emplois se poursuivent, l&rsquo;agriculture et l&rsquo;agroalimentaire repr&eacute;sentent ensemble le premier secteur &eacute;conomique fran&ccedil;ais, ce qui correspond &agrave; pr&egrave;s de 3,5 millions d&rsquo;emplois directs et indirects, 3 &agrave; 4 % du PIB et 60&nbsp;milliards d&rsquo;exportations en moyenne chaque ann&eacute;e.

Il s&rsquo;agit aussi, &agrave; travers ces secteurs, de la question &ocirc; combien d&eacute;terminante de la vitalit&eacute; des territoires ruraux ou p&eacute;riurbains. C&rsquo;est souvent l&rsquo;agriculture et le tissu d&rsquo;entreprises structurant les fili&egrave;res (production, transport, transformation, distribution, etc.) qui g&eacute;n&egrave;rent de la croissance et cr&eacute;ent de l&rsquo;emploi dans ces territoires dits &laquo;&nbsp;p&eacute;riph&eacute;riques &raquo; alors qu&rsquo;ils sont au contraire &eacute;minemment strat&eacute;giques ! Nourrissant les populations et les villes, assurant l&rsquo;entretien des paysages, cultivant la diversit&eacute; agricole de la France, ces acteurs agricoles et ces territoires ruraux sont parties prenantes des enjeux relatifs &agrave; la souverainet&eacute; nationale et &eacute;conomique.

La fili&egrave;re agro-alimentaire, un enjeu national

Comment notre pays pourrait-il envisager de construire son avenir en tournant le dos &agrave; ses mondes agricoles et ruraux ? Moins d&rsquo;agriculture demain, c&rsquo;est potentiellement moins de s&eacute;curit&eacute; dans notre pays. Il faut donc &agrave; la fois pr&eacute;server une politique agricole ambitieuse mais &eacute;galement redonner de la confiance aux acteurs de ce secteur qui souffrent parfois d&rsquo;un sentiment d&rsquo;abandon ou de m&eacute;pris de la part de certaines franges de la soci&eacute;t&eacute;. Alors qu&rsquo;ils ne cessent d&rsquo;adapter leurs pratiques pour r&eacute;pondre aux exigences des transformations environnementales, les agriculteurs ne sont pas toujours reconnus &agrave; la hauteur des missions qu&rsquo;on leur assigne. Or, rien n&rsquo;est possible en agriculture sans un v&eacute;ritable contrat de confiance entre les pouvoirs publics, la population et ses agriculteurs. Entreprises &agrave; part enti&egrave;re, les exploitations agricoles peuvent-elles avancer &agrave; reculons ? &Eacute;l&eacute;ments structurants de notre s&eacute;curit&eacute; nationale, les fili&egrave;res agro-alimentaires ne m&eacute;riteraient-elles pas davantage de reconnaissance quand on s&rsquo;interroge sur les atouts de notre puissance ? L&rsquo;agriculture reste donc un enjeu national de premi&egrave;re importance. Elle constitue &eacute;galement un axe strat&eacute;gique pour l&rsquo;action de notre pays &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur. Et ce pour deux raisons qui sont compl&eacute;mentaires.

Premi&egrave;rement, le secteur agricole et agro-alimentaire g&eacute;n&egrave;re chaque ann&eacute;e des exc&eacute;dents commerciaux. Peu de familles de productions peuvent en dire autant en France. Gr&acirc;ce aux vins et spiritueux, aux c&eacute;r&eacute;ales, au sucre ou aux semences, sans oublier la myriade de produits de terroir qui viennent garnir le panier &agrave; l&rsquo;export, notre pays demeure l&rsquo;une des principales puissances agricoles de la plan&egrave;te. La taille de la France s&rsquo;amplifie sur un planisph&egrave;re quand le curseur est plac&eacute; sur le poids de l&rsquo;agriculture et des productions alimentaires.

L&rsquo;agriculture au service de la &laquo; diplomatie &eacute;conomique &raquo;

D&rsquo;o&ugrave; le deuxi&egrave;me point vis-&agrave;-vis de notre action ext&eacute;rieure permettant de r&eacute;pondre aux attentes de certaines r&eacute;gions du globe : en contribuant aux &eacute;quilibres alimentaires mondiaux, la France assure une responsabilit&eacute; en mati&egrave;re de paix et de stabilit&eacute;. Beaucoup de pays, notamment en M&eacute;diterran&eacute;e et en Afrique, souffrent de d&eacute;ficits agricoles chroniques ou en croissance, que catalysent la pression d&eacute;mographique, les changements climatiques et les instabilit&eacute;s g&eacute;opolitiques. Ce commerce avec la France en mati&egrave;re alimentaire doit &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute; objectivement. D&rsquo;autant plus que par-del&agrave; les &eacute;changes, notre pays, au niveau des pouvoirs publics, des collectivit&eacute;s, des associations ou des entreprises, participe aux dynamiques de d&eacute;veloppement local pour accompagner la recherche, la formation, l&rsquo;organisation de fili&egrave;re ou l&rsquo;am&eacute;lioration logistique.

Cet assemblage entre commerce et d&eacute;veloppement repr&eacute;sente d&rsquo;ailleurs un trait sp&eacute;cifique dans l&rsquo;action de la France. S&rsquo;il n&rsquo;est pas parfait et peut &eacute;videmment &ecirc;tre optimis&eacute;, cet assemblage est strat&eacute;gique pour promouvoir notre diplomatie &eacute;conomique. Il trouve sa plus forte pertinence dans notre coop&eacute;ration avec la M&eacute;diterran&eacute;e et l&rsquo;Afrique. L&rsquo;agriculture et l&rsquo;agro-alimentaire offrent en effet l&rsquo;illustration idoine d&rsquo;un secteur favorable &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie fran&ccedil;aise et &agrave; nos int&eacute;r&ecirc;ts nationaux tout en &eacute;tant essentiel &agrave; notre influence dans le monde. Nous sommes dans une p&eacute;riode marqu&eacute;e par le retour de logiques de puissance dans l&rsquo;&eacute;conomie pour asseoir des strat&eacute;gies g&eacute;opolitiques. Climat relativement stable, ressources naturelles, espaces et fa&ccedil;ades maritimes, savoir-faire capitalis&eacute;s dans le temps, structuration de la profession, innovations permanentes, coexistence de plusieurs mod&egrave;les de production, cadre de gouvernance porteur d&rsquo;avenirs : autant d&rsquo;atouts pour l&rsquo;agriculture en France, pour sa s&eacute;curit&eacute; nationale et la contribution de notre pays aux &eacute;quilibres alimentaires mondiaux.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3334 2017-05-15 text/htmlfr
Pour vaincre la faim, ne pas laisser le marché agir seul ! Au fil des ans, l&rsquo;Afrique au sud du Sahara importe de plus en plus de produits alimentaires et en exporte de moins en moins. La situation est fort pr&eacute;occupante, surtout si l&rsquo;on se rend compte qu&rsquo;une partie importante du d&eacute;ficit est pay&eacute; par des exportations de mati&egrave;res premi&egrave;res (essentiellement du p&eacute;trole) qui ne seront pas forc&eacute;ment durables.

La cause primaire du ph&eacute;nom&egrave;ne est &eacute;videmment la croissance d&eacute;mographique, qui augmente le nombre de bouches &agrave; nourrir. Mais &eacute;videmment aussi, il faut incriminer la faiblesse de la production agricole qui ne suit pas la d&eacute;mographie. De fait, les rendements agricoles sont faibles et n&rsquo;augmentent pas, alors qu&rsquo;ils croissent plus vite que la population presque partout dans le monde.

Or une telle situation est d&rsquo;une absurdit&eacute; totale. Les conditions naturelles en Afrique sont exceptionnellement favorables &agrave; la production de &laquo; biomasse &raquo;. Par ailleurs, s&rsquo;il est un ph&eacute;nom&egrave;ne d&eacute;mographique qui se v&eacute;rifie partout dans le monde, c&rsquo;est bien le fait que la prosp&eacute;rit&eacute; - sp&eacute;cialement alimentaire - diminue la natalit&eacute; : un accroissement des rendements devrait donc am&eacute;liorer les choses par les deux bouts, &agrave; la fois en augmentant la production alimentaire et en diminuant la natalit&eacute; gr&acirc;ce &agrave; la prosp&eacute;rit&eacute; des populations rurales (celles o&ugrave; la d&eacute;mographie pose probl&egrave;me).&nbsp;

Mais pourquoi les rendements n&rsquo;augmentent ils pas en Afrique comme ailleurs ? L&rsquo;explication la plus simple (voire simpliste) est que les agriculteurs africains sont arri&eacute;r&eacute;s et trop mal inform&eacute;s pour profiter des bienfaits de la Science comme le font leurs confr&egrave;res europ&eacute;ens ou am&eacute;ricains... C&rsquo;est un peu court : en r&eacute;alit&eacute;, sur les moyens d&rsquo;augmenter les rendements, les paysans africains en savent bien plus que ne le croient les fonctionnaires internationaux. Mais ils n&rsquo;ont aucun int&eacute;r&ecirc;t &agrave; le faire. Pire : ils souhaiteraient le faire, mais ne le peuvent pas.

De fait, le principal obstacle &agrave; l&rsquo;utilisation des m&eacute;thodes modernes dans l&rsquo;agriculture africaine est le manque de capital : on peut bien savoir qu&rsquo;il faut irriguer, mettre des engrais et utiliser des semences s&eacute;lectionn&eacute;es, si l&rsquo;on manque d&rsquo;argent pour acheter ces ingr&eacute;dients, on sera contraint d&rsquo;utiliser les m&eacute;thodes traditionnelles. Or les agriculteurs africains, en g&eacute;n&eacute;ral, ont assez peu d&rsquo;argent, justement &agrave; cause de la faiblesse de leurs rendements...&nbsp;

Evidemment, ils pourraient emprunter. Cela devrait-&ecirc;tre d&rsquo;autant plus facile que, chez eux, la productivit&eacute; du capital est &eacute;norme, comme c&rsquo;est logique pour un facteur de production aussi rare. De fait, lorsqu&rsquo;on observe les transactions financi&egrave;res courantes dans les campagnes, les taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t sont &eacute;normes : un contrat &laquo; classique &raquo; consiste en ce que &laquo; je te pr&ecirc;te un sac de riz aujourd&rsquo;hui et tu m&rsquo;en rends deux dans trois mois &raquo;. C&rsquo;est l&agrave; un taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de plus de 600 %, de quoi faire saliver tous les banquiers de la terre, qui devraient supplier les Africains de leur demander des cr&eacute;dits &agrave; des taux pareils... Il est vrai que le contrat en question comporte une clause subsidiaire : &laquo; si tu ne peux pas me rendre mon sac cette ann&eacute;e, tu le feras l&rsquo;an prochain, ou m&ecirc;me dans deux ans &raquo;. Cela fait significativement baisser l&rsquo;esp&eacute;rance de taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, plus proche en r&eacute;alit&eacute; de 50 % que de 600 %. N&rsquo;importe : une rentabilit&eacute; de 50 % n&rsquo;est tout de m&ecirc;me pas courante et m&eacute;riterait un peu d&rsquo;attention de la part d&rsquo;un banquier soucieux de bonnes affaires.

Alors, pourquoi les banquiers ne pr&ecirc;tent-ils pas aux agriculteurs africains, ce qui permettrait d&rsquo;am&eacute;liorer les rendements pour le bonheur de tous ? C&rsquo;est que les banquiers sont prudents, et que la production agricole est risqu&eacute;e. Il y a en effet deux sortes de risque en agriculture.

Le premier est le risque de rendement : tout le monde le sait, on peut &ecirc;tre un excellent agriculteur et ne rien r&eacute;colter en cas de s&eacute;cheresse ou d&rsquo;&eacute;piphytie. Si je pr&ecirc;te de l&rsquo;argent &agrave; un agriculteur dans cette situation, il ne pourra pas me rembourser et je perdrai mon capital... Ce risque-l&agrave; est cependant moins grand qu&rsquo;il n&rsquo;en a l&rsquo;air, parce qu&rsquo;un agriculteur peut &ecirc;tre sinistr&eacute; sans que son voisin le soit. De ce fait, ce risque-l&agrave; est &laquo;&nbsp;assurable &raquo; : le banquier peut en effet perdre un peu de son capital, mais si sa client&egrave;le est tant soit peu diversifi&eacute;e g&eacute;ographiquement, ce ne sera jamais tout. De la sorte, avec des taux aussi &eacute;lev&eacute;s, il s&rsquo;y retrouvera quand m&ecirc;me. En outre, beaucoup de ces investissements auxquels peuvent penser les agriculteurs africains sont justement des r&eacute;ducteurs de risque : ainsi, une installation d&rsquo;irrigation permet de s&rsquo;affranchir du risque de s&eacute;cheresse. Enfin, des assurances indicielles contre les al&eacute;as climatiques, relativement peu co&ucirc;teuses pour les producteurs, se d&eacute;veloppent en Afrique. Le risque de rendement ne devrait donc pas &ecirc;tre un obstacle &agrave; la fourniture de cr&eacute;dit aux agriculteurs.

Mais il existe en agriculture un autre risque, autrement important m&ecirc;me (et surtout !) pour un banquier, c&rsquo;est le risque de prix (figure 1). Les prix bas, &agrave; un moment donn&eacute;, touchent tous les agriculteurs d&rsquo;une r&eacute;gion. Il en r&eacute;sulte que si le risque se mat&eacute;rialise, le banquier se trouvera bient&ocirc;t dans la m&ecirc;me situation que ses clients, en cessation de paiement. Or, ni les banquiers, ni les agriculteurs ne tiennent beaucoup &agrave; se trouver en cessation de paiement. Et la parade est toute trouv&eacute;e : on n&rsquo;emprunte pas, on ne pr&ecirc;te pas et les rendements n&rsquo;augmentent pas...

Figure 1
Sources&nbsp;: FAO - Nouvelles des march&eacute;s
Les prix de produits vivriers sont extr&ecirc;mement fluctuants et variables d&rsquo;un endroit &agrave; un autre.
Encore ces moyennes mensuelles sont-elles liss&eacute;es par rapport aux prix quotidiens&hellip;


Mais alors, pourquoi les prix varient-ils ainsi, cr&eacute;ant contre toute attente un cercle vicieux quand ils devraient efficacement informer les producteurs des d&eacute;sirs des consommateurs, et les consommateurs de la difficult&eacute; de produire, comme le stipule la th&eacute;orie &eacute;l&eacute;mentaire des prix enseign&eacute;e dans les facult&eacute;s d&rsquo;&eacute;conomie ?

C&rsquo;est que les prix agricoles ne sont pas comme les autres. La demande de produits alimentaires est rigide parce que les consommateurs se priveront de tout autre chose plut&ocirc;t que ne nourriture si les prix sont hauts. Inversement, ils n&rsquo;augmenteront pas leur consommation de nourriture s&rsquo;ils baissent. L&rsquo;offre, de son c&ocirc;t&eacute;, est &eacute;lastique parce que, contrairement &agrave; ce que croient les gens peu inform&eacute;s, les agriculteurs &laquo; r&eacute;pondent aux prix &raquo;, en augmentant leur production quand les prix sont hauts, en la diminuant quand ils sont bas. Mais cette r&eacute;ponse est lente, parce que les d&eacute;lais de production sont longs. De telles conditions, demande rigide, offre &eacute;lastique et longs d&eacute;lais de production sont exactement ce qu&rsquo;il faut pour que les prix fluctuent sans cesse dans un r&eacute;gime chaotique (le mot, ici, &eacute;tant employ&eacute; dans son sens math&eacute;matique, assez subtil, mais signifiant tout de m&ecirc;me un grand d&eacute;sordre). Pour cette raison, les prix agricoles sur un march&eacute; &laquo; libre &raquo; ne sont jamais &laquo; &agrave; l&rsquo;&eacute;quilibre &raquo;, toujours trop bas ou trop hauts, en tous cas &laquo; risqu&eacute;s &raquo;, comme on le voit sur n&rsquo;importe quelle s&eacute;rie chronologique un peu longue. Et ce ph&eacute;nom&egrave;ne emp&ecirc;che les prix de jouer le r&ocirc;le qui est le leur en bonne th&eacute;orie &eacute;conomique, parce que les producteurs sont sensibles non seulement &agrave; la moyenne des prix, mais encore &agrave; leur variabilit&eacute;.

Dans le cas africain, il y a un obstacle suppl&eacute;mentaire &agrave; l&rsquo;efficacit&eacute; des prix : les mauvaises infrastructures, qui allongent les d&eacute;lais entre le moment o&ugrave; l&rsquo;on re&ccedil;oit l&rsquo;information, et celui o&ugrave; la marchandise peut arriver sur le march&eacute;. J&rsquo;ai 15 kg de mil &agrave; vendre&nbsp;: je viens de recevoir l&rsquo;information que le prix est excellent sur le march&eacute; de la ville voisine &agrave; 20 km. Vais-je faire le voyage &agrave; pied avec cette charge sur la t&ecirc;te, quand je sais que dans la soir&eacute;e, quand j&rsquo;arriverai, le prix aura peut-&ecirc;tre chut&eacute; de moiti&eacute; ? Je reste chez moi, avec mon stock bien &agrave; l&rsquo;abri, en attendant une occasion de voyager de fa&ccedil;on plus confortable...

D&egrave;s lors, quels rem&egrave;des ? Beaucoup sont possibles, en particulier cr&eacute;er des routes ou des transports en commun comme on vient de le voir. Mais l&rsquo;essentiel avait &eacute;t&eacute; trouv&eacute; par les conseillers du pr&eacute;sident Roosevelt des Etats Unis dans les ann&eacute;es 1930 : il faut couper les liens entre l&rsquo;agriculture et le march&eacute; par des prix garantis et d&rsquo;autres mesures similaires. Dans tous les pays o&ugrave; de telles politiques ont &eacute;t&eacute; essay&eacute;es - y compris en Afrique, en particulier pour les &laquo; cultures d&rsquo;exportation &raquo; de type &laquo; colonial &raquo; - les mesures de ce type ont conduit &agrave; de spectaculaires augmentations de production, au point d&rsquo;engendrer une autre plaie, la &laquo; surproduction &raquo;.

Mais que vaut-il mieux : un peu de surproduction, ou la famine ?&nbsp;

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L'agriculture africaine n'a pas encore décollé Selon les derni&egrave;res donn&eacute;es du d&eacute;partement am&eacute;ricain de l&rsquo;Agriculture (USDA), le rythme de croissance de la valeur de la production agricole en Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, est rest&eacute; stable depuis dix ans, malgr&eacute; les engagements des chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement d&rsquo;investir davantage dans l&rsquo;agriculture. Plus inqui&eacute;tant, la hausse de la productivit&eacute; globale des facteurs, dans ce secteur, a fortement ralenti.&nbsp;



Le service de recherche &eacute;conomique de l&rsquo;USDA a r&eacute;cemment actualis&eacute; sa base de donn&eacute;es sur la productivit&eacute; internationale de l&rsquo;agriculture[1]. Cet outil est tr&egrave;s pr&eacute;cieux&nbsp;: il fournit, pour plus de 170 pays et les principales r&eacute;gions du monde, des statistiques historiques sur l&rsquo;&eacute;volution de la productivit&eacute; globale des facteurs (PGF) - indicateur cl&eacute; de l&rsquo;efficacit&eacute; de la production agricole[2] - et de ses principales composantes (surface exploit&eacute;e, nombre de personnes travaillant dans l&rsquo;agriculture, quantit&eacute; d&rsquo;intrants utilis&eacute;es, etc.). Les donn&eacute;es disponibles couvrent la p&eacute;riode 1961-2013.

Les chiffres de l&rsquo;USDA pour l&rsquo;Afrique subsaharienne[3] ne pr&ecirc;tent pas &agrave; l&rsquo;optimisme. La valeur de la production agricole a certes augment&eacute; de 38,5 % en dollars constants, entre les p&eacute;riodes 2001-03 et 2011-13, mais cette hausse est quasiment identique &agrave; celle observ&eacute;e entre 1991-93 et 2001-03. Ainsi, l&rsquo;engagement qu&rsquo;ont pris les chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement africains &agrave; Malabo, en 2003, de renforcer l&rsquo;investissement public dans l&rsquo;agriculture ne s&rsquo;est pas encore traduit par une acc&eacute;l&eacute;ration de la croissance du secteur. Il est vrai que sur la p&eacute;riode 2008-14, seuls 5 pays africains sur 54 avaient atteint l&rsquo;objectif de Maputo de consacrer au moins 10 % des d&eacute;penses publiques &agrave; l&rsquo;agriculture et au d&eacute;veloppement rural. &nbsp;&nbsp;

Selon nos calculs, la croissance de la productivit&eacute; du travail agricole, mesur&eacute;e par la valeur produite par adulte travaillant dans l&rsquo;agriculture, a l&eacute;g&egrave;rement fl&eacute;chi depuis dix ans&nbsp;: elle a atteint 9&nbsp;% entre 2001-03 et 2011-13 contre 10 % entre 1991-93 et 2001-03 (tableau). Deux &eacute;l&eacute;ments expliquent ce ralentissement&nbsp;: d&rsquo;une part, la hausse du rendement global par hectare s&rsquo;est tass&eacute;e, malgr&eacute; une modeste expansion des superficies irrigu&eacute;es&nbsp;; d&rsquo;autre part, la surface disponible par actif agricole a continu&eacute; de diminuer. En effet, depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, la surface exploit&eacute;e pour l&rsquo;agriculture, en Afrique subsaharienne, a progress&eacute; moins vite (+ 24 %) que la population active agricole (+ 27 %).

Estimation de la productivit&eacute; du travail agricole en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud)&nbsp;

&nbsp; Moyenne
1991-93&nbsp;
Moyenne
2001-03
Moyenne
2011-13
1. Valeur de la production agricole par hectare ($ 2004-06)&nbsp; &nbsp;524 &nbsp;599 &nbsp;671
2. Surface exploit&eacute;e par actif adulte agricole (ha) &nbsp;1,09 1,05 1,02
(2) x (1) = Productivit&eacute; du travail agricole ($ par actif adulte agricole) &nbsp;571 629 684

Source&nbsp;: calculs de l&rsquo;auteur d&rsquo;apr&egrave;s USDA


Mais l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment le plus pr&eacute;occupant est le ralentissement de la croissance de la productivit&eacute; globale des facteurs (PGF). Sur la p&eacute;riode 2004-13, la PGF dans l&rsquo;agriculture, en Afrique subsaharienne, a cr&ucirc; &agrave; un taux annuel moyen de 0,5 %, pr&egrave;s de trois fois moindre que celui enregistr&eacute; pendant la d&eacute;cennie pr&eacute;c&eacute;dente (1,3&nbsp;% entre 1992 et 2003) et nettement inf&eacute;rieur &agrave; celui observ&eacute; en Inde (2,5 %), en Chine (3,3 %) et dans les pays &agrave; revenu &eacute;lev&eacute; (1,7&nbsp;% en moyenne). Or la hausse de la productivit&eacute; est un d&eacute;terminant majeur de l&rsquo;&eacute;volution du revenu agricole. Il faudrait augmenter fortement la PGF agricole, en Afrique, pour sortir le continent de la pauvret&eacute; et r&eacute;duire les in&eacute;galit&eacute;s de revenu qui s&rsquo;amplifient entre les villes et les campagnes&nbsp;: rappelons que trois quarts des personnes vivant dans l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute;, au sud du Sahara, travaillent dans l&rsquo;agriculture. Pour d&eacute;coller, ce secteur a plus que jamais besoin de capitaux priv&eacute;s et de vigoureuses politiques publiques.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3305 2017-04-18 text/htmlfr
A la recherche du « bon niveau » de soutien à l’agriculture Selon un rapport r&eacute;cent du programme SAPAA de la FAO[1], les &laquo;&nbsp;d&eacute;penses publiques en soutien &agrave; l&rsquo;agriculture et l&rsquo;alimentation&nbsp;&raquo;, au S&eacute;n&eacute;gal, ont augment&eacute; d&rsquo;environ 75 % entre 2010 et 2015. Elles repr&eacute;sentaient 24 % du budget total du pays en 2015.

Cette performance est spectaculaire, mais elle ne nous dit rien sur l&rsquo;ad&eacute;quation entre le taux de d&eacute;penses publiques d&eacute;di&eacute; &agrave; l&rsquo;agriculture et les besoins r&eacute;els de soutien du secteur. Le niveau actuel des d&eacute;penses publiques en faveur de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;alimentation, au S&eacute;n&eacute;gal, est-il satisfaisant ou devrait-il encore augmenter&nbsp;?



Une premi&egrave;re r&eacute;ponse &agrave; cette question est donn&eacute;e par la comparaison avec l&rsquo;objectif de Maputo, fix&eacute; en 2003 par les chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement africains et repris dans la d&eacute;claration de Malabo en 2014. Cet objectif consiste &agrave; allouer au moins 10 % des budgets nationaux &agrave; &laquo;&nbsp;des politiques saines de d&eacute;veloppement agricole et rural&nbsp;&raquo;. Le S&eacute;n&eacute;gal fait partie du petit groupe de bons &eacute;l&egrave;ves qui respectent et m&ecirc;me d&eacute;passent largement le taux cible &eacute;tabli &agrave; Maputo.

Cependant, rel&egrave;vent les auteurs d&rsquo;une &eacute;tude publi&eacute;e conjointement par la Banque mondiale et l&rsquo;Agence fran&ccedil;aise de d&eacute;veloppement[2], cet objectif a &eacute;t&eacute; fix&eacute; de mani&egrave;re relativement arbitraire, en s&rsquo;inspirant du fait que les pays d&rsquo;Asie du Sud et de l&rsquo;Est qui ont connu leurs meilleures p&eacute;riodes de croissance agricole pendant la p&eacute;riode de la &laquo;&nbsp;R&eacute;volution verte&nbsp;&raquo;, dans les ann&eacute;es 1960-1970, affectaient en moyenne, &agrave; cette &eacute;poque, 10 % de leurs d&eacute;penses publiques totales &agrave; l&rsquo;agriculture. Dans les ann&eacute;es 1990, les pays d&rsquo;Afrique subsaharienne consacraient en moyenne seulement 6 % de leur budget &agrave; l&rsquo;agriculture. Les d&eacute;cideurs politiques ont donc consid&eacute;r&eacute; qu&rsquo;afficher un taux cible de 10 % cr&eacute;erait un &eacute;lan favorable et permettrait &agrave; l&rsquo;Afrique de faire d&eacute;coller son agriculture, comme l&rsquo;Asie l&rsquo;avait fait en son temps.

En r&eacute;alit&eacute;, quelle proportion du budget public, au S&eacute;n&eacute;gal comme dans les autres pays, faut-il affecter &agrave; l&rsquo;agriculture&nbsp;? Selon les auteurs de l&rsquo;&eacute;tude, la r&eacute;ponse &agrave; cette question est simple en th&eacute;orie, mais difficile &agrave; mettre en &oelig;uvre en pratique. Simple en th&eacute;orie, parce que les d&eacute;penses entre l&rsquo;agriculture et les autres secteurs doivent &ecirc;tre r&eacute;parties de sorte &agrave; maximiser le &laquo;&nbsp;bien-&ecirc;tre&nbsp;&raquo; collectif (tel que le d&eacute;finissent les &eacute;conomistes)&nbsp;: si un dollar investi par l&rsquo;Etat dans l&rsquo;agriculture &laquo;&nbsp;rapporte&nbsp;&raquo; &agrave; la collectivit&eacute; plus qu&rsquo;un dollar investi dans un autre secteur, l&rsquo;agriculture doit &ecirc;tre prioritaire sur le plan budg&eacute;taire. Dans la pratique, cependant, la d&eacute;termination du niveau optimal du budget agricole n&rsquo;est pas ais&eacute;e, car il d&eacute;pend de coefficients d&rsquo;&eacute;lasticit&eacute;[3] qui ne sont g&eacute;n&eacute;ralement pas connus. Il faut donc d&eacute;finir des indicateurs simples et le moins biais&eacute;s possible. Fixer un objectif de d&eacute;penses agricoles identique pour tous les pays (10 % ou autre) n&rsquo;a gu&egrave;re de sens dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;on ne tient pas compte de la part de l&rsquo;agriculture dans le produit int&eacute;rieur brut, tr&egrave;s variable selon les pays, et donc de l&rsquo;impact diff&eacute;rent qu&rsquo;une augmentation des d&eacute;penses agricoles peut avoir sur le bien-&ecirc;tre collectif. Pour estimer le sous-investissement ou le surinvestissement des Etats dans l&rsquo;agriculture, les auteurs de l&rsquo;&eacute;tude proposent de calculer un &laquo;&nbsp;indice d&rsquo;orientation agricole&nbsp;&raquo; (Agriculture Orientation Index), &eacute;gal &agrave; la part de l&rsquo;agriculture dans les d&eacute;penses publiques totales divis&eacute;e par la part de l&rsquo;agriculture dans le PIB. Un IOA inf&eacute;rieur &agrave; 1 est le signe d&rsquo;un sous-investissement public dans l&rsquo;agriculture. Or, sur les 47 pays africains &eacute;tudi&eacute;s en 2014, 31 avaient un IOA &eacute;gal en moyenne &agrave; 0,3. Le S&eacute;n&eacute;gal &eacute;tait l&eacute;g&egrave;rement au-dessus de la moyenne, avec un IOA &nbsp;d&rsquo;environ 0,5. Cet indicateur est imparfait, car rien ne justifie de r&eacute;partir les d&eacute;penses publiques exactement en proportion de la contribution de chaque secteur au PIB&nbsp;: bien d&rsquo;autres facteurs entrent en jeu[4]. Cependant, soulignent les chercheurs, une d&eacute;viation importante entre les deux param&egrave;tres - la part des d&eacute;penses publiques d&eacute;di&eacute;e &agrave; l&rsquo;agriculture vs la part de ce secteur dans le PIB - doit alerter les d&eacute;cideurs politiques. &nbsp;

Si l&rsquo;on s&rsquo;appuie sur l&rsquo;IOA, il serait donc l&eacute;gitime que la plupart des pays d&rsquo;Afrique subsaharienne, y compris le S&eacute;n&eacute;gal, accroissent fortement la part des d&eacute;penses publiques consacr&eacute;e &agrave; l&rsquo;agriculture. Notons que l&rsquo;indicateur SAPAA cit&eacute; plus haut est une balise utile mais imparfaite du niveau de ces d&eacute;penses. En effet, il surestime la part d&eacute;di&eacute;e &agrave; la production agricole, car il inclut des d&eacute;penses budg&eacute;taires en faveur des consommateurs de produits alimentaires et des programmes de d&eacute;veloppement rural[5].

Certes, le &laquo;&nbsp; bon niveau&nbsp;&raquo; de soutien &agrave; l&rsquo;agriculture ne saurait &ecirc;tre d&eacute;fini par une simple formule : il d&eacute;pend de choix politiques, qui doivent tenir compte de nombreux param&egrave;tres. Mais des indicateurs appropri&eacute;s, fond&eacute;s sur des statistiques fiables et r&eacute;guli&egrave;rement mises &agrave; jour, peuvent aider les pouvoirs publics dans leur prise de d&eacute;cision. &nbsp; &nbsp;&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3295 2017-04-03 text/htmlfr
Nourrir l’Afrique : une urgence humanitaire, une opportunité pour les PME africaines L&rsquo;&eacute;mergence de v&eacute;ritables petites et moyennes entreprises africaines de l&rsquo;agroalimentaire est un ph&eacute;nom&egrave;ne r&eacute;cent. Pendant longtemps, l&rsquo;id&eacute;e de modernit&eacute; a &eacute;t&eacute; associ&eacute;e &agrave; la ville et &agrave; l&rsquo;industrie, et les difficult&eacute;s op&eacute;rationnelles d&eacute;courageaient l&rsquo;entrepreneuriat rural : conditions climatiques, droit foncier, faiblesse des infrastructures, insuffisante ma&icirc;trise des techniques agro-alimentaires, &nbsp;manque d&rsquo;acc&egrave;s au capital, faible protection douani&egrave;re du march&eacute; int&eacute;rieur.


Chez Agrisatch au Benin, une entreprise avicole qui emploie 300 personnes.
Cr&eacute;dit photo&nbsp;: &copy; Joan Bardeletti, Les Grands Moyens (2016)


Malgr&eacute; tous ces obstacles, la PME agricole africaine est en train de s&rsquo;imposer. L&rsquo;entrepreneuriat est une voie maintenant valoris&eacute;e par la jeunesse africaine et l&rsquo;agroalimentaire est de plus en plus pris&eacute;. Car l&rsquo;agroalimentaire est vu aujourd&rsquo;hui comme une immense opportunit&eacute;, qui tient en une r&eacute;alit&eacute; toute simple&nbsp;: l&rsquo;Afrique subsaharienne a faim (223 millions de Subsahariens &eacute;taient sous-aliment&eacute;s en 2013[2]). C&rsquo;est terrifiant mais, du point de vue des entrepreneurs africains, c&rsquo;est tout un continent &agrave; servir. L&rsquo;agriculture et l&rsquo;agrobusiness repr&eacute;senteront pour l&rsquo;Afrique subsaharienne une industrie de&nbsp; 1&nbsp;000 milliards de dollars en 2030 contre 313 milliards en 2010[3].Dans un contexte o&ugrave; les terres arables ne manquent pas (m&ecirc;me si leur mise en valeur suppose des investissements massifs), et o&ugrave; on note des progr&egrave;s significatifs dans la diffusion des techniques de production, notamment gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;usage des nouvelles technologies, l&rsquo;envie d&rsquo;entreprendre s&rsquo;impose. D&rsquo;autant plus que le march&eacute; int&eacute;rieur africain grandit rapidement, port&eacute; par sa classe moyenne &eacute;mergente.

Les poules aux &oelig;ufs d&rsquo;or

On l&rsquo;observe particuli&egrave;rement dans le secteur de l&rsquo;aviculture. Les &oelig;ufs constituent sans doute l&rsquo;une des meilleures armes de l&rsquo;Afrique dans le combat pour l&rsquo;autosuffisance en prot&eacute;ines animales[4]. Des entrepreneurs africains cr&eacute;ent des unit&eacute;s de production modernes, l&agrave; o&ugrave; il n&rsquo;existait traditionnellement que des petites exploitations familiales et des comptoirs d&rsquo;importation. Au Kenya,

Pwani Feeds[5] collecte des &oelig;ufs aupr&egrave;s des fermiers locaux pour les revendre sur le march&eacute; &agrave; Mombasa, &eacute;vitant aux fermiers de devoir y aller eux-m&ecirc;mes, sur des routes africaines pas toujours bien adapt&eacute;es au transport d&rsquo;une denr&eacute;e aussi fragile qu&rsquo;un &oelig;uf. L&rsquo;entreprise, qui compte 300&nbsp;employ&eacute;s, propose &agrave; ces m&ecirc;mes fermiers des aliments pour leurs volailles, qu&rsquo;elle produit elle-m&ecirc;me, principalement &agrave; partir de c&eacute;r&eacute;ales et offre &eacute;galement des services gratuits de formation, ce qui contribue &agrave; fid&eacute;liser les fermiers &agrave; long terme. &nbsp;Cet exemple illustre bien l&rsquo;importance d&eacute;cisive de l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;aliment destin&eacute; aux poussins et poules, poste qui repr&eacute;sente en g&eacute;n&eacute;ral 60 % du co&ucirc;t de production des produits avicoles[6]. &ndash; si bien que l&rsquo;aviculture a un fort effet d&rsquo;entra&icirc;nement sur la production c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re locale.

Le Fermier du Denguele est une exploitation avicole install&eacute;e &agrave; Odienn&eacute;, dans le Nord-Ouest ivoirien. De 500 poules &agrave; l&rsquo;origine, la ferme compte en 2014 pr&egrave;s de 70&nbsp;000 pondeuses produisant 17&nbsp;000&nbsp;poussins par semaine, ce qui fait d&rsquo;elle l&rsquo;une des plus grandes entreprises de toute la r&eacute;gion. La ferme emploie directement une cinquantaine de personnes auxquelles s&rsquo;ajoutent les emplois cr&eacute;&eacute;s chez les fournisseurs d&rsquo;aliments pour la volaille, soit environ 150 personnes. Afin d&rsquo;assurer une base locale d&rsquo;alimentation pour son &eacute;levage l&rsquo;entreprise importe des semences de ma&iuml;s qu&rsquo;elle distribu&eacute; aux paysans des environs contre la promesse d&rsquo;acheter le ma&iuml;s grain, &agrave; un prix sup&eacute;rieur &agrave; celui du march&eacute;.

Au Burkina Faso on ne compte qu&rsquo;une seule ferme que l&rsquo;on puisse qualifier de moderne, Moablaou. Avant de voir son &eacute;levage r&eacute;cemment d&eacute;cim&eacute; par l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie de grippe aviaire qui a ravag&eacute; le Burkina en 2015, Moablaou avait connu une r&eacute;ussite tout aussi spectaculaire que celle du Fermier de Denguele. &nbsp;Cr&eacute;&eacute;e en 1987, elle a conquis en 25 ans une part de march&eacute; de pr&egrave;s de 45 % de la production nationale et d&eacute;tenait environ 30 % de l&rsquo;effectif national de poules pondeuses. Sur sa ferme d&rsquo;&eacute;levage, pr&egrave;s de Ouagadougou, la production sous atmosph&egrave;re contr&ocirc;l&eacute;e se montait &agrave; 120&nbsp;000 poussins en 4 unit&eacute;s et 110 000 pondeuses en 2 poulaillers. L&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie de grippe aviaire de 2015 n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; la seule ni la premi&egrave;re qu&rsquo;elle ait eue &agrave; conna&icirc;tre &ndash; et nous gageons que Mouablou va l&rsquo;affronter avec succ&egrave;s comme elle a su le faire dans le pass&eacute;.

Chez CDPA au B&eacute;nin, tout a commenc&eacute; par l&rsquo;importation et la distribution de volaille et de poisson congel&eacute;s dans 4 agences de distribution, avant que d&eacute;marre la production avicole. Une d&eacute;cision prise en 2004 par son PDG, Jean-Baptiste Satchivi, gr&acirc;ce &agrave; la connaissance du march&eacute; acquise par la distribution.&nbsp; Agrisatch[7] emploie aujourd&rsquo;hui plus de 300 personnes et est certifi&eacute;e&nbsp; ISO 9001 depuis 2011. L&rsquo;entreprise joue un r&ocirc;le incontestable dans la structuration de la fili&egrave;re avicole dans le pays. La comp&eacute;titivit&eacute; de cette fili&egrave;re face aux importations reste toutefois un d&eacute;fi majeur.

Pour donner une chance aux entreprises avicoles de leur pays d&rsquo;&eacute;merger, certains gouvernements africains ont d&eacute;cid&eacute; de fermer partiellement ou enti&egrave;rement leurs fronti&egrave;res aux produits d&rsquo;importation. C&rsquo;est notamment le cas de l&rsquo;Afrique du Sud et du S&eacute;n&eacute;gal[8]. Cette mesure comporte ses effets pervers (comme l&rsquo;apparition d&rsquo;un march&eacute; noir de la volaille import&eacute;e). Elle a cependant eu certains impacts positifs, par exemple au S&eacute;n&eacute;gal, o&ugrave; le dynamisme entrepreneurial dans le secteur avicole est fort.

Ce contexte s&eacute;n&eacute;galais a profit&eacute; &agrave; SEDIMA. Nul n&rsquo;aurait pu deviner que son fondateur, Babacar Ngom, allait devenir un g&eacute;ant des poules et des &oelig;ufs. En 1976, fra&icirc;chement dipl&ocirc;m&eacute; d&rsquo;un BEP en m&eacute;canique, alors que son p&egrave;re l&rsquo;encourageait &agrave; partir en France poursuivre des &eacute;tudes d&rsquo;ing&eacute;nieur, il a choisi d&rsquo;installer dans la maison familiale un petit poulailler de 120 poussins. Port&eacute;e par une demande toujours soutenue et par les qualit&eacute;s de gestionnaire de Babacar, l&rsquo;entreprise connut une forte croissance et surtout, osa &ecirc;tre la premi&egrave;re, vers 1990, &agrave; investir dans un couvoir moderne. Ayant r&eacute;ussi &agrave; en ma&icirc;triser le fonctionnement, et ayant ainsi pos&eacute; les bases de sa comp&eacute;titivit&eacute; par rapport aux productions artisanales locales et aux produits import&eacute;s, d&rsquo;autres couvoirs ont &eacute;t&eacute; acquis. En 2013, la capacit&eacute; de production &eacute;tait de plus de 17 millions d&rsquo;&oelig;ufs par an&nbsp;! Dans le m&ecirc;me temps l&rsquo;entreprise s&rsquo;est dot&eacute;e d&rsquo;une usine de production d&rsquo;aliments pour la volaille enti&egrave;rement automatis&eacute;e et de 5 fermes.

Au sein d&rsquo;I&amp;P, notre travail d&rsquo;investisseurs aux c&ocirc;t&eacute;s des entrepreneurs africains nous en a convaincus&nbsp;: l&rsquo;agroalimentaire est en pleine expansion en Afrique. Certes, la production est encore trop faible, la malnutrition, trop forte. Mais les facteurs de production sont l&agrave;, les m&eacute;thodes existent, m&ecirc;me si aucun des entrepreneurs que nous avons rencontr&eacute;s au milieu de ses poules ou d&rsquo;autres productions ne se consid&egrave;re encore parvenu au bout de son effort, de sa d&eacute;monstration.
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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3277 2017-03-13 text/htmlfr
Doubler le revenu des petits agriculteurs, objectif réaliste ? Selon la FAO, l&rsquo;Organisation des Nations unies pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture, plus de 80 % des 570 millions d&rsquo;exploitations agricoles dans le monde ont une superficie inf&eacute;rieure &agrave; 2 hectares. Dans les pays &agrave; revenu faible ou interm&eacute;diaire, ces fermes occupent 30 &agrave; 40 % de la surface agricole. Leur part dans la production agricole est sans doute encore plus &eacute;lev&eacute;e, car elles ont g&eacute;n&eacute;ralement des rendements sup&eacute;rieurs &agrave; la moyenne. Les petits agriculteurs jouent donc un r&ocirc;le essentiel dans la s&eacute;curit&eacute; alimentaire&nbsp;; ils constituent en outre la majorit&eacute; des personnes vivant dans l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute;. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;enjeu des Objectifs de d&eacute;veloppement durable (ODD) adopt&eacute;s par les Nations unies en 2015, qui visent notamment &laquo;&nbsp;d&rsquo;ici &agrave; 2030, [&agrave;] doubler la productivit&eacute; agricole et les revenus des petits producteurs alimentaires (...)&nbsp;&raquo;[1].



Cet objectif peut-il &ecirc;tre atteint&nbsp;? C&rsquo;est peu probable, si l&rsquo;on en croit une &eacute;tude publi&eacute;e par la FAO en septembre dernier[2]. Selon les auteurs de l&rsquo;&eacute;tude, dans les 140 pays qu&rsquo;ils ont pass&eacute;s en revue, la productivit&eacute; des agriculteurs atteignait en moyenne 552 dollars par hectare et 1&nbsp;973 dollars par actif agricole en 2015. Pour doubler d&rsquo;ici &agrave; 2030, ces indicateurs devraient augmenter &agrave; un taux&nbsp; moyen de 4,62 % par an pendant quinze ans. Or, historiquement, leur croissance a &eacute;t&eacute; beaucoup plus faible&nbsp;: 1,96 % par an pour la productivit&eacute; par hectare sur la p&eacute;riode 1961-2012 et 1,32 % par an pour la productivit&eacute; par actif agricole sur la p&eacute;riode 1980-2012.

Il n&rsquo;existe malheureusement pas de donn&eacute;es sur la productivit&eacute; des exploitations agricoles par classe de surface. Les auteurs ont donc r&eacute;parti les pays en fonction du ratio du nombre d&rsquo;hectares disponibles par actif agricole (0-2 ha, 2-5 ha, 5-20 ha, 20-50 ha, plus de 50 ha), en faisant l&rsquo;hypoth&egrave;se que ce ratio cro&icirc;t avec la taille de l&rsquo;exploitation, car les petites fermes tendent &agrave; utiliser plus intensivement la terre et la main d&rsquo;&oelig;uvre dont elles disposent. Ils observent que dans la cat&eacute;gorie de pays qui ont la plus petite surface par actif agricole (0-2 ha), la productivit&eacute; de la terre et du travail a progress&eacute; historiquement &agrave; un rythme de 2,7-2,8&nbsp;% par an, g&eacute;n&eacute;ralement bien sup&eacute;rieur &agrave; celui enregistr&eacute; dans les autres cat&eacute;gories[3]. Mais ce rythme reste sensiblement inf&eacute;rieur au taux de 4,62&nbsp;% requis pour un doublement de la productivit&eacute;. &nbsp;&nbsp;&nbsp;

Un examen plus attentif r&eacute;v&egrave;le cependant que certains pays ayant moins de 2 hectares par actif agricole ont r&eacute;ussi &agrave; doubler leur productivit&eacute; dans une p&eacute;riode de quinze ans. Sept pays y sont parvenus pour la productivit&eacute; de la terre[4], cinq pour la productivit&eacute; du travail[5]. Seuls trois pays &ndash; le Cap-Vert, le Malawi et la Cor&eacute;e du Sud &ndash; ont pu, au terme de quinze ann&eacute;es successives, doubler &agrave; la fois la productivit&eacute; de la terre et du travail (mais &agrave; des p&eacute;riodes diff&eacute;rentes pour chaque indicateur).

Une br&egrave;ve analyse de quelques success stories (Ethiopie, Malawi, Rwanda, Cap-Vert, Cambodge, Vietnam) sugg&egrave;re, selon les auteurs, que des politiques publiques &laquo;&nbsp;proactives&nbsp;&raquo; ont jou&eacute; un r&ocirc;le cl&eacute; dans l&rsquo;am&eacute;lioration des performances &eacute;conomiques des petites exploitations agricoles. Ces politiques ont pris des formes diverses&nbsp;: r&eacute;forme agraire, subventions aux engrais, investissements dans les infrastructures rurales, etc.&nbsp;

Il est certes tr&egrave;s int&eacute;ressant de tirer les enseignements du pass&eacute;. Mais l&rsquo;avenir pr&eacute;sente de nouveaux d&eacute;fis. L&rsquo;intensification du changement climatique va peser sur les rendements des cultures. Le boom d&eacute;mographique, notamment en Afrique subsaharienne, risque de r&eacute;duire la surface disponible par actif agricole. Il faudra donc fournir encore plus d&rsquo;efforts pour doubler, d&rsquo;ici &agrave; 2030, le revenu des petits agriculteurs. Et s&rsquo;appuyer, pour atteindre cet objectif, non seulement sur une augmentation de la productivit&eacute; de la terre et du travail, mais aussi sur les revenus que les petits agriculteurs peuvent tirer d&rsquo;activit&eacute;s non agricoles, ainsi que sur des mesures visant &agrave; diminuer les pertes pr&eacute; et post-r&eacute;colte, comme le pr&eacute;conisent d&rsquo;ailleurs les ODD.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3254 2017-02-21 text/htmlfr
Afrique - Méditerranée - Europe : pour une sécurité et une souveraineté alimentaires durables et partagées &laquo; L&rsquo;ann&eacute;e&nbsp;2017 sera-t-elle l&rsquo;ann&eacute;e du d&eacute;but du grand bond de l&rsquo;agriculture africaine ? &raquo;, se demande Aboubacar Yacouba Barma dans un article r&eacute;cent[1], constatant que &laquo; c&rsquo;est [toujours] un peu la m&ecirc;me rengaine qui ressort des diff&eacute;rents rapports et engagements tant des pays que des partenaires internationaux qui ressassent toujours les m&ecirc;mes constats et parviennent fr&eacute;quemment aux m&ecirc;mes conclusions surtout en mati&egrave;re de belles recommandations qui, &agrave; premi&egrave;re vue, apparaissent comme facilement r&eacute;alisables &raquo;. Et si un changement de paradigme &eacute;tait donc n&eacute;cessaire ? En d&eacute;pit de nombreuses r&eacute;unions internationales depuis le choc &eacute;conomique de 2007/2008[2], on observe en Afrique, mais aussi en M&eacute;diterran&eacute;e et en Europe, une mont&eacute;e de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire et nutritionnelle, quantitative et qualitative, qui impose de proposer des solutions cr&eacute;dibles et efficaces &agrave; la crise polys&eacute;mique des syst&egrave;mes alimentaires et de construire, au sein du cadre g&eacute;opolitique dessin&eacute; par la &laquo;&nbsp;Verticale Afrique - M&eacute;diterran&eacute;e - Europe &raquo; (AME), un r&eacute;el partenariat agricole et agroalimentaire[3].

Quatre raisons militent pour un programme &laquo; s&eacute;curit&eacute; et souverainet&eacute; alimentaires &raquo; entre pays africains, m&eacute;diterran&eacute;ens et europ&eacute;ens&nbsp;: &nbsp; &nbsp;

-&nbsp;sant&eacute; publique&nbsp;: dans l&rsquo;espace constitu&eacute; par l&rsquo;Afrique et le Moyen-Orient, au moins 500 millions de personnes se trouvent en situation de d&eacute;ficit alimentaire et 400 en exc&egrave;s, soit pr&egrave;s de 70&nbsp;% de la population totale, avec le triple fardeau de la faim, de pathologies telles que l&rsquo;ob&eacute;sit&eacute;, les maladies cardio-vasculaires, le diab&egrave;te de type&nbsp;2 et de maladies infectieuses d&rsquo;origine alimentaire, entrainant une mortalit&eacute; et des co&ucirc;ts tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;s&thinsp;;

- sociales&nbsp;: la population de la grande r&eacute;gion &laquo;&nbsp;Afrique &ndash; M&eacute;diterran&eacute;e &ndash; Europe&nbsp;&raquo; passera de 1,9 milliard d&rsquo;habitants en 2015 &agrave; 3,3 milliards en 2050 sous la pouss&eacute;e du continent africain dont la population fera plus que doubler, tandis que celle du Moyen-Orient augmentera de 58&nbsp;% et que l&rsquo;UE-28 conna&icirc;tra un d&eacute;clin d&eacute;mographique de 1&nbsp;%. La cr&eacute;ation de centaines de millions d&rsquo;emplois sera n&eacute;cessaire, au Sud, pour absorber ce choc d&eacute;mographique. Or, en 2050, un tiers de la population de l&rsquo;espace AME sera rural ; d&rsquo;o&ugrave; la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;agir en faveur d&rsquo;un d&eacute;veloppement durable et inclusif des zones rurales afin d&rsquo;&eacute;viter le risque de migrations massives et d&eacute;stabilisantes au Sud comme au Nord ;

- &eacute;conomiques&nbsp;: le lourd d&eacute;ficit de la production par rapport aux besoins g&eacute;n&egrave;re en Afrique et en M&eacute;diterran&eacute;e des importations de produits agricoles et alimentaires approchant 180 milliards&nbsp;USD, 4 fois plus qu&rsquo;en 2000. Ces importations &mdash; d&eacute;pendantes de march&eacute;s volatils &mdash; ont de plus des effets pervers de destruction des productions v&eacute;g&eacute;tales et animales locales. In fine, on voit se dessiner une compl&eacute;mentarit&eacute; entre un Nord (UE) exportateur net de denr&eacute;es alimentaires et un Sud (Afrique et Moyen-Orient) lourdement d&eacute;ficitaire, tandis que les parts de march&eacute; de l&rsquo;UE dans la Verticale AME ne cessent de s&rsquo;&eacute;roder au profit des Am&eacute;riques, des Balkans et de l&rsquo;Asie, selon les produits et que des perspectives prometteuses existent pour d&eacute;velopper les flux commerciaux Sud-Sud. Ces compl&eacute;mentarit&eacute;s ne doivent pas &ecirc;tre trait&eacute;es selon une approche purement mercantile, mais de co-d&eacute;veloppement ;

- techniques et environnementales&nbsp;: le mode de production des aliments, qu&rsquo;il soit sp&eacute;cialis&eacute;, intensif, concentr&eacute; et financiaris&eacute; comme dans le sch&eacute;ma agroindustriel ou fragment&eacute;, &agrave; faible productivit&eacute; et &agrave; forte insuffisance organisationnelle des fili&egrave;res agroalimentaires, conduisant &agrave; des trappes de pauvret&eacute;, comme dans le sch&eacute;ma traditionnel, g&eacute;n&egrave;re dans les deux cas, des externalit&eacute;s n&eacute;gatives environnementales et sociales pr&eacute;occupantes et se r&eacute;v&egrave;le incapable de relever le d&eacute;fi du d&eacute;r&egrave;glement climatique. La recette &laquo; r&eacute;volution verte &raquo; des ann&eacute;es&nbsp;1960, qui continue d&rsquo;inspirer nombre de politiques agricoles nationales et intergouvernementales, a montr&eacute; ses limites.

Pour faire face &agrave; ces multiples d&eacute;fis, une transition vers des syst&egrave;mes plus responsables et durables pour assurer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire des pays de la Verticale AME est indispensable. Elle devrait s&rsquo;appuyer sur 2 leviers&nbsp;:

- la reconqu&ecirc;te des march&eacute;s int&eacute;rieurs par une souverainet&eacute; alimentaire mieux assum&eacute;e et mobilisant des innovations de progr&egrave;s technologiques et organisationnelles et d&rsquo;ambitieux programmes de formation des acteurs des fili&egrave;res et des territoires ;

-&nbsp;la solidarit&eacute; nord-sud, sud-nord et l&rsquo;interfa&ccedil;age Sud-Sud par des dispositifs de co-d&eacute;veloppement de la production locale au moyen de la construction de cha&icirc;nes de valeurs agroalimentaires durables et de s&eacute;curisation des approvisionnements.

Des projets d&eacute;monstrateurs des b&eacute;n&eacute;fices d&rsquo;une &laquo; s&eacute;curit&eacute; et souverainet&eacute; alimentaires durables et partag&eacute;es &raquo; peuvent &ecirc;tre mis en place &agrave; court et moyen termes. Des programmes op&eacute;rationnels formeront l&rsquo;ossature de ce projet dans 3 domaines&nbsp;:

-&nbsp;&laquo;&thinsp;&Eacute;ducation et information alimentaire des consommateurs&thinsp;&raquo;, r&eacute;activant et promouvant des di&egrave;tes locales assurant une s&eacute;curit&eacute; alimentaire et nutritionnelle, une formation aux nouvelles technologies agricoles, agroalimentaires et logistiques des producteurs&nbsp;et des prestataires de services&thinsp;;

-&nbsp;&laquo; 10 projets-pilotes de bio&eacute;conomie circulaire territorialis&eacute;e &raquo; dans chaque pays, qui &agrave; l&rsquo;instar de la Songha&iuml; Leadership Academy et des 13 centres similaires au Nig&eacute;ria, au Lib&eacute;ria et au Sierra Leone, seraient fond&eacute;s sur des solutions alternatives de d&eacute;veloppement territorial &agrave; effets d&rsquo;entrainement et externalit&eacute;s positives sociales, environnementales et &eacute;conomiques ;

-&nbsp;&laquo;&thinsp;Approvisionnement solidaire&thinsp;trilat&eacute;ral&thinsp;&raquo; fond&eacute; sur un observatoire des march&eacute;s et des fili&egrave;res agroalimentaires, la cr&eacute;ation d&rsquo;un label AME et la mise en place de contrats commerciaux multilat&eacute;raux pluriannuels garantissant, pour des produits alimentaires strat&eacute;giques, une fourchette de volumes et de prix &agrave; leurs partenaires. Les accords couvriront des produits et des flux Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud

Ce modus operandi n&eacute;cessiterait, en premier lieu, la conclusion d&rsquo;un accord-cadre g&eacute;opolitique sur la s&eacute;curit&eacute; alimentaire par la souverainet&eacute; et la solidarit&eacute; au sein de la Verticale AME. Le prochain Sommet Europe-Afrique, qui devrait se tenir en Afrique en 2017, pourrait-il constituer une premi&egrave;re &eacute;tape pour porter cette vision ? Dans une tribune datant de juin 2016, Jean-Claude Juncker, pr&eacute;sident de la Commission europ&eacute;enne et Nkosazana Dlamini-Zuma, pr&eacute;sidente de la Commission de l&rsquo;Union africaine, constataient que &laquo; les &eacute;changes commerciaux et les investissements entre l&rsquo;Afrique et l&rsquo;UE peuvent encore &ecirc;tre am&eacute;lior&eacute;s par une coop&eacute;ration plus &eacute;troite, une coordination politique et la conclusion des n&eacute;gociations de l&rsquo;OMC &raquo; et qu&rsquo;ils travaillaient ensemble &laquo; pour d&eacute;velopper l&rsquo;agriculture afin de promouvoir une croissance &eacute;conomique durable et inclusive &raquo;[4]. Rendez-vous donc fin&nbsp;2017&hellip;&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3251 2017-02-06 text/htmlfr
Le cacao, une denrée en péril ? Avec plus de 30 % de croissance en 10 ans, le march&eacute; des produits chocolat&eacute;s, qui a permis l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;empires industriels de la transformation de cacao et de la fabrication de chocolat, est aujourd&rsquo;hui en pleine croissance au niveau mondial, notamment gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;explosion de la consommation en Asie.

Pourtant, en 2016 la fili&egrave;re du cacao &ndash; ingr&eacute;dient cl&eacute; des produits chocolat&eacute;s &ndash; &nbsp;n&rsquo;est durable ni pour les producteurs ni pour l&rsquo;environnement dans un contexte o&ugrave; la demande de f&egrave;ves augmente deux fois plus vite que la production. Une situation qui commence &agrave; inqui&eacute;ter s&eacute;rieusement les institutions internationales comme les acteurs majeurs du secteur, dont certains testent actuellement diff&eacute;rentes strat&eacute;gies pour pr&eacute;server leurs profits dans un contexte incertain. Au Royaume-Uni, Mondelez, deuxi&egrave;me fabricant mondial de produits chocolat&eacute;s derri&egrave;re Mars, a ainsi r&eacute;duit r&eacute;cemment le nombre de triangles de ses barres chocolat&eacute;es Toblerone, au grand dam des consommateurs.

Pour bien comprendre les enjeux actuels du cacao, il est n&eacute;cessaire de prendre un minimum de recul sur la fili&egrave;re&nbsp;:&nbsp; au cours du XX&egrave;me si&egrave;cle, la standardisation et la massification de la production de cacao - autrefois r&eacute;serv&eacute; &agrave; une &eacute;lite europ&eacute;enne - ont cr&eacute;&eacute; une asym&eacute;trie abyssale entre d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, une poign&eacute;e de groupes transnationaux qui fournissent la majeure partie du chocolat mondial, et de l&rsquo;autre des millions de petits producteurs qui ne sont pas en capacit&eacute; de s&rsquo;informer sur les &eacute;volutions du march&eacute;, et encore moins de n&eacute;gocier le prix qu&rsquo;ils re&ccedil;oivent pour leur cacao. A titre d&rsquo;exemple, en 2014, les 3 premiers groupes du secteur, Barry Callebaut, Cargill et ADM, r&eacute;alisaient quasiment 60 % de la transformation mondiale de f&egrave;ves de cacao ce qui leur assurait en retour un poids consid&eacute;rable dans les n&eacute;gociations li&eacute;es &agrave; l&rsquo;achat des f&egrave;ves.

Cette pression sur les prix du cacao maintient la majorit&eacute; des producteurs et de leurs familles sous le seuil de pauvret&eacute;. Afin d&rsquo;augmenter leurs revenus, ces derniers d&eacute;veloppent des strat&eacute;gies court-termistes comme l&rsquo;usage d&rsquo;intrants chimiques et la d&eacute;forestation pour augmenter leurs rendements, ou le travail des enfants pour r&eacute;duire les co&ucirc;ts de main d&rsquo;&oelig;uvre. S&rsquo;enclenchent alors des cercles vicieux qui pi&egrave;gent les producteurs dans la pr&eacute;carit&eacute; et alimentent toujours plus les d&eacute;gradations sociales et environnementales.

En C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire par exemple, 1er pays producteur avec presque 40 % des volumes mondiaux, chaque euro de cacao export&eacute; g&eacute;n&egrave;re a minima 77 centimes de co&ucirc;ts cach&eacute;s qui p&egrave;sent sur les populations locales. Ces co&ucirc;ts &laquo;&nbsp;soci&eacute;taux&nbsp;&raquo; proviennent principalement de la sous-r&eacute;mun&eacute;ration des producteurs, du manque d&rsquo;investissements dans les services locaux essentiels (&eacute;coles, centres de soins&hellip;), de la lutte contre le travail des enfants et la d&eacute;forestation, etc.[1]



Suite &agrave; diff&eacute;rentes interpellations, m&eacute;diatiques ou judiciaires, mais aussi pour mieux g&eacute;rer leur approvisionnement, les industriels du chocolat ont d&eacute;cid&eacute; de r&eacute;pondre aux probl&egrave;mes de durabilit&eacute; du cacao en ayant recours &agrave; des certifications durables et &eacute;quitables. Mais &agrave; la lecture des diff&eacute;rentes &eacute;tudes d&rsquo;impacts conduites ces derni&egrave;res ann&eacute;es sur la fili&egrave;re cacao, notamment en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et au P&eacute;rou, force est de constater que ces certifications rencontrent des succ&egrave;s divers.

Hormis une prime marginale &agrave; la qualit&eacute;, les certifications durables ne permettent pas aux producteurs d&rsquo;am&eacute;liorer suffisamment leurs revenus. Tous n&rsquo;arrivent pas &agrave; accro&icirc;tre leurs rendements et pour ceux qui y arrivent, la charge suppl&eacute;mentaire de travail est non n&eacute;gligeable. M&ecirc;me s&rsquo;il est mieux ma&icirc;tris&eacute;, l&rsquo;usage d&rsquo;intrants chimique ne diminue pas. Enfin, les &eacute;tudes disponibles ne permettent pas pour l&rsquo;instant de d&eacute;montrer un recul du travail des enfants ou de la d&eacute;forestation en lien avec les certifications durables. Peu de diff&eacute;rences donc avec la culture conventionnelle du cacao.

Le commerce &eacute;quitable peut quant &agrave; lui am&eacute;liorer significativement la durabilit&eacute; de la fili&egrave;re cacao, voire initier des cercles vertueux. On constate ainsi une r&eacute;duction des co&ucirc;ts soci&eacute;taux de 80 % au P&eacute;rou.

Pour cela, un certain nombre de conditions est n&eacute;cessaire :

  • la garantie que les revenus des producteurs couvrent leurs co&ucirc;ts de production et les besoins essentiels de leurs familles&nbsp;;
  • le renforcement des organisations collectives de producteurs&nbsp;;
  • des investissements cons&eacute;quents dans les services essentiels et les infrastructures locales.

Les exemples de r&eacute;ussite document&eacute;s dans le cadre de l&rsquo;&eacute;tude que nous avons men&eacute;e pour la Plate-forme pour le commerce &eacute;quitable au printemps dernier s&rsquo;appuient &eacute;galement sur deux points importants&nbsp;:

  • l&rsquo;agroforesterie, qui p&eacute;rennise la culture de cacao et le couvert forestier tout en pr&eacute;servant la biodiversit&eacute;&nbsp;;
  • des cha&icirc;nes de valeur qui valorisent l&rsquo;origine du cacao et le travail des producteurs, et renforcent le lien entre ces derniers et les consommateurs.

D&egrave;s lors que ces conditions ne sont pas r&eacute;unies, les r&eacute;sultats sont plus limit&eacute;s et se rapprochent fortement de ceux constat&eacute;s dans le cadre des certifications durables.

La soutenabilit&eacute; de la production du cacao passe donc par une action collective et concert&eacute;e qui, en s&rsquo;inspirant des principes fondateurs du commerce &eacute;quitable, permettrait d&rsquo;&eacute;tendre les conditions d&eacute;taill&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment &agrave; l&rsquo;ensemble de la fili&egrave;re. Un d&eacute;fi de taille, dans un march&eacute; de plus en plus tendu, mais qui doit &ecirc;tre relev&eacute; de toute urgence si nous voulons continuer &agrave; d&eacute;guster du (vrai) chocolat dans les ann&eacute;es &agrave; venir&nbsp;!

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3228 2017-01-19 text/htmlfr
Quelque chose change au sein des agricultures familiales : à Madagascar, au Cameroun, au Togo, des jeunes se disent fiers de s’installer en agriculture Depuis plusieurs ann&eacute;es, les travaux des d&eacute;mographes alertent les d&eacute;cideurs sur ces centaines de milliers de jeunes qui vont continuer &agrave; arriver chaque ann&eacute;e sur le march&eacute; du travail des pays du Sud, et de l&rsquo;Afrique en particulier, jusqu&rsquo;en 2050. L&rsquo;hypoth&egrave;se &eacute;conomique selon laquelle les secteurs secondaire et tertiaire vont absorber cette main-d&lsquo;&oelig;uvre, ne semble pas fonctionner dans des contextes o&ugrave; l&rsquo;industrie et les services formels sont faiblement d&eacute;velopp&eacute;s et peu cr&eacute;ateurs d&rsquo;emplois. Des voix de plus en plus nombreuses s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent pour dire que les agricultures familiales, qui assurent la part majeure de la production alimentaire mondiale et mobilisent plus de 40% de la population active dans le monde, pourraient aider &agrave; sortir de cette impasse.&nbsp;

Cr&eacute;dit photo&nbsp;: AFOP

Alors que l&rsquo;installation des jeunes agriculteurs a &eacute;t&eacute; un des leviers institutionnels majeur de la modernisation des agricultures familiales du Nord, peu d&rsquo;attention a &eacute;t&eacute; port&eacute;e jusqu&rsquo;&agrave; une p&eacute;riode r&eacute;cente aux conditions de renouvellement des agricultures familiales du Sud. De mani&egrave;re surprenante au regard de l&rsquo;acuit&eacute; des enjeux, il a fallu attendre la fin des ann&eacute;es 2000 pour que des efforts de d&eacute;veloppement soient significativement concentr&eacute;s sur la formation professionnelle agricole et que la probl&eacute;matique de l&rsquo;installation des jeunes agriculteurs &eacute;merge &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle internationale comme un enjeu de politique publique et d&rsquo;appui de d&eacute;veloppement. Les dispositifs de formation et d&rsquo;appui &agrave; l&rsquo;insertion se multiplient aujourd&rsquo;hui, mais leur d&eacute;veloppement &agrave; une &eacute;chelle significative et leur p&eacute;rennisation requi&egrave;rent une mobilisation importante de ressources publiques ou priv&eacute;es. Mais est-il judicieux d&rsquo;investir dans ces dispositifs&nbsp;? Sont-ils de nature &agrave; changer l&rsquo;avenir des jeunes&nbsp;qu&rsquo;ils accompagnent&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;

En lien avec diff&eacute;rents partenaires internationaux, les &eacute;tudiants agronomes de Montpellier SupAgro/IRC et leurs formateurs, ont r&eacute;alis&eacute; depuis 2010 une quinzaine d&rsquo;&eacute;tudes sur le processus d&rsquo;installation des jeunes en agriculture familiale, en Afrique de l&rsquo;Ouest et centrale, &agrave; Madagascar et en Asie du Sud-Est. Ces &eacute;tudes apportent des &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;flexion sur ces questions.

Elles mettent d&rsquo;abord en &eacute;vidence la grande diversit&eacute; des situations. Quoi de commun entre un fils a&icirc;n&eacute; de &laquo;&nbsp;grande famille&nbsp;&raquo; de producteurs de coton du plateau Mossi au Burkina qui reprend, &agrave; 45 ans, la t&ecirc;te de l&rsquo;exploitation familiale &agrave; la disparition du p&egrave;re, un jeune m&eacute;nage de Madagascar qui tente de constituer une exploitation autonome par de patients et al&eacute;atoires m&eacute;tayages, un fils de planteur d&rsquo;h&eacute;v&eacute;a tha&iuml; que sa famille a envoy&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;cole et qui ne voit plus l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de revenir &agrave; l&rsquo;agriculture familiale ou encore un jeune migrant mauritanien parti &agrave; Nouakchott pour nourrir sa famille et qui revient r&eacute;guli&egrave;rement au village pour les travaux agricoles de l&rsquo;hivernage&nbsp;? La vari&eacute;t&eacute; des processus d&rsquo;installation ou de non-installation des jeunes est engendr&eacute;e par la diversit&eacute; des agricultures familiales elles-m&ecirc;mes, leurs contextes de d&eacute;veloppement, leurs modalit&eacute;s d&rsquo;acc&egrave;s aux ressources et aux march&eacute;s, leur rentabilit&eacute; &eacute;conomique, le potentiel de pluriactivit&eacute; agricole et non-agricole dans une zone donn&eacute;e.

Certaines de ces &eacute;tudes ont &eacute;t&eacute; effectu&eacute;es dans des contextes d&eacute;pourvus de tout appui institutionnel &agrave; la formation et l&rsquo;insertion des jeunes (&agrave; Madagascar, au Cambodge, au Ghana). Elles montrent que, m&ecirc;me sans accompagnement, des jeunes s&rsquo;installent en agriculture. Mais ces processus sont de plus en plus difficiles, &agrave; mesure que le foncier familial et la dotation de facteurs de production se r&eacute;duisent au fil des g&eacute;n&eacute;rations. Ainsi, &agrave; Madagascar, certains jeunes s&rsquo;installent sans m&ecirc;me poss&eacute;der une machette en propre. Dans ces conditions, l&rsquo;agriculture familiale tend &agrave; devenir un recours pour les jeunes uniquement dans le cas o&ugrave; aucune autre alternative ne se pr&eacute;sente &agrave; eux&nbsp;; elle n&rsquo;est pas non plus une option satisfaisante pour les familles qui poussent leurs jeunes hors de l&rsquo;agriculture d&egrave;s qu&rsquo;elles peuvent investir dans leur &eacute;ducation.

Trois autres &eacute;tudes, r&eacute;alis&eacute;es aupr&egrave;s de jeunes form&eacute;s et accompagn&eacute;s dans leur insertion agricole par des dispositifs priv&eacute;s (coll&egrave;ges agricoles &agrave; Madagascar, CIDAP - Centre international pour le d&eacute;veloppement agro-pastoral - au Togo) et public (AFOP, Programme d&rsquo;appui &agrave; la r&eacute;novation et au d&eacute;veloppement de la formation professionnelle dans les secteurs de l&rsquo;agriculture, l&rsquo;&eacute;levage et la p&ecirc;che, au Cameroun), donnent une tout autre image de l&rsquo;installation en agriculture familiale. Les trois dispositifs accueillent des jeunes gar&ccedil;ons et filles de 15 &agrave; 30 ans), pour une formation agricole de longue dur&eacute;e (1 &agrave; 3 ans), r&eacute;alis&eacute;e en alternance entre le centre de formation et l&rsquo;exploitation familiale. La formation int&egrave;gre les techniques agricoles, la gestion de l&rsquo;exploitation, mais aussi l&rsquo;&eacute;ducation &agrave; la citoyennet&eacute;. Un projet d&rsquo;insertion en agriculture est &eacute;labor&eacute; par le jeune pendant la formation. Dans les coll&egrave;ges agricoles et le programme AFOP de Madagascar, la mise en &oelig;uvre du projet est ensuite soutenue par une dotation financi&egrave;re. Le CIDAP, quant &agrave; lui, encourage les jeunes &agrave; recourir au cr&eacute;dit de la microfinance pour financer leur installation. Les &eacute;tudes portaient sur les premi&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations de jeunes install&eacute;s.

La plupart de ces jeunes avait, avant d&rsquo;entrer en formation, une trajectoire de vie d&eacute;j&agrave; mouvement&eacute;e&nbsp;: ils sont partis tenter leur chance &agrave; la ville, ont fait de multiples petits m&eacute;tiers (taxi moto, call box, cuisini&egrave;res, secr&eacute;taires, buvette, h&ocirc;tesses), ont connu des &eacute;checs, mais aussi acquis quelques comp&eacute;tences et parfois un peu d&rsquo;&eacute;pargne. Lass&eacute;s par trop de pr&eacute;carit&eacute;, ils ont fini par revenir au village, sans motivation et sans r&eacute;elles perspectives d&rsquo;avenir. Pour les premi&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations, l&rsquo;entr&eacute;e en formation agricole a souvent &eacute;t&eacute; plus un pis-aller qu&rsquo;un choix d&eacute;termin&eacute;. Beaucoup d&rsquo;entre eux sont cependant arriv&eacute;s au bout de la formation, ont &eacute;labor&eacute; un projet d&rsquo;installation et ont commenc&eacute; &agrave; le mettre en &oelig;uvre avec l&rsquo;appui du dispositif d&rsquo;accompagnement. Dans les trois cas, l&rsquo;acc&egrave;s au foncier et au capital financier sont les probl&egrave;mes majeurs auxquels les jeunes ont eu &agrave; faire face. Le foncier vient de la famille ou de la communaut&eacute; &ndash; dans le cas du dispositif AFOP, avoir une dotation de 2 ha en propre est une condition pour acc&eacute;der &agrave; la formation. Face aux faibles capacit&eacute;s d&rsquo;autofinancement des jeunes, la dotation financi&egrave;re des coll&egrave;ges agricoles ou de l&rsquo;AFOP s&rsquo;av&egrave;re &ecirc;tre un appui d&eacute;terminant pour investir (b&acirc;timent d&rsquo;&eacute;levage, plantation de cacao)&nbsp;; dans le dispositif CIDAP, l&rsquo;acc&egrave;s au capital est moins ais&eacute;, tributaire d&rsquo;une microfinance peu ouverte &agrave; ces clients per&ccedil;us comme trop jeunes et trop risqu&eacute;s. Les activit&eacute;s agricoles mises en &oelig;uvre diff&egrave;rent selon les contextes, fortement li&eacute;es au foncier disponible et aux structures agraires existantes (plantations p&eacute;rennes). Dans les zones proches des march&eacute;s urbains, les jeunes d&eacute;veloppent des activit&eacute;s de cycle court s&rsquo;accommodant d&rsquo;un foncier limit&eacute; (&eacute;levage de poulets, de porc, mara&icirc;chage). Dans la plupart des cas, les syst&egrave;mes sont diversifi&eacute;s, associant productions commerciales et productions d&rsquo;autoconsommation.

Dans les trois cas, les jeunes form&eacute;s se distinguent tr&egrave;s nettement dans leur milieu par leur ma&icirc;trise de &laquo;&nbsp;techniques am&eacute;lior&eacute;es&nbsp;&raquo; (semis ou plantation en ligne, utilisation d&rsquo;intrants, soins aux animaux&hellip;), mais aussi par leurs pratiques de gestion&nbsp;: ils calculent, pr&eacute;voient, anticipent, sont capables de n&eacute;gocier avec des fournisseurs et de discuter avec des conseillers agricoles. Souvent objet de moqueries par leurs pairs au moment o&ugrave; ils s&rsquo;engageaient dans une formation agricole (&laquo;&nbsp;Tu vas faire l&rsquo;&eacute;cole de la machette &raquo;), les jeunes install&eacute;s gagnent en reconnaissance sociale d&egrave;s que leurs projets portent des fruits. Leur comp&eacute;tence technique est reconnue, voire recherch&eacute;e, par leurs voisins, la perception de la communaut&eacute; devient plus favorable. Bien s&ucirc;r, m&ecirc;me accompagn&eacute;s, ces processus d&rsquo;installation ne sont pas tous des &laquo;&nbsp;success stories&nbsp;&raquo;&nbsp;: les activit&eacute;s restent tributaires du risque agricole (grippe aviaire, inondations, risques de march&eacute;), les exploitations des jeunes n&rsquo;ont pas encore fait la preuve de leur viabilit&eacute; &eacute;conomique, les succ&egrave;s obtenus peuvent g&eacute;n&eacute;rer des jalousies dans les communaut&eacute;s, voire entra&icirc;ner de la malveillance.

Mais, au-del&agrave; de ces premiers r&eacute;sultats &eacute;conomiques et sociaux, somme toute, encourageants, quelque chose dans les t&eacute;moignages des jeunes appara&icirc;t beaucoup plus d&eacute;cisif pour l&rsquo;avenir&nbsp;: ces jeunes sont fiers de ce qu&rsquo;ils font, ils affirment avec beaucoup de conviction que l&rsquo;agriculture est un vrai m&eacute;tier et qu&rsquo;ils ont envie de construire leur avenir dans ce m&eacute;tier.

&laquo; Gr&acirc;ce &agrave; la formation, j&rsquo;ai le go&ucirc;t de l&rsquo;agriculture, avant je ne voulais plus aller au champ. &raquo;
&laquo; M&ecirc;me les jeunes qui n&rsquo;ont pas suivi la formation vont au champ pour copier, cela leur donne le go&ucirc;t. &raquo;
&laquo; Je n&rsquo;ai plus la m&ecirc;me vision des choses,&nbsp; je connais la valeur de l&rsquo;agriculture, c&rsquo;est un facteur de d&eacute;veloppement. &raquo;
&laquo; C&rsquo;est un bon m&eacute;tier, cela nous d&eacute;veloppe. &raquo;
&laquo; C&rsquo;est l&rsquo;agriculture qui nous fait les hommes de demain. &raquo;

(Extraits d&rsquo;entretiens avec des jeunes form&eacute;s au sein du dispositif AFOP au Cameroun)

Bien que r&eacute;cent et demandant &agrave; &ecirc;tre consolid&eacute;, le changement de perception et de posture face &agrave; l&rsquo;agriculture constitue l&rsquo;un des r&eacute;sultats les plus significatifs observ&eacute;s &agrave; ce stade dans les dispositifs d&rsquo;accompagnement &eacute;tudi&eacute;s. Il est le fait des jeunes eux&ndash;m&ecirc;mes, mais aussi de leurs familles et des territoires qui les accueillent, et constitue&nbsp; sans doute une condition essentielle du renouvellement&nbsp; et de la transformation des agricultures familiales. Il est le fruit d&rsquo;une acquisition de comp&eacute;tences professionnelles par les jeunes, d&rsquo;une premi&egrave;re mise en pratique r&eacute;ussie, d&rsquo;une prise de confiance progressive en l&rsquo;avenir, processus qui requi&egrave;rent du temps et qui peuvent &ecirc;tre facilit&eacute;s par un accompagnement appropri&eacute;&hellip;

Note : cet article a &eacute;t&eacute; l&eacute;g&egrave;rement r&eacute;vis&eacute; par rapport &agrave; la version dat&eacute;e du 5 janvier



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Assurer les petits agriculteurs contre les risques climatiques : une opportunité et un défi L&rsquo;assurance bas&eacute;e sur des indices de rendement ou m&eacute;t&eacute;orologiques permet de prot&eacute;ger les petits exploitants agricoles contre les risques climatiques. Cette innovation contribue &agrave; am&eacute;liorer leurs conditions de vie, la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et leur capacit&eacute; d&rsquo;adaptation au changement climatique. Sa g&eacute;n&eacute;ralisation doit &ecirc;tre une priorit&eacute; sur l&rsquo;agenda du d&eacute;veloppement durable. Elle implique une coop&eacute;ration &eacute;troite et &agrave; long terme entre tous les acteurs impliqu&eacute;s, qu&rsquo;ils soient publics ou priv&eacute;s.

Les pays en d&eacute;veloppement comptent environ 430 millions d&rsquo;exploita&shy;tions agricoles de moins de deux hectares. Ces exploitations contribuent &agrave; plus de 80 % &agrave; la couverture des besoins alimentaires de ces pays.

Or, dans leur immense majo&shy;rit&eacute;, elles ne b&eacute;n&eacute;ficient d&rsquo;aucun dispositif de protection contre les risques naturels, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;assurances agricoles priv&eacute;es ou de syst&egrave;mes publics d&rsquo;indemnisation des calami&shy;t&eacute;s agricoles.

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Jusqu&rsquo;&agrave; une date r&eacute;cente, ces agriculteurs &eacute;taient en effet consid&eacute;r&eacute;s comme non assurables : les sommes &agrave; couvrir &eacute;taient trop faibles et les co&ucirc;ts d&rsquo;admi&shy;nistration, de commercialisation et d&rsquo;expertise trop &eacute;lev&eacute;s. Le d&eacute;veloppement r&eacute;cent de l&rsquo;assurance indicielle change la donne. Contrairement &agrave; l&rsquo;assurance traditionnelle, qui fait appel &agrave; un expert pour &eacute;valuer in situ la perte &eacute;conomique lors d&rsquo;un sinistre, l&rsquo;assurance indicielle s&rsquo;appuie sur des donn&eacute;es biom&eacute;triques (fournies par l&rsquo;imagerie satellitaire ou par des stations m&eacute;t&eacute;o de surface) ou sur des donn&eacute;es de rendement moyen pour mod&eacute;liser la perte li&eacute;e par exemple &agrave; une pluviom&eacute;trie insuffisante et d&eacute;clencher automatiquement une indemnisation.

En outre, en liant l&rsquo;assurance &agrave; la distribution d&rsquo;intrants ou &agrave; l&rsquo;octroi d&rsquo;un pr&ecirc;t de r&eacute;colte, les co&ucirc;ts de commercialisation peuvent &ecirc;tre fortement r&eacute;duits.

Cette approche doublement innovante met l&rsquo;assurance agricole &agrave; la port&eacute;e des petites exploitations dans les pays en d&eacute;veloppement.

Elle permet d&rsquo;assurer des montants minimes pour de tr&egrave;s petites exploitations et d&rsquo;indemniser rapidement les b&eacute;n&eacute;ficiaires. Prot&eacute;g&eacute; contre le risque de perte de sa r&eacute;colte, voire de ruine de son outil de travail, l&rsquo;agriculteur est incit&eacute; &agrave; investir davantage. Il obtiendra plus facilement un pr&ecirc;t de r&eacute;colte aupr&egrave;s d&rsquo;une banque ou d&rsquo;une institution de microfinance. Lorsque l&rsquo;assurance est li&eacute;e au cr&eacute;dit, le capital emprunt&eacute; est rembours&eacute; directement &agrave; l&rsquo;institution financi&egrave;re en cas de sinistre. Ainsi l&rsquo;emprunteur reste solvable pour la campagne suivante et le risque de d&eacute;faut de l&rsquo;agriculteur diminue sensiblement.

En transf&eacute;rant au march&eacute; une partie des risques auxquels les petits producteurs sont naturellement expos&eacute;s, l&rsquo;assurance indicielle permet de d&eacute;verrouiller leur capacit&eacute; d&rsquo;investissement et constitue un puissant facteur de d&eacute;veloppement et de modernisation des exploitations familiales.

Les &eacute;tudes d&rsquo;impact men&eacute;es dans plusieurs pays (Chine, Inde, Ghana, Malawi, &Eacute;thiopie, Kenya) ont montr&eacute; les effets positifs de l&rsquo;assurance agricole pour les agriculteurs : augmentation des surfaces cultiv&eacute;es, de la demande de cr&eacute;dit, de l&rsquo;investissement et des revenus.

L&rsquo;augmentation des rendements n&eacute;cessaire pour nourrir une population en croissance rapide, notamment en Afrique subsaharienne, passe par la diffusion de produits d&rsquo;assurance r&eacute;colte adapt&eacute;s &agrave; la grande majorit&eacute; des exploitations de moins de deux hectares.

La diffusion de ce nouveau type de produits rencontre toutefois quelques obstacles. Le risque de base &ndash; l&rsquo;&eacute;cart &eacute;ventuel entre le dommage estim&eacute; par l&rsquo;indice et la perte r&eacute;elle subie par l&rsquo;agriculteur &ndash; constitue le principal d&eacute;fi pos&eacute; par l&rsquo;assurance indicielle. Cet &eacute;cart peut &ecirc;tre li&eacute; &agrave; une erreur de calibration de l&rsquo;indice, &agrave; une qualit&eacute; insuffisante des donn&eacute;es ou &agrave; la topographie. L&rsquo;installation de stations m&eacute;t&eacute;orologiques autonomes &agrave; bas co&ucirc;t et la mise au point d&rsquo;index plus performants permettront d&rsquo;am&eacute;liorer la qualit&eacute;, la r&eacute;gularit&eacute; et la granularit&eacute;[1] des donn&eacute;es collect&eacute;es, et de r&eacute;duire le risque de base.

Les autres obstacles &agrave; une diffusion beaucoup plus large de l&rsquo;assurance indicielle agricole sont d&rsquo;ordre financier et culturel

En effet malgr&eacute; des co&ucirc;ts d&rsquo;administration et de distribution faibles, le montant des primes d&rsquo;assurance peut constituer une barri&egrave;re, d&rsquo;autant plus &eacute;lev&eacute;e que le concept m&ecirc;me d&rsquo;assurance est souvent inconnu des petits agriculteurs, ou leur inspire une grande m&eacute;fiance.

Pour &ecirc;tre identifi&eacute;s et surmont&eacute;s, ces obstacles requi&egrave;rent une collaboration &eacute;troite entre tous les acteurs publics et priv&eacute;s impliqu&eacute;s dans la cha&icirc;ne de valeur de l&rsquo;assurance indicielle agricole.

&nbsp;En effet, l&rsquo;&eacute;laboration de produits adapt&eacute;s et leur diffusion aupr&egrave;s de petites exploitations dispers&eacute;es sur un vaste territoire n&eacute;cessitent l&rsquo;intervention non seulement des compagnies d&rsquo;assurance et de r&eacute;assurance, mais aussi celle d&rsquo;une cha&icirc;ne complexe d&rsquo;acteurs en amont et en aval&nbsp;: op&eacute;rateurs techniques sp&eacute;cialis&eacute;s pour concevoir les produits, entreprises de technologie et de &laquo;&nbsp;big data&nbsp;&raquo; pour alimenter les indices, entreprises agro-industrielles, institutions de microfinance et banques pour acheminer le produit d&rsquo;assurance jusqu&rsquo;au petit producteur en le liant &agrave; la vente d&rsquo;intrants ou &agrave; l&rsquo;octroi d&rsquo;un cr&eacute;dit.

Elle requiert aussi un dialogue &eacute;troit avec les r&eacute;gulateurs pour lever d&rsquo;&eacute;ventuels obstacles r&eacute;glementaires, ainsi qu&rsquo;une collaboration avec les gouvernements et les institutions financi&egrave;res internationales pour mettre au point les m&eacute;canismes d&rsquo;incitation n&eacute;cessaires. Le soutien public peut porter sur le subventionnement des primes d&rsquo;assurance, mais aussi sur l&rsquo;investissement dans les biens publics n&eacute;cessaires au d&eacute;veloppement de l&rsquo;assurance indicielle (infrastructures m&eacute;t&eacute;orologiques, donn&eacute;es, recherche et d&eacute;veloppement), voire sur des capacit&eacute;s additionnelles de r&eacute;assurance ou de titrisation au niveau mondial.

Nous plaidons pour que l&rsquo;extension de l&rsquo;assurance contre les risques climatiques &agrave; la grande majorit&eacute; des petites exploitations agricoles dans les pays en d&eacute;veloppement soit reconnue comme une priorit&eacute; sur l&rsquo;agenda du d&eacute;veloppement durable et sur celui de l&rsquo;adaptation au changement climatique.

Nous appelons &agrave; la constitution d&rsquo;une Alliance mondiale r&eacute;unissant tous les partenaires publics et priv&eacute;s qui partagent cette vision et sont pr&ecirc;ts &agrave; en favoriser la mise en &oelig;uvre concr&egrave;te dans le cadre d&rsquo;une coop&eacute;ration ouverte multi-acteurs.

Gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;innovation technologique et &agrave; une coop&eacute;ration &eacute;troite et de long terme entre les acteurs publics et priv&eacute;s, c&rsquo;est un march&eacute; de 430 millions d&rsquo;exploitations agricoles qui s&rsquo;ouvre au secteur de l&rsquo;assurance, c&rsquo;est aussi et surtout la perspective de contribuer de fa&ccedil;on d&eacute;cisive &agrave; la r&eacute;ponse aux grands d&eacute;fis de s&eacute;curit&eacute; alimentaire que soul&egrave;vent l&rsquo;&eacute;volution d&eacute;mographique et le changement climatique. &nbsp;

Pour plus d&rsquo;information sur l&rsquo;assurance agricole, voir l&rsquo;article publi&eacute; dans la revue de Proparco, Secteur Priv&eacute; &amp; D&eacute;veloppement, no25, &laquo;&nbsp;L&rsquo;assurance en Afrique&nbsp;: un futur &agrave; construire&nbsp;&raquo;&nbsp;]]>
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Comment mesurer et améliorer l'impact climatique des programmes de développement agricole ? Pr&egrave;s d&rsquo;un quart des &eacute;missions totales de gaz &agrave; effet de serre (GES), soit 10 &agrave; 12 Gt &eacute;quivalent CO2 par an, proviennent de l&rsquo;agriculture, de la for&ecirc;t et du changement d'affectation des terres. Agir sur ce secteur peut permettre d&rsquo;att&eacute;nuer sensiblement le changement climatique. De nombreuses options techniques sont disponibles et peuvent &ecirc;tre d&eacute;ploy&eacute;es imm&eacute;diatement[1]&nbsp;:

  • r&eacute;duire les &eacute;missions de dioxyde de carbone (CO2) gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;duction de la d&eacute;forestation et de la d&eacute;gradation foresti&egrave;re, l&rsquo;adoption de pratiques agricoles plus durables (r&eacute;duction du travail du sol, gestion int&eacute;gr&eacute;e des intrants et de l&rsquo;eau, etc.) ;
  • r&eacute;duire les &eacute;missions de m&eacute;thane (CH4) et d&rsquo;oxyde nitreux (N2O) via l&rsquo;am&eacute;lioration des syst&egrave;mes d&rsquo;&eacute;levage (notamment la gestion des effluents) et une gestion plus efficiente des syst&egrave;mes d&rsquo;irrigation rizicoles et des intrants ;
  • stocker le carbone par l&rsquo;utilisation de pratiques agricoles ad&eacute;quates, l&rsquo;am&eacute;lioration de la gestion des pratiques foresti&egrave;res, l&rsquo;afforestation et la reforestation, l&rsquo;am&eacute;lioration des p&acirc;tures et la restauration des sols d&eacute;grad&eacute;s.


Figure
1: Exemple de syst&egrave;me agroforestier en Afrique, source&nbsp;: FAO

Des investissements importants sont n&eacute;cessaires pour soutenir la transition mondiale vers une agriculture &agrave; faible &eacute;mission de carbone et r&eacute;siliente au changement climatique. Au-del&agrave; des fonds publics, la mobilisation des investisseurs &nbsp;priv&eacute;s sera essentielle pour atteindre un changement significatif, transformationnel, avec des impacts durables sur toutes les &eacute;conomies[2].

La mise en &oelig;uvre des politiques publiques dans le secteur agricole se fait &agrave; travers un ensemble d&rsquo;incitations et de r&eacute;glementations destin&eacute;es &agrave; influencer les acteurs dans leurs choix strat&eacute;giques en mati&egrave;re d&rsquo;orientation et de transformation des activit&eacute;s de production. A travers le financement du secteur agricole, on dispose ainsi d&rsquo;un ensemble d&rsquo;outils pour inciter au changement, promouvoir de nouvelles pratiques agricoles plus durables, moins polluantes, r&eacute;duire les externalit&eacute;s n&eacute;gatives (pollution de l&rsquo;eau) ou appuyer les externalit&eacute;s positives (fixation de carbone dans le sol ou la biomasse, biodiversit&eacute;).

Dans le cadre du changement climatique, il s&rsquo;agit par exemple de l&rsquo;acc&egrave;s aux :

  • fonds climat pour les projets publics,
  • taux bonifi&eacute;s et subventions pour les investissements priv&eacute;s fixateurs de carbone,
  • paiements de services environnementaux aux producteurs pour des pratiques agro-&eacute;cologiques ou climato-intelligentes ou renfor&ccedil;ant la r&eacute;silience aux chocs climatiques,
  • fonds de garantie ou d&rsquo;assurance climat, ou encore
  • obligations labellis&eacute;es &laquo; climat &raquo;.

Ces outils permettent d&rsquo;accompagner la cr&eacute;ation de partenariats public-priv&eacute; et donc de mettre en place un v&eacute;ritable effet de levier pour des pratiques climato-intelligentes.

Pour s&rsquo;assurer que les programmes/projets d&rsquo;investissement public en agriculture et au titre de l&rsquo;aide au d&eacute;veloppement, ainsi que les investissements priv&eacute;s, sont identifi&eacute;s et con&ccedil;us pour optimiser leur impact en termes d&rsquo;adaptation et d&rsquo;att&eacute;nuation du changement climatique, il faut pouvoir les &eacute;valuer sur ces crit&egrave;res. Depuis 2015, cette &eacute;valuation ex-ante sur l&rsquo;impact carbone est devenue un pr&eacute;alable obligatoire &agrave; l&rsquo;approbation des projets d&rsquo;investissement notamment dans l&rsquo;agriculture et les for&ecirc;ts.

Gr&acirc;ce aux donn&eacute;es de coefficients carbone et aux m&eacute;thodologies d&rsquo;analyse du bilan carbone publi&eacute;es par le Groupe d&rsquo;experts intergouvernemental sur l&rsquo;&eacute;volution du climat (GIEC), la FAO a pu d&eacute;velopper l&rsquo;outil EX-ACT[3]&nbsp;(Ex-Ante Carbon-balance Tool) d&egrave;s 2009. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst&egrave;me d&rsquo;&eacute;valuation qui fournit des estimations ex-ante de l&rsquo;impact des projets, programmes et politiques de d&eacute;veloppement agricole et forestier sur le bilan carbone. Celui-ci se d&eacute;finit comme le bilan net de toutes les &eacute;missions de GES, exprim&eacute;es en &eacute;quivalent CO2, &eacute;mises ou s&eacute;questr&eacute;es lors du projet. Il correspond ainsi &agrave; la diff&eacute;rence entre un sc&eacute;nario &laquo; avec projet &raquo; et un sc&eacute;nario &laquo; sans projet &raquo; ou sc&eacute;nario de r&eacute;f&eacute;rence.

Prenons l&rsquo;exemple du Plan Maroc Vert (PMV), qui illustre parfaitement la convergence entre politique et financement de l&rsquo;agriculture dans le cadre de politiques &laquo; vertes &raquo; influant &agrave; la fois sur l&rsquo;att&eacute;nuation du changement climatique et sur l&rsquo;adaptation &agrave; ses effets. Un zoom sur la fili&egrave;re ol&eacute;icole y d&eacute;voile une strat&eacute;gie &agrave; grande &eacute;chelle d&rsquo;expansion et d&rsquo;intensification de cette fili&egrave;re par l&rsquo;installation de 440 000 ha de nouvelles plantations d&rsquo;olivier, la r&eacute;habilitation de 300 000 ha de plantations existantes et l&rsquo;&eacute;quipement de 136 000 ha de vergers en micro-irrigation.

Dans ce cas, le Cr&eacute;dit Agricole du Maroc (CAM) agit comme intervenant principal car il distribue non seulement le cr&eacute;dit, mais aussi les subventions (350-600 euros/ha pour les nouvelles plantations, 80-100 % du co&ucirc;t d&rsquo;installation du syst&egrave;me d&rsquo;irrigation&hellip;). L&rsquo;investissement global pour la fili&egrave;re sur la p&eacute;riode 2009-2020, au titre de ce partenariat public-priv&eacute;, s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &agrave; 2,7 milliards d&rsquo;euros dont 0,8 milliard financ&eacute; par l&rsquo;Etat (33 %).

L&rsquo;impact de ce programme d&rsquo;investissement en termes de bilan carbone a &eacute;t&eacute; estim&eacute; &agrave; 61 millions t CO2 s&eacute;questr&eacute;es sur 20 ans, soit en moyenne 3 millions t CO2 d&rsquo;att&eacute;nuation par an. L&rsquo;essentiel provient des nouvelles plantations d&rsquo;oliviers qui permettent de fixer 56 millions t CO2 et la r&eacute;habilitation de plantations existantes &agrave; hauteur de 6,7 millions t CO2. Cet impact compense les &eacute;missions annuelles de gaz &agrave; effet de serre d&rsquo;un pays comme Madagascar (3,08 millions t CO2/an).&nbsp;

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Figure 2 : une oliveraie marocaine[4]

L'adaptation au changement climatique et l'att&eacute;nuation de ses effets ayant pris une importance majeure dans les priorit&eacute;s des gouvernements, il devient n&eacute;cessaire de mesurer les performances climat de tout projet d&rsquo;investissement public en mati&egrave;re d&rsquo;att&eacute;nuation des &eacute;missions de GES et de capacit&eacute; d&rsquo;adaptation au changement climatique. La mobilisation croissante des fonds climatiques dans le cofinancement des investissements publics et priv&eacute;s de d&eacute;veloppement&nbsp; conduit ainsi les bailleurs de fonds et les banques &agrave; mettre en place progressivement des syst&egrave;mes de suivi-&eacute;valuation des impacts du changement climatique. Cela assure une meilleure orientation des investissements et une concr&eacute;tisation des avantages attendus de telles actions[5].

Le secteur de l&rsquo;agriculture, de la for&ecirc;t et du changement d&rsquo;affectation des terres peut ainsi contribuer de 20 &agrave; 60 % au potentiel d&rsquo;att&eacute;nuation des &eacute;missions de GES d&rsquo;ici &agrave; 2030. Pour accro&icirc;tre cet objectif, il faut une forte mobilisation des institutions de d&eacute;veloppement agricole qui financent le secteur et fournissent l&rsquo;appui technique aux producteurs. Dans le cadre de partenariats public-priv&eacute;, la transition vers de nouvelles pratiques d'att&eacute;nuation pourrait demander de nouvelles formes de cr&eacute;dit, de gestion de risque ou m&eacute;canismes d'assurance, des fonds cibl&eacute;s de d&eacute;veloppement agricole, s&rsquo;inscrivant comme les outils d&rsquo;une politique sectorielle incitative comme dans l&rsquo;exemple du Plan Maroc Vert.

&nbsp;La COP22 a &eacute;t&eacute; une &eacute;tape cl&eacute; pour mobiliser des partenariats public-priv&eacute; dans le secteur agricole africain. En ce sens, l&rsquo;initiative &laquo;&nbsp;Triple A&nbsp;&raquo; (&laquo; Adaptation de l&rsquo;Agriculture Africaine &raquo;) propos&eacute;e par le Maroc constitue un premier pas vers la mise en &oelig;uvre de mesures conjuguant l&rsquo;am&eacute;lioration de la productivit&eacute; agricole, le stockage du carbone dans le sol et la lutte &nbsp;contre la s&eacute;cheresse, afin d&rsquo;aider le continent le plus touch&eacute; par les changements climatiques.

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L'intelligence économique au service des filières céréales d'Afrique de l'Ouest Dans les fili&egrave;res agricoles lib&eacute;ralis&eacute;es, les producteurs, commer&ccedil;ants, exportateurs et transformateurs sont confront&eacute;s &agrave; une importante volatilit&eacute; des prix, g&eacute;n&eacute;rant des risques dans leur activit&eacute;. S&rsquo;il existe une abondante litt&eacute;rature sur les outils de gestion de ces risques, peu de solutions sont actuellement propos&eacute;es aux op&eacute;rateurs des cha&icirc;nes de valeur en Afrique de l&rsquo;Ouest.

C&rsquo;est pour r&eacute;pondre &agrave; ce besoin que RONGEAD a cr&eacute;&eacute; en 2010 un service d&rsquo;information et de conseil nomm&eacute; Nkalo[1]. Ce service, bas&eacute; sur des outils de l&rsquo;intelligence &eacute;conomique et organis&eacute;&nbsp;en partenariat avec l&rsquo;entreprise ODA, d&eacute;crypte les march&eacute;s agricoles mondiaux et fournit pour les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques ouest-africains une information adapt&eacute;e &agrave; leurs besoins&nbsp;: pour les producteurs, des SMS simples et clairs permettant de prendre des d&eacute;cisions sur la commercialisation de leurs produits&nbsp;; pour les commer&ccedil;ants et transformateurs, des bulletins de march&eacute; permettant d&rsquo;affiner leurs strat&eacute;gies commerciales.

A terme, 10 000 producteurs et productrices recevront des informations sur les march&eacute;s des c&eacute;r&eacute;ales par SMS.&nbsp;


Ce service est fonctionnel pour des fili&egrave;res particuli&egrave;rement dynamiques en Afrique de l&rsquo;Ouest&nbsp;: la noix de cajou, le s&eacute;same et le karit&eacute; (en 2013, ces trois fili&egrave;res repr&eacute;sentaient plus de 700 millions d&rsquo;euros et constituaient une source de revenu pour plus de 800&nbsp;000 familles). Le service Nkalo est disponible actuellement dans quatre pays : C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, Burkina Faso, Mali et S&eacute;n&eacute;gal. Le service, loin d&rsquo;avoir r&eacute;v&eacute;l&eacute; tout son potentiel, doit s&rsquo;am&eacute;liorer en continu, en particulier sur l&rsquo;accessibilit&eacute; des informations, l&rsquo;efficacit&eacute; des syst&egrave;mes de diffusion et l&rsquo;ergonomie des services propos&eacute;s. Nkalo est actuellement financ&eacute; par ses utilisateurs (abonn&eacute;s aux bulletins et SMS) et par la vente d&rsquo;expertise sur-mesure.

Sur la base de cette exp&eacute;rience, il est apparu opportun de la d&eacute;multiplier sur le secteur des c&eacute;r&eacute;ales. L&rsquo;&eacute;quipe s&rsquo;est lanc&eacute;e en juillet 2016 sur ce nouveau d&eacute;fi : appuyer les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques des fili&egrave;res c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest en d&eacute;veloppant une information sur ces march&eacute;s. Ce d&eacute;fi vise une am&eacute;lioration des strat&eacute;gies de commercialisation et de stockage pour quatre c&eacute;r&eacute;ales (riz, ma&iuml;s, mil et sorgho) par le secteur priv&eacute; en Afrique de l&rsquo;Ouest, gr&acirc;ce &agrave; une meilleure gestion des risques commerciaux.&nbsp; Pour ce faire, l&rsquo;&eacute;quipe est associ&eacute;e au R&eacute;seau Ouest-Africain des C&eacute;r&eacute;aliers (ROAC), et cible les Comit&eacute;s Interprofessionnels C&eacute;r&eacute;aliers de 8 pays membres de la CEDEAO (S&eacute;n&eacute;gal, Mali, Burkina Faso, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, Ghana, Togo, B&eacute;nin et Niger). Le projet a &eacute;galement pour objet de transf&eacute;rer des outils bas&eacute;s sur l&rsquo;intelligence &eacute;conomique &agrave; des analystes nationaux membres du ROAC, afin d&rsquo;ancrer l&rsquo;expertise dans les pays.

Les c&eacute;r&eacute;ales, une production hautement strat&eacute;gique

La production c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re en Afrique de l&rsquo;Ouest connait une forte croissance - elle a tripl&eacute; entre 1982 et 2007 - et s&rsquo;&eacute;levait en 2014 &agrave; 57,6 millions de tonnes. Cette production couvre 80 % des besoins locaux et deux tiers des c&eacute;r&eacute;ales locales sont consomm&eacute;s en milieu rural. Le march&eacute; africain est globalement lib&eacute;ralis&eacute;&nbsp;: les taux de protection &agrave; l&rsquo;importation sont faibles voire inexistants, les interventions publiques sur les stocks repr&eacute;sentent moins de 10 % du march&eacute; global. Les op&eacute;rateurs priv&eacute;s sont donc soumis &agrave; d&rsquo;importants risques commerciaux endog&egrave;nes, tandis que les risques exog&egrave;nes (achats et ventes publics, distributions alimentaires des institutions &laquo; urgentistes &raquo;, impact des march&eacute;s internationaux) sont nombreux et parfois peu transparents ou pr&eacute;visibles. Il est donc essentiel de d&eacute;velopper des outils par et pour les professionnels de ces march&eacute;s.

Dans ce contexte, le projet vise &agrave; construire une offre d'information et de conseil adapt&eacute;s aux besoins du secteur c&eacute;r&eacute;alier, de d&eacute;velopper un r&eacute;seau d&rsquo;organismes de stockeurs priv&eacute;s, f&eacute;d&eacute;r&eacute;s par le ROAC et de renforcer l&rsquo;expertise technique et l&rsquo;implication des op&eacute;rateurs dans la gouvernance et la r&eacute;gulation du secteur en Afrique de l&rsquo;Ouest. Par la production d&rsquo;informations qualitatives, ind&eacute;pendantes et robustes, le projet vise &eacute;galement &agrave; construire des plaidoyers solides pour le d&eacute;veloppement des fili&egrave;res locales.

Concr&egrave;tement, le projet produira des bulletins mensuels sur les march&eacute;s des c&eacute;r&eacute;ales, incluant une analyse prospective et des conseils sur les strat&eacute;gies de commercialisation, se distinguant ainsi des suivis purement statistiques ou descriptifs r&eacute;pondant &agrave; d&rsquo;autres objectifs. Il visera &eacute;galement la diffusion d&rsquo;informations &agrave; destination de plus de 10 000 producteurs via SMS[2]. Le premier bulletin &laquo;&nbsp;Les C&eacute;r&eacute;aliers&nbsp;&raquo;, publi&eacute; le 31 ao&ucirc;t en anglais et en fran&ccedil;ais, a &eacute;t&eacute; diffus&eacute; &agrave; plus de 800&nbsp;professionnels et institutionnels du secteur. L&rsquo;information a &eacute;t&eacute; relay&eacute;e dans plusieurs r&eacute;seaux d&rsquo;informations et les premiers retours sont positifs. La demande d&rsquo;informations fiables sur ces march&eacute;s est forte. Suite aux crises alimentaires de 2008, les ministres de l&rsquo;Agriculture des pays du G20 avaient suscit&eacute; la cr&eacute;ation d&rsquo;un observatoire mondial des march&eacute;s alimentaires strat&eacute;giques (bl&eacute;, riz, ma&iuml;s, soja), cr&eacute;&eacute; en 2011 sous l&rsquo;&eacute;gide de la FAO[3]. Nous esp&eacute;rons, avec modestie, que &laquo;&nbsp;Les C&eacute;r&eacute;aliers&nbsp;&raquo; contribuera &agrave; une meilleure analyse strat&eacute;gique du secteur en Afrique de l&rsquo;Ouest.&nbsp;]]>
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La grande majorité des pauvres vivent de l’agriculture… et vice-versa Eliminer l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute; d&rsquo;ici &agrave; 2030&nbsp;: c&rsquo;est le premier des objectifs de d&eacute;veloppement durable (ODD) adopt&eacute;s par l&rsquo;Organisation des Nations unies. L&rsquo;ODD n&deg;&nbsp;10 vise quant &agrave; lui &agrave; r&eacute;duire les in&eacute;galit&eacute;s entre pays et au sein de chaque pays. Ces deux objectifs sont distincts mais compl&eacute;mentaires, souligne la Banque mondiale dans son rapport Poverty and Shared Prosperity 2016: Taking on Inequality, rendu public d&eacute;but octobre. Son message est clair&nbsp;: si les taux de croissance &eacute;conomique d&rsquo;ici &agrave; 2030 restent aux niveaux observ&eacute;s durant la derni&egrave;re d&eacute;cennie, il faudra r&eacute;duire fortement les in&eacute;galit&eacute;s de revenu pour &eacute;radiquer l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute;, qui atteignait encore 11 % (41 % en Afrique subsaharienne) en 2013.



Mais qui sont les pauvres&nbsp;? Un autre rapport de la Banque mondiale, publi&eacute; simultan&eacute;ment, livre une moisson d&rsquo;informations[1]. Une &eacute;quipe de chercheurs a pass&eacute; au peigne fin les statistiques disponibles pour 89 pays qui regroupent 84 % de la population des pays en d&eacute;veloppement. Dans l&rsquo;&eacute;chantillon &eacute;tudi&eacute;, 12,5 % des habitants, en 2013, vivaient en moyenne avec moins de 1,90&nbsp;dollar par jour et tombaient donc sous le seuil de l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute;. Pr&egrave;s de 20 %, ayant un pouvoir d&rsquo;achat compris entre 1,90 et 3,10 dollars par jour, souffraient en outre de pauvret&eacute; &laquo;&nbsp;mod&eacute;r&eacute;e&nbsp;&raquo;[2]. Soit un taux global de pauvret&eacute;, extr&ecirc;me et mod&eacute;r&eacute;e, de 32&nbsp;%.

La pauvret&eacute; touche &laquo;&nbsp;de mani&egrave;re disproportionn&eacute;e&nbsp;&raquo; le milieu rural, notent les auteurs de l&rsquo;&eacute;tude. Environ 46 % des ruraux vivent avec moins de 3,10 dollars par jour, contre 16 % des urbains. Cela tient au fait&nbsp; que la majeure partie des ruraux travaillent dans l&rsquo;agriculture et que la moiti&eacute; des actifs agricoles sont pauvres, contre 16 % pour les personnes employ&eacute;es hors de l&rsquo;agriculture[3].

On peut regarder les choses d&rsquo;une autre fa&ccedil;on&nbsp;: 57 % des pauvres (et 65 % des extr&ecirc;mement pauvres) travaillent dans l&rsquo;agriculture. Ce ratio varie sensiblement selon les r&eacute;gions&nbsp;; il est particuli&egrave;rement &eacute;lev&eacute; en Afrique subsaharienne[4].&nbsp;

Ces observations sont lourdes de cons&eacute;quences pour les politiques publiques. Le rapport Poverty and Shared Prosperity 2016 avance des solutions transversales, consistant essentiellement &agrave; mener des politiques sociales ambitieuses (&eacute;ducation, sant&eacute;, aides directes aux plus d&eacute;munis) et am&eacute;liorer les infrastructures rurales (routes, &eacute;lectrification). Mais il ne discute pratiquement pas de mesures sectorielles. Or, si deux tiers des personnes extr&ecirc;mement pauvres vivent de l&rsquo;agriculture, la priorit&eacute; des Etats et des bailleurs, pour atteindre l&rsquo;ODD n&deg; 1, devrait &ecirc;tre d&rsquo;am&eacute;liorer le revenu des actifs concern&eacute;s. Comment&nbsp;? D&rsquo;abord en augmentant la productivit&eacute; de l&rsquo;agriculture, comme le recommande la Banque mondiale dans un troisi&egrave;me document, publi&eacute; &agrave; peu pr&egrave;s au m&ecirc;me moment[5]. Mais aussi en cr&eacute;ant des emplois non agricoles dans les zones rurales, pour permettre aux petits agriculteurs de diversifier leurs sources de revenu et pour offrir une alternative &agrave; ceux qui ne vivent pas d&eacute;cemment de la production agricole. Les industries et services d&rsquo;amont et d&rsquo;aval de l&rsquo;agriculture (transformation, agrofourniture, m&eacute;canisation&hellip;) constituent, de ce point de vue, des gisements d&rsquo;emplois encore largement sous-exploit&eacute;s. &nbsp;&nbsp;&nbsp;

En outre, si le taux de pauvret&eacute; est en moyenne trois fois plus grand parmi les actifs agricoles qu&rsquo;au sein des urbains (et m&ecirc;me quatre fois plus &eacute;lev&eacute; si l&rsquo;on consid&egrave;re l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute;), les politiques mises en &oelig;uvre dans le secteur agricole peuvent contribuer fortement &agrave; r&eacute;duire les in&eacute;galit&eacute;s, donc &agrave; atteindre l&rsquo;ODD n&deg; 10. C&rsquo;est bien ce qui s&rsquo;est pass&eacute; dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s qui ont appliqu&eacute;, historiquement, de vigoureuses politiques agricoles.

Ce n&rsquo;est donc pas seulement parce qu&rsquo;elle conditionne la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et joue un r&ocirc;le crucial en mati&egrave;re de changement climatique qu&rsquo;il est justifi&eacute; de soutenir l&rsquo;agriculture et d&rsquo;y investir massivement. Le secteur agricole est le vecteur potentiel d&rsquo;&eacute;normes progr&egrave;s sociaux, en termes de r&eacute;duction de la pauvret&eacute; et des in&eacute;galit&eacute;s et, si l&rsquo;on raisonne au niveau des fili&egrave;res agroalimentaires, sur le plan de la cr&eacute;ation d&rsquo;emplois, th&egrave;me du colloque annuel de la fondation FARM qui se tiendra le 8 d&eacute;cembre &agrave; l&rsquo;OCDE. La Banque mondiale le soulignait d&eacute;j&agrave; il y a pr&egrave;s de dix ans, dans un rapport qui a fait date[6]. Ses derni&egrave;res analyses confirment ce diagnostic et plaident pour un effort accru des gouvernements et des bailleurs en faveur de l&rsquo;agriculture et, plus largement, du monde rural. &nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3117 2016-10-26 text/htmlfr
Des raisons d’être optimiste pour les économies agricoles subsahariennes Un ralentissement g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; de l&rsquo;Afrique subsaharienne&nbsp;? Plut&ocirc;t une divergence entre les &eacute;conomies

Les indicateurs macro&eacute;conomiques des pays africains sont en berne et avec eux, l&rsquo;optimisme portant sur le continent africain qui pr&eacute;valait depuis la d&eacute;cennie 2000.[1] Symbole des &laquo;&nbsp;lions africains&nbsp;&raquo;, l&rsquo;Afrique du Sud peine en 2016 &agrave; sortir de la stagnation alors que le Nig&eacute;ria devrait &ecirc;tre en forte r&eacute;cession. La conjoncture ext&eacute;rieure est peu porteuse&nbsp;: 1) le cours de la plupart des mati&egrave;res premi&egrave;res export&eacute;es est tr&egrave;s en dessous des niveaux d&rsquo;avant mi-2014&nbsp;; 2) la locomotive de la demande chinoise d&eacute;c&eacute;l&egrave;re&nbsp;; 3) la politique mon&eacute;taire am&eacute;ricaine, orient&eacute;e vers une augmentation du taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t directeur, conduit &agrave; un surench&eacute;rissement du dollar et rend plus co&ucirc;teux l&rsquo;endettement en devises.

Face &agrave; ces &eacute;l&eacute;ments adverses, il faut n&eacute;anmoins faire preuve de discernement car tous les pays africains n&rsquo;ont pas la m&ecirc;me vuln&eacute;rabilit&eacute;. Les structures &eacute;conomiques des pays sont plus diversifi&eacute;es qu&rsquo;elles ne l&rsquo;&eacute;taient dans les ann&eacute;es 1980 et 1990, &laquo;&nbsp;d&eacute;cennies perdues du d&eacute;veloppement&nbsp;&raquo;. Les services sont aujourd&rsquo;hui le c&oelig;ur de l&rsquo;activit&eacute; dans les &eacute;conomies subsahariennes&nbsp;: ils repr&eacute;sentent plus de 50 % du PIB dans la majorit&eacute; des pays de la zone. Et puisque les services sont le secteur majoritaire dans la plupart des &eacute;conomies subsahariennes, la distinction entre les types d&rsquo;&eacute;conomies se fait plus sur leur positionnement sur les cha&icirc;nes de valeur mondiales que sur leur structure sectorielle. Le panier des exportations est donc le meilleur indicateur de positionnement d&rsquo;un pays sur les cha&icirc;nes de valeur. Se distinguent ainsi trois groupes&nbsp;: les pays exportateurs de mati&egrave;res min&eacute;rales et fossiles (Angola, Gabon, Mozambique, Nigeria, RDC, Zambie), les pays exportateurs de mati&egrave;res d&rsquo;origine agricole (Kenya, Ethiopie, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire) et les pays exportant les deux types de produits (Ghana).

Horticulture en Ethiopie

Les pays les plus touch&eacute;s par les &eacute;l&eacute;ments externes adverses sont avant tout les pays p&eacute;troliers et miniers. Les difficult&eacute;s du Nigeria sont symptomatiques de celles de nombreux pays africains. En 2013, le pays affichait un exc&eacute;dent commercial de 8 % du PIB, une croissance de 5,4 % et un d&eacute;ficit public de -2,3 % du PIB. En 2016, son solde commercial devrait &ecirc;tre d&eacute;ficitaire, l&rsquo;activit&eacute; en r&eacute;cession (-2 % estim&eacute; en 2016), et sa devise, le naira, a perdu 50 % de sa valeur dans les deux mois suivant la lib&eacute;ralisation du r&eacute;gime de change en juin 2016.

Gare cependant &agrave; une g&eacute;n&eacute;ralisation trop h&acirc;tive, car tous les pays africains ne sont pas concern&eacute;s par ces chocs. D&rsquo;autres &eacute;conomies font preuve d&rsquo;une forte r&eacute;sistance &agrave; la conjoncture ext&eacute;rieure morose&nbsp;: les &eacute;conomies exportatrices de mati&egrave;res agricoles (et importatrices nettes de p&eacute;trole) d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest francophone et d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est. Le prix des produits agricoles a moins diminu&eacute; que le prix des mati&egrave;res fossiles et min&eacute;rales&nbsp;: le cacao, le th&eacute; et le caf&eacute; d&eacute;notent par des cours relativement stables depuis la mi-2014. Enfin, les effets d&rsquo;entra&icirc;nement sur l&rsquo;&eacute;conomie nationale sont moins &eacute;lev&eacute;s pour les mati&egrave;res renouvelables que pour les mati&egrave;res fossiles et min&eacute;rales. La fiscalit&eacute; des pays p&eacute;troliers et miniers est plus volatile et d&eacute;pendante des cours des mati&egrave;res export&eacute;es et leurs exportations sont beaucoup plus concentr&eacute;es.

Par cons&eacute;quent, comme le r&eacute;v&egrave;le le graphique ci-dessous, les &eacute;conomies en nette d&eacute;c&eacute;l&eacute;ration sont avant tout les pays miniers et p&eacute;troliers, alors que les perspectives sont bonnes pour les &eacute;conomies agricoles.

Les moteurs internes, consommation et investissement, assurent la stabilit&eacute; de la croissance &agrave; moyen terme

Une analyse de la demande agr&eacute;g&eacute;e des &eacute;conomies agricoles permet de d&eacute;celer le principal &nbsp;moteur de ces pays&nbsp;: la consommation des m&eacute;nages. Ce n&rsquo;est pas le client &eacute;tranger consommant des produits d&rsquo;origine africaine qui tire la croissance &eacute;conomique mais la consommation locale. L&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est est, par exemple, assez peu extravertie&nbsp;: les exportations repr&eacute;sentent &agrave; peine plus de 16 % du PIB, ce qui limite de fait l&rsquo;exposition &agrave; la conjoncture internationale. La croissance est-africaine est &agrave; ce titre majoritairement autoentretenue par la consommation des m&eacute;nages et l&rsquo;investissement public (cf. graphique suivant).

La dynamique est similaire &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle subsaharienne. Si le PIB r&eacute;gional a plus que doubl&eacute; entre 2000 et 2014 (+105 %), pr&egrave;s des trois quarts de cette hausse proviennent de la consommation des m&eacute;nages (+75 %). A l&rsquo;&eacute;chelle du temps long, la forte croissance d&eacute;mographique coupl&eacute;e &agrave; une lente mais r&eacute;elle sortie de la pauvret&eacute; des populations devraient p&eacute;renniser ce dynamisme de la consommation.

Enfin, le second moteur de la demande des &eacute;conomies agricoles est l&rsquo;investissement. A titre d&rsquo;illustration, le taux d&rsquo;investissement s&eacute;n&eacute;galais (27 % du PIB en 2015 selon la Banque mondiale) est &agrave; un plus haut historique. En Ethiopie, ce taux est pass&eacute; de 32 % en 2011 &agrave; 39 % en 2015, des niveaux se rapprochant de ceux de la Chine. Le manque d&rsquo;infrastructures de transport et une fourniture limit&eacute;e d&rsquo;&eacute;nergie ont longtemps constitu&eacute; des goulots d&rsquo;&eacute;tranglement pour les productions nationales. Aujourd&rsquo;hui, les investissements promus par les autorit&eacute;s vont donc dans le sens d&rsquo;une dynamique clairement positive, aussi bien pour r&eacute;pondre &agrave; la demande locale que pour favoriser l&rsquo;exportation.

De l&rsquo;industrie d&rsquo;exportation &agrave; l&rsquo;industrie locale : l&rsquo;exemple de l&rsquo;horticulture en Ethiopie

Se basant sur ses avantages comparatifs (une main d&rsquo;&oelig;uvre importante, une proximit&eacute; g&eacute;ographique avec le march&eacute; europ&eacute;en) et sur le poids de son secteur agricole (38 % du PIB), le gouvernement &eacute;thiopien a entam&eacute; une vigoureuse politique d&rsquo;industrialisation durant les ann&eacute;es 2000. Un des premiers succ&egrave;s de cette politique volontariste men&eacute;e par le gouvernement est le d&eacute;veloppement rapide du secteur horticole. En dix ans, l&rsquo;Ethiopie est pass&eacute; du statut de petit exportateur horticole (34&nbsp;millions de dollars d&rsquo;exportations en 2005) au statut de cinqui&egrave;me exportateur mondial (417&nbsp;millions de dollars en 2015).

Cette r&eacute;ussite est le r&eacute;sultat d&rsquo;une politique sectorielle volontariste, avec la mise en place de facilit&eacute;s d&rsquo;importations de biens d&rsquo;&eacute;quipement, des exemptions d&rsquo;imp&ocirc;t et la construction d&rsquo;infrastructures d&eacute;di&eacute;es. Cette politique a permis de d&eacute;velopper une industrie avec une valeur ajout&eacute;e certes mod&eacute;r&eacute;e, mais qui a de fortes externalit&eacute;s positives. Le d&eacute;veloppement progressif &nbsp;de l&rsquo;industrie d&rsquo;exportation &agrave; partir des mati&egrave;res premi&egrave;res produites localement permet de surmonter l&rsquo;&eacute;troitesse du march&eacute; local. Aujourd&rsquo;hui, le march&eacute; &eacute;thiopien est devenu lui-m&ecirc;me attractif pour les entreprises, en t&eacute;moigne l&rsquo;ouverture d&rsquo;une ligne d&rsquo;assemblage &agrave; destination du march&eacute; local par le constructeur automobile Peugeot en juillet 2016.



&nbsp;

[1] Selon la Banque mondiale, apr&egrave;s avoir chut&eacute; &agrave; 3 % en 2015, la croissance &eacute;conomique en Afrique subsaharienne devrait atteindre 1,6 % en 2016, son taux le plus bas depuis plus de vingt ans (World Bank Group. 2016. Africa&rsquo;s Pulse, No 14, October 2016, World Bank, Washington, DC).
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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3106 2016-10-17 text/htmlfr
Mais pourquoi donc produire du lait fermier en Côte d'Ivoire ? A l&rsquo;heure o&ugrave; l&rsquo;Europe cherche &agrave; r&eacute;duire sa production laiti&egrave;re et o&ugrave; les exportations de lait en poudre des pays d&eacute;velopp&eacute;s inondent les march&eacute;s mondiaux, &nbsp;des fermes laiti&egrave;res en Afrique croient en leur d&eacute;veloppement malgr&eacute; les difficult&eacute;s li&eacute;es notamment &agrave; la concurrence internationale. Visite chez l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, &agrave; Bingerville, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire.

On part visiter une ferme, alors on s&rsquo;attend &agrave; quitter le b&eacute;ton, direction la campagne&hellip; Mais on ne quitte pas vraiment la ville car Bingerville est maintenant reli&eacute;e &agrave; Abidjan du fait de l&rsquo;urbanisation galopante. En passant &agrave; travers une succession de lotissements, on arrive enfin dans un petit havre de paix (toutefois entour&eacute; de nouvelles constructions en plein travaux annon&ccedil;ant un futur voisinage tr&egrave;s proche). Les vaches sont belles et imposantes dans les pr&eacute;s, les petits veaux se reposent sagement dans leur parc, l&rsquo;herbe des mangeoires est grasse. Nous sommes chez Nouvelle Normandia, une ferme laiti&egrave;re qui existe depuis vingt ans.

Les vaches laiti&egrave;res&nbsp;proviennent de quatre races (Holstein, Montb&eacute;liard, Abondance, Normande) crois&eacute;es avec la race locale.


&Agrave; l&rsquo;origine, Normandia &eacute;tait une entreprise de production et de transformation de lait cr&eacute;&eacute;e par la famille Sanson venue tenter un pari un peu fou&nbsp;: importer des races fran&ccedil;aises et les croiser&nbsp;avec les races locales[1], vendre le lait et les produits transform&eacute;s localement. Rachet&eacute;e en 2005 par Charles Emmanuel Yace, PDG d&rsquo;EXAT, elle devient alors Nouvelle Normandia.

A Bingerville, ce sont aujourd&rsquo;hui 100 t&ecirc;tes de b&eacute;tail dont 50 laiti&egrave;res (une trentaine en production) qui fournissent chaque jour 500 litres de lait. Docteur Kalidou Ba, le directeur, ne cache pas les difficult&eacute;s rencontr&eacute;es avant que le cheptel ne produise entre 18 et 20 litres de lait par jour pendant 10 mois (alors que la production journali&egrave;re d&rsquo;une vache d&rsquo;un &eacute;levage traditionnel, en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, est en moyenne de 0,8 &agrave; 0,9 litre avec au maximum 180 litres annuels par vache). Le succ&egrave;s est arriv&eacute; gr&acirc;ce &agrave; un effort soutenu sur la g&eacute;n&eacute;tique, l&rsquo;am&eacute;lioration de la nutrition des vaches et une surveillance accrue de la sant&eacute; du b&eacute;tail. La ferme produit aujourd&rsquo;hui du lait pasteuris&eacute;, du fromage blanc, des yaourts (1 600 sont fabriqu&eacute;s et &eacute;coul&eacute;s par jour), du lait caill&eacute;, de la cr&egrave;me fra&icirc;che et de la tomme, nomm&eacute;e &laquo;&nbsp;le Bing&eacute;&nbsp;&raquo;.

La demande est bien pr&eacute;sente, elle augmente deux fois plus vite que l&rsquo;offre

La distribution des produits est bien rod&eacute;e, une partie en supermarch&eacute;, livr&eacute;e par le v&eacute;hicule r&eacute;frig&eacute;r&eacute; et une partie dans les magasins Le Terroir, auxquelles s&rsquo;ajoute &nbsp;la vente directe aux particuliers.

Circuits courts&nbsp;: les magasins Le Terroir (une quinzaine dans l&rsquo;agglom&eacute;ration d&rsquo;Abidjan) commercialisent uniquement les produits laitiers de Nouvelle Normandia et les produits de la boucherie et charcuterie de Sics (Soci&eacute;t&eacute; Internationale de Charcuterie et de Salaison). Les deux entit&eacute;s et Le Terroir appartiennent &agrave; EXAT, groupe familial qui a choisi d&rsquo;int&eacute;grer son activit&eacute;.


Le march&eacute; est donc l&agrave; et la demande en lait&nbsp;fermier se fait croissante, indique Docteur Ba. Ainsi Nouvelle Normandia souhaite s&rsquo;&eacute;toffer et recherche des partenaires. Des chiffres sont avanc&eacute;s&nbsp;: parvenir &agrave; produire 10 000 litres de lait par jour&nbsp;; soit multiplier par 20 le cheptel actuel. Mais pour cela il faudra s&rsquo;agrandir, ce qui suppose de composer avec la ville qui avance. La pression fonci&egrave;re devra certainement obliger la ferme &agrave; se d&eacute;localiser.

Le lait fermier, un march&eacute; de niche&nbsp;?

Le continent africain produit 5 % du lait de vache mondial soit 33 millions de tonnes (en 2012). La C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire produirait environ 31&nbsp;000 tonnes de lait (chiffres de 2011) soit 15 % de la consommation totale estim&eacute;e &agrave; 200&nbsp;000 tonnes. La part de poudre de lait import&eacute;e reste donc tr&egrave;s majoritaire.

D&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;analyse de l&rsquo;OCDE-FAO 2012-2021[2], la demande en produits laitiers a augment&eacute; en Afrique de 22 % de 2006 &agrave; 2012. Et les besoins augmentent deux fois plus vite que l&rsquo;offre. L&rsquo;arr&ecirc;t des quotas de production de lait en Europe en 2015 favorise donc le flux de lait en poudre sur le continent africain, tout comme en Inde ou en Chine o&ugrave; les consommateurs chinois n&rsquo;ont plus confiance dans le lait local depuis le scandale, en 2008, du lait contenant de la m&eacute;lamine. Les industriels europ&eacute;ens d&eacute;veloppent maintenant une politique d&rsquo;installation durable sur le continent africain avec la vive intention de transformer du lait collect&eacute; ou/et du lait en poudre.

Localement, la production du lait se heurte &agrave; de multiples barri&egrave;res dont la premi&egrave;re est la concurrence avec le lait en poudre import&eacute; qui b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;un bas niveau de taxation[3]. &nbsp;Ce sont aussi les pouvoirs publics qui pourraient d&eacute;veloppant la production de lait soit en imposant des barri&egrave;res tarifaires r&eacute;gionales &agrave; l&rsquo;importation du lait en poudre, soit en diminuant la TVA sur les produits laitiers locaux. Mais surtout en favorisant la production laiti&egrave;re tant au niveau des installations, des moyens de conservation et de collecte, &nbsp;et en favorisant la recherche en g&eacute;n&eacute;tique. En C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, une nouvelle r&eacute;glementation, dat&eacute;e du 11 mars 2016, qui limite &agrave; trois mois au lieu de huit mois la date limite de consommation apr&egrave;s fabrication des produits alimentaires, a r&eacute;cemment bouscul&eacute; le landerneau. En effet, la solution pour se conformer &agrave; cette r&eacute;glementation est d&rsquo;implanter des laiteries directement sur le sol ivoirien. C&rsquo;est d&eacute;j&agrave; le cas pour Eurolait, qui produit du lait UHT &agrave; base de poudre de lait sous licence Candia, du groupe Sodiaal.

Trouver la bonne dose entre lait local et poudre de lait

Si la motivation est l&agrave;, tant au niveau des grands groupes que des petites laiteries et &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des &nbsp;gouvernements, soucieux notamment de r&eacute;duire les d&eacute;ficits commerciaux, des choix strat&eacute;giques restent &agrave; engager. La laiterie du Berger, au S&eacute;n&eacute;gal, incorpore dor&eacute;navant du lait en poudre pour r&eacute;pondre &agrave; la demande, tout en continuant &agrave; se fournir aupr&egrave;s de 800 &eacute;leveurs locaux. Car la difficult&eacute; d&rsquo;approvisionnement (faibles rendements en lait, carences des transports&hellip;) provoque immanquablement une non-comp&eacute;titivit&eacute; avec le lait en poudre import&eacute;[4]. De fait, la grande majorit&eacute; des laiteries qui collectent du lait incorporent du lait en poudre.

Selon une &eacute;tude r&eacute;cente[5], les consommateurs perdent ainsi peu &agrave; peu le go&ucirc;t du &laquo;&nbsp;vrai lait&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre pour apporter une r&eacute;ponse qu&rsquo;&agrave; Bingerville, la ferme ne dit jamais non aux nombreuses sollicitations de visites de la ferme par des &eacute;coles, des touristes et des officiels. Le consommateur, s&rsquo;il demande haut et fort plus de produits fermiers, pourra aussi peser dans les choix d&rsquo;investissements.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3091 2016-10-03 text/htmlfr
Comment améliorer l’offre semencière en Afrique de l’Ouest et du Centre ?

Cette question a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un forum &eacute;lectronique et d&rsquo;un atelier de travail organis&eacute;s par la fondation FARM et le Centre ouest et centre africain pour la recherche et le d&eacute;veloppement agricoles (CORAF/WECARD), respectivement en mars-avril 2015 et juillet 2016. Les recommandations issues de ces r&eacute;flexions ne sont pas encore publi&eacute;es, mais quelques pistes d&rsquo;action se d&eacute;gagent.

Malgr&eacute; la mondialisation croissante des &eacute;changes et des r&eacute;gimes alimentaires, il est important de distinguer la sp&eacute;cificit&eacute; du contexte et des syst&egrave;mes agraires africains, compar&eacute;s &agrave; ceux des pays &eacute;mergents ou d&eacute;velopp&eacute;s. Le faible pouvoir d&rsquo;achat des agriculteurs, le manque de connaissances des syst&egrave;mes de production paysans par les acteurs des fili&egrave;res semenci&egrave;res et les capacit&eacute;s r&eacute;duites des services publics (notamment en mati&egrave;re de recherche, de certification et de contr&ocirc;le) imposent de &nbsp;r&eacute;orienter le mod&egrave;le de production semenci&egrave;re.

Du fait, en particulier, de la pr&eacute;dominance des petits producteurs familiaux, de l&rsquo;extr&ecirc;me diversit&eacute; des conditions du milieu,&nbsp; l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment cl&eacute; de ce changement est la prise en compte fine des syst&egrave;mes de production paysans dans la s&eacute;lection vari&eacute;tale, gr&acirc;ce &agrave; la recherche participative. En effet, au-del&agrave; du potentiel de rendement, la qualit&eacute; d&rsquo;une vari&eacute;t&eacute; se mesure par sa capacit&eacute; &agrave; accro&icirc;tre la production au moindre co&ucirc;t (c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; optimiser la valeur ajout&eacute;e nette[1]) et par son adaptation &agrave; un contexte socio-&eacute;conomique (itin&eacute;raire technique des syst&egrave;mes de culture, valeur nutritionnelle des produits, utilisation, etc.) et p&eacute;doclimatique (climat, ensoleillement, pression des ravageurs, texture des sols, nutrition min&eacute;rale, etc.) sp&eacute;cifique. Les crit&egrave;res de s&eacute;lection des vari&eacute;t&eacute;s doivent &ecirc;tre &eacute;tablis par la recherche, en &eacute;troite concertation avec les communaut&eacute;s paysannes &agrave; travers des organisations de producteurs agricoles (OP) structur&eacute;es. Ce mod&egrave;le de recherche participative a par exemple &eacute;t&eacute; suivi, au cours des ann&eacute;es 2000, entre deux organismes de recherche (le CIRAD[2] et l&rsquo;INERA[3]) et une OP burkinabaise (l&rsquo;UGCPA-BM[4], partenaire de la fondation FARM depuis 2008) pour la s&eacute;lection de nouvelles vari&eacute;t&eacute;s de sorgho.

En ce sens, il est n&eacute;cessaire que les pouvoirs publics contribuent au renforcement des capacit&eacute;s et des responsabilit&eacute;s des OP au sein des fili&egrave;res agricoles, notamment sur le volet semences (s&eacute;lection, formation/conseil, production, stockage de proximit&eacute;, emballage, certification, commercialisation). Cela permettrait de mettre en place des subventions sur les semences plus coh&eacute;rentes (subventions mon&eacute;taires plut&ocirc;t qu&rsquo;en nature afin de donner la possibilit&eacute; au producteur d&rsquo;acheter la vari&eacute;t&eacute; de son choix, vers&eacute;es directement &agrave; l&rsquo;agriculteur ou transitant par les OP) et ce dans le cadre d&rsquo;une politique agricole syst&eacute;mique, visant &agrave; cr&eacute;er un environnement &eacute;conomique plus stable pour les producteurs, gr&acirc;ce notamment &agrave; des protections douani&egrave;res, des assurances contre les al&eacute;as climatiques et des dispositifs de gestion des risques de prix.

Pour organiser les fili&egrave;res semenci&egrave;res dans le but de favoriser leur efficience et leur efficacit&eacute;, il serait &eacute;galement utile de cr&eacute;er ou renforcer&nbsp;:

- des plateformes d&rsquo;&eacute;change et d&rsquo;innovation r&eacute;gionales int&eacute;grant des informations relatives aux vari&eacute;t&eacute;s disponibles (catalogue recensant les lieux de production, les itin&eacute;raires techniques, les types de sols, etc.), aux march&eacute;s, aux aspects r&egrave;glementaires et aux politiques de soutien&nbsp;;
- des cadres de concertation multi-acteurs nationaux (comme celui existant d&eacute;j&agrave; au Ghana) au niveau des interprofessions, associant repr&eacute;sentants des producteurs, de la recherche, des entreprises semenci&egrave;res, des institutions financi&egrave;res et des organismes publics. Ceci permettrait de dresser le &nbsp;bilan offre/demande des semences (production, stocks, &eacute;changes, taux d&rsquo;utilisation, etc.) pour la saison &eacute;coul&eacute;e et de pr&eacute;parer la campagne suivante&nbsp;;
- des banques de semences pouvant conserver l&rsquo;ensemble des vari&eacute;t&eacute;s commercialis&eacute;es (paysannes et industrielles) afin de disposer d&rsquo;une palette la plus large possible en cas de crise (s&eacute;cheresse, inondations, conflits, etc.) et pour la s&eacute;lection de nouvelles vari&eacute;t&eacute;s &agrave; partir de celles pr&eacute;sentant des caract&egrave;res jug&eacute;s pertinents. Il est important que ces vari&eacute;t&eacute;s soient &agrave; la disposition des producteurs et parfaitement r&eacute;f&eacute;renc&eacute;es. &nbsp;&nbsp;&nbsp;

Un fonctionnement efficient des fili&egrave;res semenci&egrave;res requiert un accompagnement public performant en mati&egrave;re r&egrave;glementaire, de certification et de tra&ccedil;abilit&eacute;. M&ecirc;me s&rsquo;ils existent sur le papier, les certificats d&rsquo;obtention vari&eacute;tale (COV) peinent &agrave; trouver leur place en Afrique, faute de moyens financiers et humains suffisants. C&rsquo;est regrettable, car outre qu&rsquo;ils prot&egrave;gent les d&eacute;tenteurs de vari&eacute;t&eacute;s, ces certificats ont le m&eacute;rite, &agrave; la diff&eacute;rence des brevets, de permettre la libre utilisation des ressources g&eacute;n&eacute;tiques pour la cr&eacute;ation de nouvelles vari&eacute;t&eacute;s et de laisser la possibilit&eacute; aux producteurs de ressemer (semences de ferme).

Par ailleurs, afin d&rsquo;augmenter la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, la r&eacute;silience des syst&egrave;mes de production face aux changements climatiques et la diversit&eacute; des r&eacute;gimes alimentaires, il importe de ne pas laisser des semences &laquo;&nbsp;orphelines&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire sans effort concert&eacute; d&rsquo;am&eacute;lioration g&eacute;n&eacute;tique. Outre les c&eacute;r&eacute;ales les plus communes (ma&iuml;s, riz) et les plantations p&eacute;rennes (cacao, h&eacute;v&eacute;a, palmier &agrave; huile), les esp&egrave;ces traditionnelles africaines (sorgho, manioc, mil, taro, fonio, ni&eacute;b&eacute;, etc.) devraient elles aussi b&eacute;n&eacute;ficier de l&rsquo;attention des chercheurs.



&nbsp;

[1] Celle-ci exprime la cr&eacute;ation de richesse du syst&egrave;me de production et se mesure par le produit brut dont on d&eacute;duit la valeur des biens et services partiellement (d&eacute;pr&eacute;ciation de capital fixe) et totalement consomm&eacute;s (consommations interm&eacute;diaires) dans le processus de production. &nbsp;

[2] CIRAD&nbsp;: Centre de coop&eacute;ration internationale en recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement.&nbsp;

[3] INERA&nbsp;: Institut de l&rsquo;environnement et de recherche agricole du Burkina Faso.

[4] UGCPA-BM&nbsp;: Union des groupements pour la commercialisation des produits agricoles de la Boucle du Mouhoun.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1329 2016-07-25 text/htmlfr
Comment l’agriculture peut-elle répondre à l’arrivée massive de jeunes Sénégalais sur le marché du travail ? [1]. Au S&eacute;n&eacute;gal, le ph&eacute;nom&egrave;ne a connu un &eacute;cho particulier du fait de la d&eacute;termination des jeunes &agrave; rejoindre l&rsquo;Europe (&laquo;&nbsp;Bar&ccedil;a ou Barsakh&nbsp;&raquo;[2]), souvent avec la b&eacute;n&eacute;diction de leurs parents. Pour juguler le ph&eacute;nom&egrave;ne, le gouvernement du S&eacute;n&eacute;gal, avec l&rsquo;appui financier de l&rsquo;Espagne et de la France, avait propos&eacute; un Plan de retour vers l&rsquo;agriculture (REVA).

En r&eacute;alit&eacute;, la crise migratoire n&rsquo;est que le r&eacute;v&eacute;lateur d&rsquo;un probl&egrave;me plus d&eacute;licat : chaque ann&eacute;e, environ 300 000 nouveaux actifs arrivent sur le march&eacute; du travail alors que les structures &eacute;conomiques peinent &agrave; cr&eacute;er des opportunit&eacute;s d&rsquo;emplois pouvant absorber ces flux. La population s&eacute;n&eacute;galaise (13,5 millions d&rsquo;habitants en 2013) est caract&eacute;ris&eacute;e par sa jeunesse, la moiti&eacute; de la population &eacute;tant &acirc;g&eacute;e de moins de 18 ans, et un taux d&rsquo;accroissement annuel moyen de 2,7 %, encore &eacute;lev&eacute;.

Comme dans les autres pays d&rsquo;Afrique, les r&eacute;ponses de l&rsquo;Etat ont souvent consist&eacute; &agrave; cr&eacute;er des agences et des fonds de promotion de l&rsquo;emploi des jeunes et &agrave; soutenir l&rsquo;apprentissage. Partout, les r&eacute;sultats de ces initiatives ont &eacute;t&eacute; g&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;cevants, mettant en exergue le d&eacute;calage entre les strat&eacute;gies propos&eacute;es et la r&eacute;alit&eacute; des structures &eacute;conomiques. De plus, ces initiatives ont souvent peu pris en compte les besoins des jeunes ruraux, se concentrant davantage sur la situation des jeunes dipl&ocirc;m&eacute;s plus visibles et mieux organis&eacute;s.

R&eacute;cemment, de nouvelles orientations ont &eacute;merg&eacute;, consid&eacute;rant l&rsquo;agriculture comme la solution id&eacute;ale. Au S&eacute;n&eacute;gal, d&rsquo;importants moyens financiers ont &eacute;t&eacute; d&eacute;ploy&eacute;s dans le cadre des projets de l&rsquo;Agence nationale d&rsquo;insertion et de d&eacute;veloppement agricole (ANIDA, ex Plan REVA) et du Programme des domaines agricoles communautaires (PRODAC). Il reste &agrave; &eacute;valuer&nbsp;rigoureusement ces exp&eacute;riences, en particulier leur efficience et leur efficacit&eacute;. En plus de comparer le niveau&nbsp; d&rsquo;engagement financier avec le nombre d&rsquo;emplois cr&eacute;&eacute;s, il faudrait aussi interroger la viabilit&eacute; et la durabilit&eacute; de ces mod&egrave;les. Le co&ucirc;t approximatif du PRODAC est de 100 milliards FCFA sur cinq ans[3].

Entre 2008 et 2010, l&rsquo;Agence nationale du Plan de retour vers l&rsquo;agriculture (AN-REVA), devenue l&rsquo;ANIDA en 2012, a mobilis&eacute; 10,199 milliards FCFA, dont 7,156 milliards provenant des partenaires techniques et financiers et 3,043 milliards du budget de l&rsquo;Etat. Le fonctionnement repr&eacute;sente 15 % de ce financement. Le budget cumul&eacute; de 2011 et 2012 s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &agrave; 8,423 milliards. Au d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e 2016, le directeur g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;ANIDA a indiqu&eacute; que sa structure a r&eacute;alis&eacute;, entre 2008 et 2015, 79 fermes villageoises et familiales dans lesquelles travaillent 10 000 jeunes agriculteurs s&eacute;n&eacute;galais, pour un budget d&rsquo;environ 17&nbsp;milliards FCFA.

Conditions requises pour que l&rsquo;agriculture absorbe une bonne partie des nouveaux actifs

La transformation structurelle de l&rsquo;agriculture est une condition pr&eacute;alable pour accro&icirc;tre la productivit&eacute; du travail et le niveau des revenus. Elle suppose des investissements cons&eacute;quents dans la recherche, le conseil agricole, la m&eacute;canisation, la disponibilit&eacute; d&rsquo;intrants de qualit&eacute; (semences et engrais), le bon fonctionnement des march&eacute;s d&rsquo;intrants et de produits avec des incitations appropri&eacute;es et un cr&eacute;dit adapt&eacute;.&nbsp; Elle doit s&rsquo;ins&eacute;rer dans une strat&eacute;gie globale de d&eacute;veloppement des entreprises et des services le long des cha&icirc;nes de valeur.&nbsp;

En d&eacute;veloppant un tissu de petites entreprises adoss&eacute;es &agrave; des cha&icirc;nes de valeur porteuses, celles-ci vont constituer un r&eacute;servoir d&rsquo;emplois pour des jeunes form&eacute;s. L&rsquo;exemple de la fili&egrave;re du riz irrigu&eacute; au S&eacute;n&eacute;gal est assez illustratif. Dans la vall&eacute;e du fleuve S&eacute;n&eacute;gal, il existe 458 d&eacute;cortiqueuses priv&eacute;es qui transforment pr&egrave;s de 77 % du riz paddy (c&rsquo;est-&agrave;-dire un riz non d&eacute;cortiqu&eacute;, qui a conserv&eacute; sa balle)&nbsp; produit dans la vall&eacute;e. En m&ecirc;me temps, 28 rizeries ou mini-rizeries fonctionnelles proposent un riz de qualit&eacute;, appr&eacute;ci&eacute; des consommateurs urbains. Une politique agricole et industrielle qui se pr&eacute;occupe de cr&eacute;ation d&rsquo;emplois devrait proposer des strat&eacute;gies sp&eacute;cifiques d&rsquo;appui &agrave; ces petites entreprises afin de les faire &eacute;voluer vers des standards de qualit&eacute; et accompagner celles qui sont capables de grandir[4]. Malheureusement, les options politiques sont souvent plus favorables &agrave; l&rsquo;investissement priv&eacute; &eacute;tranger &agrave; grande &eacute;chelle[5] et &nbsp;ne sont pas forc&eacute;ment cr&eacute;atrices d&rsquo;emplois.

Par ailleurs, le d&eacute;veloppement de la cha&icirc;ne de valeur du riz irrigu&eacute;, avec les investissements publics et priv&eacute;s dans les am&eacute;nagements et la m&eacute;canisation, ouvre la voie &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence de petites et moyennes entreprises de prestations de services&nbsp;et des m&eacute;tiers qui en d&eacute;coulent : services d&rsquo;entretien et de maintenance, gestion, logistique, conduite d&rsquo;engins&hellip; Une politique r&eacute;fl&eacute;chie de formation professionnelle ciblant les jeunes et int&eacute;gr&eacute;e &agrave; la politique agro-industrielle de d&eacute;veloppement de la cha&icirc;ne de valeur permettra de r&eacute;aliser un saut qualitatif durable.

On le voit, l&rsquo;enjeu fondamental est de rep&eacute;rer les fili&egrave;res porteuses, d&rsquo;y investir de fa&ccedil;on massive et cibl&eacute;e, en privil&eacute;giant la connexion des agricultures familiales au march&eacute; par le biais du d&eacute;veloppement de petites entreprises, en amont comme en aval de la production. Il est donc n&eacute;cessaire de repenser la politique agricole, notamment son volet cr&eacute;ation d&rsquo;emplois, en valorisant des initiatives qui connectent les syst&egrave;mes de production et l&rsquo;organisation sociale et qui puissent trouver leur rythme de croisi&egrave;re et se d&eacute;velopper comme de v&eacute;ritables entrepreneurs agricoles.

Enfin, la politique fonci&egrave;re est un aspect fondamental &agrave; prendre en compte, dans la mesure o&ugrave; les jeunes rencontrent souvent de fortes contraintes d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la ressource. Une &eacute;tude r&eacute;cente de l&rsquo;IPAR[6] a montr&eacute; que la croissance d&eacute;mographique et l&rsquo;&eacute;miettement du patrimoine foncier d&ucirc; &agrave; l&rsquo;h&eacute;ritage freinent beaucoup de jeunes dans leur d&eacute;sir d&rsquo;engager des activit&eacute;s agricoles lucratives. Pourtant, dans le delta du fleuve S&eacute;n&eacute;gal, la mobilit&eacute; relative du foncier par la location ou la vente de terres (transactions illicites&nbsp;au regard de la loi)&nbsp; facilite l&rsquo;acc&egrave;s des jeunes au foncier, se traduisant ainsi par leur plus grande implication dans la production agricole. La Loi sur le domaine national interdit toute vente ou location de terres. En fait, sur les terres agricoles sous juridiction du domaine national, les producteurs n&rsquo;ont qu&rsquo;un droit d&rsquo;usage et ne peuvent donc ali&eacute;ner ces terres. Seul le conseil rural a la pr&eacute;rogative d&rsquo;affecter ou de d&eacute;saffecter les terres du domaine national. Cependant, dans la pratique, il existe de nombreuses transactions sur le foncier, surtout dans les zones o&ugrave; il y a une forte pression sur la terre.

Des opportunit&eacute;s &agrave; capter et &agrave; soutenir

Aujourd&rsquo;hui le monde rural repr&eacute;sente 55% de la population s&eacute;n&eacute;galaise, mais la soci&eacute;t&eacute; s&rsquo;urbanise progressivement. Cette tendance et les &eacute;volutions in&eacute;luctables qu&rsquo;elle engendre (changement de modes de consommation, hausse du niveau de vie) constituent des opportunit&eacute;s int&eacute;ressantes si cette demande &eacute;conomique est connect&eacute;e &agrave; une offre agroalimentaire nationale et locale. Ainsi, une politique de d&eacute;centralisation intelligente, qui appuierait le d&eacute;veloppement des villes secondaires, offrirait&nbsp; de nouveaux d&eacute;bouch&eacute;s &agrave; une agriculture familiale de type commerciale, renfor&ccedil;ant ainsi son r&ocirc;le de pourvoyeur d&rsquo;emplois viables et r&eacute;mun&eacute;rateurs pour les jeunes. Si l&rsquo;Etat prenait la r&eacute;solution de d&eacute;velopper de nouveaux p&ocirc;les r&eacute;gionaux, en dehors de Dakar, en les dotant d&rsquo;infrastructures et de ressources et en leur permettant une gestion d&eacute;centralis&eacute;e de ces ressources, ces p&ocirc;les secondaires constitueraient un d&eacute;bouch&eacute; naturel pour une agriculture en transformation connect&eacute;e au march&eacute; local. Outre les maillons aval des cha&icirc;nes de valeur agricoles, les activit&eacute;s non agricoles peuvent constituer une source d&rsquo;emplois non n&eacute;gligeable pour les jeunes. Dans la situation actuelle, la plupart des villes secondaires sont d&eacute;pourvues de tout et ne peuvent offrir aucune alternative aux jeunes, oblig&eacute;s de partir &agrave; Dakar ou en Europe.

[1] Hathie I. (2014), Youth employment: a potential destabilizing force in Senegal?, Southern Voice, Africa Up Close blog series, 28 April 2014.

[2] &laquo;&nbsp;Barcelone ou la mort&nbsp;&raquo;

[3]100 FCA = 0,1524 euro

[4]&nbsp;Dans la vall&eacute;e du fleuve S&eacute;n&eacute;gal, de petites entreprises de d&eacute;corticage ont pu &eacute;voluer pour devenir de grandes entreprises offrant de multiples services (rizerie, prestations pour le labour et la moisson). On peut citer l&rsquo;entreprise Coumba Nor Thiam, le GIE Naxadi Deret &agrave; Thiagar et le GIE Mbodj et fr&egrave;res &agrave; Rosso.

[5]&nbsp;L&rsquo;entreprise CASL est en train de construire &agrave; Ross B&eacute;thio (St-Louis) une rizerie d&rsquo;une capacit&eacute; de 100 000 tonnes par an.

[6] Hathie I., Wade I., Ba S., Niang M., Niang A., Sow M.K., Ndione Y., Ba C.O. (2015), Emploi des Jeunes et migrations en Afrique de l&rsquo;Ouest, rapport final S&eacute;n&eacute;gal.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3048 2016-07-25 text/htmlfr
Vent de jeunesse sur l’entrepreneuriat africain Ils sont jeunes, audacieux, ils se lancent&hellip; Ces entrepreneurs repr&eacute;sentent cette nouvelle g&eacute;n&eacute;ration, pleine de ressources et d&rsquo;id&eacute;es qui pourrait bousculer positivement l&rsquo;environnement entrepreneurial africain. Tr&egrave;s m&eacute;diatis&eacute;s, invit&eacute;s de nombreux colloques, ne sont-ils pas pourtant qu&rsquo;une petite minorit&eacute; qui cache toujours le sous-emploi chronique des jeunes en Afrique&nbsp;?

Et si la boisson la plus consomm&eacute;e au monde devenait africaine&nbsp;? Tel est le slogan (et sans doute l'ambition) des fondateurs de Bana-Bana[1], entreprise de production et distribution de jus de fruits fabriqu&eacute;s au S&eacute;n&eacute;gal. Il faut aller dans le 18&egrave;me arrondissement de Paris pour rencontrer Youssouf et Mamadou Fofana, 55 ans &agrave; eux deux. Ces derniers viennent d&rsquo;ouvrir leur boutique, Les oiseaux migrateurs, qui rassemble leurs premiers projets : Bana-Bana (distribution de Bissap dans un premier temps) et Maison Ch&acirc;teau rouge (ligne de v&ecirc;tements en wax). Car c&rsquo;est bien un projet global dans lequel ils se lancent, un projet visant &agrave; faire conna&icirc;tre les possibilit&eacute;s du continent africain en les &laquo;&nbsp;marketant&nbsp;&raquo; correctement. Pour Bana-Bana, le bissap est enti&egrave;rement fabriqu&eacute; et embouteill&eacute; au S&eacute;n&eacute;gal, en partenariat avec Esteval, dans une usine qui emploie une dizaine de personnes, l&rsquo;approvisionnement en hibiscus se faisant aupr&egrave;s de 800 femmes de la r&eacute;gion de Thi&egrave;s et Kaolack. Bana-Bana conna&icirc;t un franc succ&egrave;s notamment par la vente &agrave; travers des &eacute;v&egrave;nements parisiens, ce qui am&egrave;ne les cr&eacute;ateurs &agrave; se poser la question de l'augmentation de leur capacit&eacute; de production.


Etiquetage du jus de bissap au S&eacute;n&eacute;gal (Cr&eacute;dit photo : Bana-Bana)

Isol&eacute;e, cette initiative&nbsp;? Non. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;&agrave; parcourir la presse.

Avec la population la plus jeune du monde, le r&eacute;servoir d&rsquo;entrepreneurs en puissance est particuli&egrave;rement important sur le continent africain. Dans un rapport r&eacute;cent de l&rsquo;OCDE[2], la population africaine est estim&eacute;e &agrave; 1,2 milliard en 2016, avec une pr&eacute;vision &agrave; 1,7 en 2030 et 2,5 en 2050, soit un quart de la population mondiale. La jeunesse africaine repr&eacute;sente plus de 60 % de cette population et les 15-24 ans sont d&eacute;j&agrave; plus de 200 millions aujourd&rsquo;hui. Dans vingt ans, ils seront 350&nbsp;millions. D&rsquo;apr&egrave;s la derni&egrave;re enqu&ecirc;te Ipsos Africap ax&eacute;e particuli&egrave;rement sur la jeunesse en Afrique, les 15-24 ans aspirent &agrave; &laquo;&nbsp;s&rsquo;instruire, travailler, consommer, se divertir, b&eacute;n&eacute;ficier de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; et d&rsquo;internet &agrave; volont&eacute;&nbsp;&raquo;, comme le mentionne Florence de Bigault dans une interview donn&eacute;e au Point Afrique. Mais l&rsquo;enqu&ecirc;te (men&eacute;e aupr&egrave;s de 1 816 r&eacute;pondants) a montr&eacute; aussi que cette jeunesse n&rsquo;attend rien des gouvernements et pr&eacute;f&egrave;re dessiner son avenir par&nbsp;elle-m&ecirc;me &agrave; travers l&rsquo;entrepreneuriat et l&rsquo;innovation. Le 13 juin dernier, lors de la 5&egrave;me conf&eacute;rence de l&rsquo;African Business Lawyers' Club, &agrave; Paris, Ndidi Okonkwo Nwuneli, fondatrice d&rsquo;AACE Foods, au Nig&eacute;ria, insistait sur le fait que l&rsquo;Etat devait laisser les entreprises se monter, sans proposer des appuis ponctuels qui sont sources de distorsion et sont in fine dangereux lorsqu&rsquo;ils disparaissent. CQFD.

Alors la recette serait de laisser les jeunes se lancer dans l&rsquo;entrepreneuriat&hellip; Mais est-ce aussi simple que cela&nbsp;? Pas tout &agrave; fait, car le financement est aussi le nerf de la guerre. Des solutions existent, comme en t&eacute;moigne A&iuml;ssata Diakit&eacute;, fondatrice &agrave; tout juste&nbsp;27 ans de ZABBAN Holding.

A&iuml;ssata Diakit&eacute; fait partie de cette jeunesse audacieuse. N&eacute;e au Mali, elle part faire des &eacute;tudes sup&eacute;rieures en France en agrobusiness et l&agrave;, le d&eacute;clic se produit&nbsp;: l&rsquo;envie d&rsquo;entreprendre pousse cette jeune femme sur le chemin de la cr&eacute;ation. Son entreprise de conseils, de production et de commercialisation de jus de fruit nutritionnel au Mali sera lanc&eacute;e en juillet 2016. Son credo est d&rsquo;oser, de s&rsquo;entourer de conseillers - notamment de Gyin (cf. plus bas) et d&rsquo;Entrepreneurs en Afrique de Campus France, qui apportent conseils, &eacute;tudes en recherche et d&eacute;veloppement, appui technique, &eacute;tude de faisabilit&eacute; et un pr&ecirc;t d&rsquo;honneur - et surtout de partager son exp&eacute;rience. Pour les financements, il aura fallu frapper &agrave; plusieurs portes : un fonds de d&eacute;veloppement de la Banque mondiale et un fonds de garantie de l&rsquo;African Guarantee Fund. De plus, la mobilisation des fonds propres aura permis d'obtenir des cr&eacute;dits, en compl&eacute;ment d'un pr&ecirc;t d&rsquo;honneur.&nbsp;&nbsp;

Coaching et formation sont les deux autres nerfs de la guerre. On voit fleurir des incubateurs, des labs, des startup weekend ou des startups bus o&ugrave; au cours d&rsquo;un p&eacute;riple en bus, ponctu&eacute; de rencontres avec des entrepreneurs inspirants, les cr&eacute;ateurs en herbe affinent leurs projets en groupe. Ces lieux d&rsquo;innovations et de partages existent aussi en virtuel, notamment avec le Global Youth Innovation Network (Gyin[3]), un r&eacute;seau international de jeunes aux services des jeunes adoss&eacute; &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Columbia, aux Etats-Unis, et &agrave; des organisations internationales comme le CTA ou le FIDA (Fonds international de d&eacute;veloppement agricole). Gyin intervient &eacute;galement dans la n&eacute;gociation de pr&ecirc;ts pour les jeunes au moment de la cr&eacute;ation d&rsquo;entreprises, ce qui permet d&rsquo;obtenir des taux plus attractifs. De &nbsp;m&ecirc;me, l&rsquo;International Trade Center, &agrave; Gen&egrave;ve a lanc&eacute;, fin 2015, un cours en ligne (en anglais) destin&eacute; aux jeunes souhaitant se lancer dans le montage d&rsquo;une PME. Enfin, la Tony Elumelu Foundation, qui propose aussi un programme d&rsquo;entrepreneuriat sur 12 mois[4] et a l&rsquo;ambition de cr&eacute;er 10 000 startups en 10 ans, initie r&eacute;guli&egrave;rement des &laquo;&nbsp;Agribusiness Twitter chat&nbsp;&raquo;. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un lieu de discussion, durant une petite heure, avec un sp&eacute;cialiste de l&rsquo;agrobusiness. Le dernier en date (Agripreneuship in Africa) s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; le 18&nbsp;juin avec Calestous Juma, professeur sp&eacute;cialiste en d&eacute;veloppement international &agrave; Harvard.

2 jeunes actifs sur 3 ne sont pas form&eacute;s efficacement

Cette effervescence d&rsquo;initiatives ne doit pas toutefois cacher qu&rsquo;en 2014, pr&egrave;s de 37 % des 199&nbsp;millions de ch&ocirc;meurs dans le monde &eacute;taient des jeunes, selon l&rsquo;OIT[5]. En Afrique subsaharienne, les taux de ch&ocirc;mage restent relativement faibles car la grande majorit&eacute; des jeunes ne peut pas se permettre de ne pas travailler, mais ces jeunes se retrouvent en situation de sous-emploi et n&rsquo;ont pas de travail d&eacute;cent. Et la situation peine &agrave; changer en raison de la pi&egrave;tre formation des jeunes Africains : deux-tiers d'entre eux ne poss&egrave;dent pas le niveau d&rsquo;instruction n&eacute;cessaire pour travailler de mani&egrave;re productive. Encore moins pour entreprendre !

On esp&egrave;re voir &eacute;merger beaucoup de Ndidi, d&rsquo;A&iuml;ssata ou de Mamadou et Youssouf, des entrepreneurs qui pourront aussi &ecirc;tre vecteurs d&rsquo;emplois et &agrave; l&rsquo;initiative de fili&egrave;res de production rentables et durables. Des entrepreneurs inspirants pour leur g&eacute;n&eacute;ration, mais pas seulement.

[1] En wolof, Bana-Bana veut dire &laquo;&nbsp;pour moi, pour moi&nbsp;&raquo;, nom donn&eacute; aux marchands ambulants des rues au S&eacute;n&eacute;gal.

[2] Perspectives &eacute;conomiques en Afrique 2016, http://dx.doi.org/10.1787/aeo-2016-fr

[3] http://www.gyin.org/

[4]&nbsp;http://tonyelumelufoundation.org/teep/

[5]&nbsp;Tendances mondiales de l&rsquo;emploi des jeunes 2015&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=3024 2016-06-30 text/htmlfr
Coton : les Etats-Unis au secours de leurs producteurs En annon&ccedil;ant, le 6 juin, une aide de 300 millions de dollars aux producteurs de coton, le d&eacute;partement am&eacute;ricain de l&rsquo;Agriculture (USDA) montre que la r&eacute;forme mise en &oelig;uvre par le farm bill de 2014 pour lib&eacute;raliser ce secteur est bien fragile. Car cette aide n&rsquo;&eacute;tait pas planifi&eacute;e&nbsp;: elle est destin&eacute;e &agrave; soulager les producteurs touch&eacute;s par la baisse des prix du coton, m&ecirc;me si elle est pr&eacute;sent&eacute;e officiellement comme un nouveau &laquo;&nbsp;programme de cofinancement des co&ucirc;ts d&rsquo;&eacute;grenage&nbsp;&raquo;, visant &agrave; &laquo;&nbsp;&eacute;tendre et maintenir la commercialisation du coton&nbsp;&raquo;. Le National Cotton Council of America est plus franc&nbsp;: son pr&eacute;sident a aussit&ocirc;t remerci&eacute; le secr&eacute;taire &agrave; l&rsquo;Agriculture pour la r&eacute;ponse apport&eacute;e aux &laquo;&nbsp;vrais besoins&nbsp;&raquo; des producteurs, compte tenu de &laquo;&nbsp;la forte diminution du chiffre d&rsquo;affaires due en partie &agrave; la concurrence &eacute;trang&egrave;re lourdement subventionn&eacute;e&nbsp;&raquo;.

Nous avons analys&eacute; en d&eacute;tail (voir article &agrave; ce lien)&nbsp;la modification du syst&egrave;me de soutien au coton r&eacute;alis&eacute;e par les Etats-Unis en 2014 pour mettre fin au diff&eacute;rend qui, depuis dix ans, les opposait au Br&eacute;sil suite &agrave; une plainte de ce pays &agrave; l&rsquo;Organisation mondiale du commerce (OMC). Retenons simplement que le farm bill a supprim&eacute; l&rsquo;octroi aux producteurs de coton de deux paiements directs, toujours vers&eacute;s aux producteurs de c&eacute;r&eacute;ales et d&rsquo;ol&eacute;agineux&nbsp;: d&rsquo;une part, une aide forfaitaire d&eacute;coupl&eacute;e, vers&eacute;e quel que soit le niveau de la production et des prix ; d&rsquo;autre part, un &laquo;&nbsp;paiement anticyclique&nbsp;&raquo;, d&eacute;clench&eacute; si le prix de march&eacute; du coton tombait sous le seuil de 71&nbsp;cents/livre[1]. Le montant cumul&eacute; de ces deux subventions, qui permettaient d&rsquo;amortir les fluctuations du march&eacute;, pouvait atteindre en moyenne jusqu&rsquo;&agrave; 260 dollars par hectare de &laquo;&nbsp;base coton&nbsp;&raquo;[2]. Pour faciliter l&rsquo;ajustement, la l&eacute;gislation a pr&eacute;vu le versement d&rsquo;une &laquo;&nbsp;aide transitionnelle&nbsp;&raquo; estim&eacute;e &agrave; 528 millions de dollars, montant l&eacute;g&egrave;rement inf&eacute;rieur &agrave; celui de l&rsquo;aide forfaitaire d&eacute;coupl&eacute;e accord&eacute;e pr&eacute;c&eacute;demment aux producteurs de coton. &nbsp; &nbsp; &nbsp;

L&rsquo;encre du farm bill &agrave; peine s&egrave;che, ces derniers n&rsquo;ont eu de cesse de tenter de r&eacute;cup&eacute;rer, par une voie d&eacute;tourn&eacute;e, les aides qui venaient de leur &ecirc;tre retir&eacute;es. Ils ont d&rsquo;abord demand&eacute; &agrave; l&rsquo;USDA d&rsquo;int&eacute;grer la graine de coton dans le r&eacute;gime de soutien aux ol&eacute;agineux, pour recevoir &agrave; nouveau une aide forfaitaire et un paiement anticyclique (qui ne seraient plus, d&egrave;s lors, fond&eacute;s sur le rendement en fibre). Ces efforts n&rsquo;ayant pas abouti, ils ont souffl&eacute; au gouvernement am&eacute;ricain l&rsquo;id&eacute;e de la cr&eacute;ation d&rsquo;un programme de cofinancement des co&ucirc;ts d&rsquo;&eacute;grenage. Il est int&eacute;ressant de noter que les 300&nbsp;millions de dollars accord&eacute;s au titre de ce programme repr&eacute;sentent environ 60 % du budget de l&rsquo;aide transitionnelle.

Le farm bill de 2014 n&rsquo;a pas, loin s&rsquo;en faut, &eacute;limin&eacute; tout soutien aux producteurs de coton. Ils continuent de b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;un prix minimum, compris entre 45 cents et 52 cents/livre, et d&rsquo;une assurance chiffre d&rsquo;affaires, fortement subventionn&eacute;e, qui garantit la majeure partie de la recette d&rsquo;un hectare de coton telle que pr&eacute;vue sur la base du prix &agrave; terme projet&eacute; au moment des semis. Le Congr&egrave;s a en outre cr&eacute;&eacute; un nouveau dispositif assuranciel, le STAX, qui r&eacute;duit la franchise de l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires, normalement &agrave; la charge des producteurs. Mais si les assurances prot&egrave;gent contre une baisse du prix ou du rendement du coton, elles reposent sur les prix &agrave; terme et ne couvrent donc pas n&eacute;cessairement les co&ucirc;ts de production.

Vu d&rsquo;Afrique, o&ugrave; le coton fait vivre des millions de personnes (contre moins de 9 000 exploitations outre-Atlantique), ce nouvel &eacute;pisode de la politique agricole am&eacute;ricaine pourrait laisser indiff&eacute;rent. Mais le soutien octroy&eacute; aux Etats-Unis, premier exportateur mondial de coton, contribue &agrave; d&eacute;primer les cours de mani&egrave;re non n&eacute;gligeable&nbsp;: environ 7 %, selon une &eacute;tude r&eacute;cente[3]. Ce sont les producteurs des autres pays, g&eacute;n&eacute;ralement beaucoup plus pauvres que leurs homologues am&eacute;ricains, qui en font les frais.

[1] A titre de comparaison, selon l&rsquo;USDA, le prix pay&eacute; aux producteurs de coton am&eacute;ricains &eacute;tait de 61,3&nbsp;cents/livre pendant la campagne 2014/15. Il devrait tomber &agrave; 58 cents/livre en 2015/16 et est projet&eacute; dans une fourchette de 47-67 cents/livre en 2016/17.

[2] La &laquo;&nbsp;base coton&nbsp;&raquo;, calcul&eacute;e par exploitation, &eacute;tait la surface cultiv&eacute;e en coton pendant une p&eacute;riode historique de r&eacute;f&eacute;rence. L&rsquo;aide forfaitaire et le paiement anticyclique &eacute;taient vers&eacute;s sur&nbsp; 85 % de la surface de base et ajust&eacute;s en fonction du rendement historique de l&rsquo;exploitation. &nbsp;

[3] Christian Lau, Simon Schropp, and Daniel A. Sumner (2015), The Economic Effects on the World Market for Cotton of US Cotton Subsidies Under the 2014 US Farm Bill, ICTSD. &nbsp;&nbsp;

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Six pays du Sahel face au défi de l’insécurité alimentaire Le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le S&eacute;n&eacute;gal et le Tchad sont six pays francophones du Sahel qui partagent le m&ecirc;me environnement fragile, la m&ecirc;me diversit&eacute; ethnique, le m&ecirc;me climat semi-aride, la m&ecirc;me &eacute;conomie de subsistance bas&eacute;e sur le pastoralisme et la culture intensive du sorgho et du millet. Six pays dont l&rsquo;enclavement rend difficiles les &eacute;changes commerciaux. Six pays o&ugrave; l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture est compliqu&eacute; par un r&eacute;seau routier faible ou inexistant et o&ugrave; une partie des territoires est en proie aux rebelles. Comment ces six pays, partageant&nbsp;les m&ecirc;mes handicaps, ont-ils progress&eacute; par rapport aux objectifs mondiaux de r&eacute;duction de la faim&nbsp;et de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire&nbsp;? &nbsp;

Le premier objectif-cible des OMD visait &agrave; r&eacute;duire de moiti&eacute; d&rsquo;ici &agrave; 2015 la proportion de personnes souffrant de la faim, alors que l&rsquo;objectif du Sommet mondial de l&rsquo;alimentation, plus ambitieux, visait &agrave; r&eacute;duire de moiti&eacute; le nombre de personnes sous-aliment&eacute;es. Si, globalement, les six pays du Sahel ont atteint l&rsquo;objectif des OMD en r&eacute;duisant le pourcentage de personnes sous- aliment&eacute;es de 29 % &agrave; 15 % entre 1990 et 2015, l&rsquo;objectif du SMA n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; atteint puisque le nombre de personnes concern&eacute;es a augment&eacute; depuis 1990 (figure 1).

Figure 1. Tendance de la sous-alimentation dans six pays francophones du Sahel&nbsp;: Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, S&eacute;n&eacute;gal, Tchad&nbsp;


(*) Donn&eacute;es pr&eacute;liminaires. Source&nbsp;: FAO&nbsp;

&nbsp;Ces tendances globales masquent toutefois de grandes diff&eacute;rences par pays. Le Mali a d&eacute;j&agrave; atteint les deux objectifs. Le S&eacute;n&eacute;gal, le Niger et la Mauritanie ont tous les trois r&eacute;duit de moiti&eacute; le pourcentage de personnes sous-aliment&eacute;es et ont contenu l&rsquo;augmentation de leur effectif. En revanche, les progr&egrave;s ont &eacute;t&eacute; tr&egrave;s timides au Tchad et au Burkina Faso, en raison de la croissance d&eacute;mographique qui a &eacute;t&eacute; plus forte que la baisse du nombre de personnes sous-aliment&eacute;es. Une personne sur cinq au Burkina Faso, une sur trois au Tchad souffrent encore de la faim.

Des progr&egrave;s en mati&egrave;re de r&eacute;duction de la sous-alimentation, donc, mais des progr&egrave;s tr&egrave;s mitig&eacute;s et in&eacute;gaux qui n&rsquo;ont pas toujours &eacute;t&eacute; accompagn&eacute;s d&rsquo;une r&eacute;duction de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire dans toutes ses dimensions. La s&eacute;curit&eacute; alimentaire se d&eacute;finit comme la condition selon laquelle toute personne, en tout temps, a acc&egrave;s &agrave; de la nourriture en quantit&eacute; et qualit&eacute; suffisantes pour mener une vie saine et active. Ce concept va au-del&agrave; de la disponibilit&eacute; alimentaire et du bon fonctionnement des capacit&eacute;s domestiques &agrave; assurer de la nourriture pour tous. Il englobe aussi l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture, l&rsquo;assurance d&rsquo;une utilisation saine des aliments par le biais d&rsquo;infrastructures sanitaires op&eacute;rantes et la consommation effective des aliments disponibles. Il implique &eacute;galement que les conditions de disponibilit&eacute;s, d&rsquo;acc&egrave;s et d&rsquo;utilisation soient stables dans le temps.

Les disponibilit&eacute;s &eacute;nerg&eacute;tiques alimentaires font ressortir de grandes disparit&eacute;s entre les pays, de 2&nbsp;900 kcal/personne/jour en Mauritanie &agrave; 2 200 kcal/personne/jour au Tchad. Dans les pays francophones du Sahel, &agrave; l&rsquo;exception du S&eacute;n&eacute;gal et de la Mauritanie, le secteur agricole g&eacute;n&egrave;re plus de 30 % de la valeur ajout&eacute;e et moins de 10 % de l&rsquo;offre de c&eacute;r&eacute;ales domestiques provient des importations, de sorte que la lutte contre la faim passe in&eacute;vitablement par l&rsquo;augmentation de la production agricole domestique. Si les rendements c&eacute;r&eacute;aliers ont effectivement progress&eacute; depuis 1990, ils n&rsquo;ont pas suffi &agrave; couvrir le d&eacute;ficit en calories. Plus le nombre de personnes sous-aliment&eacute;es est &eacute;lev&eacute;, plus l&rsquo;effort &agrave; faire pour &eacute;radiquer la faim est important. Ainsi, pour combler le d&eacute;ficit en &eacute;nergie au Tchad et au Burkina Faso, il aurait fallu en 2015 une hausse de la production de c&eacute;r&eacute;ales de 4,8 % et 1,4 %, respectivement, soit approximativement 128 000 et 64&nbsp;400 tonnes de c&eacute;r&eacute;ales suppl&eacute;mentaires, alors que seulement 751&nbsp;tonnes de c&eacute;r&eacute;ales suppl&eacute;mentaires auraient suffi en Mauritanie.

Si les divergences entre ces pays sont manifestes en termes de disponibilit&eacute;s et d&rsquo;efforts &agrave; faire pour couvrir le d&eacute;ficit en calories, sur les autres dimensions de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, il semble y avoir convergence. Dans tous ces pays, malgr&eacute; la r&eacute;duction de la pauvret&eacute; et de la faim au niveau national, l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture est difficile dans les zones rurales, o&ugrave; plus de la moiti&eacute; de la population vit encore en dessous du seuil de pauvret&eacute;. &nbsp;

Un cinqui&egrave;me des enfants en insuffisance pond&eacute;rale

Le pourcentage des enfants de moins de cinq ans en insuffisance pond&eacute;rale est sup&eacute;rieur &agrave; 20 % dans tous les pays &eacute;tudi&eacute;s ici, &agrave; l&rsquo;exception du S&eacute;n&eacute;gal, o&ugrave; la pr&eacute;valence est inf&eacute;rieure &agrave; 15 %. D&rsquo;&eacute;normes progr&egrave;s restent encore &agrave; faire, car le pourcentage de la population ayant acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau potable et &agrave; des infrastructures sanitaires est bien inf&eacute;rieur &agrave; la moyenne observ&eacute;e dans les pays en d&eacute;veloppement. Les efforts les plus importants doivent &ecirc;tre entrepris au Niger et au Tchad, o&ugrave; moins de 12 % de la population ont acc&egrave;s &agrave; des infrastructures sanitaires contre 56&nbsp;%, en moyenne, dans les pays en d&eacute;veloppement. &nbsp;Le manque d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau potable et aux infrastructures sanitaires affecte durement l&rsquo;hygi&egrave;ne et les qualit&eacute;s nutritives des aliments consomm&eacute;s. &nbsp;

Le r&eacute;gime alimentaire en lui-m&ecirc;me est peu vari&eacute;. A l&rsquo;exception de la Mauritanie, grand consommateur de farine de bl&eacute; (28 % de l&rsquo;apport &eacute;nerg&eacute;tique total), le mil, le ma&iuml;s, le sorgho et le riz contribuent &agrave; eux seuls &agrave; pr&egrave;s de 50 % des apports &eacute;nerg&eacute;tiques, ce qui engendre de fortes carences nutritionnelles. Ainsi le pourcentage des enfants de moins de cinq ans souffrant de carence en fer, vitamine B12, folates et vitamine A est sup&eacute;rieur &agrave; 80 % au Mali et Burkina Faso et sup&eacute;rieur &agrave; 70 % dans les quatre autres pays.

Malgr&eacute; des progr&egrave;s in&eacute;gaux, consolid&eacute;s au Mali, Mauritanie, S&eacute;n&eacute;gal et Niger et plus timides au Tchad et au Burkina Faso, la lutte contre la faim et l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire en g&eacute;n&eacute;ral est devenue une priorit&eacute; nationale. Ces six pays affichent tous une volont&eacute; politique r&eacute;elle de mettre en place des programmes de r&eacute;duction de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire, avec des syst&egrave;mes de suivi de ces politiques et de la r&eacute;alisation des objectifs internationaux. Toutefois l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; pr&eacute;valant dans certaines zones, en proie aux rebelles et aux al&eacute;as climatiques, rend ces politiques difficiles &agrave; mettre en place.

Les Objectifs de d&eacute;veloppement durable adopt&eacute;s en septembre 2015, en particulier l&rsquo;objectif 2 qui vise &agrave; &eacute;radiquer la faim, assurer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et am&eacute;liorer la nutrition et promouvoir une agriculture durable d&rsquo;ici &agrave; 2030, repr&eacute;sentent un nouveau d&eacute;fi pour ces pays. Un d&eacute;fi de taille mais qui n&rsquo;est pas impossible &agrave; relever, si le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le S&eacute;n&eacute;gal et le Tchad renforcent les politiques de s&eacute;curit&eacute; alimentaire existantes, r&eacute;tablissent la s&eacute;curit&eacute; dans les zones &agrave; risques et, surtout, font en sorte que le d&eacute;veloppement &eacute;conomique soit plus participatif et inclusif, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il ne laisse pas de c&ocirc;t&eacute; les personnes les plus vuln&eacute;rables.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2121 2016-06-09 text/htmlfr
Bienvenue à Park Slope Food Coop, le supermarché coopératif made in Brooklyn Cr&eacute;&eacute;e en 1973, la Park Slope Food Coop propose un mode de consommation &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo; dans un supermarch&eacute; qui ne l&rsquo;est pas&nbsp;: avant d&rsquo;acheter quoi que ce soit, il faut adh&eacute;rer &agrave; la coop&eacute;rative et y travailler en qualit&eacute; de b&eacute;n&eacute;vole. Ce mod&egrave;le pourrait-il se d&eacute;velopper sur le continent africain&nbsp;?

A la sortie du m&eacute;tro 7&egrave;me Street &agrave; Park Slope &agrave; Brooklyn, un des cinq arrondissements de New York City (NYC), remonter le long de la 7&egrave;me avenue (en croisant les rues transversales abritant de magnifiques brownstone houses, les fameuses maisons en gr&egrave;s typiques de ce quartier), puis &agrave; Union Street prendre &agrave; gauche et, l&agrave;, vous tombez sur la Park Slope Food Coop (PSFC). Avant d&rsquo;y arriver vous pourrez croiser une personne poussant un caddie avec un accompagnateur muni d&rsquo;un gilet jaune indiquant le nom de PSFC. Une premi&egrave;re originalit&eacute;, les consommateurs sortent dans la rue avec leur caddie. Au niveau du magasin, nouvelle surprise, vous ne pourrez pas entrer&hellip; car il faut &ecirc;tre adh&eacute;rent de la coop&eacute;rative pour pouvoir remplir son chariot, mais pas seulement. En plus il vous faudra aussi travailler pour la coop&eacute;rative.

On peut toutefois b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;une visite guid&eacute;e et comment&eacute;e d&rsquo;un membre de la coop&eacute;rative venu effectuer ses 2h45 de travail b&eacute;n&eacute;vole toutes les quatre semaines. Seule une poign&eacute;e de salari&eacute;s figure parmi le staff, les autres personnels du magasin sont les membres.


L&rsquo;entr&eacute;e du supermarch&eacute; Park Slope Food Coop &agrave; Brooklyn en avril 2016
Cr&eacute;dit photo : Marie-Jos&eacute; Neveu Tafforeau&nbsp;

Alors la visite commence, d&rsquo;abord par les l&eacute;gumes d&rsquo;une extr&ecirc;me fra&icirc;cheur, salades, carottes, poireaux et toutes sortes de l&eacute;gumes verts mis sous un syst&egrave;me de brumisation, puis les produits laitiers, les fromages, les boissons, etc. Beaucoup de produits locaux mais on trouve aussi des produits venus de bien plus loin comme la confiture &laquo;&nbsp;Bonne Maman &raquo;, qualifi&eacute;e d&rsquo;excellente par notre accompagnatrice. En somme, c&rsquo;est un supermarch&eacute;. Oui, mais en y regardant de plus pr&egrave;s, on aper&ccedil;oit des petits conditionnements tr&egrave;s simples et sans marque d&rsquo;&eacute;pices ou de fruits s&eacute;ch&eacute;s. On apprend que la coop&eacute;rative dispose d&rsquo;une salle o&ugrave; certains produits achet&eacute;s en gros sont r&eacute;partis ensuite en petits sachets. Les prix affich&eacute;s sont moins &eacute;lev&eacute;s qu&rsquo;ailleurs (m&ecirc;me par rapport au supermarch&eacute; Trader Joe&rsquo;s &agrave; NYC qui propose des produits de qualit&eacute; et moins chers). Il faut pr&eacute;ciser qu&rsquo;&agrave; NYC, acheter des produits frais est on&eacute;reux (par exemple, chez Fairway, une salade 3,99 $, un kilo de tomates 3,98 $). Acheter des produits finis peut &ecirc;tre plus accessible (un hamburger 3,99 $ chez Mac Do, une salade compl&egrave;te grande taille dans un restaurant ouvert 24h/24, 6 $).

La PSFC privil&eacute;gie les produits bio mais pas uniquement, des produits de fermes en conversion, des produits r&eacute;put&eacute;s et surtout du local. Les producteurs livrent directement au magasin, les autres produits &eacute;tant achet&eacute;s &agrave; distance et parfois reconditionn&eacute;s afin de proposer des petites quantit&eacute;s &agrave; des prix comp&eacute;titifs. Tout le personnel membre met en magasin, nettoie, r&eacute;ceptionne, encaisse, range, et m&ecirc;me accompagne les clients/membres jusqu&rsquo;au m&eacute;tro et r&eacute;cup&egrave;re le caddie.

Notre accompagnatrice raconte que la coop&eacute;rative, cr&eacute;&eacute;e en 1973, compte maintenant 16 000 membres. Ce nombre est mont&eacute; &agrave; 25 000 au pire moment de la crise post-2008, l&rsquo;adh&eacute;sion avait alors &eacute;t&eacute; ferm&eacute;e. Car la PSFC n&rsquo;attire pas uniquement des New-Yorkais conscients-de-la-n&eacute;cessit&eacute;-de-bien-manger-sainement-tout-en-&eacute;tant-responsable-vis-&agrave;-vis-de-la-plan&egrave;te, mais aussi des personnes ayant des revenus modestes souhaitant bien manger et consommer autrement. Car c&rsquo;est bien le challenge de la coop&eacute;rative, la prise de conscience de bien s&rsquo;alimenter. Aujourd'hui, il est &agrave; nouveau possible de devenir membre. S&rsquo;engager ensuite sur un cr&eacute;neau horaire mensuel demande une discipline mais la PSFC a tout pr&eacute;vu en cas d&rsquo;emp&ecirc;chement majeur, le membre peut se faire remplacer par un autre coop&eacute;rateur. Certains membres s&rsquo;occupent aussi du journal de la PSFC et m&ecirc;me de la cr&egrave;che disponible pour les enfants des parents faisant leurs courses. Il y a suffisamment de personnel b&eacute;n&eacute;vole pour toutes ces t&acirc;ches.

Un supermarch&eacute; non lucratif

La PSFC ne fait pas de b&eacute;n&eacute;fice, elle applique une marge commerciale de 20 % afin d&rsquo;assurer ses co&ucirc;ts de fonctionnement uniquement. C&rsquo;est un nouveau syst&egrave;me de consommation, qualifi&eacute; d&rsquo;avenir par notre accompagnatrice. Car ce supermarch&eacute; coop&eacute;ratif est exclusivement r&eacute;serv&eacute; &agrave; ceux qui s&rsquo;impliquent, prennent part &agrave; toutes les d&eacute;cisions strat&eacute;giques, aux choix des produits comme &agrave; l&rsquo;organisation des plannings, etc. Aux Etats-Unis ce mod&egrave;le est unique. Il sera bient&ocirc;t transpos&eacute; &agrave; Paris, dans le 18&egrave;me arrondissement. La Louve devrait ouvrir ses portes &agrave; la rentr&eacute;e 2016.

On peut se demander si ce type de supermarch&eacute; pourrait int&eacute;resser le continent africain qui voit aujourd&rsquo;hui arriver la grande distribution &laquo;&nbsp;classique&nbsp;&raquo; dans de nombreuses villes. Cela impliquerait des producteurs locaux ou des organisations de producteurs suffisamment structur&eacute;s et ax&eacute;s sur la fourniture de produits de qualit&eacute; pouvant assurer un approvisionnement r&eacute;gulier (produits conventionnels, bio, r&eacute;pondant aux normes du commerce &eacute;quitable, &hellip;). Y a-t-il d&eacute;j&agrave; assez de fili&egrave;res ou de producteurs bien organis&eacute;s&nbsp;? Cela demanderait &eacute;galement une volont&eacute; de s&rsquo;impliquer en tant que consommateur dans le fonctionnement d&rsquo;un supermarch&eacute;, tant dans les d&eacute;cisions op&eacute;rationnelles que dans un temps de travail donn&eacute; en tant que b&eacute;n&eacute;vole. Il s&rsquo;agirait, comme &agrave; New York, de disposer de personnes motiv&eacute;es, conscientes des enjeux et souhaitant construire ensemble un lieu de consommation. Ce mod&egrave;le ne favorise pas l&rsquo;emploi au niveau du magasin mais il interroge r&eacute;solument sur une autre fa&ccedil;on de consommer, ayant une vertu &eacute;ducative quant &agrave; la qualit&eacute; des produits que l&rsquo;on souhaite manger. En revanche, des emplois peuvent se cr&eacute;er autour des fili&egrave;res d&rsquo;approvisionnement. De m&ecirc;me, les produits frais et transform&eacute;s locaux sont pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s et trouvent l&agrave; une source de&nbsp; commercialisation sans interm&eacute;diaire. Ce mode de consommation permet de conserver des habitudes de consommation locale et de faire d&eacute;couvrir des produits de terroir, tout en poussant &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration de leur qualit&eacute;. Ce mod&egrave;le peut certainement trouver sa place dans de nombreux pays, notamment dans les villes de grande taille et plus &eacute;loign&eacute;es des lieux de production, &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; les consciences s&rsquo;&eacute;veillent de plus en plus quant &agrave; l&rsquo;environnement et l&rsquo;&eacute;conomie sociale et solidaire.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2110 2016-05-17 text/htmlfr
Pour l’industrialisation de l’agriculture Le concept d&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture peut poser probl&egrave;me a priori, d&rsquo;autant que le principe de la m&eacute;canisation de l&rsquo;agriculture est solidement ancr&eacute; et ne souffre d&rsquo;aucune remise en cause dans ce texte. Sauf que les donn&eacute;es d&eacute;mographiques ont simplement explos&eacute; durant ces 50 derni&egrave;res ann&eacute;es, avec un accroissement quasi exponentiel de 260 % de la population mondiale et les cons&eacute;quences que cela entra&icirc;ne. L&rsquo;industrialisation et le d&eacute;veloppement agricoles sont les premiers responsables de cette croissance. Comme dans un cycle ferm&eacute;, un accroissement de la population exigera simultan&eacute;ment un accroissement de la production agricole, qui &agrave; son tour demandera une industrialisation plus accrue de son syst&egrave;me de production, pour faire face &agrave; la demande. Car, pour chaque habitant de la plan&egrave;te, l&rsquo;agriculture doit apporter en moyenne et chaque ann&eacute;e, 1 tonne de produits alimentaires tous confondus (pour 7 milliards d&rsquo;habitants, il faudra 7 milliards de tonnes).

&nbsp;Agro-industrialisation, agro-industrie, sont des concepts admis du fait des industries de transformation ou de fabrication de machines-outils et d&rsquo;intrants agricoles. Autrement dit, en amont et en aval de la ferme ou de l&rsquo;exploitation agricole, les machines agricoles, les engrais, les produits phytosanitaires sont des produits industriels au m&ecirc;me rang que les produits alimentaires transform&eacute;s (jus, p&acirc;te, charcuterie, conserves, etc.). Mais le concept d&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture va toucher, cette fois, tous les segments de la cha&icirc;ne des valeurs, et, particuli&egrave;rement, le c&oelig;ur de la production agricole elle-m&ecirc;me, &agrave; cause d&rsquo;une intervention plus accrue et plus coordonn&eacute;e de la machine dans les op&eacute;rations agricoles et un degr&eacute; de sophistication et d&rsquo;automation plus accrues dans les techniques de production.

En clair, en amont de la production, on distingue toute la classe des intrants qui entrent dans la production, tels que les engrais, pesticides, aliments concentr&eacute;s etc. Egalement en aval de la production on retrouve les produits finis transform&eacute;s tels que conserveries, jus, concentr&eacute;s de tomate, fromages, c&eacute;r&eacute;ales en boites, charcuteries, etc. Il est g&eacute;n&eacute;ralement admis que ces produits en amont et en aval&nbsp; sont des produits d&rsquo;usine donc des produits industriels. Tandis qu&rsquo;au c&oelig;ur de la production, au niveau de l&rsquo;exploitation agricole, l&rsquo;on peut retrouver une absence totale de technologies ou d&rsquo;organisation.

On parle ici d&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture en s&rsquo;attaquant &agrave; ce maillon si fragile de la cha&icirc;ne de production en lui dotant tous les atouts de l&rsquo;industrie tels que les normes et standards, les outil-machines, une formation plus sp&eacute;cialis&eacute;e des acteurs sinon un coaching de ces producteurs par des services sp&eacute;cialis&eacute;s pour effectuer des op&eacute;rations culturales telles que labour, semis, ou r&eacute;colte. Ces producteurs de toutes les tailles (paysans, PME, grandes soci&eacute;t&eacute;s de production&hellip;) s&rsquo;appuient donc, &agrave; travers des prestations de service, sur toutes les technologies disponibles, de la communication &agrave; la logistique en passant par l&rsquo;outillage simple ou sophistiqu&eacute;. Les petits producteurs peuvent ainsi acc&eacute;der au service de toutes les machines sans &ecirc;tre oblig&eacute;s de les acheter. Ce processus de modernisation des syst&egrave;mes de production agricoles m&egrave;nera progressivement &agrave; l&rsquo;industrialisation massive de l&rsquo;agriculture tout le long de sa cha&icirc;ne de valeur avec une meilleure gestion de l&rsquo;environnement.

Cette compr&eacute;hension de l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture r&egrave;gle un double probl&egrave;me&nbsp;:

  • d&rsquo;abord cette industrialisation ne concerne pas seulement les grandes fermes agricoles appel&eacute;es &agrave; tort agrobusiness, on y reviendra. Les petites exploitations agricoles, particuli&egrave;rement l&rsquo;agriculture familiale, peuvent pr&eacute;tendre &agrave; cette industrialisation contrairement &agrave; certaines id&eacute;es re&ccedil;ues qui s&eacute;parent et mettent en conflit agriculture industrielle et agriculture traditionnelle. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;agriculture urbaine interstitielle sur le micro jardinage, avec son degr&eacute; de sophistication, est en train de prendre un essor important dans toutes les villes du monde&nbsp;;
  • ensuite, l&rsquo;agrobusiness est g&eacute;n&eacute;ralement coll&eacute; et attribu&eacute; aux grandes fermes agricoles. En r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;agrobusiness est l&rsquo;art de faire du business avec sa production agricole. Si tel est le cas, tous les agriculteurs, petits ou grands qui emm&egrave;nent leur production au march&eacute; font de l&rsquo;agrobusiness. Le niveau d&rsquo;investissement dans une ferme qui produit des fleurs sur un hectare peut &ecirc;tre 10 fois plus &eacute;lev&eacute; que dans une ferme de riz de 100 hectares et de surcro&icirc;t avec beaucoup plus de revenus. Les producteurs de tomates dans les serres au Maroc &agrave; Agadir, cultivent sur des superficies de 0,5 &agrave; 3 hectares avec des pics de rendement de 300 tonnes &agrave; l&rsquo;hectare. Par cons&eacute;quent, il devient logique d&rsquo;interpeller les petits agriculteurs, ainsi que les acteurs dans l&rsquo;agriculture familiale &agrave; arr&ecirc;ter de s&rsquo;exclure du secteur priv&eacute;. Leurs activit&eacute;s et leur contribution (plus de 90 % dans l&rsquo;agriculture et dans l&rsquo;agro-industrie en Afrique) leur donnent le plein droit d&rsquo;entr&eacute;e dans le secteur priv&eacute;, de se moderniser et d&rsquo;acc&eacute;der implicitement &agrave; la technologie et au cr&eacute;dit. &nbsp; &nbsp; &nbsp;

La s&eacute;curit&eacute; alimentaire devient aujourd&rsquo;hui une priorit&eacute; mondiale et, pour beaucoup de nations, une question de souverainet&eacute;&nbsp;; ce qui constitue des arguments assez forts pour injecter plus de sciences et de technologies dans l&rsquo;agriculture. L&rsquo;agriculture de pr&eacute;cision utilisant les NTIC avec des syst&egrave;mes de communication par satellites pour ex&eacute;cuter des op&eacute;rations culturales (irrigation, semis, application phytosanitaire, etc.) conna&icirc;t un d&eacute;veloppement fulgurant dans certains pays d&eacute;velopp&eacute;s. Pour dire que l&rsquo;industrie sera d&eacute;sormais pr&eacute;sente &agrave; tous les niveaux ou stades de la production alimentaire.

Par cons&eacute;quent, le profil du personnel dans une ferme agricole nagu&egrave;re compos&eacute; d&rsquo;agronomes, de techniciens et d&rsquo;ouvriers agricoles, qualifi&eacute;s ou non, changera progressivement pour int&eacute;grer plus de m&eacute;caniciens, d&rsquo;&eacute;lectriciens, d&rsquo;&eacute;lectrom&eacute;caniciens, de conducteurs d&rsquo;engins, d&rsquo;informaticiens et de robots. Les process et standards de qualit&eacute; industriels ou leurs &eacute;quivalents (GlobalGap) seront donc de plus en plus appliqu&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture. Le processus d&rsquo;industrialisation est quasiment achev&eacute; en amont de la production agricole. En aval de la production, les stations de conditionnement ou les industries de l&rsquo;agro-alimentaire ont d&eacute;j&agrave; fini leur mutation industrielle.

L&rsquo;urgente n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;aller vite et de produire plus et sur de larges et nouvelles superficies impose une industrialisation des op&eacute;rations culturales. De nouvelles machines sont n&eacute;cessaires pour faire le repiquage de la tomate ou de la patate douce. Le semis direct de l&rsquo;oignon et sa r&eacute;colte &agrave; la machine ont contribu&eacute; pour plus de 50 % &agrave; l&rsquo;augmentation de la production de cette denr&eacute;e. Puisque le repiquage &agrave; la main est la principale contrainte &agrave; l&rsquo;augmentation des superficies cultiv&eacute;es pour certaine cultures (oignon, patate douce, etc.).&nbsp; La faible production rencontr&eacute;e dans certaines cultures rel&egrave;ve moins de la performance vari&eacute;tale que de l&rsquo;absence d&rsquo;une technologie performante pour lever une contrainte au niveau d&rsquo;une op&eacute;ration culturale.

Par ailleurs, le processus industriel, particuli&egrave;rement l&rsquo;automatisation de la succession des op&eacute;rations, doit &ecirc;tre ma&icirc;tris&eacute; dans la production agricole. Des attelages sont mont&eacute;s derri&egrave;re les tracteurs pour ex&eacute;cuter plusieurs op&eacute;rations en une seule. Le labour, l&rsquo;offsettage, la pr&eacute;paration du lit de semis et le semis peuvent se faire en une seule op&eacute;ration pour le riz ou le bl&eacute;. Cette technologie a le m&eacute;rite de r&eacute;aliser en un seul jour une op&eacute;ration qui se faisait en 4&nbsp;jours, ce qui donne la possibilit&eacute; de multiplier les superficies cultiv&eacute;es au moins par trois. La production de la tomate dans les serres a boost&eacute; les rendements qui passent de 10 tonnes en moyenne dans une agriculture traditionnelle &agrave; 800 tonnes &agrave; l&rsquo;hectare. &nbsp;C&rsquo;est une performance jamais &eacute;gal&eacute;e par une culture, du fait seulement de l&rsquo;industrialisation de la production dans la serre qui re&ccedil;oit toutes les technologies combin&eacute;es dans une usine classique (propret&eacute;, process, qualit&eacute;, normes, standards, ma&icirc;trise de l&rsquo;&eacute;nergie, syst&egrave;mes op&eacute;rationnels et ma&icirc;trise des co&ucirc;ts).

L&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture ne sugg&egrave;re pas forc&eacute;ment une fusion des deux secteurs, encore moins de leurs institutions ou de leurs &eacute;coles.&nbsp;Mais au moins, l&rsquo;on doit travailler &agrave; leur rencontre et &agrave; leur synergie. La relation entre le disponible alimentaire et l&rsquo;accroissement de la population est une relation arithm&eacute;tique &eacute;l&eacute;mentaire, mais hautement politique. Pour augmenter le disponible alimentaire mondial en urgence, l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture est in&eacute;vitable, voire obligatoire. Cette industrialisation doit aller au-del&agrave; de la m&eacute;canisation agricole connue jusque-l&agrave;. Elle doit surtout assimiler les proc&eacute;d&eacute;s et caract&eacute;ristiques industriels d&rsquo;efficacit&eacute;, de rapidit&eacute; et de tra&ccedil;abilit&eacute;. Selon la FAO, &laquo;&nbsp;les progr&egrave;s technologiques et l&rsquo;abondance des ressources que cela g&eacute;n&egrave;re font que la faim est devenue plus &eacute;vitable et donc plus intol&eacute;rable&nbsp;&raquo;.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2093 2016-04-11 text/htmlfr
Semences : organiser les marchés, répondre à la demande des agriculteurs Les march&eacute;s des semences en Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre ne demandent qu&rsquo;&agrave; s&rsquo;organiser. En effet, la demande des agriculteurs est forte en vari&eacute;t&eacute;s performantes et de bonne qualit&eacute;, car ils ont compris qu&rsquo;augmenter les rendements implique de pouvoir disposer de semences s&eacute;lectionn&eacute;es. L&rsquo;organisation des march&eacute;s semenciers passe par plusieurs &eacute;tapes.

La premi&egrave;re &eacute;tape est de mettre en place un syst&egrave;me officiel d&rsquo;essais o&ugrave; seules les meilleures vari&eacute;t&eacute;s, quelle que soit leur origine (vari&eacute;t&eacute;s import&eacute;es, vari&eacute;t&eacute;s issues de la recherche publique ou des programmes de s&eacute;lection participatives), sont inscrites sur un catalogue. Des crit&egrave;res agronomiques et qualitatifs doivent &ecirc;tre retenus pour juger des performances par rapport &agrave; des t&eacute;moins repr&eacute;sentant les vari&eacute;t&eacute;s d&eacute;j&agrave; existantes sur le march&eacute;. Seules les meilleures vari&eacute;t&eacute;s, dont les r&eacute;sultats sont sup&eacute;rieurs &agrave; ceux des t&eacute;moins, sont inscrites sur un catalogue apr&egrave;s deux ans d&rsquo;essais. Afin d&rsquo;&eacute;viter la multiplication des essais, une inscription au catalogue r&eacute;alis&eacute;e dans l&rsquo;un des pays d&rsquo;une m&ecirc;me zone &eacute;conomique, par exemple la CEDEAO[1], devrait &ecirc;tre valable dans les autres pays de la zone.

La deuxi&egrave;me &eacute;tape est d&rsquo;assurer la promotion de ces vari&eacute;t&eacute;s via des essais de d&eacute;monstration aupr&egrave;s des agriculteurs, &agrave; l&rsquo;occasion de visites des essais en plein champ. Les services techniques de vulgarisation agricole appuy&eacute;s par les techniciens des soci&eacute;t&eacute;s de semences constituent un moyen efficace pour diffuser les bonnes vari&eacute;t&eacute;s. &nbsp;

La troisi&egrave;me &eacute;tape est d&rsquo;assurer aux agriculteurs l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; des semences certifi&eacute;es, garantissant l&rsquo;origine de la vari&eacute;t&eacute; et le respect de normes de puret&eacute; et de germination.

La quatri&egrave;me &eacute;tape est de monter une industrie semenci&egrave;re capable de r&eacute;pondre aux besoins d&rsquo;un pays ou d&rsquo;une zone &eacute;conomique, ce qui n&eacute;cessite l&rsquo;organisation de r&eacute;seaux de producteurs de semences respectant un cahier des charges bien pr&eacute;cis. Ces producteurs sont adoss&eacute;s &agrave; une ou plusieurs usines capables de trier, calibrer, ensacher des centaines ou des milliers de tonnes de semences. Les productions locales sont &agrave; privil&eacute;gier, pour r&eacute;duire les co&ucirc;ts de logistique et de transport et offrir aux agriculteurs des semences &agrave; un prix abordable.

Enfin, la cinqui&egrave;me &eacute;tape est la diffusion des semences produites, de mani&egrave;re &agrave; ce que les agriculteurs, y compris dans les r&eacute;gions les plus recul&eacute;es, aient acc&egrave;s aux vari&eacute;t&eacute;s de leur choix.

Autant l&rsquo;inscription et la certification des semences peuvent &ecirc;tre assur&eacute;es par les Etats (souvent les minist&egrave;res de l&rsquo;Agriculture), autant les &eacute;tapes 2 &agrave; 5 devraient &ecirc;tre du ressort d&rsquo;entreprises priv&eacute;es ou de coop&eacute;ratives semenci&egrave;res qui font preuve de plus de r&eacute;activit&eacute; et d&rsquo;adaptation aux demandes du march&eacute;. In fine, le secteur semencier doit &ecirc;tre capable de gagner de l&rsquo;argent pour r&eacute;investir dans la s&eacute;lection vari&eacute;tale, l&rsquo;&eacute;quipement de nouvelles usines ou la promotion et la diffusion des nouvelles vari&eacute;t&eacute;s.

Cela &eacute;tant, le co&ucirc;t d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; des semences certifi&eacute;es provenant de vari&eacute;t&eacute;s am&eacute;lior&eacute;es, donc plus ch&egrave;res, &nbsp;est souvent un obstacle pour des agriculteurs qui n&rsquo;ont pas beaucoup de moyens financiers. On se trouve alors dans un cercle vicieux o&ugrave; les semences utilis&eacute;es sont des semences de ferme issues de la r&eacute;colte pr&eacute;c&eacute;dente ou des semences bon march&eacute;, parfois contrefaites ou qui ne respectent pas des normes de germination et de puret&eacute; acceptables. Les rendements obtenus sont m&eacute;diocres, ce qui ne permet pas aux producteurs de d&eacute;gager une marge suffisante pour acheter des semences pour la r&eacute;colte suivante.

Il faut donc briser ce cercle. A titre d&rsquo;exemple, les gouvernements de plusieurs pays de la SADC[2], en Afrique australe, ont mis en place des programmes de subvention gr&acirc;ce auxquels les agriculteurs peuvent obtenir gratuitement, pour une partie de leur exploitation, des semences certifi&eacute;es pour des vari&eacute;t&eacute;s de leur choix, ainsi que d&rsquo;autres intrants (le plus souvent des engrais). Ces subventions sont d&eacute;gressives dans le temps, mais elles permettent d&rsquo;encourager et accompagner, pendant les premi&egrave;res &eacute;tapes, l&rsquo;utilisation de semences certifi&eacute;es. Les minist&egrave;res de l&rsquo;Agriculture et des Finances ach&egrave;tent directement aupr&egrave;s des soci&eacute;t&eacute;s de semences les quantit&eacute;s n&eacute;cessaires pour la campagne. Les r&eacute;sultats sont probants&nbsp;: dans les pays de la SADC, le taux d&rsquo;utilisation des semences certifi&eacute;es est &eacute;lev&eacute; et les rendements des cultures sont souvent sup&eacute;rieurs &agrave; ceux obtenus dans le reste de l&rsquo;Afrique. On initie ainsi un cercle vertueux. Cependant, ces aides sont co&ucirc;teuses et d&eacute;pendent de la sant&eacute; financi&egrave;re des Etats.

Il existe une autre voie, qui passe par le d&eacute;veloppement de fili&egrave;res int&eacute;gr&eacute;es &agrave; travers des agro-industriels ou des coop&eacute;ratives. Les semences sont alors fournies, au moment des semis, aux agriculteurs qui s&rsquo;engagent &agrave; vendre leur r&eacute;colte &agrave; leur partenaire dans la fili&egrave;re. Le prix de semences est d&eacute;falqu&eacute; au moment de la livraison de la r&eacute;colte. Ce syst&egrave;me, largement pratiqu&eacute; en Europe de l&rsquo;Est, &eacute;vite aux producteurs d&rsquo;emprunter avant la campagne pour financer leurs intrants.

[1] Communaut&eacute; &eacute;conomique des Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, qui regroupe quinze pays.

[2] Southern African Development Community (Communaut&eacute; de d&eacute;veloppement d&rsquo;Afrique australe), qui regroupe quinze Etats membres.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2079 2016-03-29 text/htmlfr
Protection sociale pour les pauvres ou pauvre protection sociale ? &laquo;&nbsp;La protection sociale a contribu&eacute; directement &agrave; la r&eacute;duction de la faim&nbsp;&raquo;. Tel est le constat dress&eacute; par la FAO[1] &agrave; propos des programmes d&rsquo;assistance sociale mis en place depuis la fin des ann&eacute;es 1990. Alors que ces programmes de transferts mon&eacute;taires &eacute;taient con&ccedil;us &agrave; l&rsquo;origine principalement pour pallier les effets de crises financi&egrave;res sur les populations les plus vuln&eacute;rables dans les &eacute;conomies &eacute;mergentes, on s&rsquo;est rendu compte que de tels dispositifs avaient eu un impact positif direct sur la productivit&eacute; agricole. Ces dispositifs se sont alors &eacute;tendus car ils &eacute;taient accompagn&eacute;s d&rsquo;une croissance &eacute;conomique consid&eacute;r&eacute;e comme durable et inclusive. On estime que d&eacute;sormais tous les pays du monde ont recours d&rsquo;une mani&egrave;re ou d&rsquo;une autre (par exemple &agrave; travers des cantines scolaires) &agrave; un m&eacute;canisme de protection ou de filet social.

Ces transferts visent &agrave; am&eacute;liorer les conditions de vie, l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;alimentation ou aux soins et jouent donc un r&ocirc;le important direct dans la s&eacute;curit&eacute; alimentaire. &nbsp;En y regardant de plus pr&egrave;s, on constate qu&rsquo;au-del&agrave; des effets directs, ce sont des moteurs de production agricole gr&acirc;ce &agrave; leur impact stimulant sur les strat&eacute;gies des producteurs qui y voient une forme d&rsquo;assurance contre le risque, susceptible d&rsquo;att&eacute;nuer les chocs productifs ou de prix et qui peut donc les pr&eacute;server des &laquo;&nbsp;pi&egrave;ges &agrave; pauvret&eacute;&nbsp;&raquo;. La pr&eacute;visibilit&eacute; des transferts, surtout si ces derniers repr&eacute;sentent des montants mon&eacute;taires significatifs, semble &ecirc;tre facteur d&rsquo;&eacute;pargne et d&rsquo;investissement car elle incite les producteurs &agrave; planifier les d&eacute;penses et &agrave; former des projets productifs. Prolonger les dispositifs au-del&agrave; d&rsquo;une p&eacute;riode de crise ou de passage difficile pour des m&eacute;nages vuln&eacute;rables a des effets cumulatifs avantageux : plus un programme dure, plus la p&eacute;riode de soudure semble se raccourcir et plus le capital &ndash; en particulier le cheptel &ndash; s&rsquo;accumule (cas relat&eacute; par le HLPE pour l&rsquo;Ethiopie[2]). Quelle que soit sa forme, la protection sociale semble capable d&rsquo;am&eacute;liorer la productivit&eacute; du travail agricole comme le montre une analyse empirique r&eacute;cente sur le Burkina Faso o&ugrave; la densification du r&eacute;seau de centres de sant&eacute; aurait permis un accroissement important des revenus des agriculteurs lorsqu&rsquo;ils tombaient malades lors de la saison des pluies[3]. En d&eacute;finitive, donc, les programmes de protection sociale peuvent &ecirc;tre des investissements tr&egrave;s rentables pour la soci&eacute;t&eacute; et pour l&rsquo;Etat.

Ces programmes ont souvent la faveur des organisations de d&eacute;veloppement car ils s&rsquo;int&egrave;grent dans une vision des politiques &eacute;conomiques qui ne touchent pas aux m&eacute;canismes de prix agricoles tout en semblant prendre en charge les d&eacute;faillances de march&eacute;, notamment celui de l&rsquo;assurance. Ils trouvent ainsi l&rsquo;assentiment de larges fractions d&rsquo;acteurs. Pourtant, il serait erron&eacute; de vouloir faire de ces programmes une alternative aux politiques agricoles r&eacute;gulatrices puisque l&rsquo;exp&eacute;rience montre que par exemple les transferts d&rsquo;esp&egrave;ces sont moins efficaces lorsque les march&eacute;s sont peu actifs et que les prix sont &eacute;lev&eacute;s et instables[4]. La fronti&egrave;re entre programmes de protection sociale et instruments de politique agricole est d&rsquo;ailleurs parfois floue, puisque certains incluent dans le p&eacute;rim&egrave;tre des premiers des mesures telles que les subventions aux intrants et que la combinaison des deux est gage d&rsquo;efficacit&eacute;[5].

La question du ciblage pr&eacute;occupe souvent les architectes de ces dispositifs. S&rsquo;il est prouv&eacute; que les programmes d&rsquo;assistance sociale en faveur des femmes reposant sur des transferts mon&eacute;taires ou de nourriture ont souvent une incidence meilleure sur la s&eacute;curit&eacute; alimentaire des m&eacute;nages[6], on peut mettre en doute l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de r&eacute;aliser un ciblage fin des b&eacute;n&eacute;ficiaires compte tenu des co&ucirc;ts suppl&eacute;mentaires que g&eacute;n&egrave;re une telle s&eacute;lection. Les r&eacute;gimes universels seraient en d&eacute;finitive plus efficaces, pour plusieurs raisons&nbsp;: &nbsp;ils ne laisseraient pas sur le bord de la route pr&egrave;s de la moiti&eacute; des b&eacute;n&eacute;ficiaires pr&eacute;tendus, ne cr&eacute;eraient pas de discrimination v&eacute;cue parfois comme ill&eacute;gitime et conflictuelle, n&rsquo;inciteraient pas les personnes non-&eacute;ligibles &agrave; tricher sur leur statut r&eacute;el ni les b&eacute;n&eacute;ficiaires &agrave; mentir sur la r&eacute;alit&eacute; des engagements qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;taient engag&eacute;s &agrave; respecter, n&rsquo;auraient pas d&rsquo;effet pervers de d&eacute;sincitation au travail survenant lorsque l&rsquo;on craint de devenir in&eacute;ligible &agrave; l&rsquo;aide et ne co&ucirc;teraient finalement gu&egrave;re plus &agrave; mettre en place. C&rsquo;est en tout cas ce que montrent des comparaisons d&rsquo;impacts de r&eacute;gimes de retraite universels et de m&eacute;canismes de protection cibl&eacute;s[7].

Ce constat semble battre en br&egrave;che l&rsquo;id&eacute;e, somme toute assez paternaliste, selon laquelle il faut concevoir les programmes de protection sociale de mani&egrave;re &agrave; garantir que l&rsquo;usage fait des transferts serve bien &agrave; accro&icirc;tre le capital humain ou &agrave; investir dans des actifs productifs plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; des d&eacute;penses &laquo;&nbsp;superflues&nbsp;&raquo;, de plaisir, de loisir ou li&eacute;es &agrave; la religion&hellip;. Finalement, la bonne conscience &eacute;conomique serait sauve, qui constate que sans contrainte et par la simple poursuite de leur utilit&eacute;, les pauvres maximisent bien l&rsquo;efficacit&eacute; de l&rsquo;utilisation des transferts que la puissance publique leur octroie, qu&rsquo;ils soient une cible privil&eacute;gi&eacute;e ou non. Au final, le ciblage ne serait-il pas finalement qu&rsquo;une couverture &agrave; l&rsquo;&eacute;tablissement de filets de s&eacute;curit&eacute; r&eacute;duits au minimum, qu&rsquo;un alibi pour &eacute;viter de construire des r&eacute;gimes de protection sociale g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;s qui ne manqueraient pas de justifier des politiques fortement redistributrices, exigeant une pression fiscale plus forte, en clair plus interventionnistes et qui n&rsquo;auraient donc pas les faveurs des bailleurs&nbsp;?

En tout &eacute;tat de cause, les syst&egrave;mes de protection sociale sont des instruments essentiels en Afrique, dans un contexte o&ugrave; les possibilit&eacute;s d&rsquo;absorption hors de l&rsquo;agriculture d&rsquo;une main d&rsquo;&oelig;uvre rurale toujours en expansion sont incertaines, o&ugrave; les marges de man&oelig;uvre &nbsp;pour une redistribution plus &eacute;quitable des ressources (terre et eau) sont &eacute;troites et o&ugrave; l&rsquo;am&eacute;lioration du potentiel productif est limit&eacute;e (en zone sah&eacute;lienne par exemple). Les perspectives &agrave; moyen et long termes d&rsquo;&eacute;volution de la productivit&eacute; du travail agricole et les possibilit&eacute;s restreintes de trouver des d&eacute;bouch&eacute;s pour la main d&rsquo;&oelig;uvre agricole africaine nous obligent &agrave; penser les transferts mon&eacute;taires comme une composante int&eacute;grante des politiques agricoles.

[1] FAO&nbsp;; L&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire dans le monde&nbsp;; rapport 2015

[2] HLPE&nbsp;; La protection sociale pour la s&eacute;curit&eacute; alimentaire&nbsp;; 2012

[3] Combary O.-S.&nbsp;; Impacts of Health Services on Agricultural Labor Productivity of Rural Households in Burkina Faso&nbsp;; Working Paper; Agrodep; 2016

[4] Id. HLPE

[5] Douillet M.&nbsp;; S&eacute;curit&eacute; alimentaire&nbsp;: relancer la production agricole ou fournir une aide sociale&nbsp;? L&rsquo;exemple du Malawi&nbsp;; Note no 5, FARM&nbsp;; 2013

[6] id. HLPE

[7] Kidd S.&nbsp;; &nbsp;Id&eacute;es pour le d&eacute;veloppement&nbsp;; AFD&nbsp;; 2016

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2078 2016-03-09 text/htmlfr
L'assurance agricole en Inde : combler les failles du système Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a annonc&eacute;, le 13 janvier, un fort accroissement du&nbsp; budget d&eacute;di&eacute; &agrave; l&rsquo;assurance r&eacute;colte. En 2018/19, le gouvernement central et les Etats f&eacute;d&eacute;r&eacute;s devraient consacrer &agrave; ce dispositif l&rsquo;&eacute;quivalent de quelque 1,14 milliard de dollars U.S., soit plus du double de l&rsquo;enveloppe actuelle. Les primes d&rsquo;assurance pay&eacute;es par les producteurs de grains seront fix&eacute;es &agrave; un faible niveau (2 % pour les cultures de printemps, 1,5 % pour les cultures d&rsquo;hiver), identique pour tous les producteurs et tr&egrave;s inf&eacute;rieur au taux actuariel permettant de couvrir les indemnit&eacute;s, ce qui correspond &agrave; une subvention d&rsquo;environ 80%. En outre, les indemnit&eacute;s vers&eacute;es en cas de sinistre devraient augmenter, car le capital assur&eacute; par les agriculteurs sera d&eacute;plafonn&eacute;. L&rsquo;objectif officiel est que l&rsquo;assurance r&eacute;colte couvre, &agrave; terme, 50 % de la surface cultiv&eacute;e, &nbsp;contre 23 % actuellement.&nbsp;

Il faut bien s&ucirc;r saluer l&rsquo;implication accrue des autorit&eacute;s indiennes dans la protection des agriculteurs contre les al&eacute;as climatiques. Les &eacute;normes pertes de r&eacute;colte subies ces derni&egrave;res ann&eacute;es &agrave; cause de la s&eacute;cheresse, de la pluie ou de la gr&ecirc;le, et leurs r&eacute;percussions dramatiques pour des millions de petits agriculteurs, cribl&eacute;s de dettes, ont montr&eacute; les limites du dispositif d&rsquo;aide existant. Celui-ci repose sur deux piliers&nbsp;: un fonds de garantie contre les calamit&eacute;s naturelles, financ&eacute; par les pouvoirs publics, et un syst&egrave;me d&rsquo;assurance r&eacute;colte, cofinanc&eacute; par les agriculteurs et les pouvoirs publics. Les aides vers&eacute;es par le fonds de garantie sont limit&eacute;es (m&ecirc;me si leur budget global est substantiel)&nbsp;: elles visent seulement &agrave; permettre aux agriculteurs d&rsquo;acheter des intrants pour la prochaine r&eacute;colte. L&rsquo;assurance est cens&eacute;e fournir la majeure partie des compensations des pertes de r&eacute;colte.

Un rapport r&eacute;cent d&rsquo;une ONG indienne, le Center for Science and Environment (CSE)[1], r&eacute;v&egrave;le les failles du dispositif. Elles sont b&eacute;antes. Le fonds de garantie contre les calamit&eacute;s naturelles repose sur des proc&eacute;dures d&rsquo;&eacute;valuation des pertes tr&egrave;s rudimentaires. Ses crit&egrave;res d&rsquo;indemnisation varient selon les Etats, sans autre justification que les priorit&eacute;s des administrations locales. Surtout, le fonds est min&eacute; par la corruption et manipul&eacute; par les politiciens pour se constituer une client&egrave;le. Quant &agrave; l&rsquo;assurance r&eacute;colte, la lecture de l&rsquo;analyse du CSE est hautement recommand&eacute;e pour tous ceux qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; la construction dans les pays en d&eacute;veloppement, notamment en Afrique, de syst&egrave;mes efficaces de gestion des risques, incitant les agriculteurs &agrave; investir sur leur exploitation. Manque de transparence dans l&rsquo;&eacute;valuation des pertes &ndash; l&agrave; encore, objet de corruption -, &laquo;&nbsp;risque de base&nbsp;&raquo; d&ucirc; au fait que les pertes sont estim&eacute;es &agrave; un niveau tr&egrave;s agr&eacute;g&eacute; (celui d&rsquo;une unit&eacute; administrative), lenteur de l&rsquo;indemnisation&hellip; autant de facteurs qui expliquent le m&eacute;contentement des agriculteurs &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du syst&egrave;me. Les mesures annonc&eacute;es par Narendra Modi le 13 janvier r&eacute;pondent partiellement &agrave; ces critiques, car elles promettent de recourir aux images satellitaires pour l&rsquo;&eacute;valuation des pertes et au t&eacute;l&eacute;phone mobile pour le paiement des indemnit&eacute;s. Encore faut-il disposer pour cela de l&rsquo;infrastructure technique et financi&egrave;re ad&eacute;quate, ce dont doutent certains&nbsp;observateurs[2].&nbsp;

Un point du rapport du CSE retient particuli&egrave;rement l&rsquo;attention. L&rsquo;assurance r&eacute;colte est obligatoire pour les agriculteurs qui contractent un pr&ecirc;t dans le cadre du programme Kisan Credit Card, principal outil de cr&eacute;dit &agrave; court terme. De fait, la quasi-totalit&eacute; des agriculteurs assur&eacute;s sont engag&eacute;s dans ce programme. La prime d&rsquo;assurance est collect&eacute;e par la banque, qui la transmet (si elle &laquo;&nbsp;n&rsquo;oublie pas&nbsp;&raquo;) &agrave; la compagnie d&rsquo;assurance. Ce dispositif permet de r&eacute;duire les co&ucirc;ts de gestion, mais le producteur ignore tr&egrave;s souvent quel est le montant de la prime, &agrave; quelle culture elle s&rsquo;applique et surtout &agrave; combien d&rsquo;indemnit&eacute;s il peut pr&eacute;tendre en cas de sinistre. Cette opacit&eacute; se double du fait que l&rsquo;agriculteur ne peut gu&egrave;re choisir son assureur, celui &eacute;tant g&eacute;n&eacute;ralement en position de monopole. Il est ainsi compl&egrave;tement d&eacute;responsabilis&eacute; dans sa gestion des risques. Cela n&rsquo;a peut-&ecirc;tre pas d&rsquo;importance pour les petits paysans qui vivent sur moins de un hectare (et qui constituent deux tiers du nombre de m&eacute;nages agricoles en Inde), dans la mesure o&ugrave; la plupart d&rsquo;entre eux produisent essentiellement pour leur propre consommation et ont peu de marges de man&oelig;uvre. Mais cette situation est regrettable pour les producteurs ins&eacute;r&eacute;s dans les circuits commerciaux, qui, quelle que soit la taille de leur exploitation, sont amen&eacute;s &agrave; raisonner en entrepreneurs. En Inde, comme dans beaucoup d&rsquo;autres pays du Nord et du Sud, la sensibilisation des agriculteurs &agrave; l&rsquo;assurance est un chantier immense. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

[1] Centre for Science and Environment, Lived Anomaly. How to enable farmers in India cope with extreme weather events, 2015

[2] Ashok Gulati, A harvest-time gift, The Indian Express, January 18, 2016

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2071 2016-02-22 text/htmlfr
La Chine affirme sa politique de coopération avec l'Afrique : le moment d'approfondir le dialogue &egrave;me Forum sur la coop&eacute;ration sino-africaine (FOCAC) s&rsquo;est tenu &agrave; Johannesburg, en Afrique du Sud, les 4 et 5 d&eacute;cembre 2015. Ce sommet a &eacute;t&eacute; l&rsquo;occasion de la publication du second document sur &laquo;&nbsp;La politique de la Chine &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;Afrique&nbsp;&raquo;, apr&egrave;s celui de 2006[1]. Les orientations plaident pour une coop&eacute;ration qui se veut gagnant-gagnant, qui concerne tous les domaines (sant&eacute;, &eacute;ducation, agriculture, mines etc.) et qui aborde les questions de s&eacute;curit&eacute;. A priori rien de tr&egrave;s original compar&eacute; aux d&eacute;clarations politiques que l&rsquo;on peut trouver lors des sommets France-Afrique ou Japon-Afrique, si ce n&rsquo;est une volont&eacute; marqu&eacute;e de lever ce que les autorit&eacute;s consid&egrave;rent comme des &laquo;&nbsp;goulots d&rsquo;&eacute;tranglement du d&eacute;veloppement&nbsp;&raquo;, &agrave; savoir le retard d&rsquo;investissement dans les infrastructures, le manque de qualifications et une insuffisance dans l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie. Le document insiste aussi sur la n&eacute;cessaire industrialisation, la sortie d&rsquo;une trajectoire trop d&eacute;pendante des produits primaires.

Au-del&agrave; des consid&eacute;rations assez g&eacute;n&eacute;rales, ce document et les d&eacute;clarations lors du sommet confirment la complexification du paysage de la coop&eacute;ration en Afrique, &agrave; laquelle la Chine participe en prenant une place majeure. Les engagements &agrave; conditions pr&eacute;f&eacute;rentielles de la Chine vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Afrique s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent &agrave; 20 milliards $US par an en moyenne pour les ann&eacute;es 2016-2018 (dont 8 % seraient vers&eacute;s &agrave; taux z&eacute;ro, 60 % &agrave; taux pr&eacute;f&eacute;rentiels et 8 % destin&eacute;s aux PME africaines notamment). C&rsquo;est un montant significatif compar&eacute; aux engagements des pays du Comit&eacute; d&rsquo;aide au d&eacute;veloppement (CAD) de l&rsquo;OCDE &agrave; destination de l&rsquo;Afrique qui ont atteint 55,7 milliards $US en 2013 ou &agrave; ceux de la France qui &eacute;taient de 3,2 milliards $US cette m&ecirc;me ann&eacute;e. Dans beaucoup de pays d&rsquo;Afrique, la Chine restera ou deviendra le premier bailleur de fonds. Certes, l&rsquo;aide de la Chine dans le secteur agricole repr&eacute;sente moins de 4 % de l&rsquo;aide totale de la Chine en Afrique, et se situe assez loin derri&egrave;re les aides bilat&eacute;rales ou multilat&eacute;rales du CAD/OCDE. Mais il faut aussi tenir compte des multiples pr&eacute;sences chinoises priv&eacute;es et publiques. Les investissements publics et priv&eacute;s chinois sont cons&eacute;quents dans les secteurs de l&rsquo;h&eacute;v&eacute;a, du coton, du bois ou encore du cacao, en particulier en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et au Cameroun pour ne citer que ces deux pays.

La coop&eacute;ration entre la Chine et l&rsquo;Afrique articule trois niveaux[2]&nbsp;: un partenariat de coop&eacute;ration strat&eacute;gique globale soutenu par cinq piliers (politique, &eacute;conomie, culture, s&eacute;curit&eacute; et r&ocirc;le sur la sc&egrave;ne internationale) et dix plans sectoriels. Un de ces plans sectoriels concerne la modernisation du secteur agricole.

Les orientations de ce plan de modernisation ne sont actuellement pas tr&egrave;s pr&eacute;cises. Elles incluent la mise &agrave; disposition d&rsquo;&eacute;quipes d&rsquo;experts agricoles et de formateurs, la poursuite de recherches et l&rsquo;innovation agricole. Les Centres de d&eacute;monstration agricole seront les supports de cette recherche, avec pour vocation notamment de proposer des vari&eacute;t&eacute;s s&eacute;lectionn&eacute;es de riz irrigu&eacute; et de vulgariser des pratiques agricoles sur la base de l&rsquo;exp&eacute;rience chinoise. M&ecirc;me si les modalit&eacute;s de mise en &oelig;uvre de cette coop&eacute;ration agricole diff&egrave;rent selon les pays, plusieurs &eacute;tudes men&eacute;es aussi bien par des chercheurs chinois que fran&ccedil;ais[3] ont montr&eacute; les atouts et limites de cette coop&eacute;ration. Le principal point faible relev&eacute; est celui d&rsquo;une quasi absence de coordination dans les pays d&rsquo;Afrique avec les bailleurs de fonds dits &laquo;&nbsp;traditionnels&nbsp;&raquo; ainsi qu&rsquo;avec les centres nationaux de recherche agronomique. Ce manque de coordination, qui s&rsquo;explique essentiellement par un manque de confiance de part et d&rsquo;autre, nuit &agrave; la construction d&rsquo;une coop&eacute;ration tripartite f&eacute;conde. D&rsquo;autre part, plusieurs observateurs[4] estiment que ce plan de modernisation est davantage un plan de soutien aux entreprises chinoises qu&rsquo;un r&eacute;el plan de d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture africaine.

Il devient donc urgent de croiser les r&eacute;flexions et savoirs des &eacute;quipes chinoises avec ceux des &eacute;quipes nationales en Afrique (les centres nationaux de recherche agronomique), des &eacute;quipes r&eacute;gionales (comme par exemple AfricaRice) et des centres internationaux (les institutions membres du CGIAR[5]), ainsi que des &eacute;quipes &eacute;trang&egrave;res (comme le CIRAD). Le secteur agricole ayant &eacute;t&eacute; trop largement n&eacute;glig&eacute; par les bailleurs de fonds du CAD ainsi que par les Etats africains eux-m&ecirc;mes depuis plusieurs ann&eacute;es, le regain d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t actuel de l&rsquo;ensemble des acteurs n&eacute;cessite la construction d&rsquo;une coh&eacute;rence politique. A trop vouloir pousser son propre agenda sans tenir compte des actions engag&eacute;es par les autres, le risque est grand de voir une d&eacute;perdition des moyens et de nombreux investissements agricoles d&eacute;pourvus de financement. Il faut donc cr&eacute;er les conditions pour que des rencontres aient lieu, que les savoirs accumul&eacute;s soient mutualis&eacute;s, afin que les coop&eacute;rations tripartites France-Chine-Afrique, qui sont annonc&eacute;es, puissent se concr&eacute;tiser. Mais il revient aux Etats africains eux-m&ecirc;mes de prendre de telles initiatives.

[1] http://www.focac.org/fra/zfgx/dfzc/t1321596.htm

[2] He Wenping, chercheuse &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie chinoise des sciences sociales parle d&rsquo;une structure 1+5+10

[3] Voir document

[4] http://pairault.fr/sinaf/index.php/15-references/745-60-milliards-de-dollars-d-aides-1

[5] Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR de par son acronyme anglais)

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2060 2016-01-26 text/htmlfr
Les biocarburants impuissants à enrayer la chute des prix alimentaires Il arrive que les nouvelles se télescopent et produisent du sens. Ainsi a-t-on appris quasi simultanément que l’indice des prix alimentaires mondiaux calculé par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a reculé de 19 % en 2015 et que 64 pays, soit un sur trois dans le monde, ont désormais dans leur législation des objectifs ou des obligations d’incorporation de biocarburants dans l’essence ou le gazole[1]. Un nombre qui n’a cessé de croître depuis quinze ans.

Les marchés agricoles sont très instables. En 2011, l’indice des prix alimentaires de la FAO, mesuré à partir d’un panier de denrées englobant céréales, sucre, huiles végétales, viandes, produits laitiers…, avait atteint en termes réels (c’est-à-dire après déduction de l’inflation) son plus haut niveau depuis 1975 (graphique). Ce point culminant d’une décennie de hausse avait engendré de vives préoccupations sur la capacité à assurer la sécurité alimentaire de la planète, eu égard notamment à l’augmentation de la population et à la demande croissante de produits animaux dans les pays en développement. 


Source : FAO

Naguère présentés comme une solution à la lutte contre le changement climatique, les biocarburants tombaient brusquement de leur piédestal. Ils se voyaient accusés d’être un des principaux moteurs de l’emballement des prix alimentaires mondiaux, au point que le Groupe d’experts de haut niveau (HLPE) sur la sécurité alimentaire et la nutrition leur consacrait, en 2013, un rapport alarmiste[2].

Mais la prévision est un art difficile : alors que la production de bioéthanol et de biodiesel continue de progresser, les prix des denrées diminuent depuis quatre ans. En 2015, l’indice de la FAO est tombé, en termes réels, à son niveau le plus bas depuis 2007, inférieur à celui du début des années 1960. Tous les produits alimentaires sont pris dans une spirale baissière, causée essentiellement par une offre pléthorique, un ralentissement de la demande et une appréciation du dollar U.S., qui renchérit les importations. Ces facteurs l’emportent largement sur la pression haussière exercée par l’utilisation accrue de céréales, de plantes sucrières et d’huiles végétales pour la production de biocarburants.   

Le principal sujet d’inquiétude aujourd’hui n’est plus la cherté des denrées, c’est la chute du revenu des agriculteurs liée à l’effondrement des cours. Car l’avantage de prix bas, en termes de sécurité alimentaire, est compromis voire annulé par le risque d’une aggravation de la pauvreté[3].

Les prix alimentaires rebondiront tôt ou tard, et les biocarburants seront à nouveau sur la sellette. Plus que jamais, la priorité est à la recherche d’une forte amélioration de la productivité de l’agriculture, en particulier celle des millions de petits paysans des pays du Sud, seule capable de concilier, dans la durée, les intérêts des producteurs et des consommateurs de produits alimentaires.     

[1] Biofuels Mandates Around the World: 2016, http://www.biofuelsdigest.com/bdigest/2016/01/03/biofuels-mandates-around-the-world-2016/

[2] HLPE, 2013. Biofuels and food security. A report by the High Level Panel of Experts on Food Security and Nutrition of the Committee on World Food Security, Rome 2013.

[3] Derek Headey, Food Prices and Poverty Reduction in the Long Run, IFPRI Discussion Paper 01331, March 2014.  

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2050 2016-01-13 text/htmlfr
Repenser le financement du secteur agricole en Afrique de l’Ouest : une nécessité Depuis le d&eacute;but de la d&eacute;cennie 2000, la structure du financement du d&eacute;veloppement se caract&eacute;rise par une croissance tr&egrave;s nette des apports priv&eacute;s (plus de 70 % des financements totaux en 2013 contre 60 % dix ans auparavant), une &eacute;rosion relative (en particulier pour les pays les plus pauvres) des apports d&rsquo;aide publique au d&eacute;veloppement (APD) bilat&eacute;raux des pays membres du CAD/OCDE[1] et une croissance des flux financiers dans le cadre de la coop&eacute;ration Sud-Sud (malgr&eacute; la difficult&eacute; de mesurer ces flux avec pr&eacute;cisions). Depuis 2014, au niveau de la gouvernance mondiale du financement du d&eacute;veloppement et en particulier de celle relative &agrave; l&rsquo;APD, une dynamique de discussion se construit pour &agrave; la fois pr&eacute;parer la conf&eacute;rence d&rsquo;Addis-Abeba sur le financement du d&eacute;veloppement (qui s&rsquo;est tenue en juillet 2015, apr&egrave;s celle de Monterrey en 2002), engager la p&eacute;riode post-2015 sur ce que seront les Objectifs de d&eacute;veloppement durable (ODD, adopt&eacute;s par l&rsquo;Organisation des Nations unies en septembre 2015) et pr&eacute;parer la conf&eacute;rence COP 21 sur le changement climatique, qui vient de s&rsquo;ouvrir &agrave; &nbsp;Paris.

Les conclusions de la r&eacute;union &agrave; haut niveau tenue &agrave; l&rsquo;OCDE les 15-16 d&eacute;cembre 2014 donnent des estimations des besoins de financement post-2015 qui se chiffrent en trillions de dollars, montants qui ne peuvent &eacute;videmment &ecirc;tre financ&eacute;s par la seule APD mondiale dont le niveau oscille entre 130 et 140 milliards $ et qui ne devrait gu&egrave;re augmenter &agrave; moyen terme selon les pr&eacute;visions du CAD/OCDE ou des Nations unies. D&egrave;s lors, r&eacute;soudre l&rsquo;&eacute;quation du besoin de financement post-2015 oblige &agrave; se tourner vers la mobilisation potentielle d&rsquo;autres sources&nbsp;: l&rsquo;&eacute;pargne publique et priv&eacute;e mondiale serait de l&rsquo;ordre de 22 trillions $, les actifs financiers mondiaux de l&rsquo;ordre de 218 trillions $, sans oublier la mobilisation des ressources fiscales au niveau national. D&rsquo;autre part, il faudrait faire appel au secteur priv&eacute; avec des &eacute;missions obligataires, lutter contre l&rsquo;&eacute;vasion fiscale (paradis fiscaux, surestimation des prix de transferts des entreprises multinationales, etc.), mobiliser des ressources venant des fondations (la plus embl&eacute;matique &eacute;tant la fondation Gates) et enfin mobiliser des ressources des pays &eacute;mergents, &nbsp;en particulier celles de la Chine.&nbsp;

Dans ce contexte de recours massif &agrave; des sources de financement diversifi&eacute;es, le r&ocirc;le m&ecirc;me de l&rsquo;APD va changer. En effet, et d&rsquo;une fa&ccedil;on globale, l&rsquo;APD est d&eacute;sormais &laquo;&nbsp;pens&eacute;e&nbsp;&raquo; dans sa capacit&eacute; &agrave; mobiliser ces autres sources qui viendraient du secteur priv&eacute;. L&rsquo;APD doit en premier lieu avoir des effets de levier sur de futurs financements priv&eacute;s&nbsp;; ces fonds d&rsquo;APD doivent &ecirc;tre &laquo;&nbsp;catalytiques&nbsp;&raquo;,&nbsp; selon l&rsquo;expression consacr&eacute;e dans la litt&eacute;rature internationale.&nbsp; Ils pourront se concr&eacute;tiser dans des fonds de garantie aux investissements priv&eacute;s ou publics nationaux, en finan&ccedil;ant&nbsp; de l&rsquo;assistance technique afin de favoriser la mise en place de fonds d&rsquo;investissements, etc.

Ces changements dans la gouvernance mondiale du financement du d&eacute;veloppement vont avoir des r&eacute;percussions sur le financement du secteur agricole, en particulier en Afrique au sud du Sahara. L&rsquo;agriculture est redevenue une priorit&eacute; dans les politiques de d&eacute;veloppement des Etats ainsi que dans l&rsquo;agenda des politiques de coop&eacute;ration. L&rsquo;agriculture est aussi pr&eacute;sent&eacute;e comme un secteur o&ugrave; &laquo;&nbsp;on peut faire des affaires&nbsp;&raquo;. Si, depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 2010, on constate effectivement une croissance des financements publics et priv&eacute;s en faveur de l&rsquo;agriculture, deux grandes questions restent ouvertes. Tout d&rsquo;abord n&rsquo;y-a-t-il pas une insuffisante vision d&rsquo;ensemble des diff&eacute;rentes sources de financement&nbsp;? Ensuite, ces multiples sources de financement n&rsquo;appellent-elles pas &agrave; davantage de r&eacute;gulation par les Etats&nbsp;compte tenu des grands enjeux auxquels ils sont confront&eacute;s ?

En premier lieu, ce paysage global du financement de l&rsquo;agriculture dans les diff&eacute;rents pays et au niveau des programmes r&eacute;gionaux (CEDEAO, CILSS, UEMOA, etc. [2]) reste tr&egrave;s mal renseign&eacute;. Certes, on dispose d&rsquo;informations concernant les financements publics mis en &oelig;uvre dans le cadre des Programmes nationaux d&rsquo;investissement agricole (PNIA) ou ceux des bailleurs de fonds. Mais beaucoup d&rsquo;autres informations font d&eacute;faut. Il en est ainsi des investissements directs &eacute;trangers, de l&rsquo;utilisation des pr&ecirc;ts dans le cadre de la micro-finance, des financements issus des transferts de revenus des travailleurs migrants ou encore (et c&rsquo;est tr&egrave;s certainement le volume le plus important&hellip;) des financements venant des agriculteurs eux-m&ecirc;mes. Il n&rsquo;y a aucun suivi sur chacune de ces composantes. Or, &nbsp;l&rsquo;ensemble de ces financements fait &laquo;&nbsp;syst&egrave;me&nbsp;&raquo; et c&rsquo;est bien ce syst&egrave;me global qui doit &ecirc;tre connu afin de piloter une politique agricole et non la seule partie visible de l&rsquo;iceberg constitu&eacute;e des seules d&eacute;penses publiques agricoles, qui ne sont plus majoritaires.

De mani&egrave;re plus globale, Il n&rsquo;y a pas de suivi de l&rsquo;ensemble des financements qui permettrait d&rsquo;estimer d&rsquo;o&ugrave; viennent les grandes masses et vers quels domaines elles se dirigent. Il existe en la mati&egrave;re un paradoxe entre d&rsquo;une part le discours dominant sur la n&eacute;cessit&eacute; de montages de financements associant fonds publics et priv&eacute;s, et d&rsquo;autre part l&rsquo;absence de dynamique collective pour construire une vision partag&eacute;e par l&rsquo;ensemble des acteurs du paysage du financement. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, le secteur priv&eacute;, qui fait pourtant souvent des suivis relativement d&eacute;taill&eacute;s de ses propres investissements, semble r&eacute;ticent &agrave; diffuser l&rsquo;information correspondante. De l&rsquo;autre, les administrations semblent d&eacute;montrer peu d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et de curiosit&eacute; pour mieux conna&icirc;tre les financements priv&eacute;s.&nbsp; Cette lacune dans un suivi global est symptomatique&nbsp; de l&rsquo;absence de prise en consid&eacute;ration des articulations et coordinations n&eacute;cessaires entre ces diff&eacute;rentes sources afin de trouver des financements innovants et adapt&eacute;s aux besoins de l&rsquo;agriculture. Car cette absence de suivi global risque d&rsquo;aboutir &agrave; des doublons et des angles morts. Par exemple, le rapport d&rsquo;Oxfam pr&eacute;sent&eacute; le 16 novembre &agrave; Dakar sur &laquo;&nbsp;L&rsquo;ECOWAP&nbsp;: une politique morcel&eacute;e&nbsp;&raquo;[3] a bien montr&eacute; l&rsquo;inefficacit&eacute; des politiques r&eacute;gionales li&eacute;e &agrave; une absence de coordination entre les institutions r&eacute;gionales en Afrique de l&rsquo;Ouest. &nbsp;De m&ecirc;me qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;chelle nationale on ne sait pas avec pr&eacute;cision o&ugrave; &laquo;&nbsp;arrivent&nbsp;&raquo; ces financements&nbsp;: quels sont les b&eacute;n&eacute;ficiaires&nbsp;? Quelles r&eacute;gions&nbsp;?&nbsp; Quelles sp&eacute;culations&nbsp;? Si des financements innovants doivent &ecirc;tre recherch&eacute;s, &agrave; savoir des financements adapt&eacute;s aux diff&eacute;rentes situations (petite agriculture, agrobusiness), des financements mixtes (pr&ecirc;ts et dons), des partenariats publics-priv&eacute;s, des garanties, des assurances indicielles, du warrantage, etc., encore faut-il disposer d&rsquo;une vision large des intervenants, de leurs interventions et de leurs strat&eacute;gies afin de construire des synergies.

Et pourtant, cette complexification du paysage du financement de l&rsquo;agriculture est tr&egrave;s certainement une excellente nouvelle apr&egrave;s ces deux d&eacute;cennies atones, mais elle plaide pour davantage de politique publique, celle-ci devant jouer pleinement son r&ocirc;le de r&eacute;gulation mais aussi d&rsquo;orientation des investissements en fonction des grands enjeux auxquels la plupart des pays d&rsquo;Afrique subsaharienne sont confront&eacute;s. La conf&eacute;rence internationale sur l&rsquo;agriculture en Afrique de l&rsquo;Ouest qui s&rsquo;est tenue &nbsp;&agrave; Dakar les 17-19 novembre derniers a dress&eacute; les perspectives de la politique agricole de la CEDEAO pour les dix ans &agrave; venir. Les d&eacute;fis d&eacute;mographiques, d&rsquo;emploi des jeunes, de changements climatiques trouverons des r&eacute;ponses dans le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture et de bon nombre d&rsquo;activit&eacute;s qui lui sont li&eacute;es. Plusieurs &nbsp;participants &agrave; cette conf&eacute;rence n&rsquo;ont pas h&eacute;sit&eacute; &agrave; consid&eacute;rer que la s&eacute;curit&eacute; en Afrique de l&rsquo;Ouest passait par le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture, qui devrait rester la premi&egrave;re source d&rsquo;emplois dans les ann&eacute;es &agrave; venir. Mais les r&eacute;ponses &agrave; ces d&eacute;fis devraient &ecirc;tre largement ma&icirc;tris&eacute;es par les Etats, leur capacit&eacute; &agrave; mettre en &oelig;uvre des plans d&rsquo;actions qui, nous le souhaitons, ne pourront se limiter &agrave; de simples listes de projets. La r&eacute;gulation d&rsquo;ensemble doit &eacute;laborer des outils de politique agricole vers davantage de coh&eacute;rence entre de multiples instruments port&eacute;s par les acteurs publics et priv&eacute;s&nbsp;: politiques de prix, politiques commerciales, politiques industrielles, politiques fiscales, politiques d&rsquo;am&eacute;nagement du territoire etc. &nbsp;Dans ce contexte, n&rsquo;est-il pas essentiel de mettre en place des m&eacute;canismes facilitant une&nbsp; coop&eacute;ration entre Etats membres d&rsquo;une institution r&eacute;gionale et les diff&eacute;rents acteurs concern&eacute;s autour de fili&egrave;res strat&eacute;giques telles que riz, manioc, lait local, produits halieutiques, fruits et l&eacute;gumes, etc.&nbsp;? Comment construire des alliances ou des structures interprofessionnelles&nbsp;? C&rsquo;est bien en prenant en compte ces besoins immenses et cette complexit&eacute; institutionnelle croissante que la conf&eacute;rence de Dakar a conclu notamment, par la voix du Premier ministre du S&eacute;n&eacute;gal, qu&rsquo;il fallait &laquo;&nbsp;repenser le financement du secteur agricole&nbsp;&raquo;. &nbsp;

[1] CAD&nbsp;: Comit&eacute; d&rsquo;aide au d&eacute;veloppement&nbsp;; OCDE&nbsp;: Organisation de coop&eacute;ration et de d&eacute;veloppement &eacute;conomiques.

[2] CEDEAO&nbsp;: Communaut&eacute; &eacute;conomique des Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest&nbsp;; CILSS&nbsp;: Comit&eacute; permanent inter-Etats de lutte contre la s&eacute;cheresse dans le Sahel&nbsp;; UEMOA&nbsp;: Union &eacute;conomique et mon&eacute;taire de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest.&nbsp;

[3] L&rsquo;ECOWAP est la politique agricole de la CEDEAO.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2029 2015-12-02 text/htmlfr
Responsabilité sociétale des entreprises : une opportunité pour un développement durable en Afrique
En pratique, il s&rsquo;agit de concilier d&eacute;veloppement &eacute;conomique, protection de l&rsquo;environnement et &eacute;quit&eacute; sociale, en d&eacute;veloppant une organisation ad&eacute;quate en relation avec ses parties prenantes et pour les g&eacute;n&eacute;rations futures. Cela peut para&icirc;tre un grand d&eacute;fi dans des pays dont la plupart ont plus de 50 % de leur population en dessous des seuils de pauvret&eacute;&hellip;

Il est incontestable que l&rsquo;urgence de la plupart des pays africains est la lutte contre la pauvret&eacute; d&rsquo;une grande partie de leur population et le besoin d&rsquo;une croissance qui permettra de pallier les nombreux manques de ces pays. Mais est-ce pour autant incompatible avec la responsabilisation des entreprises sur les sujets environnementaux, sociaux, de droits des hommes et des femmes ? Ne pourrait-on pas imaginer que de bonnes pratiques environnementales et sociales deviendront un levier de d&eacute;veloppement n&eacute;cessaire pour le pays et d&rsquo;am&eacute;lioration importante de la performance des entreprises et qu&rsquo;une croissance qui ne prend pas en compte ces aspects ne serait pas p&eacute;renne ?

Parmi les b&eacute;n&eacute;fices apport&eacute;s &agrave; l&rsquo;entreprise par une d&eacute;marche responsable, l&rsquo;exp&eacute;rience montre en particulier la diminution des risques de r&eacute;putation, l&eacute;gaux et financiers, l&rsquo;ouverture des march&eacute;s internationaux, de meilleures performances et rentabilit&eacute;, une meilleure acceptabilit&eacute; sociale, la diminution des charges, le bien-&ecirc;tre des salari&eacute;s, de meilleures relations avec les communaut&eacute;s avoisinantes&hellip;

Si les b&eacute;n&eacute;fices semblent convaincants, le chemin est sem&eacute; d&rsquo;emb&ucirc;ches pour les entreprises implant&eacute;es en Afrique. En effet, dans de nombreux pays africains, l&rsquo;instabilit&eacute; politique ou les conflits, l&rsquo;absence de r&eacute;glementations et de contr&ocirc;les, le manque d&rsquo;infrastructures publiques de qualit&eacute; (stations d&rsquo;&eacute;puration par exemple), le manque de main d&rsquo;&oelig;uvre qualifi&eacute;e, de consultants sp&eacute;cialis&eacute;s et le foisonnement de normes internationales ne favorisent pas l&rsquo;&eacute;mergence de bonnes pratiques dans les entreprises. Si certaines s&rsquo;en accommodent, nombreuses sont celles qui le d&eacute;plorent et doivent faire face seules &agrave; ces d&eacute;fis. Il faut aussi &ecirc;tre conscient que le co&ucirc;t d&rsquo;entr&eacute;e est significatif pour les entreprises (&eacute;tudes, audits, certifications, formation, investissements) et que les aides ne sont pas aussi d&eacute;velopp&eacute;es qu&rsquo;en Europe (exon&eacute;ration d&rsquo;imp&ocirc;ts, subventions, all&egrave;gement de charges&hellip;). N&eacute;anmoins les initiatives fleurissent : les r&eacute;seaux d&rsquo;entreprises comme le r&eacute;seau RSE S&eacute;n&eacute;gal, le r&eacute;seau Kilimandjaro favorisent les &eacute;changes entre entreprises et la diffusion de savoir-faire. Nombre d&rsquo;universit&eacute;s et &eacute;coles d&rsquo;ing&eacute;nieurs sur le continent dispensent depuis plusieurs ann&eacute;es des enseignements sp&eacute;cialis&eacute;s. Les chambres de commerce (Tunisie, Cameroun..) s&rsquo;emparent du sujet et quelques &laquo; labels RSE &raquo; apparaissent au Maroc, au S&eacute;n&eacute;gal. Au-del&agrave; des r&eacute;glementations environnementales, les Etats commencent &agrave; d&eacute;velopper des cadres r&egrave;glementaires pour inciter les entreprises &agrave; &eacute;voluer dans ce domaine.

La soci&eacute;t&eacute; civile africaine se structure et certaines banques et fonds d&rsquo;investissement commencent &eacute;galement &agrave; accompagner leurs clients sur ce chemin. Les bailleurs de fonds, enfin, accompagnent ce mouvement en apportant conseils et assistance technique en compl&eacute;ment de leurs financements.

Il y a donc de bonnes raisons d&rsquo;esp&eacute;rer que ce ph&eacute;nom&egrave;ne s&rsquo;amplifie et accompagne la croissance africaine. Plusieurs exemples r&eacute;cents d&rsquo;entreprises volontaires confirment ces propos. L&rsquo;implication de tous les acteurs est un gage d&rsquo;une plus grande diffusion de la RSE dans le tissu &eacute;conomique africain, que l&rsquo;on constate lorsque des entreprises industrielles mettent en place des stations d&rsquo;&eacute;puration des eaux pour r&eacute;duire la pollution autour des usines, ou recensent les zones de travail dangereuses pour leurs employ&eacute;s et am&eacute;liorent la s&eacute;curisation de ces zones &agrave; risque pour r&eacute;duire les accidents du travail, ou encore font pression sur leurs fournisseurs pour am&eacute;liorer les conditions de travail de leurs ouvriers.

Toutes ces pratiques ne pourront toutefois changer d&rsquo;&eacute;chelle sans un engagement fort des Etats africains pour promouvoir la RSE, notamment par la cr&eacute;ation d&rsquo;un cadre l&eacute;gislatif efficace, et des m&eacute;canismes et mesures de contr&ocirc;les d&rsquo;application ad&eacute;quats. De fait, toutes les parties prenantes, des entreprises aux bailleurs de fonds et aux organisations de la soci&eacute;t&eacute; civile, auront un r&ocirc;le &agrave; jouer au cours des prochaines ann&eacute;es pour soutenir cette d&eacute;marche tant publique que priv&eacute;e en faveur d&rsquo;un d&eacute;veloppement durable de l&rsquo;Afrique.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2024 2015-11-17 text/htmlfr
Assurance agricole : le paradoxe africain En mati&egrave;re d&rsquo;assurance agricole contre les al&eacute;as climatiques, la situation de l&rsquo;Afrique est paradoxale. Elle exploite en effet pr&egrave;s de 20 % des terres cultiv&eacute;es de la plan&egrave;te et est soumise &agrave; des &eacute;v&eacute;nements extr&ecirc;mes en termes de temp&eacute;ratures et de pr&eacute;cipitations, qui devraient encore s&rsquo;accentuer avec le d&eacute;r&egrave;glement du climat. Pourtant, selon un rapport r&eacute;cent r&eacute;dig&eacute; pour le G20[1], sur les 178 millions d&rsquo;agriculteurs dans les pays en d&eacute;veloppement ayant souscrit une assurance indicielle en 2014, l&rsquo;immense majorit&eacute; (97 %) sont indiens ou chinois. Moins de 450&nbsp;000 sont africains, soit une part insignifiante du nombre total d&rsquo;agriculteurs sur le continent. &nbsp;

D&eacute;battre des raisons qui expliquent cette situation, et surtout identifier des pistes d&rsquo;action pour lever les obstacles au d&eacute;veloppement de l&rsquo;assurance agricole, tel &eacute;tait l&rsquo;objectif du side-event que la fondation FARM a organis&eacute; le 13 octobre, &agrave; Rome, en marge de la r&eacute;union annuelle du Comit&eacute; de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire mondiale. Avec trois intervenants&nbsp;: Emily Coleman, du Fonds international de d&eacute;veloppement agricole (FIDA)&nbsp;; Olga Speckhardt, de la Fondation Syngenta pour une agriculture durable, directrice int&eacute;rimaire d&rsquo;ACRE Africa, dispositif assuranciel le plus r&eacute;pandu en Afrique de l&rsquo;Est&nbsp;; Gideon Onumah, du National Research Institute, University of Greenwich, qui participe au projet de recherche FARMAF[2] sur la gestion du risque agricole en Afrique.

S&rsquo;interrogeant sur la faible p&eacute;n&eacute;tration de l&rsquo;assurance indicielle, sur laquelle reposent la plupart des projets pilotes en Afrique, les experts ont soulign&eacute; les conditions &agrave; r&eacute;unir pour aller de l&rsquo;avant&nbsp;: disposer de donn&eacute;es climatiques fiables pour &eacute;laborer des produits assuranciels efficaces, minimisant le &laquo;&nbsp;risque de base&nbsp;&raquo; (d&ucirc; au d&eacute;calage entre le montant des dommages subis par les agriculteurs et la valeur des indemnit&eacute;s vers&eacute;es &ndash; ou non &ndash; au titre de l&rsquo;assurance)&nbsp;; s&rsquo;appuyer sur un r&eacute;seau de distribution privil&eacute;giant les &laquo;&nbsp;agr&eacute;gateurs&nbsp;&raquo; d&rsquo;agriculteurs, comme les coop&eacute;ratives&nbsp;; instaurer un cadre juridique et r&eacute;glementaire solide, harmonis&eacute; entre pays&nbsp;; sensibiliser les agriculteurs au fonctionnement de l&rsquo;assurance, afin de r&eacute;pondre &agrave; leurs pr&eacute;occupations l&eacute;gitimes sans susciter de leur part des attentes infond&eacute;es&hellip; Il existe bien d&rsquo;autres leviers. En outre, les promesses de l&rsquo;assurance indicielle ne doivent pas occulter l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de certains dispositifs d&rsquo;assurance r&eacute;colte conventionnels, c&rsquo;est-&agrave;-dire indemnisant les pertes individuelles de rendement, commercialis&eacute;s &agrave; des prix abordables car couvrant un petit nombre d&rsquo;al&eacute;as climatiques ou offrant des garanties limit&eacute;es[3].

Si l&rsquo;enjeu est de cr&eacute;er des march&eacute;s de l&rsquo;assurance, accessibles aux petits agriculteurs, avec une forte implication du secteur priv&eacute;, les Etats et les bailleurs de fonds ont n&eacute;anmoins un r&ocirc;le crucial &agrave; jouer. Mise &agrave; disposition aux assureurs de donn&eacute;es publiques de qualit&eacute;, investissement dans des stations m&eacute;t&eacute;o, subventionnement &laquo;&nbsp;intelligent&nbsp;&raquo; des primes d&rsquo;assurance, offre de r&eacute;assurance compl&eacute;tant celle des r&eacute;assureurs priv&eacute;s&hellip; Autant de domaines o&ugrave; l&rsquo;intervention publique peut s&rsquo;av&eacute;rer d&eacute;terminante pour le lancement et l&rsquo;adoption de syst&egrave;mes assuranciels.

Le fait est l&agrave;&nbsp;: dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s (Etats-Unis, Canada, Espagne&hellip;) comme dans les pays &eacute;mergents (Inde, Chine, Mexique&hellip;), aucune assurance agricole ne s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e &agrave; grande &eacute;chelle sans une action forte de l&rsquo;Etat. M&ecirc;me si le volume de fonds publics inject&eacute; dans l&rsquo;assurance agricole ne garantit nullement, &agrave; lui seul, la pertinence et la viabilit&eacute; des dispositifs propos&eacute;s.

L&rsquo;enjeu, en r&eacute;alit&eacute;, est que les gouvernements changent leur regard sur l&rsquo;assurance et, plus largement, sur la gestion des risques agricoles. Pour investir sur leur exploitation, acc&eacute;der au cr&eacute;dit et acheter des intrants, les &nbsp;agriculteurs ont besoin d&rsquo;un cadre politique qui leur garantisse un minimum de stabilit&eacute;. Il revient &agrave; l&rsquo;Etat de prendre en charge les risques les plus &eacute;lev&eacute;s - d&rsquo;origine climatique, mais aussi sanitaire ou &eacute;conomique -, que les exploitations agricoles et les assureurs priv&eacute;s peuvent difficilement couvrir seuls. Si l&rsquo;une des fonctions essentielles des politiques agricoles est de r&eacute;duire ces risques, alors l&rsquo;assurance climatique doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme un outil de politique agricole.

Le paradoxe &eacute;voqu&eacute; au d&eacute;but de cet article n&rsquo;est donc qu&rsquo;apparent. La faiblesse de l&rsquo;assurance agricole en Afrique est le reflet de la faiblesse g&eacute;n&eacute;rale &ndash; malgr&eacute; quelques exceptions et de timides progr&egrave;s &ndash; des politiques agricoles mises en &oelig;uvre sur le continent. &nbsp;

[1] Ulrich Hess et Peter Hazell, Agricultural Insurance: Emerging Trends and Innovations, document de travail pr&eacute;par&eacute; pour giz et BMZ, septembre 2015.

[2] Voir notamment Marcel van Asseldonk et al., Is there evidence of linking crop insurance and rural credit and its potential benefits?, Policy Brief, Farm Risk Management for Africa Project (FARMAF).

[3] Ainsi, en Zambie, une assurance r&eacute;colte conventionnelle sur le ma&iuml;s, couvrant seulement le montant du cr&eacute;dit li&eacute; &agrave; l&rsquo;achat d&rsquo;intrants, affiche un taux de prime de 4 % contre 9,5 % pour une assurance indicielle au Burkina Faso. Voir Marcel van Asseldonk et al., op. cit.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2013 2015-10-21 text/htmlfr
« Le nouveau paysage mondial du soutien à l’agriculture » : réponse à Jacques Berthelot Jacques Berthelot a mis en ligne, d&eacute;but septembre, une longue analyse du dernier document de travail publi&eacute; par la fondation FARM[1]. Sa critique (http://www.solidarite.asso.fr/-Articles-Jacques-Berthelot-) pose des questions l&eacute;gitimes, mais elle est sous-tendue par un d&eacute;sagr&eacute;able proc&egrave;s d&rsquo;intention&nbsp;: les conclusions du document correspondraient selon lui &laquo;&nbsp;au discours n&eacute;olib&eacute;ral tenu par les pays d&eacute;velopp&eacute;s&nbsp;&raquo;. L&rsquo;&eacute;pith&egrave;te &laquo;&nbsp;n&eacute;olib&eacute;ral&nbsp;&raquo; est-elle infamante ou y a-t-il erreur de diagnostic&nbsp;? Nous nous en tiendrons ici aux faits et discuterons leur interpr&eacute;tation et quelques-unes de leurs implications.

D&rsquo;abord, les faits

Rappelons les trois principales conclusions de l&rsquo;&eacute;tude de FARM.

1) Le niveau du soutien &agrave; l&rsquo;agriculture a diminu&eacute; sensiblement dans les pays &agrave; haut revenu tandis qu&rsquo;il a cr&ucirc; fortement, depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es, dans les pays &eacute;mergents. Ce double ph&eacute;nom&egrave;ne a conduit &agrave; une convergence de l&rsquo;Estimation du soutien aux producteurs (ESP), exprim&eacute;e en pourcentage de la valeur des recettes des producteurs - l&rsquo;indicateur le plus courant du soutien, calcul&eacute; par l&rsquo;Organisation de coop&eacute;ration et de d&eacute;veloppement &eacute;conomiques (OCDE) &ndash; pour ces deux groupes de pays.

Les chiffres produits par J. Berthelot ne remettent pas fondamentalement en cause ce constat. D&rsquo;apr&egrave;s les donn&eacute;es actualis&eacute;es de l&rsquo;OCDE et en incluant la Colombie dans les pays &eacute;mergents, l&rsquo;ESP atteint en moyenne, sur la p&eacute;riode 2010-14, 18 % des recettes agricoles dans les pays &agrave; haut revenu (contre 31 %, selon nos estimations, sur 1986-89) et 16 % dans les pays &eacute;mergents (contre 7 %, selon nos calculs, sur 1995-99)[2]. Il y a donc bien eu, en termes relatifs, baisse du soutien dans les pays &agrave; haut revenu et hausse dans les pays &eacute;mergents, le niveau moyen de l&rsquo;aide &eacute;tant aujourd&rsquo;hui &agrave; peu pr&egrave;s comparable dans les deux groupes de pays.

Ces donn&eacute;es doivent bien s&ucirc;r &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;es avec prudence, pour les raisons &eacute;voqu&eacute;es dans le document de travail. Soulignons que l&rsquo;OCDE ne publie pas d&rsquo;ESP pour l&rsquo;Inde. Or le montant des transferts budg&eacute;taires aux agriculteurs, en pourcentage de la valeur de la production agricole, est, selon nos estimations, du m&ecirc;me ordre de grandeur en Inde que dans les pays &agrave; haut revenu. &nbsp; &nbsp;

2) L&rsquo;augmentation de l&rsquo;aide &agrave; l&rsquo;agriculture dans les pays &eacute;mergents s&rsquo;est faite essentiellement par un accroissement des soutiens cens&eacute;s g&eacute;n&eacute;rer le plus de distorsions des &eacute;changes (notre indicateur SDE), si l&rsquo;on suit les crit&egrave;res de l&rsquo;Organisation mondiale du commerce (OMC). Alors que, suite notamment &agrave; l&rsquo;Accord sur l&rsquo;agriculture sign&eacute; &agrave; Marrakech en 1994, l&rsquo;intervention publique dans les pays &agrave; haut revenu a pris des formes suppos&eacute;es moins perturber les march&eacute;s.

J. Berthelot critique les crit&egrave;res de l&rsquo;OMC, qui classent les types de soutien selon leur degr&eacute; pr&eacute;sum&eacute; de distorsion, mais ne conteste pas l&rsquo;&eacute;volution divergente du SDE dans les pays &agrave; haut revenu et les pays &eacute;mergents.&nbsp;

3) Selon un autre indicateur - le taux nominal d&rsquo;assistance aux agriculteurs (TNA), calcul&eacute; par la Banque mondiale -, les pays les moins avanc&eacute;s (PMA) sortent &agrave; peine de d&eacute;cennies de &laquo;&nbsp;ponction&nbsp;&raquo; de leur agriculture, m&ecirc;me si leurs protections &agrave; l&rsquo;importation sur les produits vivriers ne sont pas n&eacute;gligeables. On peut donc distinguer, d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les pays &agrave; haut revenu et les pays &eacute;mergents, qui soutiennent de mani&egrave;re substantielle leur agriculture, et de l&rsquo;autre, les pays les moins avanc&eacute;s, qui tendent globalement &agrave; n&eacute;gliger ce secteur alors que, paradoxalement, il absorbe la majeure partie de leur population active. Il existe bien s&ucirc;r, au sein de ces trois groupes, tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes, de grandes diff&eacute;rences dans le niveau du soutien par pays et par produit. &nbsp;

J. Berthelot critique le TNA, mais ne conteste pas la situation sp&eacute;cifique des PMA en mati&egrave;re d&rsquo;aide &agrave; l&rsquo;agriculture.

&nbsp;L&rsquo;interpr&eacute;tation des faits

L&rsquo;argumentation de J. Berthelot peut &ecirc;tre r&eacute;sum&eacute;e comme suit&nbsp;: les conclusions de l&rsquo;&eacute;tude de FARM sont erron&eacute;es, parce que les indicateurs utilis&eacute;s pour mesurer le niveau de soutien ne sont pas bons et parce que la distinction &agrave; l&rsquo;OMC des subventions en bo&icirc;tes orange, bleue ou verte, cens&eacute;es traduire leur degr&eacute; suppos&eacute; de distorsion, &laquo;&nbsp;n&rsquo;a aucun fondement scientifique en d&eacute;pit des &eacute;conomistes n&eacute;o-lib&eacute;raux et des Institutions internationales domin&eacute;es par les pays d&eacute;velopp&eacute;s qui tentent de d&eacute;montrer le contraire&nbsp;&raquo;.&nbsp;

Commen&ccedil;ons par le second point. L&rsquo;&eacute;tude de FARM ne porte pas de jugement sur le soutien &agrave; l&rsquo;agriculture, ni sur la classification des subventions agricoles &agrave; l&rsquo;OMC. Notre objectif &eacute;tait d&rsquo;analyser l&rsquo;&eacute;volution compar&eacute;e du montant et de la composition de l&rsquo;aide &agrave; l&rsquo;agriculture dans les diff&eacute;rents groupes de pays en suivant les crit&egrave;res et les m&eacute;thodes officiellement admis. Cependant, il nous para&icirc;t difficile de r&eacute;duire la classification des soutiens dans l&rsquo;Accord de Marrakech &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;habilit&eacute; politique&nbsp;&raquo; des Etats-Unis et de l&rsquo;Union europ&eacute;enne &agrave; &eacute;laborer des r&egrave;gles multilat&eacute;rales favorables &agrave; leur agriculture et d&eacute;favorables &agrave; celles des pays du Sud. Les rivalit&eacute;s g&eacute;o&eacute;conomiques n&rsquo;&eacute;puisent pas le d&eacute;bat, l&eacute;gitime &agrave; nos yeux, sur le degr&eacute; de distorsion des diff&eacute;rents types de soutien sur les march&eacute;s. Selon le consensus &laquo;&nbsp;n&eacute;oclassique&nbsp;&raquo; en vigueur, le soutien des prix et les subventions aux intrants, instruments qui constituent la majeure partie du soutien dispens&eacute; dans les pays &eacute;mergents, cr&eacute;ent en th&eacute;orie plus de distorsions des &eacute;changes qu&rsquo;une aide directe d&eacute;coupl&eacute;e de la production et des prix de march&eacute;, m&ecirc;me si le d&eacute;couplage fait l&rsquo;objet d&rsquo;une abondante litt&eacute;rature critique. Dire cela n&rsquo;est pas reconna&icirc;tre que les disciplines de l&rsquo;Accord sur l&rsquo;agriculture sont &eacute;quitables&nbsp;: l&rsquo;&eacute;cart est grand entre la th&eacute;orie et la pratique des soutiens[3]. Ce n&rsquo;est pas non plus ent&eacute;riner un principe de primaut&eacute; des r&egrave;gles de l&rsquo;&eacute;change sur la pr&eacute;servation des capacit&eacute;s de production locale et la s&eacute;curit&eacute; alimentaire. C&rsquo;est simplement reconna&icirc;tre que toutes les aides n&rsquo;ont pas le m&ecirc;me effet sur les &eacute;changes, certaines contribuant plus que d&rsquo;autres &agrave; fausser la concurrence, et que cela doit &ecirc;tre pris en compte dans les accords commerciaux qui veulent promouvoir une approche coop&eacute;rative des politiques agricoles, afin d&rsquo;&eacute;viter une escalade des subventions entre Etats. &nbsp; &nbsp;

Venons-en au premier point de l&rsquo;argumentation, sur la validit&eacute; des indicateurs de soutien. Cette question est pertinente. Nous examinons dans le document de travail les principales objections formul&eacute;es, souvent avec raison, &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;ESP et du TNA. J.&nbsp;Berthelot propose des alternatives. Certaines de ses propositions nous semblent non recevables (comme l&rsquo;exclusion du soutien des prix du march&eacute; de l&rsquo;ESP) ou peu convaincantes (la comptabilisation dans l&rsquo;ESP des aides aux c&eacute;r&eacute;ales et ol&eacute;o-prot&eacute;agineux comme subventions aux &eacute;leveurs), car elles reposent sur une interpr&eacute;tation d&eacute;form&eacute;e de l&rsquo;ESP. Cet indicateur est une simple &laquo;&nbsp;photo&nbsp;&raquo; du soutien, prise selon des conventions d&eacute;termin&eacute;es (soutien des prix du march&eacute;, paiements budg&eacute;taires)&nbsp;; il n&rsquo;apporte aucun &eacute;clairage sur la justification des aides et ne fournit que des informations partielles sur les gains et les pertes que subiraient les producteurs, les consommateurs et les contribuables si tous les soutiens &eacute;taient supprim&eacute;s. D&rsquo;autres suggestions ouvrent des pistes de r&eacute;flexion int&eacute;ressantes. Ainsi, de l&rsquo;ajout &agrave; l&rsquo;ESP du co&ucirc;t des &laquo;&nbsp;services d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;&raquo;, comme la recherche agronomique et certaines d&eacute;penses d&rsquo;infrastructures, qui contribuent ind&eacute;niablement, &agrave; terme, &agrave; accro&icirc;tre le revenu agricole&nbsp;; ou de la prise en compte, en &eacute;quivalent subvention &agrave; la production agricole, de l&rsquo;aide alimentaire octroy&eacute;e aux consommateurs, qui mobilise aux Etats-Unis d&rsquo;&eacute;normes budgets. Encore ne faut-il pas &eacute;vacuer trop rapidement les probl&egrave;mes m&eacute;thodologiques pos&eacute;s par ces approches.

L&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;exprimer le soutien non pas en pourcentage de la valeur des recettes des producteurs, comme c&rsquo;est le cas traditionnellement pour l&rsquo;ESP, mais en montant d&rsquo;aide par actif agricole, pour tenir compte du nombre d&rsquo;agriculteurs beaucoup plus &eacute;lev&eacute; dans les pays en d&eacute;veloppement, retient l&rsquo;attention. Jusqu&rsquo;au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, l&rsquo;OCDE publiait d&rsquo;ailleurs des ESP par &eacute;quivalent agriculteur &agrave; temps plein (EATP). Il y a toutefois un r&eacute;el probl&egrave;me de fiabilit&eacute; des statistiques disponibles pour le calcul des EATP, surtout dans les pays du Sud. Par ailleurs, pour &eacute;tablir des comparaisons significatives entre pays de niveaux de vie tr&egrave;s diff&eacute;rents et lisser les effets des variations des taux de change, les montants de soutien par actif agricole devraient &ecirc;tre exprim&eacute;s en parit&eacute; de pouvoir d&rsquo;achat, plut&ocirc;t qu&rsquo;en dollars ou en euros courants. Les calculs restent &agrave; faire. &nbsp;&nbsp;

Mais si l&rsquo;objectif est d&rsquo;utiliser un crit&egrave;re plus &eacute;quitable de mesure du soutien, faut-il consid&eacute;rer le montant de l&rsquo;aide par actif agricole ou par hectare exploit&eacute;&nbsp;? Tout d&eacute;pend de la d&eacute;finition de l&rsquo;&eacute;quit&eacute;. En Europe, les efforts visant &agrave; &eacute;laborer une politique agricole commune plus &laquo;&nbsp;juste&nbsp;&raquo; prennent g&eacute;n&eacute;ralement pour &eacute;talon un rapprochement des niveaux de paiements directs par hectare. Ce crit&egrave;re est bien s&ucirc;r discutable, mais un indicateur de soutien par actif sans aucune r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la production ou au potentiel de production agricole ne va pas de soi, car les objectifs majeurs des politiques agricoles, dans tous les pays, ont toujours &eacute;t&eacute; d&rsquo;accro&icirc;tre la production pour assurer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et/ou d&rsquo;am&eacute;liorer le revenu agricole via un accroissement de la production agricole. Une option, &agrave; discuter, serait la d&eacute;finition d&rsquo;un indicateur mixte, comme par exemple le montant du soutien par hectare et par actif agricole. &nbsp; &nbsp;

&nbsp;Les implications de l&rsquo;&eacute;tude

Les d&eacute;bats techniques, pour importants qu&rsquo;ils soient, risquent d&rsquo;occulter les enjeux politiques li&eacute;s aux conclusions de l&rsquo;&eacute;tude de FARM. La nouvelle donne mondiale du soutien &agrave; l&rsquo;agriculture &eacute;claire sur les rapports de force dans les n&eacute;gociations agricoles &agrave; l&rsquo;OMC et les conditions susceptibles de rendre possible un nouvel accord. Les pays &agrave; haut revenu sont r&eacute;ticents &agrave; r&eacute;duire encore leur soutien tant que &ndash; de leur point de vue &ndash; les pays &eacute;mergents n&rsquo;ouvrent pas suffisamment leurs march&eacute;s. Leurs r&eacute;ticences sont exacerb&eacute;es par la mont&eacute;e en puissance des pays &eacute;mergents sur les march&eacute;s agroalimentaires mondiaux, &agrave; l&rsquo;exportation comme &agrave; l&rsquo;importation. &nbsp;&nbsp;

Il faut prendre la mesure du renversement de situation qui s&rsquo;est produit depuis la signature de l&rsquo;Accord de Marrakech, en 1994. Alors qu&rsquo;il y a vingt ans, les Etats-Unis, l&rsquo;Union europ&eacute;enne et le groupe de Cairns conduit par l&rsquo;Australie d&eacute;terminaient quasiment &agrave; eux seuls le contenu et le rythme des n&eacute;gociations commerciales, les &eacute;conomies &eacute;mergentes font aujourd&rsquo;hui jeu &eacute;gal. Elles r&eacute;ussissent m&ecirc;me &agrave; imposer leurs vues, comme en t&eacute;moigne la remise en cause, par l&rsquo;Inde, du statut des stocks publics de denr&eacute;es dans le calcul du soutien soumis &agrave; r&eacute;duction. Ainsi, l&rsquo;Accord sur l&rsquo;agriculture n&rsquo;a pas emp&ecirc;ch&eacute; ces &eacute;conomies de renforcer leurs politiques agricoles&nbsp;; les carences des pays les moins avanc&eacute;s, dans ce domaine, tiennent bien moins aux r&egrave;gles de l&rsquo;OMC qu&rsquo;&agrave; leurs propres insuffisances.

Deux arguments justifient, traditionnellement, le maintien du &laquo;&nbsp;traitement sp&eacute;cial et diff&eacute;renci&eacute;&nbsp;&raquo; en faveur des pays en d&eacute;veloppement (PED) &agrave; l&rsquo;OMC. En ce qui concerne l&rsquo;agriculture, ils reposent tous deux sur les &eacute;carts consid&eacute;rables de productivit&eacute; du travail agricole existant entre les PED et les pays &agrave; haut revenu. D&rsquo;abord, dans les pays &eacute;mergents comme dans les pays les moins avanc&eacute;s, la grande masse des petits agriculteurs, bien moins productifs que les producteurs des pays &agrave; haut revenu, ne peut pas soutenir la concurrence internationale sans une aide forte. Ensuite, comme le note J.&nbsp;Berthelot, &laquo;&nbsp;la comp&eacute;titivit&eacute; actuelle sup&eacute;rieure des produits agricoles et alimentaires occidentaux par rapport aux PED r&eacute;sulte moins des diff&eacute;rences dans les soutiens agricoles actuels &ndash; les seuls pris en compte &agrave; l&rsquo;OMC &ndash; que dans les soutiens non agricoles actuels et pass&eacute;s et les soutiens agricoles pass&eacute;s, depuis des d&eacute;cennies voire des si&egrave;cles, en particulier une forte protection &agrave; l&rsquo;importation&nbsp;&raquo;. Les pays en d&eacute;veloppement ont donc besoin de temps pour moderniser leur agriculture, comme en ont eu, historiquement, les pays aujourd&rsquo;hui d&eacute;velopp&eacute;s.

Ces arguments restent valables malgr&eacute; la tendance &agrave; la convergence des niveaux de soutien &agrave; l&rsquo;agriculture entre pays &eacute;mergents et pays &agrave; haut revenu. A deux nuances pr&egrave;s, cependant. &nbsp;D&rsquo;une part, il existe dans les pays &eacute;mergents une &laquo;&nbsp;agriculture de firme&nbsp;&raquo;, compos&eacute;e de fermes de grande taille et ayant acc&egrave;s aux intrants, au cr&eacute;dit et aux technologies modernes, souvent int&eacute;gr&eacute;es dans des cha&icirc;nes de valeur performantes, qui est comp&eacute;titive avec l&rsquo;agriculture des pays occidentaux. D&rsquo;autre part, il n&rsquo;est pas interdit de s&rsquo;interroger sur les instruments de politique agricole les plus appropri&eacute;s pour favoriser l&rsquo;am&eacute;lioration de la productivit&eacute; des agricultures familiales dans les pays &eacute;mergents, sans se polariser exclusivement sur la protection &agrave; l&rsquo;importation, pour n&eacute;cessaire qu&rsquo;elle soit. D&rsquo;autant que cette protection a tendance &agrave; fondre sous l&rsquo;effet de la multiplication des accords commerciaux bilat&eacute;raux et r&eacute;gionaux.

L&agrave; encore, la trajectoire suivie par les pays d&eacute;velopp&eacute;s est riche d&rsquo;enseignements. Le passage d&rsquo;un soutien des prix du march&eacute; &agrave; des aides budg&eacute;taires peut contribuer &agrave; atteindre diff&eacute;rents objectifs&nbsp;: augmentation de la production alimentaire, accroissement du revenu agricole (avec &eacute;ventuellement un ciblage des aides vers les petites et moyennes exploitations), s&eacute;curit&eacute; sanitaire des aliments et pr&eacute;servation des ressources naturelles, en particulier les sols et les eaux. La Chine a commenc&eacute;, timidement, &agrave; r&eacute;orienter sa politique agricole dans cette voie. Quant au renforcement de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, pr&eacute;occupation majeure des PED, il peut se faire par d&rsquo;autres outils plus efficients qu&rsquo;une politique de stockage public de denr&eacute;es, comme le montre l&rsquo;exemple du Br&eacute;sil. Quel que soit le niveau des protections &agrave; l&rsquo;importation, de gros investissements publics sont indispensables dans plusieurs domaines - en particulier celui, si d&eacute;laiss&eacute;, de la gestion des risques li&eacute;s aux al&eacute;as climatiques et &agrave; la volatilit&eacute; des prix - pour stimuler la production et surtout la productivit&eacute; agricoles. &nbsp;

Il va de soi que l&rsquo;&eacute;volution des instruments de politique agricole vers des aides budg&eacute;taires d&eacute;pend &eacute;troitement de l&rsquo;existence d&rsquo;un Etat fort, disposant de ressources financi&egrave;res suffisantes (donc apte &agrave; lever l&rsquo;imp&ocirc;t) et dot&eacute; d&rsquo;une administration efficace, capable d&rsquo;effectuer des versements directs &agrave; un tr&egrave;s grand nombre de personnes. Ces conditions sont plus facilement r&eacute;unies dans les pays &eacute;mergents que dans les pays les moins avanc&eacute;s, m&ecirc;me si la t&eacute;l&eacute;phonie mobile permet aujourd&rsquo;hui, y compris en Afrique, de r&eacute;aliser des transferts mon&eacute;taires fiables et peu co&ucirc;teux. &nbsp;

Que J. Berthelot se rassure, l&rsquo;&eacute;tude de FARM appelle &agrave; une forte augmentation du soutien &agrave; l&rsquo;agriculture dans les pays les moins avanc&eacute;s et ce message n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;ambigu&nbsp;&raquo;. Mais la cause du d&eacute;veloppement agricole m&eacute;rite un d&eacute;bat serein. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;

[1] Jean-Christophe Debar et Mathilde Douillet, &laquo;&nbsp;Le nouveau&nbsp; paysage mondial du soutien &agrave; l&rsquo;agriculture&nbsp;&raquo;, Document de travail no 7, FARM, juillet 2015. Les id&eacute;es exprim&eacute;es dans le pr&eacute;sent article de blog n&rsquo;engagent pas M.&nbsp;Douillet, qui depuis septembre 2014 ne travaille plus &agrave; FARM.

[2] Les chiffres produits par J. Berthelot sont l&eacute;g&egrave;rement plus &eacute;lev&eacute;s car il exprime l&rsquo;ESP en pourcentage de la valeur de la production agricole, alors que l&rsquo;OCDE rapporte le soutien &agrave; la valeur des recettes des producteurs (somme de la valeur de la production agricole et des paiements budg&eacute;taires).

[3] Comme le rel&egrave;ve justement J. Berthelot, une aide class&eacute;e dans la bo&icirc;te verte peut engendrer des distorsions de march&eacute; non n&eacute;gligeables si son montant n&rsquo;est pas plafonn&eacute;, comme c&rsquo;est le cas pour les paiements d&eacute;coupl&eacute;s octroy&eacute;s par l&rsquo;Union europ&eacute;enne et (jusqu&rsquo;en 2013) par les Etats-Unis. &nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2006 2015-10-07 text/htmlfr
Les satellites au service de l’agriculture en Afrique Continent vaste et aux climats contrast&eacute;s, l&rsquo;Afrique peut tirer pleinement profit de l&rsquo;utilisation des satellites pour la mise en &oelig;uvre&nbsp; et le contr&ocirc;le des politiques publiques dans le domaine de l&rsquo;agriculture en particulier.

&nbsp;Un premier enjeu est de disposer d&rsquo;une cartographie &agrave; jour afin de pouvoir identifier les terres cultivables. Les images des satellites d&rsquo;observation sont mises &agrave; profit pour r&eacute;aliser des cartes d&rsquo;occupation des sols. Gr&acirc;ce &agrave; des traitements appropri&eacute;s de ces images, il est possible d&rsquo;extraire des informations sur &nbsp;les types de cultures, les types de sol, les for&ecirc;ts, les zones en eau ou humides, les zones b&acirc;ties et les routes. Un suivi dans le temps permet, par diff&eacute;rence avec des situations pass&eacute;es, de voir l&rsquo;&eacute;volution de ces diff&eacute;rentes zones. Ces produits d&rsquo;information peuvent &ecirc;tre utilis&eacute;s par les gestionnaires de l&rsquo;environnement, de l&rsquo;am&eacute;nagement du territoire et de la planification de l&rsquo;agriculture pour organiser la production agricole, en g&eacute;rant au mieux la r&eacute;partition entre terres b&acirc;ties et terres cultivables ou le suivi de la croissance des cultures. La production agricole en Afrique &eacute;tant souvent vivri&egrave;re, les parcelles cultiv&eacute;es sont de petite taille. Les satellites actuellement en orbite permettent aux d&eacute;cideurs de disposer d&rsquo;un panel d&rsquo;outils d&rsquo;observation pertinent pour la mise en &oelig;uvre et le contr&ocirc;le de leur politique agricole depuis le niveau national, jusqu&rsquo;au niveau local. En effet, les satellites d&rsquo;observation Sentinel-1 et Sentinel-2 du programme europ&eacute;en COPERNICUS permettent de r&eacute;aliser des observations avec respectivement une r&eacute;solution de 5 m (radar) et de 10 m (optique). Les satellites de tr&egrave;s haute r&eacute;solution (THR) de type Pl&eacute;iades permettent de voir des d&eacute;tails de l&rsquo;ordre de 70 cm.

&nbsp;L&rsquo;eau est un autre enjeu majeur. Les satellites de m&eacute;t&eacute;orologie fournissent des observations qui alimentent les mod&egrave;les de pr&eacute;visions de pluie, en Afrique en particulier. Ces pr&eacute;visions sont utilis&eacute;es par les d&eacute;cideurs pour anticiper&nbsp; les productions agricoles, d&rsquo;&eacute;ventuels probl&egrave;mes de s&eacute;cheresse ou de fortes pluies. Via EUMETSAT[1], l&rsquo;Europe facilite l&rsquo;acc&egrave;s aux donn&eacute;es de satellites M&eacute;t&eacute;osat, conjuguant ses efforts &agrave; ceux de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, de l&rsquo;Union africaine et de l&rsquo;Organisation de la m&eacute;t&eacute;orologie mondiale. Les satellites d&rsquo;observation optique (SPOT, Pl&eacute;iades, Sentinel-2), radar (Sentinel-1, Cosmo-Skymed, Terra-SARX) et d&rsquo;altim&eacute;trie (JASON1&amp;2, SWOT en 2020) contribuent &agrave; mieux conna&icirc;tre les r&eacute;serves en eau des fleuves, des lacs et des grands r&eacute;servoirs fournissant aux gestionnaires des politiques publiques des informations essentielles pour leur strat&eacute;gie de d&eacute;veloppement et de s&eacute;curit&eacute; alimentaire.

&nbsp;Les pays africains se dotent eux aussi de moyens d&rsquo;observation par satellites. En Afrique du Nord, des pays comme l&rsquo;Alg&eacute;rie ou le Maroc disposent d&rsquo;une agence spatiale et/ou de satellites qui leur fournissent les informations d&rsquo;aide &agrave; la gestion des enjeux agricoles. En Afrique subsaharienne, l&rsquo;Agence spatiale du&nbsp; Nig&eacute;ria (NASRDA)[2] s&rsquo;est dot&eacute;e&nbsp; des satellites d&rsquo;observation optique NigeriaSat-1 (lanc&eacute; en 2003, retir&eacute; en 2012) et NigeriaSat-2 (lanc&eacute; en 2011, r&eacute;solution 2,5 m) et d&rsquo;un satellite d&rsquo;observation radar NigeriaSat-X (lanc&eacute; en 2011, r&eacute;solution 22 m). Ces satellites sont utilis&eacute;s en particulier pour la gestion des catastrophes naturelles (suivi des essaims de criquets). En 2010, le Gabon a cr&eacute;&eacute; son agence spatiale l&rsquo;AGEOS. En 2011, il s&rsquo;est dot&eacute; d&rsquo;une plateforme technologique SEAS-Gabon de r&eacute;ception en temps r&eacute;el d&rsquo;images satellitaires sur laquelle s&rsquo;appuie le &nbsp;centre de surveillance de l&rsquo;environnement EarthLab Gabon[3] cr&eacute;&eacute; en 2013. Les objectifs de ce centre sont &nbsp;d&rsquo;&eacute;laborer des produits d&rsquo;information n&eacute;cessaires aux enjeux de gestion foresti&egrave;re, de gestion des ressources naturelles et d&rsquo;occupation des sols, ainsi que de surveillance des zones propices au d&eacute;veloppement de moustiques et autres vecteurs de maladies tropicales. L&rsquo;Afrique du Sud a cr&eacute;&eacute; en 2010 sa propre agence spatiale, la SANSA[4], et s&rsquo;&eacute;tait dot&eacute; d&rsquo;un microsatellite d&rsquo;observation pour d&eacute;tecter les catastrophes naturelles et surveiller les ressources en eau du continent africain (ce satellite n&rsquo;est plus op&eacute;rationnel).

Enfin, le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture &laquo;&nbsp;raisonn&eacute;e&nbsp;&raquo;, pour la gestion des produits phytosanitaires et des engrais, avec l&rsquo;utilisation de tracteurs guid&eacute;s par GPS, se d&eacute;veloppe lentement. Mais compte tenu de son potentiel de d&eacute;veloppement &eacute;conomique, des acteurs majeurs[5] de la fourniture d&rsquo;&eacute;quipements et de services ont fait le pari de s&rsquo;implanter sur le continent africain pour y promouvoir leurs solutions.

En Afrique, les enjeux de s&eacute;curit&eacute; alimentaire et de d&eacute;veloppement agricole restent consid&eacute;rables et mobilisent les efforts des organisations internationales&nbsp;: ONU[6], PAM[7], FAO[8], UN-OCHA[9] et WMO[10]. Les images satellites acquises par ces organismes alimentent le portail d&rsquo;information GeoNetwork[11] sur lequel elles peuvent &ecirc;tre partag&eacute;es librement. Des outils &laquo;&nbsp;open source&nbsp;&raquo; sont mis &agrave; disposition afin que les utilisateurs puissent r&eacute;aliser les produits d&rsquo;information dont ils ont besoin.

Le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture en Afrique passe non seulement par l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau, mais aussi par l&rsquo;acc&egrave;s aux semences am&eacute;lior&eacute;es et aux engrais, &agrave; l&rsquo;acc&egrave;s aux informations sur les march&eacute;s. Aussi, le FIDA[12], la FAO et le PAM ont entrepris d&rsquo;aider le Nouveau partenariat pour le d&eacute;veloppement de l&rsquo;Afrique (NEPAD) &agrave; &eacute;laborer une strat&eacute;gie pour d&eacute;velopper l&rsquo;agriculture et le commerce.

Les communaut&eacute;s spatiales se mobilisent autour des enjeux li&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture, la gestion de l&rsquo;eau et la s&eacute;curit&eacute; alimentaire en Afrique dans le cadre du Group for Earth Observation, avec les projets AfriGEOSS et GEOGlam, qui mobilisent les experts des agences spatiales, environnementales et m&eacute;t&eacute;orologiques internationales.

Enfin, notons que depuis 1974, 13 pays du Sahel[13] ont mis en commun leur expertise et ont cr&eacute;&eacute; le centre r&eacute;gional AGRHYMET, situ&eacute; au Niger, dont la mission est de contribuer &agrave; la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, &agrave; la gestion des ressources et de l&rsquo;environnement par le renforcement des capacit&eacute;s de formation, de recherche et de diffusion des informations des institutions nationales.

L&rsquo;utilisation des satellites en Afrique pour l&rsquo;agriculture est une r&eacute;alit&eacute;. Les pays africains ont bien compris le potentiel des informations satellitaires. A ce titre, ils se dotent des nouvelles technologies qui leur permettront non seulement d&rsquo;acc&eacute;der aux informations indispensables &agrave; la mise en &oelig;uvre et au contr&ocirc;le de leurs politiques de d&eacute;veloppement agricole, mais aussi de tirer le meilleur parti de leurs ressources pour leur d&eacute;veloppement &eacute;conomique.

La cr&eacute;ation au CNES d&rsquo;une Direction de la Science de l&rsquo;Innovation et des Applications devrait poursuivre et amplifier les efforts visant &agrave; ce que les donn&eacute;es issues des missions spatiales et les produits issus des travaux scientifiques soient utilis&eacute;s par des organismes et des entreprises fournissant des services adapt&eacute;s aux besoins des citoyens et des d&eacute;cideurs des politiques publiques. Les diff&eacute;rents secteurs de l&rsquo;agriculture, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;aide &agrave; la gestion de l&rsquo;exploitation, du renseignement agricole ou de l&rsquo;assurance agricole, secteurs &eacute;conomiquement porteurs, pourraient b&eacute;n&eacute;ficier de cette dynamique et voir, d&rsquo;ici quelques ann&eacute;es, la cr&eacute;ation de services et de start-ups fran&ccedil;aises dans ces domaines.

[1] EUMETSAT: Organisation europ&eacute;enne pour l&rsquo;exploitation des satellites de m&eacute;t&eacute;orologie&nbsp;: http://www.eumetsat.int/website/home/index.html

[2] NASRDA&nbsp;: National Space Research &amp; Development Agency: http://services.gov.ng/fr/nasrda

[3] Earthlab Gabon est issu d&rsquo;un partenariat entre Telespazio France et la R&eacute;publique du Gabon, repr&eacute;sent&eacute;e par l&rsquo;Agence Gabonaise d&rsquo;Etudes et d&rsquo;Observation Spatiale (AGEOS) et le Fonds Gabonais d&rsquo;Investissements Strat&eacute;giques (FGIS)&nbsp;: http://www.earthlab-galaxy.com/gabon/

[4] SANSA&nbsp;: Agence spatiale d&rsquo;Afrique du Sud)&nbsp;: http://www.space.gov.za/

[5] GARMIN s&rsquo;est implant&eacute; en Afrique

[6] ONU&nbsp;: Organisation des Nations unies&nbsp;: http://www.un.org/fr/index.html

[7] PAM&nbsp;: Programme alimentaire mondial&nbsp;: http://fr.wfp.org/

[8] FAO&nbsp;: Organisation des Nations unies pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture&nbsp;: http://www.fao.org/home/fr/

[9] UN-OCHA: Bureau des Nations unies pour la coordination de l&rsquo;aide humanitaire: http://www.unocha.org/

[10] WMO: Organisation m&eacute;t&eacute;orologique mondiale: https://www.wmo.int/pages/index_fr.html

[11] GeoNetwork&nbsp;: http://geonetwork-opensource.org/

[12] FIDA: Fonds international de d&eacute;veloppement agricole: http://www.ifad.org/

[13] AGRHYMET&nbsp;rassemble les efforts de 9 pays&nbsp;: le B&eacute;nin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, la Gambie, la Guin&eacute;e, la Guin&eacute;e-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le S&eacute;n&eacute;gal, le Tchad et le Togo.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=2002 2015-09-21 text/htmlfr
La croissance des besoins alimentaires en Afrique est largement sous-estimée La demande alimentaire mondiale va augmenter de 60 % d&rsquo;ici 2050&nbsp;: cette pr&eacute;vision souvent cit&eacute;e provient d&rsquo;un rapport de l&rsquo;Organisation des Nations unies pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture (FAO) publi&eacute; en juin 2012 (1), qui fait r&eacute;f&eacute;rence. Or ce rapport s&rsquo;appuie sur la &laquo;&nbsp;R&eacute;vision 2008&nbsp;&raquo; des perspectives d&eacute;mographiques des Nations unies (2), parue en 2009, qui pr&eacute;voyait en moyenne une population mondiale de 9,15&nbsp;milliards de personnes en 2050. La &laquo;&nbsp;R&eacute;vision 2015&nbsp;&raquo; de l&rsquo;ONU (3), sortie fin juillet, a r&eacute;&eacute;valu&eacute; ce chiffre de 6 %, &agrave; 9,72 milliards. Toutes choses &eacute;gales par ailleurs, pour satisfaire la hausse de la demande, il faudrait donc accro&icirc;tre la production agricole mondiale de 66 %, plut&ocirc;t que 60 %, par rapport &agrave; la moyenne 2005-2007 qui sert de base aux calculs de la FAO.

Mais l&agrave; n&rsquo;est pas le plus important. Selon nos calculs, entre les R&eacute;visions 2008 et 2015, la projection moyenne de population en Afrique subsaharienne en 2050 s&rsquo;est accrue de 451 millions de personnes, &agrave; 2,20 milliards, soit une hausse de 26 %. Ce qui signifie que la population dans cette r&eacute;gion devrait plus que doubler entre 2015 et 2050, mais aussi que le rapport de la FAO publi&eacute; en 2012 sous-estime fortement la croissance de la demande alimentaire africaine. La question est tr&egrave;s sensible car, comme le montre l&rsquo;&eacute;tude r&eacute;alis&eacute;e pour FARM par Bruno Dorin (Cirad) (4), le rapport de la FAO anticipait d&eacute;j&agrave; entre 2006 et 2050 une multiplication par 2,6 de la consommation de produits alimentaires en Afrique subsaharienne, exprim&eacute;e en &eacute;quivalent calories v&eacute;g&eacute;tales. Cette hausse serait satisfaite &agrave; la fois par un quasi-triplement de la production alimentaire africaine, gr&acirc;ce essentiellement &agrave; une am&eacute;lioration des rendements des cultures, et une augmentation, &agrave; un rythme comparable, des importations alimentaires.

La R&eacute;vision 2015 des projections d&eacute;mographiques dans cette r&eacute;gion implique donc, toutes choses &eacute;gales par ailleurs, soit un accroissement encore plus soutenu de la production ou des importations alimentaires, soit une moindre augmentation de la consommation de calories alimentaires par personne. Or, dans le rapport 2012 de la FAO, celle-ci, en Afrique subsaharienne, est cens&eacute;e progresser de 28 % entre 2006 et 2050, &agrave; 2&nbsp;740&nbsp;kcal/t&ecirc;te, niveau moyen &agrave; peine suffisant pour r&eacute;duire l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire qui touche aujourd&rsquo;hui un quart de la population. Si la production ou les importations alimentaires africaines ne croissent pas plus fortement que ne l&rsquo;anticipe ce rapport, l&rsquo;explosion d&eacute;mographique risque de limiter s&eacute;rieusement tout progr&egrave;s notable dans les disponibilit&eacute;s alimentaires par personne, autrement dit de creuser encore les in&eacute;galit&eacute;s d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture au d&eacute;triment des plus pauvres. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

Les fili&egrave;res agroalimentaires en Afrique subsaharienne doivent donc relever un triple d&eacute;fi &ndash; s&eacute;curit&eacute; alimentaire, r&eacute;duction de la pauvret&eacute;, cr&eacute;ation d&rsquo;emplois &ndash; encore plus consid&eacute;rable que ne le sugg&egrave;rent les projections de la FAO, qui font aujourd&rsquo;hui plus ou moins consensus (5). Encore faut-il ajouter que ces projections n&rsquo;incluent pas l&rsquo;impact du changement climatique sur la production agricole, qui devrait &ecirc;tre globalement n&eacute;gatif dans la r&eacute;gion.

(1)&nbsp;World agriculture towards 2030/2050: the 2012 Revision, Nikos Alexandratos et Jelle Bruinsma, FAO, 2012.&nbsp;

(2)&nbsp;&nbsp;World Population Prospects: The 2008 Revision, United Nations, 2009.

(3)&nbsp;World Population Prospects. The 2015 Revision. Key Findings and Advance Tables, United Nations, 2015. &nbsp;Dynamiques agricoles en Afrique subsaharienne : une perspective &agrave; 2050 des d&eacute;fis de la transformation structurelle, Bruno Dorin, Cirad, www.fondation-farm.org/article956

(4)&nbsp;Dynamiques agricoles en Afrique subsaharienne : une perspective &agrave; 2050 des d&eacute;fis de la transformation structurelle, Bruno Dorin, Cirad, www.fondation-farm.org/article956

(5) Afrique, trois d&eacute;fis en un&nbsp;: s&eacute;curit&eacute; alimentaire, pauvret&eacute;, emploi, Jean-Christophe Debar et Pierre Girard, in Diplomatie no 74, mai-juin 2015. Article disponible sur www.fondation-farm.org&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1993 2015-09-07 text/htmlfr
"La révolution tunisienne n’a pas profité à l’agriculture" Plus de trois ans apr&egrave;s la r&eacute;volution, peut-on dresser un bilan de la situation de l&rsquo;agriculture ?

L'agriculture tunisienne reste &eacute;troitement handicap&eacute;e par un manque de visibilit&eacute; et de dynamisme, fruit de l'absence d'une politique agricole appropri&eacute;e. L'investissement a accus&eacute; une chute r&eacute;guli&egrave;re, de 2 % entre 2013 et 2014, conf&eacute;rant au secteur une part de 7 % par rapport aux investissements totaux du pays contre 8 % l'ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente. Il faut cependant noter que les investissements du secteur priv&eacute; dans l&rsquo;agriculture ont repris en 2014 et repr&eacute;sentent 67 % du total contre 51,6 % en 2012, alors que ceux du secteur public ont r&eacute;gress&eacute; entre 2012 et 2014 (Observatoire National de l&rsquo;Agriculture).

&nbsp;Nous observons &eacute;galement depuis 2009 une tendance baissi&egrave;re du taux de couverture des &eacute;changes alimentaires. La part du d&eacute;ficit de la balance alimentaire dans le d&eacute;ficit global du commerce ext&eacute;rieur du pays est ainsi pass&eacute;e de 6,7 % en 2010 &agrave; 10,1 % en 2014. La d&eacute;pendance alimentaire de la Tunisie &agrave; l'&eacute;gard de certains produits de base comme les c&eacute;r&eacute;ales se confirme avec de fortes corr&eacute;lations entre les exportations alimentaires totales et celles d'huile d'olive, et entre les importations alimentaires totales et celles de c&eacute;r&eacute;ales, selon l'Observatoire National de l'Agriculture. Le taux de financement bancaire reste tr&egrave;s faible (inf&eacute;rieur &agrave; 7 %), la m&eacute;canisation &eacute;galement&nbsp;: seuls 8 % des agriculteurs ont un tracteur. Seulement 3,5 % des agriculteurs demandent des cr&eacute;dits de campagne et 58 % les obtiennent. En cons&eacute;quence, seulement deux agriculteurs sur dix ont acc&egrave;s au cr&eacute;dit !

Les agriculteurs quant &agrave; eux, sont confront&eacute;s &agrave; une forte augmentation de leurs co&ucirc;ts de production dus &agrave; une forte hausse voire au doublement du prix des intrants (engrais, pesticides, aliments d'&eacute;levage ...) et de l'&eacute;nergie, cons&eacute;quence, entre autre, de la d&eacute;valuation r&eacute;guli&egrave;re du dinar tunisien. Le co&ucirc;t de la main-d&rsquo;&oelig;uvre agricole, qui se fait de plus en plus rare, a &eacute;galement augment&eacute; ainsi que le poids des charges sociales. La hausse des co&ucirc;ts de production n'a pas &eacute;t&eacute; suivie par une augmentation proportionnelle des prix de vente des produits agricoles, cela &eacute;tant en partie d&ucirc; au r&ocirc;le r&eacute;gulateur de l'Etat par la fixation des prix de certains produits (lait, viandes blanches, &oelig;ufs...), &agrave; l'&eacute;rosion du pouvoir d'achat des consommateurs tunisiens, &agrave; la d&eacute;sorganisation de certain circuits de distribution. Le faible pouvoir de n&eacute;gociation et de repr&eacute;sentation des organisations professionnelles p&eacute;nalise les agriculteurs pour la d&eacute;fense de leurs int&eacute;r&ecirc;ts. La pression sur les ressources naturelles et particuli&egrave;rement sur les ressources en eau s'est aggrav&eacute;e. Des milliers de puits ont &eacute;t&eacute; creus&eacute;s ill&eacute;galement, ce qui p&egrave;sera certainement sur l'avenir.

Y a-t-il eu un changement de cap de la politique agricole ? La r&eacute;volution a-t-elle b&eacute;n&eacute;fici&eacute; &agrave; des fili&egrave;res ou &agrave; des cat&eacute;gories d&rsquo;agriculteurs plus qu&rsquo;&agrave; d&rsquo;autres ?

Peut-on seulement consid&eacute;rer que nous ayons une politique agricole adapt&eacute;e &agrave; notre r&eacute;alit&eacute; et aux d&eacute;fis de notre pays ? Il semble qu'en dehors de la douloureuse exp&eacute;rience collectiviste des ann&eacute;es 1960 qui a traumatis&eacute; le monde paysan tunisien, nous n'ayons jamais eu de vision strat&eacute;gique de long terme. Au cours de son histoire r&eacute;cente, depuis l'Ind&eacute;pendance, les diff&eacute;rentes politiques ont favoris&eacute; le d&eacute;veloppement des secteurs industriels et touristiques, bien souvent aux d&eacute;pens du secteur agricole. Ces choix &eacute;taient certainement port&eacute;s par une volont&eacute; de d&eacute;veloppement &eacute;conomique rapide du pays qui devait lui permettre de sortir&nbsp;du sous-d&eacute;veloppement. Les besoins en quantit&eacute; et en diversit&eacute; des produits agricoles n'&eacute;taient pas les m&ecirc;mes. En cinquante ans, le pays s'est rapidement d&eacute;velopp&eacute;, une importante classe moyenne a vu le jour. A l'&eacute;chelle mondiale, les tensions sur les denr&eacute;es alimentaires n'&eacute;taient pas celles d'aujourd'hui. Mais depuis, la mondialisation est pass&eacute;e par l&agrave; et un nouveau syst&egrave;me sp&eacute;culatif a entra&icirc;n&eacute; le monde dans la spirale que nous connaissons. Il ne faut pas oublier la politique &laquo;&nbsp;myope&nbsp;&raquo; de bon nombre d'institutions internationales qui recommandaient &agrave; la Tunisie de d&eacute;velopper son agriculture essentiellement vers l'exportation en abandonnant pratiquement la culture de c&eacute;r&eacute;ales, puisque celles-ci pouvaient &laquo;&nbsp;toujours&nbsp;&raquo; se trouver &agrave; des prix abordables sur les march&eacute;s internationaux&nbsp;! Mais, comme le dit l'adage, &laquo;&nbsp;v&eacute;rit&eacute; d'aujourd'hui, erreur de demain&nbsp;&raquo;&nbsp;!

Le monde agricole et rural a trop souvent &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; d&rsquo;un point de vue de probl&eacute;matique sociale, difficile &agrave; faire &eacute;voluer, comme un pourvoyeur de main-d&rsquo;&oelig;uvre appel&eacute;e par un fort exode rural vers les r&eacute;gions c&ocirc;ti&egrave;res en plein essor &eacute;conomique. La Tunisie du Nord et en particulier du Nord-Ouest, riche de sa pluviom&eacute;trie (900 mm/an), ne s'est pas d&eacute;velopp&eacute;e&nbsp;!

Depuis la r&eacute;volution de 2011 et jusqu'&agrave; ce jour, quatre ministres de l'agriculture se sont succ&eacute;d&eacute;, le dernier &eacute;tant en place depuis quelques mois. Gestion des affaires courantes et absence de vision ont &eacute;t&eacute; les ma&icirc;tres-mots de ces derni&egrave;res ann&eacute;es. Les questions du financement, de l'endettement, de l'assurance, de l'investissement, de la gestion des terres agricoles, de la bonne utilisation des ressources naturelles, de la formation professionnelle, de la performance sont rest&eacute;es sans r&eacute;ponses&nbsp;!

Non, h&eacute;las, la r&eacute;volution tunisienne n'a pas, &agrave; mon avis, profit&eacute; &agrave; l'agriculture en g&eacute;n&eacute;ral et encore moins &agrave; des fili&egrave;res ou &agrave; des cat&eacute;gories d'agriculteurs. Augmentations alarmantes des co&ucirc;ts de productions, mauvaise organisation des fili&egrave;res, augmentation de l'ins&eacute;curit&eacute; (vols...)&hellip; l'appareil de production souffre.

&nbsp;Sur quels points, selon vous, la politique agricole et les organisations agricoles doivent-elles &eacute;voluer ?

Les agriculteurs sont la principale ressource de l'agriculture, donc pas de solutions si les pouvoirs publics ne travaillent pas &eacute;troitement avec les premiers concern&eacute;s... Sur ce point, force est de constater que la situation a empir&eacute; depuis 2011, puisque les gouvernements successifs se sont r&eacute;v&eacute;l&eacute;s incapables de mettre en place un dialogue digne de ce nom.

&nbsp;Les probl&eacute;matiques essentielles de l'agriculture tunisienne tiennent au morcellement des terres (75 % des exploitations ont moins de 10 ha et pr&egrave;s de 55 % soit 281 000 sont inf&eacute;rieures &agrave; 5 ha), &agrave; la raret&eacute; des ressources naturelles, au vieillissement de la population active agricole, &agrave; la difficult&eacute; d'acc&egrave;s au cr&eacute;dit et &agrave; la terre, &agrave; la tr&egrave;s faible structuration des organisations professionnelles &hellip; Les questions qui doivent &ecirc;tre pos&eacute;es sont nombreuses&nbsp;: comment augmenter la production agricole de mani&egrave;re durable&nbsp;? Comment l'agriculture peut-elle contribuer &agrave; la croissance et &agrave; l'emploi&nbsp;? Comment r&eacute;&eacute;quilibrer les territoires ruraux&nbsp;? Comment renforcer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, am&eacute;liorer la balance agricole et augmenter les exportations&nbsp;? Comment mobiliser l'investissement agricole public et priv&eacute;&nbsp;? Comment renforcer la p&eacute;rennit&eacute; des petites exploitations agricoles et rurales dans les territoires vuln&eacute;rables&nbsp;? Comment am&eacute;liorer la gouvernance du secteur ? Comment soutenir la petite agriculture&nbsp;?

&nbsp;Il va falloir trouver des solutions &agrave; ces questions et s'attaquer aux probl&eacute;matiques pos&eacute;es par&nbsp;:

- la mobilisation du foncier par la r&eacute;affectation des terres domaniales, les cr&eacute;dits fonciers, la restructuration des baux&nbsp;;
- les incitations &agrave; l'investissement par la fiscalit&eacute;, les exon&eacute;rations, la TVA, la r&eacute;forme du code des investissements agricoles, l'organisation des fili&egrave;res&nbsp;;
- les acc&egrave;s aux services financiers (cr&eacute;dits et assurance agricole). Le secteur bancaire, totalement inadapt&eacute; &agrave; l'agriculture, doit innover avec des nouveaux services financiers pour la petite agriculture en particulier&nbsp;;
- enfin, les relations avec l'Union europ&eacute;enne, qui pr&eacute;sentent certes des opportunit&eacute;s mais aussi d'importantes menaces. Un accord avec l'UE ne peut pas produire de r&eacute;sultats positifs pour les Tunisiens si le pays ne s'engage pas dans une r&eacute;forme structurelle rompant avec les mod&egrave;les qui ont &eacute;rod&eacute; les ressources et plong&eacute; le pays dans la d&eacute;pendance alimentaire.&nbsp;La force principale de l'agriculture tunisienne se trouve dans sa paysannerie, dont le potentiel a &eacute;t&eacute; volontairement ni&eacute;. Le d&eacute;veloppement de l'Europe occidentale et des USA a &eacute;t&eacute; fond&eacute; sur la mobilisation de cette paysannerie.

Nous allons devoir sortir du manque de coh&eacute;rence des politiques agricoles et commerciales et trouver ensemble une r&eacute;ponse &agrave; la question de savoir quelle agriculture nous voulons pour demain. Ce probl&egrave;me ne concerne pas uniquement les producteurs agricoles, mais tous les Tunisiens&nbsp;! Continuer &agrave; maltraiter le monde rural et agricole ne peut qu'alourdir la facture pour les g&eacute;n&eacute;rations actuelles et futures.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1969 2015-06-30 text/htmlfr
Let’s Eat What We Can and "CAN" What We Cannot International Women&rsquo;s Day is fast approaching &ndash; March 8th&nbsp;2015, the countdown is on&hellip; women all over the world have a &ldquo;date&rdquo; with the &ldquo;world&rdquo; on March 8th&nbsp;- time to dress to the nines! &nbsp;They will naturally want to take stock of all the milestones achieved. They will celebrate much love, joy, laughter, success, and share tears, failures, burdens, strife&hellip;etc. They will be united &ndash; all barriers will be flattened, as they all come together to speak one language of love&hellip;&nbsp;&ldquo;Equality&rdquo;.

As March 8th&nbsp;looms into view, I can&rsquo;t help but think, there&rsquo;s an &ldquo;itch&rdquo; I simply have to scratch &ndash; the counterintuitive low participation of African women, in the lucrative activities of the agribusiness industry. &nbsp;&nbsp;&nbsp;Why CAN&rsquo;T African women producers and exporters &ldquo;Eat What they Can and CAN What they Cannot&rdquo;? Hard as they may try, they seem to be stuck in a disempowering &ldquo;labyrinth&rdquo; of business mediocrity.

I recently attended a very interactive and intellectually stimulating one-day conference on Women and Agricultural Value Chain Financing. The conference was organized by the South African based New Faces New Voices (NFNV) in partnership with Making Finance Work for Africa and the Deutsche Gesellschaft f&uuml;r Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Attended by policy, development, gender, financial experts as well as agricultural producers and exporters, the conference presented a platform for highly charged views &ndash; setting apart demand and supply. The agricultural private sector put forward arguments for lack of access and affordability of agricultural financing with the financial sector citing promoters&rsquo; lack of bankability: inability to produce goods competitively, lack of market information and off takers. This absolutely enthralling debate left me, as a panelist, with much food for thought&hellip;. What really is the heart of the matter here? What is going on with women in agriculture? What are they producing and what markets are they producing for? Why are they not getting financed? Essentially, why are African women in agriculture watching other people&rsquo;s lives go by&hellip;..?

We are all living in a fast-paced world characterized by global and regional demands of an ever dynamic agricultural high value chain (AHVC) landscape. Spurred by rising incomes, population growth and diverse sophisticated diets, high value agricultural products (HAVCP) are the &ldquo;cash cow&rdquo; of the agribusiness industry. &nbsp;This includes non-staple agricultural crops such as vegetables, fruits, flowers, ornamentals, condiments and spices, the list goes on. According to the U.S. Department of Agriculture (USDA) developing countries will account for a sizeable increment in projected growth in global consumption of meats and crops between the years 2013 &ndash; 2022. The share of growth for developing countries, including African countries, is projected at 81% for meat, 83% for grains and oilseeds, and 95 % for cotton. Consequently, these countries together, will account for a whopping 92% of the total increment in world meat imports, 92% of total grain and oilseeds imports, and almost all the world cotton imports!

Just to bring context to the discussion, it is reported that Africa will experience an increase in demand for both local and regional urban food markets. In monetary terms, this means between USD 50 billion and USD 150 billion by 2030. According to a 2014 African Trade Report, African farmers will by 2030, practically have the opportunity to derive potential income to the tune of USD 4.5 billion from international trade and USD 30 billion from domestic and regional cross-border trade. The Africa-focused Future Agriculture Consortium also reports that there are 53 Private Equity Funds in the process of raising funds estimated at USD 5.8 billion, with at least 27 of them focused solely on agriculture. I sit back and think, wow! Certainly very exciting and encouraging news for&nbsp;ALL PLAYERS;&nbsp;in this potentially lucrative business with a growing sea of opportunities&hellip;..or so one would assume, imagine, expect&hellip;. You name it!

So what then is going on in this billion dollar playing field? Who is&nbsp;GROWING&nbsp;agricultural products, who is &ldquo;CANNING&rdquo; them, who is&nbsp;EXPORTING&nbsp;them and who is&nbsp;BUYING&nbsp;them? Let&rsquo;s start with who is growing agricultural products. It is widely known that African women represent up to 52% of the total population in agriculture, are responsible for approximately 75 % of the agricultural labour, and produce 60% to 80% of the food. Just to be clear, African women are&nbsp;driving&nbsp;production,&nbsp;creating jobs&nbsp;and&nbsp;feeding&nbsp;the African continent. Hats off to these great and formidable women! They must be running successful agribusiness companies&hellip; they must be sustainably integrated in domestic, regional and global HVAVCs&hellip; I mean, surely they must have strong business linkages with lead firms and assured markets&hellip;.. Once again, or so one would assume, imagine, expect&hellip;. You name it!

Given their laudable performance upstream, let&rsquo;s take a look at how African women feature beyond production; across the value chain to processing (&ldquo;CANNING&rdquo;) all the way to markets&hellip;. the Alliance for Green Revolution in Africa (AGRA) reports that Africa&rsquo;s food losses are valued at over&nbsp;USD 4 billion&nbsp;on an annual basis. These losses are typically due to post-harvest inefficiencies (storage, processing, packaging, transportation and marketing) across the agricultural value chain. At this point one begins to wonder about the plight of the African women &ndash; the same women who admirably produce 60% to 80% of the continent&rsquo;s food. &nbsp;The annual 4 billion USD in food losses tells us that it is highly probable that African women are not involved in food processing or exporting of HVAP. They are out of the loop, confronted with daunting barriers to entry in the agribusiness playing field. Counterintuitive right? Yes, so we now have a befuddle that simply begs the following questions&hellip; how do post-harvest inefficiencies impact African women&rsquo;s incomes, profit margins and their ability to repay their nearly-impossible-to-access agricultural value chain loans? A few not-so-pleasant things spring to mind&hellip; loss of collateral, loss of business, loss of profits and outright, crippling indebtedness to financial institutions &ndash; a vicious slippery cycle that perpetuates poverty with no promise of regaining one&rsquo;s vantage position!

So let&rsquo;s assume financial institutions decided to play nice and provide affordable, tailored value chain financial products to potentially allow African women to be sustainably integrated in HVAVCs. The lack of off-takers, market intelligence &ndash; domestic, regional and global, would still be a hurdle in so far as the women&rsquo;s bankability is concerned (an issue that was raised repeatedly by financial experts in the conference). Who are the buyers of HVAP and do African women have strong business linkages to buyers or markets? What are the quality and regulatory requirements and do African women have a sound understanding of buyer/importer-mandated standards? Lead buyers or firms typically call the shots in the dynamic landscape of HVAVCs. Exporters are expected to meet stringent Sanitary and Phyto-sanitary (SPS) Measures as well as Quality and Standards. Women producers and exporters in the conference echoed the lack of technical skills, business linkages and market intelligence as major stumbling blocks &ndash; even for domestic markets. For domestic and regional markets in particular, transparency on product standards and regulations, is like the &ldquo;roll of the dice&rdquo;, they complained &ndash; sometimes you win sometimes you lose&hellip;.

The plot gets thicker&hellip; assuming the production, processing and agricultural value chain financing were right, it still leaves the question of quality and efficient transport and logistic services for reliable access to input and output markets. In the agribusiness sector, to be competitive on speed, reliability and transaction costs, improved transportation, logistics and services play a critical role. In Africa, transport costs can account for up to 50-75% of the retail price of goods. In essence, the proportion of the total final product cost accounted for by transport, logistics and services costs along trade transit corridors, is unreasonably high! &nbsp;In addition, though primal, safety and security is not guaranteed for women exporters. A recent World Bank study revealed that in East Africa female cross-border traders are forced to pay larger bribes than their male counterparts or provide sexual favors to avoid detention by the border guards or confiscation of their goods. My, oh my&hellip;..!

The heart of the matter it seems to me, is that while African women are ready to &ldquo;Eat What They Can and CAN What They Cannot&rdquo;, they are up against a host of intertwined odds &ndash; though not insurmountable if Africa is serious about it, in my opinion. Question is, how can development partners, governments, regional bodies and financial institutions combine efforts to assume authority in the dynamics and trends of HVAVCs and sustainably integrate African women in this playing field? Immediately I want to say eliminate piece-meal and one-size-fits-all type of approaches &ndash; they don&rsquo;t work and never will. African women, from the marginal groups to the missing middle and beyond, are all singing from the same hymn sheet: &ldquo;Let&rsquo;s Eat What We Can and &ldquo;CAN&rdquo; What We Cannot&rdquo;&hellip;. And I say YES they CAN!&nbsp;&nbsp; But what do the African business and political leaders say? Are they decisively in on this agenda? My two pennies worth of advice would be to adopt integrated and holistic approaches which seek to address several issues that impact women across the value chain, including, but not limited to: productive capacity, infrastructure and services, credit and financial support, innovation and technology, market intelligence, business linkages to lead firms etc.

Finally I want to say, listen up ladies, March 8th&nbsp;is no regular &ldquo;date&rdquo; with an average &ldquo;Joe&rdquo;&hellip;.&nbsp;Recognize&nbsp;that this is a special&nbsp;virtual workshop&nbsp;&ndash; a platform to reiterate theabsurdity of gender-based inequality. So the &ldquo;date&rdquo; calls upon you to fully understand the language of &ldquo;Equality&rdquo;.&nbsp;Reflect&nbsp;and be clear on what needs to change.Tell&nbsp;your story like it is.&nbsp;Identify&nbsp;the challenging issues in your&nbsp;different walks of life. Demonstrate&nbsp;how they make survival and prosperity seem more unattainable for you, than for your male counterparts.&nbsp;Gear&nbsp;up to&nbsp;teach&nbsp;and&nbsp;move&nbsp;those who hold the &ldquo;key&rdquo; to your empowerment.&nbsp;Participate&nbsp;in discussions with business and political leaders to bring innovative tailor-made solutions to your situation. Remember you need to be free from all forms of inequality so that&nbsp;YOU&nbsp;can take your&nbsp;rightful place&nbsp;in society and/or business.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1918 2015-03-05 text/htmlfr
Pour une agriculture au service de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique
Sous-alimentation et malnutrition dans le monde

Malheureusement, de nombreux pays dans le monde en d&eacute;veloppement, notamment en Afrique et en Asie du Sud, n'ont pas r&eacute;ussi &agrave; r&eacute;aliser l&rsquo;exploit de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et nutritionnelle. On estime qu&rsquo;environ 870 millions de personnes ont &eacute;t&eacute; sous-aliment&eacute;es pendant la p&eacute;riode 2010&ndash;2012, soit 12,5 % de la population mondiale, ou encore une personne sur 8. L&rsquo;&eacute;crasante majorit&eacute; d&rsquo;entre elles &ndash; 852 millions de personnes &ndash; vivent dans des pays en d&eacute;veloppement, o&ugrave; on estime maintenant que 14,9 pour cent de la population sont touch&eacute;s par la sous-alimentation. 234 millions de ces personnes sous-aliment&eacute;es se trouvent en Afrique subsaharienne (FAO-FIDA &amp; PMA, 2012)(1) . La malnutrition est ainsi fortement concentr&eacute;e dans deux grandes zones du monde : l&rsquo;Asie et l&rsquo;Afrique subsaharienne.

Situation paradoxale pour l&rsquo;Afrique

L&rsquo;Afrique continue d&rsquo;afficher la mauvaise image de sous-alimentation, alors qu&rsquo;elle reste le continent o&ugrave; la proportion de la population active s&rsquo;adonnant &agrave; l&rsquo;agriculture demeure des plus &eacute;lev&eacute;es au monde. C&rsquo;est aussi le continent qui dispose d&rsquo;&eacute;normes potentialit&eacute;s agricoles pour nourrir ses populations. En effet, l&rsquo;Afrique est, avec l&rsquo;Am&eacute;rique latine, le continent qui dispose de la plus grande surface de terres arables non cultiv&eacute;es. Les terres cultivables (hors zones foresti&egrave;res) repr&eacute;senteraient trois fois la superficie des terres cultiv&eacute;es actuellement. Les zones soudaniennes en particulier, situ&eacute;es au nord et au sud du bassin du Congo, b&eacute;n&eacute;ficient de conditions souvent tr&egrave;s favorables &agrave; l&rsquo;agriculture, mais elles n&rsquo;ont encore qu&rsquo;une faible densit&eacute; de population. Cela signifie qu&rsquo;il existe de grandes marges de progr&egrave;s de la productivit&eacute; des terres agricoles. En dehors du bassin du Nil et des agro-syst&egrave;mes m&eacute;diterran&eacute;ens, la faible mobilisation du potentiel hydrique est l&rsquo;une des illustrations les plus &eacute;videntes de ce potentiel sous-exploit&eacute;. &Agrave; titre de comparaison, 6 % des terres agricoles africaines sont irrigu&eacute;es, contre 40 % en Asie. Cela pourrait justifier pourquoi l&rsquo;Union africaine a fait de 2014 l&rsquo;ann&eacute;e de l&rsquo;agriculture et de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, ann&eacute;e marquant le dixi&egrave;me anniversaire du lancement du programme d&eacute;taill&eacute; de d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture africaine (PDDAA) adopt&eacute; &agrave; Maputo en 2003. Le PDDAA vise &agrave; relever la productivit&eacute; agricole de 6 % par an et recommande aux Etats de porter leurs efforts budg&eacute;taires consacr&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture &agrave; au moins 10 % de leur budget. Car l'augmentation de la production agricole est insuffisante pour sortir l'Afrique du sous-d&eacute;veloppement. La moyenne des rendements c&eacute;r&eacute;aliers y est de 1,23 tonne/ha, contre 2,48 en Am&eacute;rique latine et 2,94 en Asie. Mais, il convient de pr&eacute;ciser que l&rsquo;efficacit&eacute; de ces 10 % de budget exig&eacute; n&rsquo;est pas &eacute;vidente. Elle d&eacute;pendra beaucoup des formes d&rsquo;affectation de ces ressources ; les sp&eacute;culations cibl&eacute;es notamment.

Au regard de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, on note clairement que l&rsquo;Afrique repr&eacute;sente l&rsquo;espace de grandes potentialit&eacute;s agricoles encore inexploit&eacute;es dans le monde et reste dans le m&ecirc;me temps le continent qui n&rsquo;arrive pas &agrave; nourrir ses populations.

Sources du paradoxe

La raison principale de cette situation malheureuse pour l&rsquo;Afrique se trouve &agrave; notre avis dans les mauvais choix de politique agricole. Ceux-ci entravent la situation alimentaire du continent et le positionne tr&egrave;s mal sur le march&eacute; international. L&rsquo;Afrique a plus tendance &agrave; s&rsquo;investir dans la production des sp&eacute;culations qu&rsquo;elle ne consomme pas, au d&eacute;triment de celles qui doivent garantir la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et nutritionnelle et l&rsquo;intensification des &eacute;changes intra-r&eacute;gionaux. L&rsquo;Afrique s&rsquo;est lanc&eacute;e en priorit&eacute; dans des cultures o&ugrave; elle ne b&eacute;n&eacute;ficie pas d&rsquo;avantage comparatif (le coton notamment) et n&eacute;glige les sp&eacute;culations fortement adapt&eacute;es &agrave; ses conditions agro-&eacute;cologiques et bien int&eacute;gr&eacute;es dans les habitudes alimentaires des populations. L&rsquo;exemple le plus frappant aujourd&rsquo;hui est celui du coton qui se positionne comme le produit d&rsquo;exportation phare de l&rsquo;Afrique. Pourtant, plusieurs indicateurs r&eacute;v&egrave;lent que la production cotonni&egrave;re se fait tr&egrave;s mal en Afrique. La culture du coton conduit &agrave; une d&eacute;gradation de plus en plus marqu&eacute;e de l&rsquo;environnement (baisse drastique de la fertilit&eacute; des sols, utilisation de pesticides chimiques non recommand&eacute;es, intoxication alimentaires, &hellip;). C&rsquo;est en Afrique que le rendement de coton est le plus bas dans le monde. Ce rendement avoisine les 1.200 kg/ha en Afrique, contre 1.750 en Asie centrale et 3.500 en Chine. L&rsquo;Afrique ne se trouve ni parmi les 3 premiers producteurs de coton au monde que sont la Chine (24 %), les USA (19%) et l&rsquo;Inde (14 %) ; ni dans les 3 principaux consommateurs de coton que sont la Chine (33 %), l&rsquo;Inde (14 %) et le Pakistan (10 %). En revanche, elle se trouve &ecirc;tre le 2e exportateur de coton au monde, avec 12 %, derri&egrave;re les USA (40 %). Ces chiffres montrent bien combien l&rsquo;Afrique s&rsquo;est engag&eacute;e dans un secteur o&ugrave; elle ne b&eacute;n&eacute;ficie pas d&rsquo;avantage comparatif du fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une sp&eacute;culation faiblement consomm&eacute;e par le march&eacute; int&eacute;rieur qui la rend donc d&eacute;pendante de l&rsquo;ext&eacute;rieur, alors m&ecirc;me qu&rsquo;elle est d&eacute;savantag&eacute;e par la faible productivit&eacute; et la faible part de march&eacute;. L&rsquo;Afrique consomme seulement 1 % de la production mondiale de coton.

Toutefois, il faut noter que ce n&rsquo;est pas de fa&ccedil;on syst&eacute;matique que le coton p&eacute;nalise l&rsquo;Afrique. La mauvaise gestion de la fili&egrave;re, marqu&eacute;e par une affectation trop importante et disproportionn&eacute;e des ressources productives vers la fili&egrave;re et la tr&egrave;s faible diversification des produits d&rsquo;exportation sont les facteurs qui aggravent la situation. Dans cette dynamique, les cultures vivri&egrave;res sont d&eacute;laiss&eacute;es au profit des cultures de rente (telles que le coton) qui ne garantissent pas une marge de comp&eacute;titivit&eacute; int&eacute;ressante pour l&rsquo;Afrique.

Quelques propositions pour am&eacute;liorer la situation

Les options politiques &agrave; prendre d&eacute;sormais en Afrique en mati&egrave;re d&rsquo;agriculture devront &ecirc;tre &agrave; la hauteur des r&eacute;alit&eacute;s socio&eacute;conomiques v&eacute;cues sur le continent ; r&eacute;alit&eacute;s d&rsquo;ailleurs reconnues &agrave; travers le monde : sous-alimentation, malnutrition, pauvret&eacute; (&agrave; dominance rurale). Elles devront aussi prendre en compte la r&eacute;alit&eacute; agro-&eacute;conomique du continent. Celle-ci peut &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute;e en trois axes importants.

Le premier axe est relatif aux sp&eacute;culations alimentaires, &agrave; fort potentiel d&rsquo;&eacute;change intra-r&eacute;gional et d&rsquo;exportation sur le march&eacute; international. C&rsquo;est le cas du riz et de la banane plantain. Ces sp&eacute;culations devraient &ecirc;tre un moteur in&eacute;luctable de promotion agricole de l&rsquo;Afrique du fait qu&rsquo;elles sont pr&eacute;dispos&eacute;es &agrave; relever les trois d&eacute;fis socio&eacute;conomiques &eacute;num&eacute;r&eacute;s ci-dessus. Le cas du riz par exemple est nettement observable au regard de la crise alimentaire qui a frapp&eacute; le monde entier en 2007/2008 ; crise caus&eacute;e entre autres par l&rsquo;essoufflement de l&rsquo;offre d&rsquo;exportation mondiale du riz. En effet, plus de 80 % de la production exportable de riz est concentr&eacute;e dans seulement cinq pays du monde, &agrave; savoir la Tha&iuml;lande (31 %), le Vietnam (16 %), l&rsquo;Inde (15 %), les Etats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique (13 %) et le Pakistan (8%). L&rsquo;Afrique repr&eacute;sente la principale zone d&eacute;ficitaire du monde, avec 35% du d&eacute;ficit mondial. Elle constitue de ce fait une destination d&rsquo;exportation de riz pour presque tous les pays exportateurs, la Tha&iuml;lande en t&ecirc;te, suivie du Vietnam, de l&rsquo;Inde et du Pakistan. Du fait que l&rsquo;Afrique ne couvre que 60 % de ses besoins en riz par sa production, cette c&eacute;r&eacute;ale constitue une sp&eacute;culation &agrave; fort potentiel pour la sortir de la sous-alimentation et m&ecirc;me de la pauvret&eacute;, parce les &eacute;changes intra-r&eacute;gionaux qu&rsquo;elle induira seront tr&egrave;s avantageux pendant que l&rsquo;exportation internationale sera aussi possible. Ce sera probablement le cas aussi de la banane plantain.

Le deuxi&egrave;me axe est relatif aux sp&eacute;culations agricoles bien adapt&eacute;es aux conditions &eacute;cologiques africaines, des sp&eacute;culations qui pullulent, avec des quantit&eacute;s &eacute;normes perdues chaque ann&eacute;e. Celles-ci demandent tr&egrave;s peu d&rsquo;effort physique et en intrants pour leur production. Ces sp&eacute;culations qui ont un fort potentiel alimentaire et d&eacute;gagent des exc&eacute;dents transformables et exportables, sont largement sous-valoris&eacute;es pour le moment. Elles regorgent donc de valeurs ajout&eacute;es exploitables pour la croissance &eacute;conomique et la cr&eacute;ation de l&rsquo;emploi. C&rsquo;est le cas de la tomate, de la mangue, de l&rsquo;orange et dans une moindre mesure de l&rsquo;oignon.

Le troisi&egrave;me axe est relatif aux sp&eacute;culations pour lesquelles l&rsquo;Afrique obtient d&eacute;j&agrave; des rendements int&eacute;ressants, sans gros effort, avec un potentiel d&rsquo;am&eacute;lioration. Ces sp&eacute;culations garantissent une position plus ou moins confortable &agrave; l&rsquo;Afrique sur le march&eacute; mondial. C&rsquo;est le cas des racines et tubercules en g&eacute;n&eacute;ral et du manioc, et dans une moindre mesure de l&rsquo;igname, en particulier.

En guise de conclusion

L&rsquo;agriculture africaine peut relever les d&eacute;fis alimentaire, nutritionnel et financier de l&rsquo;Afrique. Elle demeure un r&eacute;servoir de productivit&eacute; non seulement pour elle-m&ecirc;me, mais aussi pour le monde entier du fait que son poids relatif y est plus important que dans les autres continents : elle repr&eacute;sente environ 30 % du PIB, 70 % de la population active, et 40 % des exportations de l'Afrique, contre respectivement 10, 29 et 30 % en Am&eacute;rique latine et 25, 72 et 18 % en Asie. Mais, cela d&eacute;pendra de l&rsquo;efficacit&eacute; des politiques agricoles qui y seront mises en place et de l&rsquo;accompagnement dont le continent b&eacute;n&eacute;ficiera des autres continents.

(1)&nbsp;FAO-FIDA &amp; PMA (2012) : L&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire dans le monde. La croissance &eacute;conomique est n&eacute;cessaire, mais elle n&rsquo;est pas suffisante pour acc&eacute;l&eacute;rer la r&eacute;duction de la faim et de la malnutrition, R&eacute;sum&eacute;, Rome : FAO, 4 p.]]>
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L’agriculture urbaine en Afrique : un potentiel vivrier sous-exploité face à l’insécurité alimentaire Aujourd&rsquo;hui, la moiti&eacute; de la population mondiale est concentr&eacute;e dans les centres urbains. Cette forte croissance urbaine est encore plus perceptible en Afrique particuli&egrave;rement en Afrique subsaharienne. Certes, ce boom d&eacute;mographique est un atout majeur pour les &eacute;conomies locales mais il pose de v&eacute;ritables enjeux de d&eacute;veloppement. En effet, plong&eacute;e depuis plusieurs d&eacute;cennies dans des crises agricoles majeures et r&eacute;currentes, l&rsquo;Afrique subsaharienne est marqu&eacute;e, en ce d&eacute;but de 21i&egrave;me si&egrave;cle, par une situation d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. Et cette situation risque d&rsquo;aller de mal en pis &agrave; cause de la faiblesse des ressources des &Eacute;tats et la forte croissance d&eacute;mographique enregistr&eacute;e ces derni&egrave;res ann&eacute;es.

Malgr&eacute; tout cela, l&rsquo;Afrique subsaharienne a les moyens de sortir de cette spirale de crises &eacute;conomiques dont les causes sont &agrave; chercher dans l&rsquo;inexistence de politiques et programmes agricoles ad&eacute;quats au sein des diff&eacute;rents &Eacute;tats d&rsquo;une part et &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du continent d&rsquo;autre part. Ceci se traduit par la non prise en compte de plusieurs secteurs d&rsquo;activit&eacute;s qui sont en mesure de participer &agrave; l&rsquo;autosuffisance alimentaire dans ces pays. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;agriculture urbaine qui, contrairement &agrave; son caract&egrave;re de mouvement social auquel elle est assimil&eacute;e dans les grandes m&eacute;tropoles des pays riches, est une v&eacute;ritable &eacute;conomie dans les villes d&rsquo;Afrique subsaharienne. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;agriculture urbaine est d&eacute;finie en Afrique comme une vari&eacute;t&eacute; d&rsquo;activit&eacute;s agricoles et pastorales pouvant prendre place dans les limites ou en p&eacute;riph&eacute;rie des agglom&eacute;rations urbaines (Smith et al., 2004). Et c&rsquo;est dans cette proximit&eacute; avec la ville que cette activit&eacute; tire ton son potentiel &eacute;conomique dont les impacts vont au-del&agrave; m&ecirc;me des fronti&egrave;res des grandes agglom&eacute;rations africaines.

En effet, l&rsquo;agriculture urbaine occupe aujourd&rsquo;hui une place pr&eacute;pond&eacute;rante dans l&rsquo;&eacute;conomie des pays africains. En plus de participer &agrave; la r&eacute;duction de la pauvret&eacute; en procurant d&rsquo;importants revenus aux exploitations familiales et &agrave; la r&eacute;duction de la balance commerciale des pays concern&eacute;s gr&acirc;ce aux exportations de ses productions, l&rsquo;agriculture urbaine constitue de nos jours le principal grenier agricole de plusieurs villes africaines en dehors des c&eacute;r&eacute;ales en assurant une part importante de leurs besoins en l&eacute;gumes et autres produits agricoles. C&rsquo;est le cas &agrave; Dakar (S&eacute;n&eacute;gal) o&ugrave; cette activit&eacute; assure &agrave; hauteur de 70 % la demande en l&eacute;gumes et o&ugrave; sa composante avicole repr&eacute;sente 33 % de la production nationale soit entre 65 % et 70 % de la demande du pays (Mbaye, 1999). C&rsquo;est la m&ecirc;me tendance qu&rsquo;on observe dans d&rsquo;autres villes d&rsquo;Afrique subsaharienne. &Agrave; Dar-es-Salam (Tanzanie) tout comme &agrave; Bissau (Guin&eacute;e Bissau), c&rsquo;est 90 % de la demande en l&eacute;gumes feuilles qui est assur&eacute;e par l&rsquo;agriculture urbaine contre 100 % de la demande tous l&eacute;gumes confondus &agrave; Bamako (Mali) (Akinbaminjo, 2002). &Agrave; Kampala (Ouganda), c&rsquo;est 70 % de la demande en viandes de volailles et &oelig;ufs qui est satisfaite par l&rsquo;agriculture urbaine contre 50 % &agrave; Bamako (idem) et 60 % &agrave; Cotonou (B&eacute;nin) (Gu&egrave;ye &amp; al., 2009).

Par ailleurs, l&rsquo;agriculture urbaine est un secteur avec un fort potentiel d&rsquo;emplois dans un continent o&ugrave; la moiti&eacute; de la population &acirc;g&eacute;e de moins de 25 ans est confront&eacute;e &agrave; un ch&ocirc;mage end&eacute;mique. Les emplois cr&eacute;&eacute;s aujourd&rsquo;hui par l&rsquo;activit&eacute; agricole en milieu urbain se chiffrent &agrave; des dizaines de milliers &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du continent et ceux-ci ne cessent d&rsquo;augmenter &agrave; cause d&rsquo;une part du fort taux de ch&ocirc;mage dans toutes les villes africaines et d&rsquo;autre part de l&rsquo;attractivit&eacute; &eacute;conomie de cette activit&eacute;. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;&agrave; Ouagadougou (Burkina Faso), 45 000 emplois directs et indirects sont attribu&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture urbaine (Ouedraogo et al., 2009) contre 15 000 emplois directs et 35 000 emplois indirects &agrave; Dakar (Mbaye, 1999). En Afrique centrale, 12 500 familles actives dans le mara&icirc;chage sont d&eacute;nombr&eacute;es &agrave; Yaound&eacute; au Cameroun (T. Dongmo &amp; al., 2004) contre 10 000 mara&icirc;chers &agrave; Kinshasa (R.D du Congo) (Dieudonn&eacute; &amp; al., 2011).

Ces chiffres r&eacute;v&egrave;lent toute l&rsquo;importance &eacute;conomique et sociale de l&rsquo;agriculture urbaine en Afrique. Malheureusement, le poids de cette activit&eacute; dans l&rsquo;&eacute;conomie des pays africains est manifestement sous-cot&eacute; au d&eacute;triment de l&rsquo;agriculture rurale. Et cela se manifeste par la non-prise en compte de cette activit&eacute; d&rsquo;une part dans les politiques publiques agricoles et d&rsquo;autre part dans les politiques d&rsquo;am&eacute;nagement urbain. Ainsi, pour faire face &agrave; l&rsquo;explosion des projets immobiliers au d&eacute;triment des zones agricoles urbaines, il est urgent d&rsquo;&eacute;laborer des politiques publiques visant &agrave; encadrer le d&eacute;veloppement et la p&eacute;rennisation des activit&eacute;s agricoles dans les villes africaines. Sinon, malgr&eacute; les fortes productions et les milliers d&rsquo;emplois g&eacute;n&eacute;r&eacute;s, l&rsquo;agriculture urbaine risque de dispara&icirc;tre un jour dans la plupart des grandes m&eacute;tropoles africaines. Ce qui ne fera qu&rsquo;amplifier les crises agricoles dans lesquelles l&rsquo;Afrique subsaharienne est emp&ecirc;tr&eacute;e depuis plusieurs d&eacute;cennies. Et &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; on cherche des r&eacute;ponses &agrave; la question: comment nourrir les populations africaines?, l&rsquo;agriculture urbaine offre &agrave; coup s&ucirc;r de v&eacute;ritables pistes de r&eacute;flexion.

Bibliographie :

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Smith, O. B., Moustier, P., Luc J.A Mougeot, &amp; Fall,, A. (2004). D&eacute;veloppement durable de l&rsquo;agriculture urbaine en Afrique de l&rsquo;ouest francophone : Enjeux, concepts et m&eacute;thodes (CIRAD, CRDI.). Dakar, Ottawa.
T. Dongmo, J. Gockowski, S. Hernandez, L.D.K Awono &amp; R. Mbang (2004) &laquo; L&rsquo;agriculture p&eacute;riurbaine &agrave; Yaound&eacute; : ses rapports avec la r&eacute;duction de la pauvret&eacute;, le d&eacute;veloppement &eacute;conomique, la conservation de la biodiversit&eacute; et de l&rsquo;environnement &raquo; in Tropicultura, Num&eacute;ro 23.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1849 2014-11-05 text/htmlfr
Journée mondiale de l’alimentation : le dilemme des prix agricoles Le lien entre s&eacute;curit&eacute; alimentaire et niveau des prix agricoles fait l&rsquo;objet d&rsquo;un intense d&eacute;bat parmi les &eacute;conomistes du d&eacute;veloppement. Lorsque les prix alimentaires sont &eacute;lev&eacute;s, les consommateurs sont touch&eacute;s, l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture diminue. Lorsque les prix agricoles s&rsquo;effondrent, les agriculteurs ne gagnent pas suffisamment pour investir sur leur exploitation et produire davantage&nbsp;; la disponibilit&eacute; de nourriture est compromise. Acc&egrave;s versus disponibilit&eacute;&nbsp;: la Journ&eacute;e mondiale de l&rsquo;alimentation, le 16 octobre, offre l&rsquo;occasion de revenir sur cette apparente contradiction.&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

Un premier constat s&rsquo;impose. Malgr&eacute; l&rsquo;augmentation des prix alimentaires internationaux en valeur r&eacute;elle, depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, la part de la population souffrant de sous-alimentation n&rsquo;a cess&eacute; de baisser dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement&nbsp;(graphique). Selon les derni&egrave;res estimations de la FAO, elle est tomb&eacute;e de 23,4 % sur la p&eacute;riode 1990-1992 &agrave; 13,5 % sur 2012-2014. Cela ne signifie pas que la hausse des prix alimentaires n&rsquo;a pas eu d&rsquo;effet n&eacute;gatif sur les m&eacute;nages. Cet effet a simplement &eacute;t&eacute; compens&eacute; par d&rsquo;autres facteurs, dont sans doute la croissance du pouvoir d&rsquo;achat. En outre, comme le sugg&egrave;rent les donn&eacute;es de la FAO, les variations des prix internationaux des produits alimentaires se transmettent faiblement aux prix &agrave; la consommation dans les pays en d&eacute;veloppement. L&rsquo;&eacute;volution de ceux-ci d&eacute;pend principalement de d&eacute;terminants locaux, dont le volume de la production int&eacute;rieure.&nbsp;

Evolution des prix alimentaires internationaux en valeur r&eacute;elle&nbsp;
et de la pr&eacute;valence de la sous-alimentation dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement

Les ann&eacute;es indiqu&eacute;es correspondent &agrave; des moyennes triennales (1991 est la moyenne de 1990-1992, etc.).
1/ Indice des prix r&eacute;els des produits alimentaires d&eacute;flat&eacute;s par l&rsquo;indice des prix des produits manufactur&eacute;s de la Banque&nbsp;mondiale (2002-2004 = 100)&nbsp;
2/ Pr&eacute;valence de la sous-alimentation dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement (%)
Source : FARM d'apr&egrave;s FAO

Il est vrai que l'indicateur de pr&eacute;valence moyenne de la sous-alimentation masque l&rsquo;impact subi par les personnes les plus vuln&eacute;rables, ainsi que le niveau pr&eacute;occupant de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire dans les r&eacute;gions les plus touch&eacute;es, notamment l&rsquo;Afrique subsaharienne (23,8&nbsp;% sur la p&eacute;riode 2012-14) et l&rsquo;Asie du Sud (15,8 %).Mais on peut aussi arguer que la hausse des prix agricoles a contribu&eacute; &agrave; r&eacute;duire la sous-alimentation. Ce paradoxe tient au fait que la majorit&eacute; des personnes souffrant de la faim sont des ruraux qui vivent directement ou indirectement de l&rsquo;agriculture. La hausse des prix des cultures ou des produits animaux leur serait donc favorable. L&rsquo;argument n&rsquo;est cependant pas compl&egrave;tement convaincant, car les m&eacute;nages agricoles pauvres sont g&eacute;n&eacute;ralement acheteurs nets de nourriture&nbsp;: ils produisent moins de denr&eacute;es qu&rsquo;ils ne doivent en acheter pour leur consommation.

Des chercheurs ont pouss&eacute; plus loin le raisonnement en prenant en compte les r&eacute;percussions des prix agricoles sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie, via le march&eacute; du travail. Comme le sugg&egrave;rent des &eacute;tudes fond&eacute;es sur les exemples de l&rsquo;Inde et du Mexique, lorsque les prix pay&eacute;s aux agriculteurs augmentent, ceux-ci r&eacute;mun&egrave;rent mieux leurs ouvriers ou embauchent davantage de main d&rsquo;&oelig;uvre. La croissance de la masse salariale correspondante cr&eacute;e une demande suppl&eacute;mentaire qui profite &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie locale. Les m&eacute;nages ruraux les plus vuln&eacute;rables en b&eacute;n&eacute;ficient amplement, m&ecirc;me s&rsquo;ils sont acheteurs nets de denr&eacute;es. Globalement, la pauvret&eacute; diminue, ce qui est propice &agrave; une am&eacute;lioration de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire. &nbsp;

Le d&eacute;bat est loin d&rsquo;&ecirc;tre tranch&eacute;, mais il est de toute &eacute;vidence bien trop simpliste d&rsquo;assimiler s&eacute;curit&eacute; alimentaire et baisse des prix agricoles. La th&eacute;orie &eacute;conomique et l&rsquo;histoire du d&eacute;veloppement fournissent deux enseignements. D&rsquo;une part, c&rsquo;est l&rsquo;accroissement de la productivit&eacute; de l&rsquo;agriculture qui concilie les int&eacute;r&ecirc;ts contradictoires des producteurs et des consommateurs. Elle permet en effet, gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;duction des co&ucirc;ts de production, d&rsquo;augmenter simultan&eacute;ment le revenu des agriculteurs et le pouvoir d&rsquo;achat des m&eacute;nages. Elever la productivit&eacute; agricole est donc un enjeu majeur pour le renforcement de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire.

D&rsquo;autre part, l&rsquo;introduction de m&eacute;canismes de garantie et de stabilit&eacute; des prix agricoles a &eacute;t&eacute; un puissant moteur d&rsquo;expansion de la production et d&rsquo;am&eacute;lioration de la productivit&eacute; de l'agriculture dans les pays &agrave; haut revenu. Elle a ainsi permis, dans la dur&eacute;e, de diminuer fortement les prix alimentaires en valeur r&eacute;elle. Ces m&eacute;canismes ont &eacute;t&eacute; si efficaces qu&rsquo;il a fallu signer un accord &agrave; l&rsquo;Organisation mondiale du commerce, au milieu des ann&eacute;es 1990, pour r&eacute;duire les distorsions de march&eacute; qu&rsquo;ils engendraient. Le probl&egrave;me n&rsquo;est pas r&eacute;gl&eacute;, comme le montre l&rsquo;enlisement des n&eacute;gociations commerciales du cycle de Doha. Mais la n&eacute;cessit&eacute; de ma&icirc;triser les soutiens &agrave; l&rsquo;agriculture ne doit pas conduire &agrave; jeter le b&eacute;b&eacute; avec l&rsquo;eau du bain&nbsp;: si l&rsquo;agriculture reste sous-d&eacute;velopp&eacute;e dans beaucoup de pays pauvres, c&rsquo;est par insuffisance, non par exc&egrave;s de politiques agricoles. A quand une Journ&eacute;e mondiale des politiques agricoles&nbsp;? &nbsp; &nbsp;

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Quelles agricultures familiales faut-il soutenir dans les pays du Sud ? Cette ann&eacute;e de c&eacute;l&eacute;bration universelle de l&rsquo;agriculture familiale risque paradoxalement d&rsquo;occulter ses limites et surtout de ne pas &eacute;clairer avec assez de pr&eacute;cision et de rigueur les choix difficiles de politiques publiques n&eacute;cessaires &agrave; son soutien. Pourtant le sujet est d&rsquo;importance car il ne fait aucun doute que dans de nombreux pays, tout particuli&egrave;rement les pays pauvres d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Asie, l&rsquo;agriculture familiale continuera d&rsquo;&ecirc;tre la forme dominante d&rsquo;agriculture, au moins en termes d&rsquo;emploi, au cours des prochaines d&eacute;cennies. Mais quelle agriculture familiale&nbsp;? Et dans quelles conditions &eacute;conomiques et sociales&nbsp;? En effet,pour cette agriculture familiale, les risques de pauvret&eacute; et de marginalisation sociale sont consid&eacute;rables. Or l&rsquo;exp&eacute;rience pass&eacute;e montre que la situation de l&rsquo;agriculture d&eacute;pend beaucoup de l&rsquo;orientation des politiques publiques. Que le lecteur qui n&rsquo;est pas convaincu songe simplement &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration de la situation des paysans chinois qui a r&eacute;sult&eacute; de l&rsquo;instauration au d&eacute;but des ann&eacute;es 1980 du &laquo;&nbsp;syst&egrave;me de responsabilit&eacute; familiale&nbsp;&raquo;, par exemple. Quelques le&ccedil;ons de d&eacute;bats anciens sur l&rsquo;agriculture peuvent &ecirc;tre utiles. Nous les rappellerons donc bri&egrave;vement ici avant de nous interroger sur les politiques publiques &agrave; mettre en place.

Les le&ccedil;ons du pass&eacute;

Il faut tout d&rsquo;abord clarifier ce que l&rsquo;on entend par agriculture familiale. Le plus souvent, celle-ci est d&eacute;finie implicitement en l&rsquo;opposant &agrave; la grande agriculture industrielle. Cette d&eacute;finition couvre alors une gamme tr&egrave;s large de situation diverses&nbsp;: depuis la femme africaine qui cultive son champ individuel jusqu&rsquo;aux gros agriculteurs du Bassin parisien ou du Middle West am&eacute;ricain, dont l&rsquo;essentiel des moyens de production (travail, capital et m&ecirc;me terre) est fourni par la famille, en passant par le petit riziculteur asiatique. Depuis plus d&rsquo;un si&egrave;cle, les controverses sur les avantages relatifs de la grande et de la petite exploitation ont fait rage, inspirant d&rsquo;ailleurs des politiques publiques tr&egrave;s vari&eacute;es&nbsp;: des collectivisations communistes aux nombreuses r&eacute;volutions et r&eacute;formes agraires en Asie et en Am&eacute;rique latine. En sch&eacute;matisant &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me le d&eacute;bat contemporain, on peut dire que pour certains, la survie de nombreuses petites exploitations est la preuve de leur efficacit&eacute; &eacute;conomique alors que d&rsquo;autres y voient la manifestation de la paup&eacute;risation des paysans mis en concurrence avec une agriculture fortement capitalistique, beaucoup plus productive certes, mais fond&eacute;e sur la surexploitation des ressources naturelles et tr&egrave;s consommatrice de ressources non renouvelables comme le p&eacute;trole et les phosphates.

Comme analys&eacute; dans l&rsquo;article cosign&eacute; avec Jean-Christophe Debar, je pense que la diversit&eacute; des formes d&rsquo;agriculture observ&eacute;e dans le temps et l&rsquo;espace s&rsquo;explique par des consid&eacute;rations &eacute;conomiques simples. Les petites exploitations (familiales) se maintiennent en grand nombre l&agrave; o&ugrave; elles ont acc&egrave;s &agrave; la terre et o&ugrave; les conditions du march&eacute; du travail sont telles qu&rsquo;il est tr&egrave;s difficile pour les agriculteurs et leurs enfants de trouver des emplois r&eacute;mun&eacute;rateurs en dehors de l&rsquo;agriculture. Autrement dit, en termes &eacute;conomiques, le nombre d&rsquo;exploitations agricoles diminue lorsque le co&ucirc;t d&rsquo;opportunit&eacute; du travail augmente. Sinon, les agriculteurs sont oblig&eacute;s de rester et d&rsquo;accepter une situation o&ugrave; la productivit&eacute; de leur travail est faible et, par suite, leurs revenus agricoles peu &eacute;lev&eacute;s. Telle est la cause principale de la pauvret&eacute; rurale, si g&eacute;n&eacute;rale dans le monde et parfois si grande. Et cela est cause d&rsquo;une grande inqui&eacute;tude pour l&rsquo;avenir: les tendances d&eacute;mographiques et surtout les pyramides des &acirc;ges des populations d&eacute;j&agrave; n&eacute;es sont telles qu&rsquo;il sera tr&egrave;s difficile de cr&eacute;er dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie un nombre suffisant d&rsquo;emplois pour les tr&egrave;s nombreux nouveaux entrants sur le march&eacute; du travail au cours des prochaines ann&eacute;es.

D&eacute;j&agrave;, m&ecirc;me dans les pays d&rsquo;Afrique du Nord o&ugrave; la transition d&eacute;mographique est pourtant d&eacute;j&agrave; largement entam&eacute;e, la population rurale continue d&rsquo;augmenter et cette tendance se prolongera au cours des ann&eacute;es &agrave; venir. Dans de telles conditions, la r&eacute;duction de la population agricole sera tr&egrave;s difficile, voire impossible, dans de nombreuses r&eacute;gions du monde. Le seul espoir pour augmenter la productivit&eacute; du travail, condition sine qua non de l&rsquo;am&eacute;lioration des revenus agricoles, r&eacute;side dans l&rsquo;intensification de l&rsquo;agriculture et la diversification des activit&eacute;s des m&eacute;nages agricoles &ndash; dans et hors exploitation. &nbsp;&nbsp;

Quelles politique publiques&nbsp;?

Les consid&eacute;rations qui pr&eacute;c&egrave;dent para&icirc;tront peut-&ecirc;tre bien pessimistes. Je les crois lucides et surtout susceptibles d&rsquo;&eacute;clairer les d&eacute;bats publics relatifs &agrave; l&rsquo;agriculture et au d&eacute;veloppement rural. La diversit&eacute; soulign&eacute;e ci-dessus impose des politiques cibl&eacute;es. Tous les agriculteurs familiaux d&rsquo;un m&ecirc;me pays, ou d&rsquo;une m&ecirc;me r&eacute;gion au sein d&rsquo;un pays, n&rsquo;ont pas les m&ecirc;mes besoins. Quels agriculteurs veut-on soutenir et pour les aider &agrave; quoi faire&nbsp;? Dans cette perspective, il faut se m&eacute;fier d&rsquo;un instrument pourtant tr&egrave;s couramment employ&eacute;&nbsp;: le soutien des prix &agrave; la production. On sait qu&rsquo;un tel soutien b&eacute;n&eacute;ficie surtout aux plus gros agriculteurs et, &agrave; ce titre, n&rsquo;est pas efficace dans la lutte contre la pauvret&eacute; rurale. Il est en outre cause de distorsions &eacute;conomiques nombreuses et peu visibles, dont les effets nocifs ne sont sensibles qu&rsquo;&agrave; long terme. Enfin, l&rsquo;encouragement &agrave; la croissance de la production int&eacute;rieure, souvent le principal argument avanc&eacute; pour justifier le soutien aux prix &agrave; la production, pourrait &ecirc;tre assur&eacute; par d&rsquo;autres instruments. Mais il est vrai que cibler pr&eacute;cis&eacute;ment les b&eacute;n&eacute;ficiaires d&rsquo;une intervention publique quelle qu&rsquo;elle soit est toujours politiquement difficile. Pour &ecirc;tre efficace, il faut cependant le faire. Et c&rsquo;est au politique de d&eacute;cider quel degr&eacute; de ciblage est possible.

Les conditions de l&rsquo;acc&egrave;s aux ressources productives sont essentielles pour toute agriculture familiale, comme indiqu&eacute; ci-dessus. Je sugg&egrave;re que c&rsquo;est &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration de ces conditions que les politiques doivent s&rsquo;attacher en priorit&eacute;. Tr&egrave;s souvent, il y a beaucoup &agrave; faire dans le domaine foncier, il est vrai tr&egrave;s d&eacute;licat au plan politique lui aussi. On peut au moins sugg&eacute;rer aux gouvernements trop complaisants face au &laquo;&nbsp;land grabbing&nbsp;&raquo; de mieux prot&eacute;ger les droits, formels ou informels, des utilisateurs traditionnels des territoires conc&eacute;d&eacute;s &agrave; des op&eacute;rateurs capitalistes &eacute;trangers. Les conditions d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau d&eacute;pendent des circonstances locales, bien s&ucirc;r, mais aussi d&rsquo;arrangements institutionnels tr&egrave;s vari&eacute;s, qui peuvent &ecirc;tre fortement influenc&eacute;s par la puissance publique. Celle-ci doit notamment acqu&eacute;rir une bonne connaissance des situations locales pour favoriser tel ou tel type d&rsquo;agriculteurs.

Quant &agrave; l&rsquo;acc&egrave;s aux intrants n&eacute;cessaires &agrave; l&rsquo;intensification de l&rsquo;agriculture, m&ecirc;me si les risques pour l&rsquo;environnement de cette intensification doivent &ecirc;tre ma&icirc;tris&eacute;s et g&eacute;r&eacute;s, l&rsquo;Etat peut rarement intervenir directement. Il faut donc favoriser l&rsquo;&eacute;mergence et le d&eacute;veloppement de coop&eacute;ratives ou d&rsquo;autres structures d&rsquo;action collective&nbsp;dans un processus, dit &laquo;&nbsp;bottom up&nbsp;&raquo;, de mobilisation sociale authentique, permettant le jeu effectif du contr&ocirc;le social de l&rsquo;action des dirigeants. L&agrave; encore, le r&ocirc;le de la puissance publique est &agrave; la fois important et d&eacute;licat. Remarquons en outre que ce sont les coop&eacute;ratives de ce type qui offrent le plus grand espoir d&rsquo;am&eacute;liorer l&rsquo;acc&egrave;s des exploitations familiales au cr&eacute;dit agricole. Les tentatives ant&eacute;rieures de cr&eacute;er des syst&egrave;mes nationaux de cr&eacute;dit agricole, dans un processus essentiellement &laquo;&nbsp;top down&nbsp;&raquo;, ont le plus souvent &eacute;chou&eacute;. Par ailleurs, le microcr&eacute;dit r&eacute;ussit rarement &agrave; financer l&rsquo;activit&eacute; agricole, qui est beaucoup plus al&eacute;atoire que les activit&eacute;s artisanales, pour lesquelles le microcr&eacute;dit excelle, et exige plus de capitaux. L&rsquo;avantage des coop&eacute;ratives authentiques est qu&rsquo;elles peuvent fournir un cadre mutualiste favorable au d&eacute;veloppement des op&eacute;rations de cr&eacute;dit. Par ailleurs, les infrastructures et les services publics, notamment la recherche agronomique et la formation des agriculteurs et celle des cadres de l&rsquo;agriculture, rel&egrave;vent de la responsabilit&eacute; des pouvoirs publics qui trop souvent n&rsquo;accordent pas une priorit&eacute; suffisante &agrave; ces actions&nbsp;

En conclusion, les politiques publiques ont un grand r&ocirc;le &agrave; jouer pour soutenir l&rsquo;agriculture familiale. Mais les actions doivent &ecirc;tre cibl&eacute;es car les situations des exploitations familiales sont tr&egrave;s vari&eacute;es et toutes les exploitations familiales du monde ne pourront pas s&rsquo;engager fortement dans la voie de l&rsquo;intensification &eacute;voqu&eacute;e ici. Quant &agrave; la diversification des revenus des m&eacute;nages agricoles, elle n&eacute;cessite des sources d&rsquo;emploi en milieu rural, dans l&rsquo;industrie ou les services, et des niveaux de formation appropri&eacute;s. Il faudra donc faire des choix, parfois difficiles, et adapter les interventions &agrave; la diversit&eacute; des situations, ce qui requiert toujours beaucoup d&rsquo;intelligence institutionnelle.]]>
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Professionnaliser les coopératives agricoles africaines ? retour sur une étude de FARM Suite &agrave; la publication r&eacute;cente de l&rsquo;&eacute;tude de Th&eacute;o Gning et Fabrice Larue[1] d&eacute;di&eacute;e au nouvel Acte uniforme relatif au droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives, adopt&eacute; par l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), FARM a propos&eacute; &agrave; diff&eacute;rents experts des coop&eacute;ratives agricoles de donner leur point de vue sur le sujet. Dans cet article de blog, Maryline Filippi, professeur d&rsquo;&eacute;conomie &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Bordeaux, revient sur le contenu de l&rsquo;&eacute;tude et discute les recommandations formul&eacute;es par les auteurs.

L&rsquo;objectif de cette &eacute;tude est d&rsquo;expertiser les propositions r&eacute;alis&eacute;es dans le cadre du 9&egrave;me Acte uniforme de l&rsquo;OHADA afin d&rsquo;analyser la faisabilit&eacute; de sa mise en &oelig;uvre, les &eacute;ventuels obstacles et les impacts attendus de cette nouvelle r&eacute;forme. Des &eacute;tudes de cas men&eacute;es dans quatre pays, le B&eacute;nin, le Burkina Faso, le Mali et le Togo, permettent d&rsquo;appr&eacute;cier les &eacute;ventuels d&eacute;calages entre la r&egrave;glementation propos&eacute;e et les r&eacute;alit&eacute;s de l&rsquo;organisation des producteurs. L&rsquo;&eacute;tude r&eacute;alise un &eacute;tat des lieux susceptible de mieux comprendre quels seraient les impacts de ce nouvel Acte uniforme sur la structuration des organisations de producteurs (OP) et, par voie de cons&eacute;quence, sur l&rsquo;&eacute;conomie agricole africaine afin de souligner les diff&eacute;rences entre les l&eacute;gislations coop&eacute;ratives et les statuts actuels des OP. A partir d&rsquo;un examen d&rsquo;un point de vue juridique du contenu du 9&egrave;me Acte uniforme, les auteurs formulent les possibles ou n&eacute;cessaires recommandations &agrave; envisager afin d&rsquo;en favoriser la mise en &oelig;uvre.

Cette &eacute;tude est agr&eacute;ablement &eacute;crite, dans un style permettant une lecture ais&eacute;e pour un non-sp&eacute;cialiste. Les auteurs nous proposent une synth&egrave;se instructive pour comprendre les environnements l&eacute;gislatif et juridique de la zone OHADA au sein desquels les coop&eacute;ratives agricoles d&eacute;ploient leurs activit&eacute;s au service des producteurs.

L&rsquo;&eacute;tude se construit autour de quatre parties abordant successivement, (I) une mise en perspective du mod&egrave;le coop&eacute;ratif, l&rsquo;histoire des coop&eacute;ratives d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et un &eacute;tat de lieux des quatre pays &eacute;tudi&eacute;s, puis (II) une pr&eacute;sentation d&eacute;taill&eacute;e du contenu de cet Acte uniforme rappelant les conditions de son &eacute;mergence, ses apports au regard des l&eacute;gislations existantes, ses diff&eacute;rences et n&eacute;cessaires ajustements &agrave; op&eacute;rer avant de poser (III) une audit des &eacute;carts et (IV), en cons&eacute;quence, de formuler un certain nombre de recommandations.

Elle s&rsquo;ouvre sur une mise en perspective qui d&eacute;finit ce qu&rsquo;est une coop&eacute;rative, avant d&rsquo;en rappeler les valeurs, de situer bri&egrave;vement l&rsquo;histoire du mouvement coop&eacute;ratif africain dans les pays de l&rsquo;OHADA et de dresser un &eacute;tat des lieux dans les quatre pays s&eacute;lectionn&eacute;s. La mise en perspective est non seulement utile aux lecteurs peu familiaris&eacute;s avec les sp&eacute;cificit&eacute;s du mod&egrave;le coop&eacute;ratif ou avec le contexte africain, mais elle est &eacute;galement n&eacute;cessaire pour situer les enjeux, l&rsquo;ambition et les apports de l&rsquo;Acte uniforme. Elle ouvre ainsi la r&eacute;flexion sur les probl&eacute;matiques sous-jacentes &agrave; la &laquo;&nbsp;transparence financi&egrave;re&nbsp;&raquo;, au fonctionnement d&eacute;mocratique des &laquo;&nbsp;fa&icirc;ti&egrave;res&nbsp;&raquo; (coop&eacute;ratives) ou encore &agrave; l&rsquo;importance de l&rsquo;inter-coop&eacute;ration. Cette mise en perspective africaine resitue les questionnements et les limites de la nouvelle r&egrave;glementation.

Une r&eacute;forme n&eacute;cessaire pour favoriser la libert&eacute; d&rsquo;entreprendre

Les auteurs soulignent d&rsquo;embl&eacute;e la n&eacute;cessit&eacute; et l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de la r&eacute;forme. L&rsquo;Organisation pour l&rsquo;harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) a adopt&eacute; le 9&egrave;me Acte uniforme afin d&rsquo;harmoniser les l&eacute;gislations coop&eacute;ratives des 17 pays membres dans tous les secteurs &eacute;conomiques, dont l&rsquo;agriculture qui nous int&eacute;resse ici (voir le site internet de l&rsquo;OHADA). L&rsquo;objectif de se doter un cadre l&eacute;gislatif commun pour favoriser les leviers &eacute;conomiques n&rsquo;est pas sans rappeler le syst&egrave;me europ&eacute;en. Comme le notent les auteurs, &laquo;&nbsp;l&rsquo;Acte uniforme OHADA se rapproche du r&egrave;glement communautaire de par sa nature (supranationalit&eacute; et applicabilit&eacute; imm&eacute;diate), mais fonctionne en d&eacute;finitive comme une directive communautaire puisqu&rsquo;il fixe le cadre g&eacute;n&eacute;ral en laissant soin aux Etats de pr&eacute;ciser les parties g&eacute;n&eacute;rales et de maintenir leurs sp&eacute;cificit&eacute;s nationales dans certains domaines &raquo; (Gning et Larue, 2014, p. 56).

Le 9&egrave;me Acte uniforme entend accorder une plus grande libert&eacute; pour cr&eacute;er et diriger les coop&eacute;ratives agricoles en &eacute;cho aux Principes premiers des Pionniers de Rochdale[2]. La clarification et l&rsquo;actualisation des textes en vigueur dans les diff&eacute;rents pays favorisent un r&eacute;&eacute;quilibrage des pr&eacute;rogatives de l&rsquo;Etat dans l&rsquo;optique de garantir une certaine &laquo;&nbsp;libert&eacute; d&rsquo;entreprendre&nbsp;&raquo;. Deux types de coop&eacute;ratives sont propos&eacute;s&nbsp;: les coop&eacute;ratives SCOOPS (petites coop&eacute;ratives ou coop&eacute;ratives de transition) et les SCOOP-CA (adapt&eacute;es &agrave; des structures de taille plus importante ou &agrave; des unions de coop&eacute;ratives et dot&eacute;es d&rsquo;un Conseil d&rsquo;Administration). La libert&eacute; d&rsquo;adh&eacute;sion est associ&eacute;e d&rsquo;une part &agrave; une simplification des proc&eacute;dures de constitution et de r&eacute;glementation et d&rsquo;autre part &agrave; des m&eacute;canismes de contr&ocirc;le interne. L&rsquo;&eacute;tude d&eacute;taille fort clairement l&rsquo;ensemble des mesures inscrites dans le nouvel Acte qui d&eacute;cline les principes de l&rsquo;Alliance Coop&eacute;rative Internationale (ICA, 1995[3]) en r&egrave;gles juridiques concernant le principe d&eacute;mocratique, la transparence financi&egrave;re et le d&eacute;veloppement &eacute;conomique des coop&eacute;ratives. Dans cette perspective, l&rsquo;Acte uniforme affirme une volont&eacute; r&eacute;elle de soutien aux organisations coop&eacute;ratives par un encadrement favorisant le d&eacute;veloppement de leurs activit&eacute;s et de leur professionnalisation, afin de garantir aux producteurs, comme aux parties prenantes, un cadre favorisant la d&eacute;fense des int&eacute;r&ecirc;ts de chacun. &nbsp;&nbsp;

Deux constats&nbsp;: une faible concertation pr&eacute;alable et des ambigu&iuml;t&eacute;s contrastant avec l&rsquo;ambition du 9&egrave;me Acte uniforme &nbsp;

L&rsquo;expertise des auteurs les conduit &agrave; formuler certaines recommandations ordonn&eacute;es &agrave; partir de deux constats principaux&nbsp;: d&rsquo;une part la &laquo;&nbsp;faible concertation&nbsp;&raquo; pr&eacute;alable &agrave; l&rsquo;&eacute;tablissement du 9&egrave;me Acte uniforme avec les parties prenantes concern&eacute;es, administrations aussi bien qu&rsquo;organisations de producteurs, et d&rsquo;autre part, les impr&eacute;cisions, voire les ambigu&iuml;t&eacute;s, quant &agrave; son effective application. &nbsp;

Les auteurs s&rsquo;interrogent, semble-t-il &agrave; juste titre, sur la capacit&eacute; de l&rsquo;Acte &agrave; poser les jalons d&rsquo;un cadre juridique susceptible de r&eacute;pondre &agrave; l&rsquo;ambition qu&rsquo;il s&rsquo;est donn&eacute; au regard de la r&eacute;alit&eacute; africaine. L&rsquo;enjeu essentiel dont il est question ici est celui du d&eacute;veloppement des march&eacute;s locaux et des fili&egrave;res agro-alimentaires r&eacute;pondant au besoin croissant et persistant des populations locales en termes d&rsquo;approvisionnement et de s&eacute;curit&eacute; alimentaire (ICE, 2014[4]). Il s&rsquo;agit donc non seulement de favoriser le d&eacute;veloppement d&rsquo;une activit&eacute; &eacute;conomique en termes d&rsquo;emploi rural et de production locale, mais &eacute;galement de satisfaire aux besoins alimentaires premiers des populations des zones concern&eacute;es.

Si l&rsquo;Ann&eacute;e internationale des coop&eacute;ratives, en 2012, a c&eacute;l&eacute;br&eacute; de par le monde la r&eacute;ussite de ces structures comme mode d&rsquo;organisation des producteurs, un renforcement des Principes internationaux (ICA, 1995) ne peut &ecirc;tre que favorable au soutien des producteurs et &agrave; leur acc&egrave;s aux march&eacute;s. La libert&eacute; de choix des modalit&eacute;s juridiques de leur r&eacute;organisation se doit d&rsquo;&ecirc;tre respect&eacute;e, tout comme doit l&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;exercice de leur activit&eacute;. Cela questionne donc l&rsquo;action publique dans son soutien l&eacute;gislatif, en termes de transfert de responsabilit&eacute; du secteur public vers le secteur priv&eacute;, sans l&rsquo;exon&eacute;rer d&rsquo;un accompagnement &eacute;conomique de nature incitative. Cette association entre un cadre l&eacute;gislatif et une strat&eacute;gie &eacute;conomique atteste d&rsquo;une &eacute;volution importante en faveur de l&rsquo;action &eacute;conomique priv&eacute;e.

L&rsquo;&eacute;tude d&eacute;taille de fa&ccedil;on pr&eacute;cise et concise les nouvelles propositions du 9&egrave;me Acte et, fort judicieusement, les compare aux r&egrave;glementations en vigueur. Cela nous permet d&rsquo;avoir une bonne &eacute;valuation des &eacute;carts existants et de mesurer les difficult&eacute;s des r&eacute;formes &agrave; mener. Les auteurs avancent ainsi les risques de rupture d&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les Etats parties en termes de mesures p&eacute;nales, fiscales ou encore de dispositions incitatives. Dans la tradition institutionnaliste de North[5], les &eacute;volutions juridiques sont des rep&egrave;res importants pour les acteurs &eacute;conomiques marquant des changements significatifs des r&egrave;gles du jeu. Or la volont&eacute; d&rsquo;adopter un cadre commun aux 17 pays g&eacute;n&egrave;re une complexit&eacute; comportant certaines limites, clairement expos&eacute;es par les auteurs, et des risques certains de g&eacute;n&eacute;rer de nouvelles in&eacute;galit&eacute;s. Mobilisant les cas d&rsquo;&eacute;tude, les auteurs &eacute;noncent les difficult&eacute;s li&eacute;es &agrave; la mise en &oelig;uvre de la nouvelle r&eacute;forme&nbsp;: risque dans la transition juridique pour le Togo qui fait figure d&rsquo;exception&nbsp;en terme d&rsquo;adoption&nbsp;; risque dans le champ d&rsquo;application, voire risque d&rsquo;accroissement des diff&eacute;rences entre pays adoptants, conduisant &agrave; une remise en cause du v&oelig;u initial d&rsquo;uniformisation.

La partie sur l&rsquo;analyse des &eacute;carts est aussi int&eacute;ressante que d&eacute;stabilisante. Elle permet de mesurer la nature et l&rsquo;ampleur des changements envisag&eacute;s mais aussi, en creux, l&rsquo;inertie et les difficult&eacute;s inh&eacute;rentes &agrave; leur applicabilit&eacute;. S&rsquo;il existe une grande libert&eacute; dans l&rsquo;application des statuts des coop&eacute;ratives en raison du caract&egrave;re d&rsquo;applicabilit&eacute; directe du 9&egrave;me Acte, les choix nationaux, illustr&eacute;s &agrave; travers les &eacute;tudes de cas concr&egrave;tes, laissent songeur quant &agrave; l&rsquo;effectivit&eacute; de la r&eacute;forme en cours. Il serait ennuyeux de reprendre les &eacute;l&eacute;ments expos&eacute;s si clairement dans l&rsquo;&eacute;tude, concernant les diff&eacute;rents cas de figure. Il ressort &agrave; la lecture de cette partie que la diversit&eacute; des l&eacute;gislations existantes ne facilite pas le travail d&rsquo;ensemble, expliquant le retard voire la non-mise en oeuvre de la r&eacute;forme comme le besoin commun de formation tant des autorit&eacute;s locales que des producteurs en charge du management de leur coop&eacute;ratives. Il ressort aussi clairement que la mise en place de cet Acte uniforme est porteuse d&rsquo;exclusion des producteurs les plus fragiles, par leur impossibilit&eacute; de respecter les nouvelles r&egrave;gles. Au B&eacute;nin, le co&ucirc;t d&rsquo;immatriculation est inad&eacute;quat, avec les faibles moyens financiers des coop&eacute;ratives villageoises. Au Mali, la complexit&eacute;, comme les retards, l&rsquo;inad&eacute;quation et les besoins de formation semblent autant d&rsquo;obstacles &agrave; une mise en place de l&rsquo;Acte. Le cas du Burkina Faso pose concr&egrave;tement la question de son effectivit&eacute; r&eacute;elle dans le contexte national. Le Togo, exception qui confirme la r&egrave;gle, &eacute;claire les processus potentiels &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre, ceux de la concentration et de l&rsquo;exclusion, et donne une id&eacute;e claire des propositions qui pourraient att&eacute;nuer les difficult&eacute;s dans la mise en &oelig;uvre.

Ainsi, la formation tout comme la vulgarisation et la professionnalisation sont des &eacute;l&eacute;ments essentiels &agrave; l&rsquo;accompagnement du processus. Finalement, le constat &eacute;tabli par l&rsquo;&eacute;tude d&eacute;gage un certain pessimisme quand &agrave; la r&eacute;elle applicabilit&eacute; de la r&eacute;forme. Ce constat serait somme toute tragique au vu des enjeux que repr&eacute;sentent l&rsquo;&eacute;volution l&eacute;gislative des coop&eacute;ratives agricoles et les besoins des populations locales, tant en termes d&rsquo;organisations &eacute;conomiques qu&rsquo;en termes de consommation et d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;alimentation.

L&rsquo;Acte uniforme propose un cadre unique du droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives appliqu&eacute; &agrave; toutes les familles de coop&eacute;ratives (agriculture, mais aussi artisanat, commerce &hellip;) dans les 17 pays concern&eacute;s (Hiez et Tadjudje, 2012[6]). L&rsquo;ambition de cette r&eacute;forme n&rsquo;a d&rsquo;&eacute;gal que son ampleur et les bouleversements dont in&eacute;vitablement, elle est &laquo;&nbsp;g&eacute;nitrice&nbsp;&raquo;. Cette volont&eacute; d&rsquo;uniformit&eacute; dans le soutien aux organisations coop&eacute;ratives rec&egrave;le intrins&egrave;quement une complexit&eacute; dans son application g&eacute;n&eacute;rant retards, incompr&eacute;hensions et r&eacute;ticences.

La loi unique, comme cela est le cas en France avec une loi de 1947, commune &agrave; l&rsquo;ensemble des coop&eacute;ratives quelle que soit l&rsquo;activit&eacute;, pr&eacute;sente certains avantages et inconv&eacute;nients (voir Recma pour les diff&eacute;rents commentaires).

L&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; entre la mise en &oelig;uvre d&rsquo;un cadre r&egrave;glementaire et les pratiques au sein de ce cadre, souligne le besoin de souplesse autant que de garde-fous, mais &eacute;galement la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;une reconnaissance pour les acteurs &eacute;conomiques. Cela n&rsquo;est pas sans rappeler Ostrom (1990)[7], selon laquelle l&rsquo;effectivit&eacute; des regroupements collectifs pour g&eacute;rer les biens communs ne saurait &ecirc;tre sans une l&eacute;gitimation du groupe et sans des principes li&eacute;s &agrave; leur fonctionnement, &agrave; leur contr&ocirc;le et &agrave; la sanction des d&eacute;viances. Leur absence conduit &agrave; une certaine ill&eacute;gitimit&eacute; et &agrave; un sentiment d&rsquo;incompr&eacute;hension de la part des acteurs, ici publics et priv&eacute;s, d&eacute;bouchant sur un non-respect voire une non-application. Ainsi, &laquo;&nbsp;l&rsquo;absence de budg&eacute;tisation de la mise en &oelig;uvre&nbsp;&raquo; avant, pendant et apr&egrave;s l&rsquo;immatriculation, &eacute;claire sur l&rsquo;&eacute;cart existant entre l&rsquo;ambition affich&eacute;e et l&rsquo;applicabilit&eacute; concr&egrave;te. Faut-il alors suivre l&rsquo;expertise des auteurs, soulignant le manque de concret qui ouvre la porte &agrave; une solution juridique complexe ou rejoindre l&rsquo;analyse de Hiez et Tadjudje sur la grande libert&eacute; laiss&eacute; aux Etats pour la mise en &oelig;uvre de l&rsquo;Acte uniforme (Hiez et Tadjudje, 2012&nbsp;; 2013[8]).

La lecture de l&rsquo;&eacute;tude laisse un fort sentiment d&rsquo;une certaine d&eacute;connexion voire d&rsquo;&eacute;tanch&eacute;it&eacute;, entre un cadre juridique et une action publique concr&egrave;te en faveur du d&eacute;veloppement &eacute;conomique.

Des recommandations &agrave; destination des acteurs publics et priv&eacute;s pour concr&eacute;tiser le transfert de responsabilit&eacute;s vers les acteurs priv&eacute;s et repenser l&rsquo;intervention publique

Cette &eacute;tude est une critique, constructive mais s&eacute;v&egrave;re, quant au devenir du 9&egrave;me Acte, m&ecirc;me si elle s&rsquo;attache &agrave; formuler certaines recommandations &agrave; destination des acteurs publics et priv&eacute;s. A titre d&rsquo;exemple, la proposition faite par Willy Tadjudje d&rsquo;affecter les exc&eacute;dents de la r&eacute;serve l&eacute;gale pour le fonctionnement de la coop&eacute;rative (Gning et Larue, 2014, p. 77) soul&egrave;ve un probl&egrave;me non seulement comptable mais pointe toute la complexit&eacute; de l&rsquo;association en coop&eacute;rative.

Il semble que la &laquo;&nbsp;n&eacute;cessit&eacute; de l&rsquo;adaptation de l&rsquo;Acte uniforme&nbsp;&raquo; pourrait &ecirc;tre contourn&eacute;e par &laquo;&nbsp;une solution qui s&rsquo;inscrit cette fois dans le droit interne des Etats parties, &agrave; savoir&nbsp; l&rsquo;institution d&rsquo;un ou plusieurs statuts juridiques plus adapt&eacute;s aux modalit&eacute;s de constitution et du fonctionnement de monde agricole, notamment aux organisations paysannes de base&nbsp;&raquo; (Gning et Larue, 2014, p. 98). Or ce questionnement autour du r&ocirc;le du cadre juridique en faveur du d&eacute;veloppement des coop&eacute;ratives agricoles, fait sens au del&agrave; du cas africain. Diff&eacute;rentes &eacute;tudes, aux Etats-Unis comme en Europe (voir l&rsquo;&eacute;tude r&eacute;alis&eacute;e pour le compte de la DG Agri, Support for Farmers&rsquo; Cooperatives, 2012), soulignent l&rsquo;importance d&rsquo;un cadre r&egrave;glementaire influen&ccedil;ant le fonctionnement et l&rsquo;efficience des coop&eacute;ratives agricoles.

Je recommande ainsi non seulement la lecture de cette &eacute;tude mais surtout la mise en discussion des recommandations qui y sont formul&eacute;es. En effet, les auteurs nous proposent des recommandations et des perspectives qui, &eacute;nonc&eacute;es de cette mani&egrave;re, se doivent d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;battues pour &eacute;viter de tomber dans le commentaire docte. Le 9&egrave;me Acte uniforme se veut un outil au service des coop&eacute;ratives agricoles comme leviers de d&eacute;veloppement &eacute;conomique. Il marque un changement radical dans la volont&eacute; de transf&eacute;rer une responsabilit&eacute;, et donc d&rsquo;octroyer une plus grande libert&eacute; aux acteurs priv&eacute;s. Cependant, cela n&eacute;cessite un changement dans les mentalit&eacute;s et dans les modalit&eacute;s d&rsquo;accompagnement des acteurs publics. Les propositions ouvrent la discussion sur l&rsquo;importance des lois en faveur des relations &eacute;conomiques au-del&agrave; m&ecirc;me des fronti&egrave;res africaines. Sa clart&eacute; et son angle d&rsquo;approche de la nouvelle r&egrave;glementation juridique en font un outil de r&eacute;flexion sur la professionnalisation des organisations paysannes comme sur la formation et l&rsquo;action &eacute;conomique impuls&eacute;es par les politiques publiques.

Enfin, je conclurai en reprenant la citation de L&eacute;opold Lokossou, pr&eacute;sident de la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles au B&eacute;nin&nbsp;: &laquo;&nbsp;On ne peut pas d&eacute;cider du bonheur de quelqu&rsquo;un en son absence&nbsp;&raquo; (Gning et Larue, 2014, p.55). Une invitation, donc, au d&eacute;bat constructif pour un r&eacute;el d&eacute;veloppement &eacute;conomique au service des populations locales.

[1]&nbsp;Le nouveau mod&egrave;le coop&eacute;ratif dans l&rsquo;espace OHADA&nbsp;: un outil pour la professionnalisation des organisations paysannes&nbsp;?, Th&eacute;o Gning et Fabrice Larue, FARM, f&eacute;vrier 2014, 123 pages.

[2] The Rochdale Society of Equitable Pioneers est une soci&eacute;t&eacute; coop&eacute;rative fond&eacute;e en 1844 par 28 tisserands de Rochdale, en Angleterre, souvent consid&eacute;r&eacute;e comme fondatrice du mouvement coop&eacute;ratif.

[3] ICA, 1995, D&eacute;claration sur l&rsquo;identit&eacute; internationale des coop&eacute;ratives

[4] ICE, 2014, Industrialization of the Agricultural Sector for a Food Secure West Africa, Report ECA-W A/ICE.17/2014/04, January, 48 pages.

[5]North, D.C., 1990, Institutions, Institutional Change and Economic Performance, New York, Cambridge University Press, 152 pages.

[6] Hiez D. et Tadjudje W., 2012, Droit des coop&eacute;ratives OHADA, RECMA, septembre, www.recma.org.

[7] Ostrom E., 1990, Governing the commons, the evolution of institutions for collective action, Cambridge University Press, 280 pages.

[8] Hiez D. and Tadjudje W., 2013, The OHADA Cooperative Regulation, in Cracogna D., Fici A. and Henr&yuml; H., International Handbook of Cooperative Law, Springer, 89-113.

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1745 2014-07-01 text/htmlfr
La mise en mouvement de l'agriculture familiale : quel bilan tirer du 2ème séminaire international SESAME ? Pourquoi faut-il s&rsquo;occuper de l&rsquo;agriculture familiale ? Pourquoi un &laquo;&nbsp;changement de paradigme&nbsp;&raquo; est-il n&eacute;cessaire&nbsp;? Quelles nouvelles visions, politiques et coop&eacute;rations trans-m&eacute;diterran&eacute;ennes et transsahariennes&nbsp;se donner ? Comment s&rsquo;organiser, acc&eacute;der aux march&eacute;s et cr&eacute;er de la richesse en milieu rural&nbsp;? Comment assurer l&rsquo;acc&egrave;s de l&rsquo;agriculture familiale au financement ?

Les questions abord&eacute;es par le deuxi&egrave;me s&eacute;minaire international SESAME (1), tenu &agrave; Mekn&egrave;s les 25 et 26 avril 2014, &eacute;taient nombreuses. La qualit&eacute; des panels et des d&eacute;bats a &eacute;t&eacute; &agrave; la hauteur et les r&eacute;sultats du s&eacute;minaire m&eacute;ritent une publication. Les deux institutions s&oelig;urs &agrave; l&rsquo;origine du projet, le Conseil g&eacute;n&eacute;ral du d&eacute;veloppement agricole (CGDA, Maroc) et le Conseil g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;alimentation, de l&rsquo;agriculture et des espaces ruraux (CGAAER, France), vont s&rsquo;y attacher.

Tout en invitant les lecteurs du blog FARM &agrave; s&rsquo;y reporter le temps venu, je souhaiterais, pour ma part et &agrave; ce stade, mettre l&rsquo;accent sur trois points qui m&rsquo;ont personnellement marqu&eacute;.

Le premier, ce serait de dire &laquo;&nbsp;enfin&nbsp;&raquo;&nbsp;! Enfin, on commence &agrave; parler de l&rsquo;agriculture familiale(AF) et &agrave; en montrer le potentiel et l&rsquo;importance strat&eacute;gique. Enfin, on dit clairement combien une vision de progr&egrave;s centr&eacute;e sur la seule grande exploitation m&eacute;canis&eacute;e ou sur le seul investissement ext&eacute;rieur ne peut aboutir qu&rsquo;&agrave; des impasses. Enfin des dynamiques nouvelles se font jour.

Les panels ont notamment bien montr&eacute; que&nbsp;:

  • le d&eacute;faut de politique &laquo;&nbsp;pro AF&nbsp;&raquo; a eu pour cons&eacute;quence une double fragilit&eacute; &ndash; sociale et environnementale &ndash; qui devient inacceptable dans le nouveau contexte que l&rsquo;on sait : changement climatique, retour de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire, mondialisation, forte croissance des besoins d&rsquo;emplois et alimentaires&nbsp;;
  • pour l&rsquo;Afrique, la &laquo;&nbsp;mise en mouvement&nbsp;&raquo; de l&rsquo;AF et du monde rural est d&rsquo;une importance vitale pour mobiliser les jeunes, relever le d&eacute;fi de l&rsquo;emploi et maintenir les &eacute;quilibres urbain/rural et donc la stabilit&eacute;&nbsp;;
  • les choses bougent comme la qualit&eacute; d&rsquo;analyse des responsables des organisations de producteurs d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest ou la mise en mouvement de l&rsquo;AF observ&eacute;e au Maroc l&rsquo;ont montr&eacute;. L&rsquo;excellent film r&eacute;alis&eacute; par l&rsquo;Agence fran&ccedil;aise de d&eacute;veloppement sur le Pilier 2 du Plan Maroc Vert, le tr&egrave;s bon exemple du d&eacute;veloppement des fruits rouges dans le bassin du Loukos, et l&rsquo;extraordinaire pr&eacute;sentation de produits de terroirs au Salon de Mekn&egrave;s en ont t&eacute;moign&eacute;. Les r&eacute;sultats en termes de cr&eacute;ation de coop&eacute;ratives et de GIE, de revenus ruraux, de r&eacute;engagement des jeunes dans l&rsquo;agriculture et de d&eacute;veloppement humain sont d&eacute;j&agrave; bien visibles.

Le deuxi&egrave;me point porte sur les politiques publiques et sur la n&eacute;cessaire &eacute;volution du rapport entre l&rsquo;Etat et la soci&eacute;t&eacute; rurale. Les panels ont &agrave; mon avis clairement fait ressortir&nbsp;les points suivants :

  • dans les pays du sud m&eacute;diterran&eacute;en, les politiques technicistes descendantes ont montr&eacute; leurs limites et le d&eacute;ficit de confiance entre l&rsquo;Etat et les ruraux explique pour une large part l&rsquo;insuffisance de progr&egrave;s et les difficult&eacute;s rencontr&eacute;es. Apr&egrave;s des d&eacute;cennies de politiques tourn&eacute;es d&rsquo;abord vers les infrastructures hydro-agricoles, il est temps de reconna&icirc;tre que le progr&egrave;s passera d&rsquo;abord par la professionnalisation et par l&rsquo;organisation de l&rsquo;AF, laquelle n&rsquo;est pas &agrave; d&eacute;cider d&rsquo;en haut mais doit &ecirc;tre le fait des acteurs eux-m&ecirc;mes, m&ecirc;me si elle peut &ecirc;tre impuls&eacute;e et doit &ecirc;tre appuy&eacute;e par l&rsquo;Etat. On a donc besoin de nouvelles politiques agricoles et rurales tourn&eacute;es vers les acteurs et &agrave; m&ecirc;me de r&eacute;pondre &agrave; leurs besoins. Ce qui est ici en jeu, c&rsquo;est la capacit&eacute; des pays &agrave; se redonner une confiance, &agrave; r&eacute;ussir une mise en mouvement et &agrave; faire &eacute;merger &agrave; la fois un nouvel ordre agraire, une nouvelle ruralit&eacute;, une d&eacute;mocratie professionnelle et un Etat et une soci&eacute;t&eacute; modernes&nbsp;!
  • dans les pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, le recul g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;Etat a permis aux organisations paysannes de s&rsquo;organiser par elles-m&ecirc;mes mais ceci ne peut suffire au succ&egrave;s&nbsp;! Chacun reconna&icirc;t la n&eacute;cessit&eacute; absolue de politiques publiques adapt&eacute;es aux besoins de l&rsquo;agriculture familiale&nbsp;;
  • le Maroc, par l&rsquo;&eacute;mergence de nombreuses coop&eacute;ratives et GIE et par la mise en place progressive depuis 2008 de nouveaux dispositifs pour l&rsquo;AF et le d&eacute;veloppement territorial (politiques, institutions et processus), est un cas particuli&egrave;rement int&eacute;ressant.

Il montre notamment la n&eacute;cessit&eacute; de bien diff&eacute;rencier les types d&rsquo;exploitations et de territoires afin de mettre en place des politiques d&rsquo;appui adapt&eacute;es &agrave; cette diversit&eacute;. Ainsi, le Cr&eacute;dit Agricole du Maroc, reprenant les analyses de la prospective &laquo;&nbsp;Agriculture 2030&nbsp;: quels avenirs pour le Maroc&nbsp;?&nbsp;&raquo;, distingue-t-il&nbsp;: i) les tr&egrave;s grandes exploitations qui ont d&eacute;j&agrave; acc&egrave;s &agrave; tout, y compris au cr&eacute;dit agricole, ii) les micro-exploitations pour lesquelles le micro-cr&eacute;dit peut &ecirc;tre un outil utile (cr&eacute;ation d&rsquo;activit&eacute;s g&eacute;n&eacute;ratrices de revenus), et iii) les petites et moyennes exploitations (elles sont 750 000 au Maroc) qui, malgr&eacute; l&rsquo;absence de garanties hypoth&eacute;caires, doivent pouvoir acc&eacute;der &agrave; un v&eacute;ritable &laquo;&nbsp;cr&eacute;dit agricole&nbsp;&raquo; adapt&eacute; &agrave; l&rsquo;activit&eacute; et &agrave; ses risques. Le nouveau dispositif de m&eacute;so-finance &laquo;&nbsp;Tamwil El Fellah&nbsp;&raquo;, mis en place pour cette derni&egrave;re cat&eacute;gorie d&rsquo;exploitations, repr&eacute;sente donc une innovation extr&ecirc;mement importante. Sa r&eacute;ussite suppose une v&eacute;ritable &laquo;&nbsp;professionnalisation&nbsp;&raquo; de l&rsquo;agriculture familiale. Comme l&rsquo;a dit tr&egrave;s bien Lo&iuml;c Le Menne, du CER France, la r&eacute;ussite repose en effet toujours et d&rsquo;abord sur &laquo;&nbsp;un homme&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;un projet&nbsp;&raquo;. Et la confiance, qui permet le financement, s&rsquo;acquiert par la comp&eacute;tence &eacute;conomique et de gestion du porteur de projet (exploitant, coop&eacute;rative ou GIE). La qualit&eacute; du conseil et son ind&eacute;pendance pour aider &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence de bons projets sont donc tr&egrave;s importantes&nbsp;;

  • des dispositifs innovants pour le conseil, le financement (mixage &agrave; trouver entre subvention et cr&eacute;dit) et pour la s&eacute;curisation des prix et du foncier (reconnaissance du droit &agrave; exploiter plus que du droit de propri&eacute;t&eacute; et agrandissement des exploitations lorsque c&rsquo;est possible) sont donc &agrave; imaginer et mettre en place. L&rsquo;analyse pertinente du Syndicat des exploitants agricoles de l&rsquo;Office du Niger au Mali, confirm&eacute;e par l&rsquo;&eacute;tude du Professeur Mazoyer, m&eacute;riterait &agrave; cet &eacute;gard d&rsquo;avoir une suite effective en termes de politiques publiques. La r&eacute;gion dispose en effet d&rsquo;un potentiel irrigable important et une politique &laquo;&nbsp;pro AF&nbsp;&raquo; permettrait aux exploitations d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; un cr&eacute;dit adapt&eacute;, de s&rsquo;agrandir et de d&eacute;gager ainsi des revenus permettant de rembourser les investissements hydro-agricoles &agrave; r&eacute;aliser. Ceci m&rsquo;a rappel&eacute; la r&eacute;ussite de la politique fonci&egrave;re &agrave; l&rsquo;&icirc;le de la R&eacute;union, mise en &oelig;uvre avec succ&egrave;s &agrave; partir de 1966 par l&rsquo;Etat, la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;am&eacute;nagement foncier et d&rsquo;&eacute;tablissement rural (SAFER) et le Cr&eacute;dit Agricole. Cette r&eacute;ussite exemplaire avait d&rsquo;ailleurs conduit Jean de Cambiaire, le directeur du Cr&eacute;dit Agricole de l&rsquo;&eacute;poque, &agrave; &eacute;crire en 1983 un livre intitul&eacute; &laquo;&nbsp;La certitude du d&eacute;veloppement&nbsp;: une r&eacute;f&eacute;rence mutualiste &agrave; la R&eacute;union&nbsp;&raquo;.

Le troisi&egrave;me point enfin, c&rsquo;est l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de l&rsquo;initiative SESAME, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;une plate-forme de r&eacute;flexion partag&eacute;e Nord/Sud sur les questions crois&eacute;es de s&eacute;curit&eacute; alimentaire, de gestion des ressources naturelles et de d&eacute;veloppement des territoires&nbsp;; et d&rsquo;une plate-forme capable d&rsquo;associer conseillers et acteurs de politiques publiques, scientifiques et agriculteurs/acteurs priv&eacute;s. Comme la premi&egrave;re rencontre de l&rsquo;an dernier &agrave; Montpellier, consacr&eacute;e au sujet de l&rsquo;eau et de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire en M&eacute;diterran&eacute;e, la seconde, tenue &agrave; Mekn&egrave;s ces 25 et 26 avril, s&rsquo;est av&eacute;r&eacute;e fructueuse. Elle le doit &agrave; l&rsquo;appui que de nombreuses institutions partenaires, notamment l&rsquo;AFD, le CIRAD, le Cr&eacute;dit Agricole du Maroc, FARM, ou encore le CIHEAM, ont bien voulu apporter. Elle le doit aussi &agrave; l&rsquo;excellente ambiance, &agrave; la fois &laquo;&nbsp;amicale et g&eacute;n&eacute;reuse&nbsp;&raquo;, qui a marqu&eacute; ce s&eacute;minaire comme le pr&eacute;c&eacute;dent. Celle-ci a en effet permis d&rsquo;avancer ensemble et de prendre la hauteur voulue. C&rsquo;est important dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui o&ugrave; l&rsquo;on se doit de comprendre les interconnections entre pays en termes de &laquo;&nbsp;solutions&nbsp;&raquo; et pas seulement en termes de &laquo;&nbsp;probl&egrave;mes&nbsp;&raquo;.

(1)&nbsp;SESAME tire son nom du s&eacute;minaire &laquo;&nbsp;Eau et s&eacute;curit&eacute; alimentaire en M&eacute;diterran&eacute;e&nbsp;&raquo;, qui s&rsquo;est tenu &agrave; Montpellier en f&eacute;vrier 2013.&nbsp;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1738 2014-06-23 text/htmlfr
Family farming in Brazil: from concept to policy FARM: The International Year of Family Farming (IYFF) aims at raising the visibility of family farmers into national and international policy agendas. In this context, the Brazilian case keeps being referred to. It is true that Brazil is one of the few countries in the world to have a legal definition of what a &ldquo;family farm&rdquo; is, it is the only one to have a distinct Ministry for Agrarian development with a department dedicated to family farming, and an agricultural policy with several measures specifically dedicated to family farms such as the widely known PRONAF (Program to Strengthen Family Farming).

But who knows that before the 1990s, the concept of family farming had been unheard of in Brazil?

We have asked two Brazilian experts closely involved in the process that led to the recognition of this category of actors in Brazil to describe it and provide some insights for other countries.

The discussion about family farming, its definition, mode of production and its social and political role dates back to the end of XIXth century, at least in Europe. For a long period the concept was appropriated by conservative political parties and it was only recently that it started emerging as a &ldquo;new&rdquo; and progressive area of work (1).

In Brazil, family farming (also family agriculture) is now defined by the Family Farming Law (Law 11,326), based on four criteria: a maximum land tenure defined regionally; a predominant recourse to non-wage family labor; an income predominantly originating from the farming activity; and a farm operated by the family. It is considered a specific means of organizing agricultural, forestry, fisheries, pastoral and aquacultural production. The family and the farm are inseparably linked, co-evolve and combine economic, environmental, reproductive, social and cultural functions (2).

The emergence of the concept of family farming in Brazil, shows that this reality is, by definition, diverse. The concept is still under discussion today in Brazil and many functions are being associated with this terminology (economic, social &ndash; like the care/social farming, cultural, environmental and reproductive ones), with obvious implications in terms of measuring its importance in national economies.

This blog article has been written based on exchanges and presentation made within the World Agricultural Watch (3) working group, dedicated to develop an international framework for typology of agricultural holdings informing policy on agricultural transformations, taking into account specificities and stakes of family farms in their diversity. Our aim with this article is to raise awareness on the Brazilian internal process and maybe guide other countries that wish to start a debate on family farming.

How did the &ldquo;family farms&rdquo; emerge in policy debate in Brazil?

In the 1990s, two fundamental milestones led to the recognition of family farmers as political actors and as direct beneficiaries of public policy. They were the outcome of two distinct processes.

The first process led to the enforcement of the 1988 Constitution, and the extension of the social security rights that had been introduced in the 1970s to rural workers. This was the successful achievement of successive social mobilizations by both CONTAG (the National Confederation of Workers in Agriculture, the traditional union for small farmers and rural laborers), and landless workers. In doing so, CONTAG started looking for a wider definition than the traditional &ldquo;small farmer/peasant&rdquo; one because it had a strong presence in the Northeast and sought to extend and consolidate its political influence as new actors emerged to represent small farmers in southern Brazil as well as landless workers.

The second process leading to the definition of PRONAF stemmed from the federal government itself, which in 1993 during the Itamar Franco administration put land reform back on the public policy agenda with the Emergency Settlement Program and included small farmers in agricultural policy concerns, particularly with regard to farm credit. This was backed by academic studies that contributed both to the debate on the subject and to public policy formulation, especially the PRONAF.

Those academic studies were to prove fundamental to the delimitation of family farming as a category and its consolidation as a relevant political actor and public policy focus.

The most blatant proof of the success of these processes is the creation in 1999 of the Ministry of Agrarian Development, with a Secretary for Family Farming which was given the instruments and funding to intervene in reality and contribute to rural development.

The FAO/INCRA project instrumental to produce evidence on the importance of family farms in Brazil

The return to democracy in Brazil in 1985 came with a strong social movement (Landless Movement: Movimento dos Trabalhadores Sem Terra, MST) in favor of a needed major agrarian reform. However, there was very little indisputable knowledge about the agrarian sector: few numbers were available at national level, there was a heated controversy about the efficiency of land use in the agrarian reform settlements and their viability (4) and, finally, the need to devote scarce public resources to this theme was a core issue in the first democratic governments.

For those reasons, when, at the beginning of 1990s, a joint project supported by UNDP (United Nations Development Program) and FAO proposed to provide some basic figures on this, it received warm support from all parties. But the data came as a certain surprise: they showed that level of income of settlers were higher than expected. The analysis gave a strong basis for the official program in favor of agrarian reform. It is worth mentioning that those data are still undisputed today.

Until then, little attention had been given to the planning of settlements, with very limited implications of the rural extension workers and other experts not pertaining to the Agrarian Reform institute (INCRA). But, after having set the basis for a wider agrarian reform program, INCRA requested technical support from the FAO in order to help settlers improve their production systems by testing an innovative approach based on the French school of agrarian systems (5). After initial projects in Sao Paulo and Maranhao States, the support was expanded to the entire country, through a series of trainings and support to field work.

Realizing the lack of connection between the two main institutions, INCRA aimed at settlers and EMATER responsible for Rural Extension towards other farmers, and the lack of consideration for the experience and knowledge of small farmers already present in the areas were new settlements were conceived, the FAO team became concerned about promoting collaboration between pre-existent farmers and settlers and amongst the concerned institutions. It led to a major change into the agreement signed by FAO and INCRA, in 1994, to start deepening the analysis of these &ldquo;old&rdquo; farmers, in order to better know their production systems, technical itineraries, economic and agronomic efficiency and, finally, to get an idea on how many they were and how they managed to survive in a relative market-led environment with no specific public support.

It also became urgent to get quantification at national scale of those farmers. The political support of the newly created Extraordinary Ministry of Land was instrumental in getting access to rough existing census data that were rearranged for the purpose of the study (6). A working group was set up, composed of several universities experts in statistics and agro-economics, and field workers. The first data on the family farming sector in Brazil took more than a year of work.

Academia, social movements and government institutions were very involved in the debate on the concept of family farming since the beginning, because it was perceived very different from the previous concepts of &ldquo;small farmers&rdquo; or &ldquo;peasantry&rdquo; ones which were the mood in the 1980s. It was necessary for the FAO team to explain why the size of land did not discriminate farmers well enough compared with the new element they introduced which was the type of labor. The FAO Team played a key role of facilitator between the different actors, while taking into account the need of policy makers to have a definition that could be used as basis for a future targeted program.

Towards a Brazilian definition of &ldquo;family farms&rdquo;

The first variable that was introduced into the discussion was the maximum threshold of family labor that differentiated family farms from other farms. The group decided that family farms should rely more on family members than hired labor. But preliminary results showed that it was impossible to ascertain that a farm with 4 family and 3 hired workers was different from one with 3 family and 4 hired workers, hence the shared perception that any proposed threshold, although well justified, would be arbitrary.

But once the criteria of maximum hired labor share was agreed, it became possible to get a first estimation of the prevalence of family farms nation-wide. Obviously, to make this typology more useful in practical terms, the second step was to deepen it at regional and local level in order to provide the government with an acceptable estimate of the numbers of farmers by types so that it could estimate the federal budget.

The FAO/INCRA project promoted a twofold approach: on the one hand continued technical support was provided to local agrarian systems diagnostics as a way to raise awareness on the need to improve the methodological approach, training local teams (a mix of government rural extension officers, NGOs technicians and universities&rsquo; experts) and checking the data from the ongoing national census. On the other hand, based on these field works, a feedback on the variables used at national level was also carried out, thus double-checking the results obtained.

At the same time, regional and national policy makers were engaged in policy discussions to create the &ldquo;enabling environment&rdquo; in the policy arena for what then became a National Program in support of the Family Farming (PRONAF). Initially adopted under Cardoso&rsquo;s Administration, although a lower scale, it became one of the flagship programs of the newly elected Lula&rsquo;s Administration later on. The fact that among the FAO/INCRA working group there were experts pertaining to the inner circle of advisers of the future President obviously facilitated the move.

The PRONAF has since then reached more then 2.2 million contracts, covering roughly 50% of the family farmers in the country, with a very diversified set of credit proposals, covering main production costs, investments, agro- industry processing and marketing, agro-ecology, forest, a dedicated program for women and for youth and others. Associated with the credit program, it is worth mentioning the rural extension and education program (ATER) that was designed and implemented by Lula&rsquo;s Administration, thus providing a coherent and complete support package. In terms of resources mobilized, PRONAF&nbsp;moved from the initial 3.3 to almost 20 billion R$ (from about 1 to 6.6 billion euros) in 2013.

Making the case for the specific needs of family farms while recognizing their diversity

There are undoubtedly several subcategories embedded in the generic concept of family farming. Family farmers differ by their history, cultural heritages, professional experience and private lives; they also have different access to and availability of factors, including natural resources, human and social capital; they are inserted in distinct agrarian landscapes, have different degrees of access to markets; hence they have relevant distinctions, including different potentialities and constraints, which shapes their particular interests and specific strategies for survival and production. Therefore they react differently to similar challenges, opportunities and barriers, and require treatment compatible with such differences.

But beyond those differences, economic and social similarities justify the use of the family farming category for the purposes of public policy.
Family farmers tend to create a significant number of jobs in the countryside, not only by retaining and employing family members to work on the family property, but also by living and spending locally. This contributes to other activities, such as the street markets that are so important to small towns in the interior, the local retail trade, food supply, and the production of inputs integrated with agroindustrial value chains with a key role in the national economy, such as tobacco, poultry, hog farming, and fruit growing. They also suffer from disadvantages due to historical distortions associated with anti-rural bias, such as the infrastructure deficit, as well as structural distortions, such as low acces to land due to the highly concentrated land tenure.

What are the lessons learned from the Brazilian experience?

Such a short article cannot do full justice to the extent of the debates that we had and are still going on in Brazil on the question &ldquo;Who are the family farmers?&rdquo;

One important lesson is that although the question might seem trivial for anyone familiar with rural life, identifying family farmers for public policy purposes means defining objective criteria. Yet the real identity of family farmers is multifaceted. Translating this complexity into objective criteria is difficult, especially when it has to be based on the incomplete information available. It inevitably entails simplifications, which like any simplification are open to questioning, disagreement, controversy and even distortions. But those simplifications are inevitable to lobby policy makers about the importance of family farms.

In this context, to our mind, it is important to use a simple criteria that takes into account the essential features of family farming and ensures the inclusion of a majority in the segment while reducing as much as possible the leakages and distortions that could result from ill-defined criteria. That is why a combination of labour, capital and size was used in the Brazilian case.

Despite certain specificities that differentiate it significantly from other segments of the agricultural sector, at least part of the family farming segment in Brazil are part &ndash;a fragile part, no doubt&ndash; of Brazilian agribusiness. Those are the ones that are much capitalized. But at the other extreme, there are also some &ldquo;subsistence&rdquo; farms, more similar to peasants.

To account for the internal differentiation inside the family farming category, and to give a relative figure about the proportions of the sub-categories at the national regional and local level, a variety of criteria on consumption vs surplus commercialization, assets, income beyond the labor used, should be employed. Unfortunately most governments still use income as exclusive criteria to differentiate internal groups.

But even by using assets, or consumption and sales, the problem persists of how to understand which the determinant differentiating factors are. It is not only the use of family labor force that determines the income and evolution. Although econometrics helps to see coherence between variables, the limitation of Census data does not allow going deeply on the issue.

In Brazil, since the project had started with field research using the methodology of agrarian systems, it was sometimes possible to correlate the different systems of production with income or assets groups, and historical and ecological factors. Different soils, climate, support or not of agricultural policies, access to credit, and so on were found to be very important. But these variables are not often present in census data.

Therefore on the methodological side, our main lesson has been that the classification using only census data revealed important for preliminary analytical understanding and foremost for political lobbying. But once the question moves into which production system to give priority to and how to improve them, the diversity of systems of production appears, and it becomes necessary to go the field. Field research is the only way to allow understanding the reasons that explain the success or not of different types of family farms and therefore what kind of policy will adjust better to the different target groups.

Understanding the background of the Brazilian policy shift and especially the role of research in producing important evidence is critical for countries where family farms are not yet an accepted issue in national policies and where data are still weak and fragmented.

Finally, the practicality of the concept for national policy makers was also a plus. Promoting this debate not only within the Academia, with a declared purpose of making a concrete use of this concept and the typology for future targeted public policy program, with the support of an independent external agency like FAO, was instrumental to fill the gap between the research (Universities) and the action (Government). Linking the analytical part of the work with the desiderata of the policy makers (in general, not necessarily limited to government forces), through an intense and constructive dialogue had proved to be helpful to pave the way for its following success.

(1) Hans Georg Lehmann, Il dibattito sulla questione agraria nella socialdemocrazia tedesca e internazionale. Dal marxismo al revisionismo e al bolscevismo. Feltrinelli Ed., Milan, 1977.

(2) Economic functions include production and employment. Environmental functions include soil enrichment, carbon sequestration, water purification, pest control, pollination and biodiversity enhancement.. Reproductive and social functions include childcare, nutrition, water and energy provisioning, education, health, social security, insurance and risk management. Cultural functions include transmission of identity, symbolic and religious values of resources and territories, knowledge and technologies.

(3) More information on WAW on its website
http://www.worldagricultureswatch.org

(4) Agrarian reform settlements regrouped the &ldquo;settlers&rdquo; farmers beneficiary of the agrarian reform. Between 1985 and 1993, more than 85 000 families were settled on more than 5 million hectares.

(5) FAO, 1999. Guidelines for Agrarian Systems Diagnosis,
http://www.fao.org/sd/ltdirect/LTre0010.htm

(6) The statistic work was done using micro data of Agricultural Census of 1985, 1996 and more recently 2006.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1705 2014-05-21 text/htmlfr
Les forces en présence dans l’espace CEDEAO : ce que révèle la négociation du tarif extérieur commun Fin 2013, apr&egrave;s pr&egrave;s de dix ans de n&eacute;gociations, les chefs d&rsquo;&Eacute;tat de la Communaut&eacute; &eacute;conomique des &Eacute;tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO)&nbsp; ont approuv&eacute; la structure d&eacute;finitive du tarif ext&eacute;rieur commun (TEC), qui prendra effet en janvier 2015. Cette &eacute;tape importante vers la mise en &oelig;uvre d&rsquo;un march&eacute; commun dans l&rsquo;espace CEDEAO&nbsp;(1)&nbsp;signifie que les quinze pays de la CEDEAO devront appliquer les m&ecirc;mes droits de douane sur les marchandises en provenance de pays non membres de la CEDEAO (comme la France, la Chine ou l&rsquo;Afrique du Sud).
Le ROPPA (R&eacute;seau des organisations paysannes et de producteurs de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest), comme d&rsquo;autres acteurs de la soci&eacute;t&eacute; civile africaine mais aussi fran&ccedil;aise, se d&eacute;clare fortement insatisfait&nbsp;
(2)&nbsp;de ce TEC, consid&eacute;r&eacute; comme trop peu protecteur. Aurait-il &eacute;t&eacute; possible de n&eacute;gocier un tarif plus &eacute;lev&eacute; pour les produits agricoles ?
Suite &agrave; l&rsquo;annonce de l&rsquo;adoption du TEC, les n&eacute;gociations pour les Accords de partenariat &eacute;conomique (APE) entre l&rsquo;Union europ&eacute;enne et la CEDEAO se sont conclues au niveau technique en janvier 2014, apr&egrave;s plusieurs ann&eacute;es de blocage. Quel lien y-a-t-il entre ces deux n&eacute;gociations ?
Roger Blein et Rapha&euml;l Beaujeu, deux experts qui ont suivi de pr&egrave;s ce processus, ont accept&eacute; de r&eacute;pondre &agrave; nos questions.



FARM : L&rsquo;adoption d&rsquo;un TEC est un pas vers une plus grande int&eacute;gration r&eacute;gionale, ce que de nombreux acteurs appellent de leurs v&oelig;ux. Mais le TEC de la CEDEAO entra&icirc;nera un changement des taux tarifaires appliqu&eacute;s sur un bon nombre de produits agricoles par ces pays. Qu&rsquo;en est-il ?

Plus de la moiti&eacute; des pays membres de la CEDEAO &eacute;tant aussi membres de l&rsquo;UEMOA (3) - une union douani&egrave;re disposant d&rsquo;un TEC, g&eacute;n&eacute;ralement consid&eacute;r&eacute; comme peu protectionniste -, il avait &eacute;t&eacute; initialement d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;adopter le m&ecirc;me TEC &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la CEDEAO (4). Mais certains pays non membres de l&rsquo;UEMOA, en particulier le Nigeria tr&egrave;s protectionniste, et certains groupes d&rsquo;acteurs comme les syndicats agricoles &ndash; le ROPPA, syndicat r&eacute;gional, mais aussi les syndicats agricoles des pays de l&rsquo;UEMOA - souhaitaient des taux plus protecteurs. D&rsquo;autres pays comme la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, la Gambie ou la Guin&eacute;e sont au contraire encore plus ouverts aux importations. Dans le TEC de l&rsquo;UEMOA, les produits sont class&eacute;s dans quatre bandes (0 %, 5 %, 10 % et 20 %). Les chefs d&rsquo;Etats ont finalement adopt&eacute; pour la CEDEAO un TEC&nbsp; comprenant une cinqui&egrave;me bande tarifaire, n&eacute;goci&eacute;e &agrave; 35 % (contre 50 % demand&eacute; par le Nig&eacute;ria et les organisations de producteurs). La deuxi&egrave;me partie de la n&eacute;gociation, la plus ardue, a concern&eacute; la classification des produits au sein de ces bandes tarifaires.
Au final, aucun produit agricole n&rsquo;est lib&eacute;ralis&eacute; compl&egrave;tement, et 90 % des lignes tarifaires de la cinqui&egrave;me bande (tax&eacute;e &agrave; 35 %) sont des produits agricoles. Cependant, certains produits, comme les c&eacute;r&eacute;ales et le riz, seront peu prot&eacute;g&eacute;s (respectivement aux taux de 5 et 10 %), comme ils l&rsquo;&eacute;taient dans l&rsquo;UEMOA. Le Nig&eacute;ria, en particulier, va donc devoir diminuer sa protection tarifaire pour le riz, de 110 % &agrave; 10 %. La poudre de lait reste tax&eacute;e &agrave; 5% (5) et le sucre en poudre &agrave; 20 %, comme dans l&rsquo;UEMOA.

FARM : Les syndicats agricoles sont tr&egrave;s critiques. Comment se sont d&eacute;roul&eacute;es les n&eacute;gociations ? Les droits de douane auraient-ils pu &ecirc;tre plus hauts ?

Les organisations de producteurs (OP) ont fait un &eacute;norme travail de plaidoyer sur la sp&eacute;cificit&eacute; du secteur agricole et la n&eacute;cessit&eacute; de r&eacute;former la structure tarifaire pour contribuer &agrave; la souverainet&eacute; alimentaire de la r&eacute;gion. Elles ont contribu&eacute; &agrave; faire adopter une cinqui&egrave;me bande tarifaire, et ont donc r&eacute;ussi &agrave; obtenir une structure plus protectionniste que ce qui &eacute;tait envisag&eacute; initialement. On peut consid&eacute;rer que, du point de vue des organisations de producteurs, leur plaidoyer sur le besoin de prot&eacute;ger l&rsquo;agriculture est un succ&egrave;s.
Cependant, le processus de n&eacute;gociation sur le TEC n&rsquo;a rien &agrave; voir avec celui qui avait eu lieu pour la politique agricole r&eacute;gionale (ECOWAP). Dans un processus d&rsquo;&eacute;laboration de politique sectorielle comme ECOWAP, il est possible de parvenir &agrave; un consensus entre les pays et avec les acteurs professionnels, en &laquo; additionnant &raquo; les attentes et les priorit&eacute;s des uns et des autres. Mais dans le cas du TEC, il s&rsquo;agit d&rsquo;un tout autre processus, fait de compromis et d&rsquo;arbitrages entre des int&eacute;r&ecirc;ts divergents, entre producteurs et consommateurs, entre secteurs, entre pays, exactement comme pour une n&eacute;gociation entre pays au sein de l&rsquo;Union europ&eacute;enne ou de tout autre espace &eacute;conomique. Les n&eacute;gociations sont men&eacute;es par les ministres du Commerce, donc les enjeux agricoles sont mis sur la table dans un cadre global d&rsquo;arbitrage avec les autres secteurs. C&rsquo;est un point cl&eacute;. Les OP n&rsquo;&eacute;taient pas les seuls acteurs de la n&eacute;gociation, les int&eacute;r&ecirc;ts des consommateurs et des industriels ont &eacute;galement compt&eacute; dans la n&eacute;gociation. Or, l&agrave; o&ugrave; les OP ont effectivement perdu certaines batailles, c&rsquo;est dans la cat&eacute;gorisation entre les bandes tarifaires, l&agrave; o&ugrave; ils auraient d&ucirc; &ecirc;tre pr&eacute;sents s&rsquo;ils cherchaient &agrave; d&eacute;fendre chaque produit sur l&rsquo;ensemble des fili&egrave;res.
Il faut se souvenir que la n&eacute;gociation, &agrave; ce stade, porte sur plus de 5 000 produits. Pour d&eacute;fendre leurs positions, les OP auraient d&ucirc; adopter un argumentaire qui ne soit pas g&eacute;n&eacute;ral mais pr&eacute;cis, produit par produit, ligne tarifaire par ligne tarifaire et l&agrave;, &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, elles n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; suffisamment pr&eacute;sentes pour imposer un rapport de force dans tous les choix de cat&eacute;gorisation. C&rsquo;est une question de capacit&eacute;s, car il est vrai que le processus de la CEDEAO &eacute;tait somme toute tr&egrave;s peu pr&eacute;visible. Mais c&rsquo;est aussi li&eacute; &agrave; la hi&eacute;rarchie dans les priorit&eacute;s des organisations de producteurs et &agrave; la capacit&eacute; de mobilisation de ces organisations dans chaque pays. Le TEC n&rsquo;est pas parfait du point de vue des OP, loin s&rsquo;en faut, mais il est sans doute le reflet des rapports de force actuels et des contradictions d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts.

Le riz (tax&eacute; &agrave; 10 %) est un bon exemple d&rsquo;un produit pour lequel les acteurs d&eacute;fendant d&rsquo;autres int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;taient plus pr&eacute;sents que les OP lors des n&eacute;gociations cl&eacute;s: beaucoup de pays de la CEDEAO sont importateurs nets. L&rsquo;arbitrage final refl&egrave;te le poids des consommateurs (6) et des importateurs, et l&rsquo;incertitude des d&eacute;cideurs quant &agrave; la capacit&eacute; &agrave; satisfaire la demande &agrave; partir des bassins de production ouest-africains.

Le sucre (tax&eacute; &agrave; 20 %) est un produit pour lequel un faible nombre d&rsquo;entreprises sont concern&eacute;es. Elles forment un lobby tr&egrave;s important, tr&egrave;s bien document&eacute;, tr&egrave;s bien organis&eacute;, qui ont argument&eacute; la n&eacute;cessit&eacute; de prot&eacute;ger leur outil industriel pour maintenir les capacit&eacute;s de production et sauvegarder voire cr&eacute;er plus d&rsquo;emplois.

Le lait est un produit pour lequel il y a un v&eacute;ritable conflit &agrave; court terme entre les int&eacute;r&ecirc;ts des fili&egrave;res de production locales et ceux des entreprises de transformation (reconstitution en particulier). Ces derni&egrave;res ont fait valoir la difficult&eacute; de se reposer sur les fili&egrave;res locales (caract&egrave;re saisonnier de la production, difficult&eacute;s de ma&icirc;trise de la qualit&eacute; sanitaire, probl&egrave;mes de conservation, capacit&eacute; &agrave; r&eacute;pondre &agrave; la croissance de la demande urbaine, etc.) et l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de la poudre de lait import&eacute;e, qui est d&egrave;s lors consid&eacute;r&eacute;e comme un intrant pour la fabrication des produits laitiers r&eacute;gionaux.

FARM : La CEDEAO rassemble des pays assez diff&eacute;rents &eacute;conomiquement. Le processus de n&eacute;gociation du TEC semble s&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;bloqu&eacute; pendant la pr&eacute;sidence ivoirienne de la CEDEAO et la n&eacute;gociation avec le Nig&eacute;ria. Que s&rsquo;est-il pass&eacute; exactement ?

Le Nig&eacute;ria est le g&eacute;ant &eacute;conomique de la zone. C&rsquo;est un pays de tradition protectionniste qui a fait du plaidoyer pour une cinqui&egrave;me bande tarifaire &agrave; 50 %. Il faut savoir qu&rsquo;il a bloqu&eacute; l&rsquo;adoption du TEC au dernier moment, et qu&rsquo;il n&rsquo;a accept&eacute; de signer qu&rsquo;apr&egrave;s avoir obtenu l&rsquo;adoption de mesures compl&eacute;mentaires de protection (MCP) au TEC qui lui permettent de maintenir des niveaux de protection plus &eacute;lev&eacute;s que les autres pays de la r&eacute;gion pendant une p&eacute;riode de cinq ans sur certains produits. Il y a deux autres raisons qui ont pu le pousser &agrave; finalement faire le jeu de l&rsquo;accord r&eacute;gional et accepter le compromis de 35 %. Tout d&rsquo;abord, le commerce de contrebande par les pays frontaliers moins protectionnistes est un vrai probl&egrave;me et tend &agrave; affaiblir l&rsquo;impact de la protection pour les secteurs de production strat&eacute;giques. D&rsquo;autre part, le Nig&eacute;ria s&rsquo;affirme de plus en plus comme une puissance r&eacute;gionale face &agrave; la concurrence croissante de l&rsquo;Afrique du Sud. De plus en plus d&rsquo;investisseurs nig&eacute;rians ont des int&eacute;r&ecirc;ts dans le secteur bancaire, le BTP, l&rsquo;&eacute;nergie dans diff&eacute;rents pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Ils ont int&eacute;r&ecirc;t &agrave; voir le march&eacute; r&eacute;gional fonctionner correctement.
Le fait que la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire ait assur&eacute; la pr&eacute;sidence de la CEDEAO a beaucoup jou&eacute; sur l&rsquo;accord. Il faut bien voir que le TEC adopt&eacute; pose probl&egrave;me &agrave; la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, car elle est actuellement plus lib&eacute;rale, or comme elle a consolid&eacute; ses droits &agrave; l&rsquo;OMC, elle va &ecirc;tre oblig&eacute;e de n&eacute;gocier aupr&egrave;s de l&rsquo;Organisation mondiale du commerce. Son r&ocirc;le de &laquo; m&eacute;diateur &raquo; r&eacute;gional l&rsquo;a emport&eacute; sur ses propres int&eacute;r&ecirc;ts.

FARM : Le processus de n&eacute;gociation des APE entrepris parall&egrave;lement depuis plus de dix ans a-t-il jou&eacute; un r&ocirc;le dans l&rsquo;adoption du TEC ?

Tr&egrave;s certainement, et la Commission de la CEDEAO s&rsquo;est explicitement appuy&eacute;e sur le calendrier des APE pour faire avancer les n&eacute;gociations sur le TEC. En effet, rappelons-nous que l&rsquo;esprit initial des APE est de renforcer le commerce entre deux blocs r&eacute;gionaux et non entre un pays et l&rsquo;UE comme cela &eacute;tait le cas dans les accords pr&eacute;f&eacute;rentiels. La finalisation du processus d&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique r&eacute;gional, en particulier la cr&eacute;ation de l&rsquo;union douani&egrave;re, est donc un pr&eacute;-requis pour que la CEDEAO puisse &laquo; b&eacute;n&eacute;ficier &raquo; de l&rsquo;APE. La lib&eacute;ralisation progressive des &eacute;changes doit se r&eacute;aliser &agrave; partir du tarif commun adopt&eacute; par l&rsquo;ensemble des pays de la CEDEAO.
Revenons &agrave; ce qui s&rsquo;est pass&eacute; en 2008. L&rsquo;UE fixe une premi&egrave;re date limite pour la finalisation des n&eacute;gociations : les r&eacute;gions qui n&rsquo;ont pas sign&eacute; d&rsquo;accord int&eacute;rimaire vont perdre les pr&eacute;f&eacute;rences commerciales pour leurs exportations vers l&rsquo;UE. En l&rsquo;absence d&rsquo;accord r&eacute;gional, la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et le Ghana ont donc sign&eacute; un APE int&eacute;rimaire, car comme ces deux pays ne sont pas consid&eacute;r&eacute;s comme des&nbsp; pays les moins avanc&eacute;s, ils n&rsquo;ont pas un acc&egrave;s garanti au march&eacute; de l&rsquo;UE, sans quota ni tarif douanier, dans le cadre du r&eacute;gime &laquo; Tous sauf les armes &raquo;.
Apr&egrave;s un report de la date d&rsquo;ach&egrave;vement des n&eacute;gociations, la Commission europ&eacute;enne annonce qu&rsquo;ils ont jusqu&rsquo;&agrave; octobre 2014 pour ratifier les accords. A ce moment, les autres pays de la r&eacute;gion ont craint que si un accord r&eacute;gional n&rsquo;&eacute;tait pas conclu, la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et le Ghana signeraient bilat&eacute;ralement. Non seulement une telle perspective aurait compromis l&rsquo;int&eacute;gration r&eacute;gionale mais, compte tenu de la porosit&eacute; des fronti&egrave;res en Afrique de l&rsquo;Ouest et de la d&eacute;pendance des pays enclav&eacute;s par rapport aux pays c&ocirc;tiers, elle aurait fait de ces pays des portes d&rsquo;entr&eacute;e des produits de l&rsquo;Union europ&eacute;enne dans la r&eacute;gion. De plus, n&rsquo;oublions pas que l&rsquo;UE est le principal financeur de l&rsquo;aide au d&eacute;veloppement de la zone. Son influence reste importante. C&rsquo;est pourquoi, &agrave; notre avis, m&ecirc;me si d&rsquo;un point de vue strictement commercial les pays les moins avanc&eacute;s redoutent l&rsquo;impact des APE sur leurs secteurs de production, d&rsquo;autres param&egrave;tres sont entr&eacute;s en jeu, qui les ont incit&eacute;s &agrave; accepter un APE r&eacute;gional.

Enfin, il est certain que la r&eacute;flexion sur le TEC agricole a &eacute;t&eacute; aliment&eacute;e par le processus APE, en particulier gr&acirc;ce au travail sur les produits sensibles pour les APE, entrepris en 2007, qui a &eacute;t&eacute; pilot&eacute; conjointement par les d&eacute;partements du Commerce et de l&rsquo;Agriculture. Nous avons vu pour la premi&egrave;re fois des minist&egrave;res de l&rsquo;Agriculture se saisir du d&eacute;bat sur le commerce, alors qu&rsquo;ils privil&eacute;gient habituellement les approches techniques de promotion des productions. Le sujet de la cinqui&egrave;me bande du TEC &eacute;merge directement des discussions sur les produits sensibles &agrave; l&rsquo;ouverture commerciale, qu&rsquo;il convenait d&rsquo;exclure du processus de lib&eacute;ralisation avec l&rsquo;Union europ&eacute;enne.

FARM : Au final, les d&eacute;bats se focalisent sur les droits de douane. Est-ce vraiment le c&oelig;ur du d&eacute;veloppement agricole dans la zone CEDEAO ?

La probl&eacute;matique a en effet beaucoup &eacute;volu&eacute; depuis la crise mondiale des mati&egrave;res premi&egrave;res de 2008. Les d&eacute;bats se d&eacute;placent du degr&eacute; de protection vers l&rsquo;enjeu de la ma&icirc;trise de la volatilit&eacute; aux fronti&egrave;res. Or, plus les droits de douane sont &eacute;lev&eacute;s, plus l&rsquo;impact de la volatilit&eacute; import&eacute;e sur les march&eacute;s r&eacute;gionaux est amplifi&eacute;. De fait, le probl&egrave;me principal, dans cette zone, pour les producteurs comme pour les consommateurs, n&rsquo;est pas tant le niveau des prix agricoles int&eacute;rieurs que leur instabilit&eacute;. L&rsquo;incertitude est un frein majeur pour les producteurs et les agents des fili&egrave;res agricoles et agroalimentaires, et un risque crucial pour les consommateurs pauvres. Il faudra n&eacute;cessairement compl&eacute;ter le TEC avec des instruments de gestion de la volatilit&eacute;, mais c&rsquo;est un vaste sujet qui m&eacute;riterait un article &agrave; lui seul !

(1) Cr&eacute;&eacute;e en 1975, la CEDEAO est un regroupement r&eacute;gional de 15 pays : B&eacute;nin, Burkina Faso, Cap-Vert, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, Gambie, Ghana, Guin&eacute;e, Guin&eacute;e-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, S&eacute;n&eacute;gal, Sierra Leone, Togo. Sa mission est de promouvoir l&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique dans tous les domaines de l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique, notamment l&rsquo;industrie, les transports, les t&eacute;l&eacute;communications, l&rsquo;&eacute;nergie, l&rsquo;agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions mon&eacute;taires et financi&egrave;res, les questions sociales et culturelles.

(2) Voir lien

(3) Les pays membres de l&rsquo;UEMOA sont le Benin, le Burkina Faso, la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, la Guinea-Bissau, le Mali, le Niger, le S&eacute;n&eacute;gal et le Togo.

(4) D&eacute;cision des chefs d&rsquo;Etat de la CEDEAO en janvier 2006.

(5) Poudre import&eacute;e par les usines de transformation laiti&egrave;re et utilis&eacute;e comme intrant pour produire du lait reconstitu&eacute; et des produits laitiers tels que les yaourts.

(6) Il est courant d&rsquo;entendre que &laquo; les pr&eacute;sidents sont &eacute;lus par les campagnes mais chass&eacute;s par les villes &raquo;&hellip;]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1697 2014-04-29 text/htmlfr
Etats-Unis : le nouveau système de soutien au coton, réforme réelle ou trompe-l’œil ? (farm bill), sign&eacute;e par le pr&eacute;sident Obama le 7 f&eacute;vrier 2014 et applicable jusqu&rsquo;en 2018, r&eacute;forme en profondeur le dispositif de soutien &agrave; l&rsquo;agriculture. Elle modifie notamment le syst&egrave;me d&rsquo;aide au coton, dont les Etats-Unis sont les premiers exportateurs mondiaux. Avec un objectif clairement affich&eacute; : mettre un terme au diff&eacute;rend qui, depuis une douzaine d&rsquo;ann&eacute;es, les oppose au Br&eacute;sil.

En 2004, puis en 2008, l&rsquo;Organisation mondiale du commerce, saisie par le Br&eacute;sil, a jug&eacute; que certaines aides vers&eacute;es aux producteurs de coton am&eacute;ricains faussaient les &eacute;changes et violaient les r&egrave;gles commerciales internationales. En 2010, les Br&eacute;siliens ont accept&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre compens&eacute;s partiellement pour les pr&eacute;judices subis, &agrave; hauteur de 147 millions de dollars par an, moyennant l&rsquo;engagement des Am&eacute;ricains &agrave; r&eacute;duire sensiblement leur appui aux producteurs de coton dans le prochain farm bill. Ce que, selon ces derniers, ils viennent de faire.

Pour comprendre la port&eacute;e de cette r&eacute;forme, il faut savoir que jusqu&rsquo;en 2014, les producteurs de coton &eacute;tatsuniens &eacute;taient prot&eacute;g&eacute;s par une panoplie de soutiens, de m&ecirc;me nature que ceux octroy&eacute;s aux producteurs de c&eacute;r&eacute;ales et d&rsquo;ol&eacute;o-prot&eacute;agineux: prix minima, aides directes et contrats d&rsquo;assurance (r&eacute;colte et chiffre d&rsquo;affaires) fortement subventionn&eacute;s. Ces soutiens avaient pour effet de prot&eacute;ger les &laquo;cotonculteurs&raquo; contre les baisses de rendement et les fluctuations des prix de march&eacute;, les incitant ainsi &agrave; accro&icirc;tre leur production et leurs exportations, au d&eacute;triment de leurs concurrents br&eacute;siliens, africains et autres.&nbsp;&nbsp;&nbsp;

Le nouveau farm bill supprime les paiements d&eacute;coupl&eacute;s de la production et des prix de march&eacute;, qui &eacute;taient vers&eacute;s depuis 1996 aux agriculteurs dot&eacute;s d&rsquo;une surface historique en grandes cultures (coton et autres). Il &eacute;limine &eacute;galement les aides directes octroy&eacute;es lorsque le prix de march&eacute; du coton &eacute;tait inf&eacute;rieur au prix d&rsquo;objectif &eacute;tabli par la loi ou quand le chiffre d&rsquo;affaires par hectare de coton tombait sous la moyenne des cinq ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes (dispositifs qui restent op&eacute;rationnels pour les autres grandes cultures). En outre, le prix minimum (marketing loan rate) du coton upland sera d&eacute;sormais fix&eacute; par le d&eacute;partement am&eacute;ricain de l&rsquo;Agriculture sur la base de la moyenne des prix mondiaux du coton durant les deux campagnes pr&eacute;c&eacute;dentes. Ce prix ne pourra toutefois &ecirc;tre inf&eacute;rieur &agrave; 45 cents la livre ni d&eacute;passer 52 cents la livre, soit le niveau en vigueur depuis plusieurs ann&eacute;es.

Mais la mesure la plus originale est la cr&eacute;ation, &agrave; partir de 2015, d&rsquo;un programme d&rsquo;assurance sp&eacute;cifique au coton, d&eacute;nomm&eacute; STAX (Stacked Income Protection Plan). STAX pourra &ecirc;tre souscrit seul ou en compl&eacute;ment &agrave; l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires classique offerte &agrave; tous les producteurs de grandes cultures. Dans ce dernier cas, sans doute le plus courant, il permettra de combler une partie de la franchise de l&rsquo;assurance classique. Ainsi, un producteur de coton pourra acheter une assurance chiffre d&rsquo;affaires classique, garantissant jusqu&rsquo;&agrave; 85 % de son chiffre d&rsquo;affaires par hectare de coton tel que projet&eacute; au moment des semis, et souscrire une police d&rsquo;assurance STAX, fournissant des indemnit&eacute;s compl&eacute;mentaires. Celles-ci seront calcul&eacute;es sur la base du chiffre d&rsquo;affaires moyen par hectare de coton dans le comt&eacute; (subdivision des Etats) o&ugrave; est situ&eacute;e l&rsquo;exploitation ; elles seront comprises entre 10 % et 30 % de ce chiffre d&rsquo;affaires, tel que projet&eacute; au moment des semis&nbsp;(1). Les contrats STAX, qui devraient &ecirc;tre commercialis&eacute;s &agrave; partir de 2015, seront subventionn&eacute;s &agrave; hauteur de 80 %, contre environ 60 % en moyenne pour l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires classique&nbsp;(2).&nbsp;

Trois questions se posent. Dans quelle mesure le nouveau syst&egrave;me d&rsquo;aide r&eacute;duit-il r&eacute;ellement le soutien &agrave; la production de coton ? Quel sera son impact sur la production am&eacute;ricaine de coton ? Enfin, est-il susceptible de mettre un terme au diff&eacute;rend qui oppose les Etats-Unis et le Br&eacute;sil ?&nbsp;

La baisse du soutien au coton fait l&rsquo;objet de diff&eacute;rentes &eacute;valuations, mettant en balance l&rsquo;&eacute;limination des paiements d&eacute;coupl&eacute;es et des aides directes li&eacute;es aux prix de march&eacute;, d&rsquo;une part, et l&rsquo;introduction du STAX, d&rsquo;autre part. Selon nos calculs, d&rsquo;apr&egrave;s les projections r&eacute;cemment publi&eacute;es par le FAPRI (Food and Agricultural Policy Resarch Institute), le soutien aux producteurs de coton pourrait tomber de 32 % de la valeur de la production sur la p&eacute;riode 2008-2013, couverte par le farm bill pr&eacute;c&eacute;dent, &agrave; 18 % sur la p&eacute;riode 2015-2018. Mais ces estimations n&rsquo;ont qu&rsquo;une valeur indicative, car elles d&eacute;pendent des hypoth&egrave;ses consid&eacute;r&eacute;es en mati&egrave;re de rendement et de prix de march&eacute; du coton, et du taux de participation des producteurs de coton aux programmes d&rsquo;assurance (y compris le STAX). Une chute des prix du coton entre les semis et la r&eacute;colte - fen&ecirc;tre d&rsquo;application de l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires - pourrait entra&icirc;ner une explosion des indemnit&eacute;s.

En outre, les diff&eacute;rents programmes de soutien ne prot&egrave;gent pas le revenu des producteurs de la m&ecirc;me fa&ccedil;on. L&rsquo;extension du syst&egrave;me assuranciel a deux cons&eacute;quences. Comme on l&rsquo;a vu, les contrats STAX, contrairement aux assurances classiques bas&eacute;es sur le rendement individuel de l&rsquo;exploitation, seront index&eacute;s sur le rendement moyen du comt&eacute; dans lequel est situ&eacute;e l&rsquo;exploitation. Sur la partie de la r&eacute;colte couverte par le STAX, les producteurs de coton seront ainsi expos&eacute;s &agrave; un &laquo;risque de base&raquo;, d&ucirc; au d&eacute;ficit &eacute;ventuel de corr&eacute;lation entre l&rsquo;&eacute;volution du rendement de l&rsquo;exploitation et le rendement moyen du comt&eacute;. Si cette corr&eacute;lation est mauvaise, les producteurs seront sous-indemnis&eacute;s ou sur-indemnis&eacute;s par rapport aux pertes r&eacute;ellement subies. Par ailleurs, et surtout, les garanties offertes par l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires (contrats classiques ou STAX) sont bas&eacute;es sur les prix &agrave; terme du coton ; elles ne constituent pas un r&eacute;el filet de s&eacute;curit&eacute; lorsque les prix de march&eacute; du coton ne couvrent pas les co&ucirc;ts de production. Ce r&ocirc;le est d&eacute;volu au prix minimum, mais celui-ci est tr&egrave;s bas et ne couvre qu&rsquo;une faible part des charges pay&eacute;es par les producteurs de coton.&nbsp;

L&rsquo;impact du nouveau r&eacute;gime de soutien sur la production am&eacute;ricaine de coton est, lui aussi, difficile &agrave; cerner. Les Etats-Unis exportant pr&egrave;s de 80 % de leur r&eacute;colte, la dynamique de leur production d&eacute;pend &eacute;troitement de l&rsquo;&eacute;volution du march&eacute; mondial. Or, celle-ci est tr&egrave;s incertaine &agrave; moyen terme. Soucieuse de r&eacute;former son co&ucirc;teux programme de soutien, la Chine, premier pays importateur, va probablement acheter moins de coton et mettre en vente une partie de ses &eacute;normes stocks. Compte tenu, par ailleurs, de la demande pr&eacute;vue pour les autres grandes cultures, le FAPRI anticipe une stabilit&eacute; de la sole de coton aux Etats-Unis dans la prochaine d&eacute;cennie. Selon ses projections, la production de coton devrait augmenter en raison de la hausse des rendements, mais elle serait inf&eacute;rieure, en 2023, &agrave; son niveau moyen de 2010-2012. Un l&eacute;ger recul est &eacute;galement pr&eacute;vu pour les exportations am&eacute;ricaines de coton.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

Ces perspectives vont-elles favoriser un r&egrave;glement d&eacute;finitif avec le Br&eacute;sil ? Rien n&rsquo;est moins s&ucirc;r. Selon l&rsquo;association des producteurs de coton br&eacute;siliens, l&rsquo;ABRAPA, le nouveau r&eacute;gime de soutien &laquo; va probablement causer des distorsions majeures des prix internationaux du coton &raquo;. Apparemment, le gouvernement br&eacute;silien envisage diff&eacute;rentes options, dont l&rsquo;une serait d&rsquo;appliquer, &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des Etats-Unis, les mesures de suspension de certains droits de propri&eacute;t&eacute; intellectuelle qu&rsquo;il avait accept&eacute; de diff&eacute;rer en 2010. Il est vrai que les prochaines&nbsp; &eacute;lections pr&eacute;sidentielles, qui auront lieu au Br&eacute;sil en octobre, incitent &agrave; la surench&egrave;re.&nbsp;&nbsp;

L&rsquo;issue de ce dossier int&eacute;resse au plus haut point l&rsquo;Afrique subsaharienne, notamment les quatre pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (Burkina Faso, B&eacute;nin, Mali, Tchad) qui ont lanc&eacute; il y a une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es, &agrave; l&rsquo;OMC, une &laquo; initiative sectorielle &raquo; en faveur de la lib&eacute;ralisation des politiques cotonni&egrave;res. En vingt ans, les exportations am&eacute;ricaines de coton ont doubl&eacute; et celles du Br&eacute;sil ont &eacute;t&eacute; multipli&eacute;es par douze, tandis que les exportations africaines ont augment&eacute; de 50 % et stagnent depuis dix ans (tableau 1). R&eacute;duire les subventions excessives octroy&eacute;es aux producteurs am&eacute;ricains est une chose. Faire en sorte que les producteurs africains de coton disposent, eux aussi, de soutiens et de dispositifs appropri&eacute;s de gestion des risques en est une autre, non moins cruciale.

Tableau 1 : Exportations de coton des Etats-Unis, du Br&eacute;sil&nbsp;et d&rsquo;Afrique subsaharienne

&nbsp;Moyenne 1990-92Moyenne 2000-02Moyenne 2010-12
&nbsp;Quantit&eacute;Part des exportations mondiales (%)Quantit&eacute;Part des exportations mondiales (%)Quantit&eacute;Part des exportations mondiales (%)
Etats-Unis
Br&eacute;sil
Afrique subsaharienne
6 547
320
2 945
23,6
1,1
10,6
9 880
493
4 743
34,6
1,7
16,6
13 039
3 700
4 448
30,5
8,6
10,4
Quantit&eacute; : en milliers de balles de 480 livres, soit 218 kg. Source : USDA

(1)&nbsp;La loi encadre strictement la combinaison d&rsquo;une assurance chiffre d&rsquo;affaires classique et du STAX. Ces deux dispositifs ne peuvent pas se chevaucher. Ainsi, si un producteur de coton souscrit une assurance chiffre d&rsquo;affaires classique avec une garantie de 70 % (taux choisi par la majorit&eacute; des producteurs), les indemnit&eacute;s &eacute;ventuelles au&nbsp; titre de STAX seront plafonn&eacute;es &agrave; 20 % du chiffre d&rsquo;affaires garanti au niveau du comt&eacute;, tel que projet&eacute; au moment des semis. Si le producteur ach&egrave;te une assurance chiffre d&rsquo;affaires avec une garantie de 80 %, STAX indemnisera 10 % du chiffre d&rsquo;affaires garanti au niveau du comt&eacute;. Dans tous les cas, le producteur de coton qui souscrit au STAX conservera une franchise &eacute;gale &agrave; 10 % du chiffre d&rsquo;affaires garanti au niveau du comt&eacute;.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

(2) Le taux de subvention de l&rsquo;assurance chiffre d&rsquo;affaires des grandes cultures varie selon le taux de franchise. Il est de 67 % pour une franchise de 50 % et de 38 % pour une franchise de 15 % (dans les deux cas, pour une indemnisation &agrave; 100 % du prix projet&eacute; sur le march&eacute; &agrave; terme).]]>
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Fertilizers to tackle climate change in agriculture Fifth Assessment Report &ldquo;The Impacts, Adaptation, and Vulnerability&rdquo; was released yesterday. It shows the dramatic impacts to be expected in the near future on agriculture and food production patterns Agriculture practices will need to evolve quickly and both farmers and the fertilizer industry will need to innovate. The industry believes that one of the most important actions to building climate-smart agricultural practices is to improve outreach to farmers on correct and balanced fertilizer application.
The fertilizer industry regards farmers &ndash; large and small - worldwide as strategic partners since they are the ultimate customers and users of our products. We depend on farmers, big, medium and small, men, women and youth, to use our products appropriately and cost effectively so they can raise their yields, increase their incomes, improve their livelihoods and take care of their soils and the environment.
In my view, the climate change debate around agriculture and fertilizer centers around the following key three questions:

How is fertilizer production and use linked to the environment and climate change?

Crop nutrients, whether organic or mineral, are the food that feed the plants, which in turn feed the people. Therefore fertilizers constitute key ingredients for food security. Where soils are degraded and lack the appropriate macro and micro nutrients, yields are dismally low and the nutritional content of crops is deficient, also contributing to poor health for the population. There are not enough organic fertilizers available to meet agricultural demand worldwide. In regions where organic matter and residues are not available because of little livestock and small farm volumes, supplementing with mineral fertilizers is imperative to avoid nutrient mining and soil degradation.

Mineral fertilizers have contributed 40 percent (2) &nbsp;to the increase of our global food supply in the past 50 years. Moreover, they help us to maximize the potential of our increasingly scarce arable land around the world and thus preserve our forests and biodiversity. Fertilizers facilitate sustainable agricultural intensification. An astonishing 89 percent of agriculture&rsquo;s future greenhouse gas mitigation potential is based on soil carbon sequestration, and forests of course play a vital role. Farmers therefore play a very important role &ndash; with help from fertilizers &ndash; to mitigate climate change.

When taking into account the production, distribution and application of mineral fertilizers, it is estimated that fertilizers contribute about 2.5 percent of total global emissions (estimated at 1240 million metric tons of CO2 equivalent in 2007). When you break this figure down, it becomes apparent that the largest part of these emissions occurs at the point of application/consumption of fertilizers: 1.5 percent of total global emissions accounting for 60 percent of fertilizers emissions, compared to 0.93 percent of total global emissions from the production of fertilizers and 0.07 from their distribution (3).&nbsp; Emissions from fertilizer use of course have to be evaluated in the context of the need for mitigation.

How can we most effectively minimize the negative impacts of fertilizers on the environment?

The fertilizer industry is actively taking steps to reduce emissions of ammonia and nitrous oxide, as well as nitrate leaching and phosphate runoff into surface and groundwater. Some of these steps involve innovation and research that have resulted in new technologies such as:
- foliar application;
- coated soluble granules to allow controlled release of nutrients in the root zone;
- urea deep placement: using super-granules of urea in rice production to improve nitrogen recovery;
- adding inhibitors to slow the conversion of urea fertilizer to ammonia and thereby minimize potential ammonia loss to the atmosphere;
- fertigation: adding soluble fertilizer to irrigation water to deliver nutrients to the root zone in a more precise and timely manner.

In addition to new fertilizer products, the methods of application at the farm level play an important role in the lifecycle of fertilizers. The industry is a strong proponent of the 4R nutrient stewardship framework. This framework conveys to farmers the principles of using the right fertilizer sources at the right rate, right time and right place so as to achieve economic, social and environmental goals. It has been shown that improved management practices such as application rate, timing, and method, plus cover crops and reduced tillage can reduce nutrient losses by up to an average of 30 percent (4).

What are the common interests that the fertilizer industry and farmers should pursue?

The framework of how to establish best management practices already exists, but we must focus more on how it applies to specific regions and crops and how to better disseminate this type of knowledge among the world&rsquo;s millions of farmers. By promoting nutrient stewardship at national and regional level, we can safely and sustainably feed a growing population, while reducing nutrient loss to the environment and thus helping mitigate climate change.

Our industry has a role to play in empowering smallholders in Africa, Asia and Latin America to rise above subsistence and become dynamic commercial farmers and we are hopeful that farmers&rsquo; organizations can help us in this outreach effort. At a time when most governments can no longer bear the cost of expensive public extension programs, advisory services, training, and sharing of best practices requires more public-private partnerships and greater use of information technology.

In conclusion, sustainable agricultural intensification and climate change mitigation must not be viewed as a trade-off. These two are sides of the same coin. Any sustainable development effort must reflect input from food security experts, environmental scientists, and farmers as food security, the environment, and the farm are inextricably linked. Farmers and the fertilizer industry can and should work together to develop site-specific outreach and training programs in order to ensure that the world&rsquo;s farmers can continue with the most important task they have of feeding the world, and do so with reduced environmental effects, while becoming more resilient to climate change.

(1) The International Fertilizer Industry Association (IFA) is a not-for-profit trade association representing the fertilizer industry globally with 545 member companies based in 84 countries&ndash;with 50 per cent based in developing economies.
(2) Smil, V. 2002. Nitrogen and food production: Proteins for human diets. Ambio, 31: 126&ndash;131cited in FAO (2006). Fertilizer Use By Crop. Fertilizer and Plant Nutrition Bulletin. 17. Page 3.
(3) IFA (2009). Fertilizers, Climate Change and Enhancing Agricultural Productivity Sustainably. International Fertilizer Industry Association.
(4) IFA (2011). Fertilizer Best Management Practices. International Fertilizer Industry Association.

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Why does farmers’ collective action matters for food security?

What can be done to overcome this challenge, one of the most pressing that humanity faces today? Many would argue that agriculture needs to reinvent itself and that it is now time to think in a more holistic way, while drawing on lessons from the past and ensuring the sustainability of agricultural models as an unavoidable way forward. In other words, the productivity model, based solely on investing in physical capital regardless of the human, social, or organizational capital, as well as the environmental dimensions, cannot be sustained. This year, the world is celebrating &ldquo;family farming&rdquo;, a model which has the potential to provide a viable alternative to the productivity model. However, the family farming sector often suffers from under-productivity due to the various barriers faced by t family farmers and particularly in the developing countries. Therefore, this model can only be effective in achieving food security if family farmers form their own organizations in order to overcome these barriers.&nbsp;&nbsp;

Farmers&rsquo; collective action is key to food security

Farmers&rsquo; collective action which translates in the form of cooperatives, producers&rsquo; organizations and associations or self-help groups has proven to be one viable solution to achieving food security and eradicating hunger in the world. These organizations, when they are efficient and equitable (that is, inclusive and gender sensitive) are a proven means to increase the productivity of agriculture while responding to social and environmental demands. In this way, such organizations become the expression of jointly owned, democratically controlled and membership-driven enterprises, where generating profit goes alongside satisfying members&rsquo; needs and aspirations. In other words, they become organizations at the service of their members.

What are the main motivations that make these organizations contributors to food security?

Evidence shows that through pooling their assets together, bulk purchasing, and developing a common vision and actions around common objectives, small farmers, fisher folk, livestock keepers and forest holders&nbsp; manage to gain access and adapt to input and output changing markets, access information, knowledge, innovation, natural resources and have a say in policy making. By creating their own organization, stemming from their own initiative, these producers become more strongly equipped to face all kinds of shocks. Their resilience has been demonstrated in times of crisis and in particular during the food price crisis.

And yet, up to the end of the 1980s much has been said about the failure of cooperatives and producer organizations. Who did not hear about ill-functioning organizations, not representing the true interests of the farmers? Who did not come across an article, a paper or a farmer complaining and expressing the loss of faith in cooperatives and what they can provide to their members? Often, these organizations have been considered &ldquo;empty shells&rdquo;. And yet, organized agriculture is key to feeding the world.

Beyond past failures

Before going through some of the essential ingredients that lead to successful collective action schemes that are managed and run by the farmers themselves, in the form of organizations, cooperatives, self help groups and the like, let&rsquo;s look back to analyze the reasons behind their past failure. The period from the 1960s to the 1980s was marked by state-led policies with the creation of organizations, often given the name of cooperatives. Instead of encouraging the farmers, fisher folk, forest holders and livestock keepers to come together on their own initiative, these organizations were formed either under the impulse of the state or the donor community, following a top-down approach. This led to a situation whereby the government had control over the decisions made by the organization and its members. An immediate consequence of this top-down approach was demotivation of the membership, which itself translated in some cases into significant drop outs. The members did not own these organizations; rather they considered them as an extended arm of governments.

Another important factor that explains the failure of these organizations is due to the nature and modalities of external support provided mainly by some donors and non-governmental organizations. Instead of thriving to support organizations so that they become sustainable and autonomous, the latter developed a dependency towards aid. Indeed this support often focused on the technical aspects of organizations instead of looking at longer term issues related to the three dimensions of capacity development (individual, organization and institutional strengthening) including the so-called &ldquo;soft skill development&rdquo; such as: strengthening the effective participation of members, developing their managerial and financial skills, enhancing governance and equity aspects of organizations as well as looking at their external environment which impact them (policies, legal framework, incentives, consultation platforms.). Besides, this support was often managed by donors and the development community and not by the organizations themselves.
In brief, these organizations failed when governments, the donor and development communities imposed their agenda, priorities and organizational models as a tool for their own development policies. This is certainly not sustainable.

The need for a &ldquo;social contract&rdquo;

The last three decades have seen a withdrawal of public institutions from rural areas, along with a decline of public agricultural expenditure (less than 4% in many African countries). This situation provided an &ldquo;autonomous space&rdquo; for farmers and gave rise to a wide range of organizational innovations. Indeed producer organizations, cooperatives, private companies, public-private organizations emerged to fill this void, albeit imperfectly at times. At the same time, recognition of the importance of smallholders to meet growing food needs as the main investors in agriculture, has contributed to a real shift in thinking in terms of organizational development. Many of these organizations are based upon a new organizational approach whereby the smallholders themselves define their own needs, preferences and agenda within their organization. As a result, they develop their own autonomy forming transparent and efficient organizations. Indeed, those organizations that succeeded in becoming more efficient and equitable invested in forming good social and organizational capital bases through the development of three types of relationships: bonding relations among small producers within organizations to build an autonomous capacity, bridging relations through cooperation among similar organizations and, finally, linking with public actors and economic agents.

This shift in thinking and practice in organizational development is a necessary condition for food security but is not on its own sufficient. It should also be based upon a transformation of the relations between member-based organizations (cooperatives, producer organizations and others) with other actors such as the public sector, the development community (including donors). Instead of considering member-based organizations as mere recipients and passive actors, this relationship needs to transform into a win-win partnership whereby the &ldquo;traditional beneficiaries&rdquo; become partners on an equal footing. It is only through this transformed relationship that collective action will be able to perform its role of becoming an agent of development alongside other powerful actors (including donors) and decision-makers. Therefore, a new &ldquo;social contract&rdquo; is needed to overcome the challenge of securing food needs in the world.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1670 2014-02-24 text/htmlfr
Les biocarburants, vecteurs de développement pour l’Afrique ? (Cet article a &eacute;t&eacute; publi&eacute; dans une version plus courte dans le num&eacute;ro Afrique Agriculture 398 de janvier/f&eacute;vrier 2014.)

Depuis plusieurs ann&eacute;es, les biocarburants connaissent un essor sans pr&eacute;c&eacute;dent dans le monde. Consid&eacute;r&eacute;s par de nombreux gouvernements comme une solution face &agrave; l&rsquo;&eacute;puisement des r&eacute;serves de p&eacute;trole et pour r&eacute;duire les &eacute;missions de gaz &agrave; effet de serre, ils pr&eacute;sentent un attrait particulier pour les pays africains fortement d&eacute;pendants des importations d&rsquo;&eacute;nergie et qui disposent de r&eacute;serves de terres &agrave; exploiter. Pour autant, peuvent-ils servir le d&eacute;veloppement des pays africains ? La r&eacute;ponse &agrave; cette question n&lsquo;est pas simple, comme l&rsquo;ont illustr&eacute; les d&eacute;bats au Comit&eacute; de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire mondiale (CSA) en octobre 2013, &agrave; Rome.Le CSA s&rsquo;est en effet saisi de la question du lien entre les biocarburants et la s&eacute;curit&eacute; alimentaire mondiale. Apr&egrave;s plusieurs jours de n&eacute;gociations ardues entre les repr&eacute;sentants des Etats, de la soci&eacute;t&eacute; civile et du secteur priv&eacute;, il a &eacute;t&eacute; conclu que le d&eacute;veloppement des biocarburants &laquo;ouvrait des possibilit&eacute;s et impliquait des risques aux niveaux &eacute;conomique, social et environnemental, selon le contexte et les pratiques.&raquo;(1)&nbsp; Malgr&eacute; ces pr&eacute;cautions de langage, les organisations de la soci&eacute;t&eacute; civile ont refus&eacute; de signer l&rsquo;accord. En cause, le peu de reconnaissance pour les risques engendr&eacute;s, selon elles, par la production de biocarburants - baisse des disponibilit&eacute;s de nourriture, hausse des prix alimentaires et acquisition de terres &agrave; grande &eacute;chelle au d&eacute;triment des agriculteurs locaux.

Ce blocage des discussions au niveau international signifie-t-il pour autant que les biocarburants ne sont pas une option &agrave; consid&eacute;rer pour les pays africains ?

Non. Des exp&eacute;riences montrent que sous certaines conditions, les biocarburants peuvent &ecirc;tre un moteur de d&eacute;veloppement local. Le r&eacute;seau JatroREF(2) apporte des illustrations d&rsquo;initiatives prometteuses en Afrique de l&rsquo;Ouest : la construction de fili&egrave;res paysannes de production d&rsquo;huiles v&eacute;g&eacute;tales &agrave; partir du jatropha peut g&eacute;n&eacute;rer des emplois attractifs de mani&egrave;re durable. Mais beaucoup reste &agrave; faire pour traduire ces promesses en r&eacute;alit&eacute;. Les conclusions de l&rsquo;atelier sous r&eacute;gional tenu par le r&eacute;seau &agrave; Dakar en novembre 2013 sont claires : La productivit&eacute; doit augmenter, l&rsquo;environnement de march&eacute; &ecirc;tre am&eacute;lior&eacute;, les acteurs institutionnels et la recherche mobilis&eacute;s et les fili&egrave;res se structurer pour &ecirc;tres efficaces.

Au Br&eacute;sil, le biodiesel est une opportunit&eacute; pour les petites exploitations familiales, comme le montre le rapport &laquo; Le programme biodiesel au Br&eacute;sil, vecteur de d&eacute;veloppement &raquo;(3) , r&eacute;dig&eacute; pour la Fondation pour l&rsquo;agriculture et la ruralit&eacute; dans le monde. Le cas br&eacute;silien enseigne qu&rsquo;il est possible de faire d&rsquo;une politique &eacute;nerg&eacute;tique une politique sociale et r&eacute;gionale volontariste, gr&acirc;ce &agrave; une combinaison d&rsquo;incitations fiscales et r&eacute;glementaires. Mais de nombreuses difficult&eacute;s subsistent, dues notamment aux surco&ucirc;ts d&rsquo;approvisionnement en ol&eacute;agineux aupr&egrave;s des petits agriculteurs.

Pour l&rsquo;Afrique, la le&ccedil;on est claire : rien ne peut se faire sans une volont&eacute; politique forte, une administration publique capable de la traduire en acte, des industriels pr&ecirc;ts &agrave; s&rsquo;impliquer, des agriculteurs conscients de la n&eacute;cessit&eacute; de s&rsquo;organiser, et des financements pour accompagner ces diff&eacute;rents acteurs. Sans oublier, bien s&ucirc;r, des garde-fous institutionnels, notamment en mati&egrave;re de droits fonciers.

(1)&nbsp;Voir le rapport final du CSA40.
(2)&nbsp;Le site du r&eacute;seau JatroREF.
(3)&nbsp;Disponible sur le site de FARM au pr&eacute;sent lien.


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Nourrir les villes : une chance pour les agricultures familiales?
Jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;agriculture familiale a assur&eacute; une contribution tr&egrave;s importante &agrave; l&rsquo;alimentation de la plan&egrave;te. Selon Jean-Michel Sourisseau, chercheur au Cirad, elle fournit plus de 90 % de la production mondiale de riz, de caf&eacute;, de cacao et presqu&rsquo;autant pour les racines et tubercules. Il note n&eacute;anmoins que les importations de c&eacute;r&eacute;ales en Afrique de l&rsquo;Ouest sont dominantes dans l&rsquo;approvisionnement des grandes villes.

Cependant, Nicolas Bricas, &eacute;galement chercheur au Cirad, nous alerte et souligne : &laquo; Ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;agriculture familiale a r&eacute;ussi &agrave; nourrir les populations et &agrave; survivre dans le pass&eacute; que cela continuera &raquo;. Andr&eacute; Beaudoin, secr&eacute;taire ex&eacute;cutif de l&rsquo;Union des producteurs agricoles D&eacute;veloppement international du Qu&eacute;bec (UPA-DI), va plus loin. Il s&rsquo;insurge contre le fait que &laquo; l&rsquo;on [fasse] porter le poids de la pauvret&eacute; du monde sur le secteur agricole &raquo; avec la volont&eacute; de maintenir des prix agricoles bas. Et de poursuivre : &laquo; il y a quatre mani&egrave;res de tuer l&rsquo;agriculture familiale et dans de nombreux cas elles sont toutes r&eacute;unies &raquo; : la lib&eacute;ralisation aveugle des march&eacute;s, l&rsquo;instauration de r&eacute;glementations de plus en plus complexes qui rejettent les agricultures de proximit&eacute; hors de l&rsquo;&eacute;conomie formelle, le manque d&rsquo;acc&egrave;s au march&eacute; ainsi qu&rsquo;&agrave; celui des services techniques et de financement.

En somme, le pari n&rsquo;est pas s&ucirc;r d&rsquo;&ecirc;tre gagn&eacute;. Il faudra remplir certaines conditions pour qu&rsquo;il le soit. Et ce sont bien les interrogations sur les conditions &agrave; remplir pour permettre aux agricultures familiales, chacune dans leur contexte, d&rsquo;&ecirc;tre plus efficaces et de r&eacute;pondre &agrave; la demande urbaine en expansion, qui ont domin&eacute; les interventions des diff&eacute;rents orateurs du colloque. Il est urgent de trouver des solutions, car les &eacute;volutions dans le secteur agricole prennent du temps alors que les consommateurs urbains, la grande distribution et les industriels de l&rsquo;alimentation, eux, n&rsquo;attendront pas.

Les t&eacute;moignages, tout au long de la journ&eacute;e, sur les actions engag&eacute;es tant par les pouvoirs publics que plus r&eacute;cemment par des initiatives priv&eacute;es, montrent que des solutions existent et fournissent des pistes de r&eacute;flexion pour favoriser leur diffusion &agrave; grande &eacute;chelle.

Des politiques publiques affirm&eacute;es

Les exemples de l&rsquo;Inde et du Br&eacute;sil sont riches d&rsquo;enseignements. En Inde, les politiques publiques visant &agrave; assurer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire sont nombreuses et puissantes. Elles ont &eacute;merg&eacute; dans les ann&eacute;es 1960, en lien avec la R&eacute;volution verte. Apr&egrave;s avoir effectu&eacute; un rapide historique des programmes existants, Sudha Narayanan, professeur &agrave; l&rsquo;Institut Indira Gandhi de recherche sur le d&eacute;veloppement, a faite le point sur les d&eacute;bats en cours.

Ces programmes ont &eacute;volu&eacute;, mais ils continuent de s&rsquo;appuyer sur deux grands principes : encourager l&rsquo;augmentation de la production agricole par des prix de soutien et des subventions aux intrants ; pratiquer une politique de prix bas pour les produits alimentaires de base en faveur des personnes d&eacute;favoris&eacute;es, gr&acirc;ce &agrave; un syst&egrave;me de distribution publique de grains. Les impacts de ces mesures sont ind&eacute;niables, mais elles sont la cible de plusieurs critiques, portant sur leur complexit&eacute;, leur co&ucirc;t et leur manque d&rsquo;efficacit&eacute;. Ainsi, 54% des aliments n&rsquo;atteindraient pas les populations cibl&eacute;es.

Une nouvelle loi, visant &agrave; &eacute;tendre le syst&egrave;me de distribution publique de grains, a &eacute;t&eacute; vot&eacute;e en 2013. Son co&ucirc;t serait &eacute;lev&eacute; : 1,27% du PIB. Le d&eacute;bat se concentre sur la mani&egrave;re d&rsquo;am&eacute;liorer l&rsquo;efficacit&eacute; des programmes. Mais il n&rsquo;est pas question de d&eacute;sinvestir. En Inde, une chose est s&ucirc;re : &laquo; la s&eacute;curit&eacute; alimentaire est non n&eacute;gociable &raquo; et l&rsquo;Etat f&eacute;d&eacute;ral continuera &agrave; y consacrer des moyens importants, tant financiers qu&rsquo;humains. Beaucoup de probl&egrave;mes restent encore &agrave; r&eacute;soudre : 46 % des enfants souffrent d&rsquo;un retard de croissance, 56 % des femmes mari&eacute;es sont an&eacute;mi&eacute;es, pour ne citer que ces aspects.

Au Br&eacute;sil, le programme &laquo; Faim z&eacute;ro &raquo; regroupe tout un ensemble de mesures alliant la lutte contre les effets de la pauvret&eacute; sur les populations d&eacute;favoris&eacute;es et le soutien &agrave; l&rsquo;expansion de la production des petites exploitations familiales. L&rsquo;un des dispositifs les plus importants consiste &agrave; octroyer aux familles pauvres ou en situation d&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute; des aides li&eacute;es &agrave; la scolarisation et &agrave; la fourniture de soins de sant&eacute; aux enfants. Il touche 12 millions de familles, c&rsquo;est-&agrave;-dire 48 millions de personnes, soit un quart de la population du pays. Ce dispositif aurait permis de r&eacute;duire l&rsquo;extr&ecirc;me pauvret&eacute; de pr&egrave;s de 20 %. Trois quarts des transferts mon&eacute;taires sont d&eacute;pens&eacute;s en nourriture. Leur co&ucirc;t est estim&eacute; &agrave; 0,5 % du PIB.

Parall&egrave;lement, des programmes pour dynamiser la production agricole issue des petites exploitations familiales sont mis en &oelig;uvre. Ils sont centr&eacute;s sur l&rsquo;acc&egrave;s au cr&eacute;dit, l&rsquo;assurance des pertes de r&eacute;colte et l&rsquo;assistance technique. Une partie de la production est acquise par l&rsquo;Etat et par des collectivit&eacute;s territoriales pour la constitution de stocks publics. Apr&egrave;s plusieurs ann&eacute;es de fonctionnement, le bilan est positif : d&egrave;s 2009, la&nbsp; pauvret&eacute; a &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par deux. L&agrave; aussi, de nombreux probl&egrave;mes subsistent.&nbsp; Les programmes vont &eacute;voluer, mais ils seront poursuivis.

L&rsquo;examen des politiques publiques en vigueur au Br&eacute;sil et en Inde met en &eacute;vidence plusieurs constantes. Combattre les fl&eacute;aux de la pauvret&eacute; et de la faim, accro&icirc;tre la production agricole des exploitations familiales et la rapprocher de la demande alimentaire exigent de la part des Etats une volont&eacute; politique tr&egrave;s affirm&eacute;e, un effort soutenu dans la mise en &oelig;uvre de syst&egrave;mes complexes, une &eacute;valuation permanente des programmes en vue de leur adaptation r&eacute;guli&egrave;re.

Et c&rsquo;est sans doute ce qui manque en Afrique subsaharienne, o&ugrave; ce type de mesures est encore peu r&eacute;pandu. En leur absence, la Communaut&eacute; &eacute;conomique des Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO) tente d&rsquo;impulser et de coordonner la r&eacute;flexion entre Etats membres et m&egrave;ne le combat aupr&egrave;s des instances internationales pour promouvoir des politiques propices &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;agricultures familiales plus robustes. Le Dr. Lapodini Marc Atouga, commissaire de la CEDEAO charg&eacute; de l&rsquo;agriculture, de l&rsquo;environnement et des ressources en eau, nous a fait part de ses intentions. Apr&egrave;s avoir rappel&eacute; que 90 % des agriculteurs ont des exploitations familiales, il a soulign&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de les soutenir pour am&eacute;liorer leur environnement &eacute;conomique et cr&eacute;er des conditions pour accro&icirc;tre leur efficacit&eacute;. Cela passe, au sein de la CEDEAO, par une am&eacute;lioration de l&rsquo;acc&egrave;s aux intrants, une baisse des taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du cr&eacute;dit aux agriculteurs, la mise en place d&rsquo;un dispositif public de stocks alimentaires et la libre circulation des produits agricoles dans la r&eacute;gion. Les objectifs sont clairs, leur atteinte d&eacute;pendra de la volont&eacute; des Etats africains. Pour l&rsquo;instant, ceux-ci m&egrave;nent envers l&rsquo;agriculture familiale des politiques de d&eacute;veloppement plut&ocirc;t timides voire inexistantes, par manque d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t ou de ressources financi&egrave;res, ce qui tend &agrave; laisser le d&eacute;veloppement du secteur aux seules initiatives priv&eacute;es.

Des initiatives priv&eacute;es-publiques pour l&rsquo;organisation des fili&egrave;res et des march&eacute;s

La construction de fili&egrave;res agroalimentaires en Afrique subsaharienne, de la production agricole aux march&eacute;s de consommation, a fait l&rsquo;objet de nombreux t&eacute;moignages lors du colloque. Ceux-ci ont montr&eacute; l&rsquo;absolue n&eacute;cessit&eacute; pour les agriculteurs de se regrouper pour permettre aux transformateurs d&rsquo;acheter leur production et sortir les agriculteurs familiaux de la domination des grossistes, qui assurent souvent la fonction de banquiers. Deux exemples ont &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;s, qui nourrissent les r&eacute;flexions sur les conditions susceptibles de contribuer au succ&egrave;s de telles initiatives.

En Tanzanie, avec la lib&eacute;ralisation progressive de l&rsquo;&eacute;conomie &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980, les agriculteurs ont ressenti le besoin de jouer un r&ocirc;le plus important sur les march&eacute;s et de peser sur la formation des prix agricoles. Le syndicat des petits producteurs familiaux, MVIWATA, dont le directeur ex&eacute;cutif participait au colloque, d&eacute;cide alors de s&rsquo;investir dans la cr&eacute;ation de march&eacute; de gros qui seront implant&eacute;s dans les bassins de production.
Entre 2004 et 2011, 9 march&eacute;s de gros seront construits, avec l&rsquo;appui notamment de l&rsquo;Union europ&eacute;enne et de l&rsquo;Agence fran&ccedil;aise de d&eacute;veloppement. De nombreux produits agricoles y sont vendus. Ils offrent en outre des services de pes&eacute;e et de nettoyage des produits, de calibrage, de stockage voire de premi&egrave;re transformation. Un objectif important est d&rsquo;am&eacute;liorer la transparence des transactions. Les banques s&rsquo;y sont install&eacute;es. Les commer&ccedil;ants arrivent donc dans des lieux fonctionnels, o&ugrave; il y a de la marchandise. Deux tiers des stocks publics de c&eacute;r&eacute;ales proviennent des achats de l&rsquo;Etat sur ces march&eacute;s de gros.

Leur gestion est confi&eacute;e &agrave; une soci&eacute;t&eacute; priv&eacute;e d&rsquo;&eacute;conomie mixte, accueillant au sein de son conseil d&rsquo;administration des repr&eacute;sentants des collectivit&eacute;s locales et des repr&eacute;sentants des agriculteurs. Les transporteurs et les commer&ccedil;ants y sont &eacute;galement associ&eacute;s. Le directeur de MVIWATA insiste sur la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;int&eacute;grer tous les acteurs pour que ces structures fonctionnent. Malgr&eacute; cela, quelques march&eacute;s rencontrent des difficult&eacute;s ; il serait int&eacute;ressant d&rsquo;en analyser les raisons.

Au Ghana, l&rsquo;initiative a &eacute;t&eacute; prise par Premium Foods Ltd (PFL), une entreprise de transformation et de vente de c&eacute;r&eacute;ales. Cr&eacute;&eacute;e en 1995, PFL a commenc&eacute; dans le n&eacute;goce mais s&rsquo;est rapidement orient&eacute;e vers la transformation. Pour r&eacute;pondre &agrave; ses besoins d&rsquo;approvisionnement, elle s&rsquo;est tourn&eacute;e vers l&rsquo;importation, mais a d&eacute;cid&eacute; il y a quelques ann&eacute;es de contribuer au d&eacute;veloppement de la production&nbsp; locale. Pour cela, elle participe &agrave; la construction d&rsquo;un r&eacute;seau de producteurs locaux dynamiques et d&rsquo;une fili&egrave;re efficace. Elle pr&ecirc;te de l&rsquo;argent &agrave; ces producteurs, 50 au total qui sont qualifi&eacute;s de &laquo; nucleus farmers &raquo; ; ceux-ci pr&ecirc;tent &agrave; leur tour &agrave; environ 500 petits producteurs pour leurs besoins de financement li&eacute;s &agrave; la production de c&eacute;r&eacute;ales. Ces petits agriculteurs b&eacute;n&eacute;ficient &eacute;galement d&rsquo;un soutien technique pour am&eacute;liorer leur production. Les &laquo; nucleus farmers &raquo; remboursent PFL en nature. Des facilit&eacute;s de stockage sont disponibles aupr&egrave;s d&rsquo;op&eacute;rateurs priv&eacute;s.

Premium Foods a un accord avec le gouvernement ghan&eacute;en pour la recherche en mati&egrave;re de semences et leur diffusion aupr&egrave;s des producteurs. Les jeunes agriculteurs sont une de ses cibles privil&eacute;gi&eacute;es pour d&eacute;velopper la m&eacute;canisation et rendre le travail agricole plus attractif. L&rsquo;ensemble de ces actions rentre d&eacute;sormais dans un programme appel&eacute; Go Farming, dont le budget a d&eacute;pass&eacute; 1 million de dollars ces trois derni&egrave;res ann&eacute;es et dont une partie provient des r&eacute;sultats des activit&eacute;s de transformation. Go Farming est soutenu par plusieurs partenaires dont les pouvoirs publics, l&rsquo;agence de coop&eacute;ration am&eacute;ricaine USAID, Agra (Alliance for a Green Revolution in Africa), ainsi que la firme norv&eacute;gienne YARA pour ses comp&eacute;tences sur les engrais. PFL a travaill&eacute; avec 9 000 agriculteurs en 2013. Elle vise&nbsp; 20 000 agriculteurs en 2017. A cette date, les agriculteurs qui participent &agrave; Go Farming devraient travailler 5 acres (2 hectares) par exploitation, au lieu de 1 acre (0,4 ha) actuellement.

Conclusion

Les colloques n&rsquo;ont jamais livr&eacute; de solutions cl&eacute; en main. Celui organis&eacute; par FARM et Pluriagri, bien que tr&egrave;s riche, pas plus que les autres. Il en ressort cependant une id&eacute;e force : oui, l&rsquo;agriculture familiale pourra nourrir les villes, &agrave; condition que toutes les synergies &ndash; en termes de comp&eacute;tences, de ressources, d&rsquo;implications des int&eacute;r&ecirc;ts publics et priv&eacute;s - soient mises en &oelig;uvre. Cette id&eacute;e peut para&icirc;tre banale, mais son application requiert une volont&eacute; politique sans faille et la mobilisation de toutes les &eacute;nergies. Comme le montrent les projets men&eacute;s par FARM notamment au B&eacute;nin, au Mali et au Burkina, la mise en commun de moyens est cruciale, pour des raisons &agrave; la fois d&rsquo;efficacit&eacute; globale et de raret&eacute; des ressources financi&egrave;res.

A l&rsquo;occasion de cette ann&eacute;e internationale de l&rsquo;agriculture familiale, ne pourrions-nous pas engager en France, avec ceux qui partagent cette conviction, une r&eacute;flexion conjointe entre tous les acteurs concern&eacute;s - institutionnels, organisations professionnelles, entreprises des fili&egrave;res agroalimentaires&hellip; - pour am&eacute;liorer l&rsquo;efficacit&eacute; de nos actions de d&eacute;veloppement sur le continent africain ?]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1629 2014-01-24 text/htmlfr
Les ministres de l'agriculture ouest-africains face au défi des engagements de Maputo communiqu&eacute; final r&eacute;v&egrave;le que les ministres et leurs repr&eacute;sentants se sont, entre autres, engag&eacute;s &agrave; &laquo; renforcer les efforts pour r&eacute;aliser les engagements de Maputo en termes d&rsquo;allocation des ressources au secteur agricole &raquo;.

Cette r&eacute;solution se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la D&eacute;claration sur l&rsquo;agriculture et la s&eacute;curit&eacute; alimentaire adopt&eacute;e par les chefs d&rsquo;&Eacute;tats de l&rsquo;Union Africaine &agrave; Maputo en 2003, et notamment &agrave; l&rsquo;engagement des &Eacute;tats d&rsquo;allouer au moins 10 % des budgets nationaux au secteur agricole dans un d&eacute;lai de cinq ans. Plus g&eacute;n&eacute;ralement, la d&eacute;claration de Maputo engageait les &Eacute;tats africains &agrave; la mise en &oelig;uvre d&rsquo;urgence du Programme d&eacute;taill&eacute; de d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture africaine (PDDAA), le volet agricole du Nouveau partenariat pour le d&eacute;veloppement de l&rsquo;Afrique (NEPAD). Pour leur part, les &Eacute;tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest ont cherch&eacute; &agrave; atteindre les objectifs du PDDAA &agrave; travers la politique agricole r&eacute;gionale de la CEDEAO, l&rsquo;ECOWAP, et des plans d&rsquo;investissement aux niveaux national et r&eacute;gional (PNIA et PRIA).

&Agrave; la r&eacute;union des fonctionnaires pour pr&eacute;parer la rencontre des ministres, le R&eacute;seau des organisations paysannes et de producteurs de l&#39;Afrique de l&#39;Ouest (ROPPA) a pr&eacute;sent&eacute; les conclusions d&rsquo;un dialogue multi-acteurs sur les progr&egrave;s r&eacute;alis&eacute;s dans le secteur agricole &agrave; travers la r&eacute;gion depuis la D&eacute;claration de Maputo. Ce dialogue, qui a eu lieu &agrave; Monrovia du 9 au 14 septembre 2013, marquant ainsi le 10i&egrave;me anniversaire de la D&eacute;claration de Maputo, a r&eacute;uni un grand nombre de membres du ROPPA, des chercheurs, des repr&eacute;sentants du secteur agro-alimentaire et de la soci&eacute;t&eacute; civile, des repr&eacute;sentants des &Eacute;tats de la CEDEAO, des institutions r&eacute;gionales et des partenaires au d&eacute;veloppement. Au cours de cette rencontre, les discussions se sont appuy&eacute;es principalement sur des &eacute;tudes men&eacute;es par le ROPPA dans dix pays de la r&eacute;gion, en partenariat avec des chercheurs ouest-africains du r&eacute;seau REPAD et avec l&rsquo;appui de l&rsquo;ECDPM. Ces &eacute;tudes ont port&eacute; sur l&rsquo;&eacute;volution de plusieurs aspects du secteur agricole dans ces pays depuis 2003, en particulier les politiques, les aspects institutionnels de la politique agricole, les d&eacute;penses publiques et la performance de la production agricole. Voici quelques constats cl&eacute;s, relatifs aux d&eacute;penses publiques dans le secteur agricole, qui sont ressortis de cette initiative du ROPPA :

  • La quantit&eacute; des d&eacute;penses. Le constat n&rsquo;est pas nouveau, la grande majorit&eacute; des &Eacute;tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (comme ailleurs sur le continent) jusqu&rsquo;&agrave; ce jour ont d&eacute;di&eacute; moins que le seuil auto-impos&eacute; de 10 % de leurs budgets &agrave; l&rsquo;agriculture. Selon les chiffres fournis par les &Eacute;tats au Syst&egrave;me r&eacute;gional d&#39;analyse strat&eacute;gique et de gestion des connaissances (ReSAKSS), un dispositif de suivi et d&rsquo;&eacute;valuation de la mise en &oelig;uvre du PDDAA, quatre des quinze pays de la r&eacute;gion ont allou&eacute; au moins 10 % du budget de l&rsquo;&eacute;tat &agrave; l&rsquo;agriculture au cours de la p&eacute;riode 2003&minus;2010, &agrave; savoir le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le S&eacute;n&eacute;gal. Les autres pays sont en dessous du seuil, jusqu&rsquo;&agrave; un niveau de moins de 2 %. N&eacute;anmoins, le niveau moyen de la r&eacute;gion au cours de cette p&eacute;riode est au-dessus de la moyenne de l&rsquo;ensemble des pays de l&rsquo;Union Africaine (8 % contre 5.3 %). Au del&agrave; des d&eacute;penses publiques pour l&rsquo;agriculture, les participants &agrave; la conf&eacute;rence de Monrovia ont relev&eacute; le fait que &laquo; la facture est pay&eacute;e par l&rsquo;ext&eacute;rieur &raquo;. En d&rsquo;autres termes, ils ont signal&eacute; comme particuli&egrave;rement probl&eacute;matique le fait que la part des ressources domestiques dans les d&eacute;penses publiques pour l&rsquo;agriculture est faible par rapport aux financements ext&eacute;rieurs. &Agrave; titre d&rsquo;exemple, au cours de la p&eacute;riode 2004&minus;2012, les financements ext&eacute;rieurs repr&eacute;sentaient 71 % du total des d&eacute;penses publiques agricoles au Burkina Faso. Suite &agrave; ces constats, la D&eacute;claration finale de la conf&eacute;rence appelle les d&eacute;cideurs &agrave; mobiliser davantage de ressources internes.
  • La qualit&eacute; des d&eacute;penses. Il n&rsquo;y a pas que la quantit&eacute; des d&eacute;penses qui compte, la nature et la structure des investissements sont aussi des facteurs importants de r&eacute;ussite du PDDAA. Les &eacute;tudes ont d&eacute;montr&eacute; que dans certains pays les co&ucirc;ts de fonctionnement occupent une part importante du budget affect&eacute; &agrave; l&rsquo;agriculture par rapport aux investissements (par exemple, 42 % pour les co&ucirc;ts de fonctionnement au Togo pour la p&eacute;riode 2002&minus;2010 ; 39 % au B&eacute;nin pour la p&eacute;riode 1996&minus;2011). Aussi, les &eacute;tudes ont not&eacute; un sous-investissement dans les fili&egrave;res de l&rsquo;&eacute;levage et de la p&ecirc;che par rapport &agrave; la contribution de ces secteurs au produit int&eacute;rieur brut dans certains pays. &Agrave; la conf&eacute;rence de Monrovia, les membres du ROPPA ont mis l&rsquo;accent sur le manque des d&eacute;penses b&eacute;n&eacute;ficiant aux exploitations familiales, comme cela a &eacute;t&eacute; rapport&eacute; dans un blog r&eacute;cent de l&rsquo;ECDPM sur ce sujet.
  • La transparence des d&eacute;penses. Les &eacute;tudes pays ont montr&eacute; la difficult&eacute; de r&eacute;colter des donn&eacute;es fiables et d&eacute;sagr&eacute;g&eacute;es sur les d&eacute;penses publiques agricoles. Ainsi, les participants au dialogue ont appel&eacute; &agrave; un meilleur dispositif de suivi, permettant aux parlements nationaux et aux organisations non-gouvernementales, y compris les organisations paysannes, de mieux jouer leur r&ocirc;le de surveillance.
  • Au-del&agrave; des d&eacute;penses publiques. Il n&rsquo;y a pas que les d&eacute;penses publiques mais &eacute;galement les investissements priv&eacute;s qui sont importants pour atteindre les objectifs de l&rsquo;ECOWAP/PDDAA. Dans cet esprit, les &eacute;tudes notent quelques efforts naissants des &Eacute;tats pour mobiliser des ressources priv&eacute;es pour la mise en &oelig;uvre des PNIA. Au-del&agrave; des investissements publiques et priv&eacute;s, la mise en &oelig;uvre d&rsquo;une politique agricole n&eacute;cessite des lois, r&eacute;glementations et proc&eacute;dures cr&eacute;ant un environnement favorable au d&eacute;veloppement des exploitations agricoles et du secteur agro-alimentaire. Dans ce cadre, les &eacute;tudes ont not&eacute; par exemple, la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;&eacute;liminer les entraves au d&eacute;veloppement des march&eacute;s nationaux et r&eacute;gionaux.

G&eacute;n&eacute;ralement, en Afrique de l&rsquo;Ouest, il est reconnu que des efforts notables ont &eacute;t&eacute; faits depuis l&rsquo;adoption de la D&eacute;claration de Maputo, notamment en ce qui concerne la formulation de l&rsquo;ECOWAP/PDDAA en 2005, et des PNIA et du PRIA par la suite. Fait &agrave; souligner, les participants &agrave; la conf&eacute;rence de Monrovia n&rsquo;ont pas critiqu&eacute; l&rsquo;ECOWAP/PDDAA, preuve s&rsquo;il en faut que la formulation de cette politique a &eacute;t&eacute; r&eacute;ellement participative. Pour citer le Pr&eacute;sident honoraire du ROPPA, Mamadou Cissokho, &laquo; Il n&rsquo;y a rien &agrave; inventer. Si on s&rsquo;engage &agrave; mettre en &oelig;uvre l&rsquo;ECOWAP/PDDAA, on pourra relever les d&eacute;fis auxquels est confront&eacute;e la r&eacute;gion &raquo;.

Effectivement, il y a un consensus selon lequel c&rsquo;est la mise en &oelig;uvre aux niveaux r&eacute;gional et national qui est d&eacute;fectueuse, emp&ecirc;chant une r&eacute;elle transformation de l&rsquo;agriculture et une am&eacute;lioration significative de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire. En effet, les &eacute;tudes du ROPPA indiquent qu&rsquo;au cours des 10 derni&egrave;res ann&eacute;es le taux de croissance de la productivit&eacute; agricole pour l&rsquo;ensemble de la r&eacute;gion n&rsquo;a quasiment pas chang&eacute; par rapport &agrave; la p&eacute;riode pr&eacute;-Maputo. L&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire et la pauvret&eacute; restent end&eacute;miques. Il &eacute;tait donc opportun que les ministres r&eacute;unis &agrave; Lom&eacute; renouvellent les engagements de Maputo et qu&rsquo;ils confirment leur volont&eacute; de mobiliser les ressources n&eacute;cessaires pour les r&eacute;aliser.

(*) Le Centre europ&eacute;en pour la gestion des politiques de d&eacute;veloppement (ECDPM) est un laboratoire de r&eacute;flexion et d&rsquo;action. L&rsquo;objectif principal du Centre est de faciliter des partenariats de d&eacute;veloppement entre l&rsquo;UE et l&rsquo;h&eacute;misph&egrave;re Sud, principalement l&rsquo;Afrique. ECDPM combine une connaissance solide sur les fa&ccedil;ons de formuler des politiques de d&eacute;veloppement efficaces avec une exp&eacute;rience pratique de leur mise en &oelig;uvre afin de renforcer les capacit&eacute;s de gestion des institutions dans les pays d&rsquo;Afrique, des Cara&iuml;bes et du Pacifique et d&rsquo;am&eacute;liorer les relations entre l&rsquo;Union europ&eacute;enne et les pays ACP.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1609 2013-11-22 text/htmlfr
Baisse des prix mondiaux des céréales, meilleure sécurité alimentaire au Sahel ? (Cet article a &eacute;t&eacute; publi&eacute; dans une version plus courte dans le num&eacute;ro Afrique Agriculture 397 de novembre/d&eacute;cembre 2013.)

Contrairement &agrave; l&rsquo;an dernier, les principaux pays producteurs de c&eacute;r&eacute;ales de l&rsquo;h&eacute;misph&egrave;re nord auront &eacute;t&eacute; &eacute;pargn&eacute;s par la m&eacute;t&eacute;orologie en 2013. Ainsi, selon le Conseil international des c&eacute;r&eacute;ales, le monde devrait conna&icirc;tre un bond de la production de c&eacute;r&eacute;ales de plus de 10 % par rapport &agrave; 2012.

Cependant, la reconstitution des stocks s&rsquo;annonce modeste (particuli&egrave;rement en bl&eacute;), et si, au cours des derniers mois, les prix ont suivi une tendance baissi&egrave;re, ils demeurent nettement plus &eacute;lev&eacute;s qu&rsquo;au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000. Dans ce contexte mondial apais&eacute; sur le march&eacute; des c&eacute;r&eacute;ales, quelles sont les perspectives alimentaires dans l&rsquo;une des r&eacute;gions o&ugrave; cette pr&eacute;occupation est la plus forte, l&rsquo;Afrique sah&eacute;lienne(1) &nbsp;?

La situation y appara&icirc;t encore incertaine. Alors que la FAO a r&eacute;cemment alert&eacute;(2) sur une p&eacute;riode de soudure inter-campagne tr&egrave;s d&eacute;licate, les perspectives quant aux prochaines r&eacute;coltes c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res demeurent favorables&hellip; mais d&eacute;pendent fortement des &eacute;volutions de la m&eacute;t&eacute;orologie jusqu&rsquo;aux r&eacute;coltes, qui se d&eacute;rouleront en novembre. Dans un rapport publi&eacute; conjointement en octobre(3) la FAO et le PAM (Programme alimentaire mondial) tablent sur des r&eacute;coltes moyennes. En cause, le retard et le d&eacute;ficit de pluie du d&eacute;but de saison, et la poursuite tardive de celles-ci en octobre. En effet, des exc&egrave;s d&rsquo;eau pourraient provoquer des pertes de r&eacute;colte (pourriture et germination des grains).

En outre, il faut int&eacute;grer le fait que la capillarit&eacute; entre les march&eacute;s mondiaux et ceux de la r&eacute;gion sah&eacute;lienne est toute relative. En effet, alors que dans la majorit&eacute; des pays importateurs, un d&eacute;faut de production est compens&eacute; par un volume d&rsquo;importation accru, en Afrique sah&eacute;lienne c&rsquo;est la consommation qui constitue la principale variable d&rsquo;ajustement. Lorsqu&rsquo;on observe les bilans offre-demande de c&eacute;r&eacute;ales et de tubercules dans cette r&eacute;gion du monde(4), il est &eacute;tonnant de constater que la consommation int&eacute;rieure est tr&egrave;s &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la production. Les importations &ndash; presque uniquement du riz et du bl&eacute; &ndash; n&rsquo;absorbent pas la diff&eacute;rence entre production et demande : alors que les variations des productions atteignent jusqu&rsquo;&agrave; 26 % d&rsquo;une ann&eacute;e sur l&rsquo;autre, les importations ne viennent compenser ces variations qu&rsquo;&agrave; hauteur de 4 % au maximum. Au Sahel, les infrastructures de stockage, hormis celles des ports d&rsquo;importation, sont nettement insuffisantes pour pouvoir permettre de reporter un &eacute;ventuel surplus d&rsquo;une campagne sur la suivante. Sur le terrain, on observe que le cheptel animal absorbe seulement en partie les variations de production, par une augmentation ou une diminution de sa taille en fonction des surplus ou d&eacute;ficits. C&rsquo;est donc finalement la consommation humaine qui doit s&rsquo;adapter. Ce constat se v&eacute;rifie tout particuli&egrave;rement pour les pays les plus enclav&eacute;s ; ceux qui disposent d&rsquo;une fa&ccedil;ade maritime, comme le S&eacute;n&eacute;gal, peuvent plus facilement recourir aux march&eacute;s internationaux en cas d&rsquo;insuffisance de leur production domestique.

La transmission des prix internationaux aux prix int&eacute;rieurs est plus ou moins prononc&eacute;e, en fonction du produit concern&eacute; et de la distance aux zones d&rsquo;importation. La probl&eacute;matique logistique est majeure et l&rsquo;on observe que les m&eacute;canismes &laquo; classiques &raquo; de march&eacute; ne permettent pas de r&eacute;partir les produits des zones o&ugrave; il y en a trop, vers celles o&ugrave; il n&rsquo;y en a pas assez, des endroits o&ugrave; les prix sont les plus bas vers ceux o&ugrave; ils sont plus &eacute;lev&eacute;s.

Aujourd&rsquo;hui, un march&eacute; mondial des c&eacute;r&eacute;ales apais&eacute; ne pr&eacute;sage que marginalement du niveau de s&eacute;curit&eacute; alimentaire que l&rsquo;on aura dans les prochains mois en Afrique sah&eacute;lienne. Celle-ci restera dict&eacute;e essentiellement par le niveau des productions locales et l&rsquo;alimentation humaine demeurera la principale variable d&rsquo;ajustement.

(1) Par Afrique sah&eacute;lienne on entend les pays suivants : Burkina Faso, Cap Vert, Gambie, Guin&eacute;e Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, S&eacute;n&eacute;gal et Tchad.
(2)&nbsp;http://www.fao.org/news/story/fr/item/195932/icode/
(3)&nbsp;FAO PAM Note conjointe S&eacute;curit&eacute; Alimentaire n&deg;50&nbsp;
(4) D&rsquo;apr&egrave;s les chiffres &eacute;tablis par le d&eacute;partement am&eacute;ricain de l&rsquo;Agriculture pour les c&eacute;r&eacute;ales (bl&eacute;, ma&iuml;s, sorgho, mil et riz) et par la FAO pour les tubercules (igname, manioc).]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1604 2013-11-07 text/htmlfr
Journée mondiale de l’alimentation : un besoin de clarification
&laquo; Inutile d&rsquo;augmenter la production agricole : il suffit de mieux r&eacute;partir ce qu&rsquo;on produit actuellement et de r&eacute;duire les pertes &raquo;

En r&eacute;alit&eacute;, si l&rsquo;on divise la production alimentaire actuelle par la population pr&eacute;vue en 2050, la quantit&eacute; de calories disponible par personne reste inf&eacute;rieure &agrave; la ration moyenne recommand&eacute;e pour subvenir aux besoins. Et ce, m&ecirc;me si l&rsquo;on prend en compte les pertes de nourriture estim&eacute;es avant mise &agrave; disposition des consommateurs. Ajoutons qu&rsquo;on ne peut raisonner uniquement en termes de r&eacute;partition de la production mondiale, sauf &agrave; accro&icirc;tre fortement la d&eacute;pendance de certaines r&eacute;gions vis-&agrave;-vis des importations. Dans les prochaines d&eacute;cennies, il faudra donc augmenter sensiblement la production agricole, en particulier en Afrique subsaharienne o&ugrave; la population devrait doubler d&rsquo;ici &agrave; 2050.

Certes, l&rsquo;objection est connue : c&rsquo;est la pauvret&eacute; qui est la cause principale de la faim. Quand il s&rsquo;agit de renforcer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, disent certains, l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture prime sur la disponibilit&eacute; des productions locales, car on peut toujours recourir aux importations. Mais ce raisonnement omet une donn&eacute;e fondamentale : la majorit&eacute; des pauvres d&eacute;pend de l&rsquo;agriculture pour vivre. Produire davantage peut leur permettre d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; une alimentation plus abondante, plus nutritive et plus saine et d&rsquo;acheter aussi d&rsquo;autres produits et services utiles &agrave; leur famille.

&laquo; Les biocarburants menacent la s&eacute;curit&eacute; alimentaire : manger ou conduire, il faut choisir &raquo;

En r&eacute;alit&eacute;, la plupart des &eacute;tudes disponibles montre que si les biocarburants ont un impact indiscutable sur les prix des cultures, celui-ci ne repr&eacute;sente qu&rsquo;une part mineure de la hausse des prix alimentaires observ&eacute;e ces derni&egrave;res ann&eacute;es. Le rench&eacute;rissement du p&eacute;trole, la baisse des stocks de grains, les fluctuations des taux de change&hellip; en sont les principaux d&eacute;terminants. Force est de constater que l&rsquo;augmentation des prix alimentaires internationaux en valeur r&eacute;elle, depuis le milieu des ann&eacute;es 2000, n&rsquo;a pas infl&eacute;chi la baisse de la sous-alimentation dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement (graphique).

Evolution des prix alimentaires internationaux en valeur r&eacute;elle
et de la pr&eacute;valence de la sous-alimentation dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement
1/ Indice des prix r&eacute;els des produits alimentaires d&eacute;flat&eacute;s par l&rsquo;indice des prix des produits manufactur&eacute;s de la Banque&nbsp;mondiale (2002-2004 = 100)&nbsp; 2/ Pr&eacute;valence de la sous-alimentation dans les r&eacute;gions en d&eacute;veloppement (%)
Source : d&#39;apr&egrave;s FAO

Certes, l&rsquo;indicateur de pr&eacute;valence de la sous-alimentation est loin d&rsquo;&ecirc;tre parfait. Il mesure la faim sur une p&eacute;riode d&rsquo;un an et ne refl&egrave;te pas l&rsquo;effet des chocs de prix conjoncturels ; sa valeur moyenne masque l&rsquo;impact subi par les m&eacute;nages les plus vuln&eacute;rables et le niveau pr&eacute;occupant de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire dans les r&eacute;gions les plus touch&eacute;es, notamment l&rsquo;Asie du Sud et l&rsquo;Afrique subsaharienne. Cependant, comme le souligne la FAO, les variations des prix internationaux des produits alimentaires se transmettent faiblement aux prix &agrave; la consommation dans les pays en d&eacute;veloppement. L&rsquo;impact de la hausse du prix du ma&iuml;s am&eacute;ricain ou du colza europ&eacute;en li&eacute;e &agrave; la production d&rsquo;&eacute;thanol ou de biodiesel ne doit donc pas &ecirc;tre surestim&eacute;. Enfin, la surface d&eacute;volue aux biocarburants dans le monde a cr&ucirc; rapidement depuis 2000, mais elle est relativement limit&eacute;e et ne d&eacute;passe pas celle consacr&eacute;e au coton. Bien plus de terres sont &laquo; perdues &raquo;, chaque ann&eacute;e, pour les cultures alimentaires du fait de l&rsquo;expansion urbaine, de la construction d&rsquo;infrastructures et de la reforestation, qu&rsquo;&agrave; cause des biocarburants. Contrairement aux craintes souvent exprim&eacute;es, la superficie totale r&eacute;colt&eacute;e pour l&rsquo;alimentation, au niveau de la plan&egrave;te, a progress&eacute; depuis dix ans.

Il reste qu&rsquo;un cadre politique et r&eacute;glementaire est indispensable pour &eacute;viter de graves dommages environnementaux, comme la destruction des for&ecirc;ts primaires, et l&rsquo;&eacute;viction des petits agriculteurs, parfois chass&eacute;s de leurs terres par des projets agro-industriels. Mais la protection des droits fonciers des paysans s&rsquo;impose quel que soit le d&eacute;bouch&eacute; de ces projets, alimentaire ou non alimentaire. Lorsqu&rsquo;un encadrement politique favorable est mis en place, les biocarburants peuvent profiter aux petits agriculteurs et aux r&eacute;gions d&eacute;favoris&eacute;es, comme en t&eacute;moigne le Programme biodiesel au Br&eacute;sil.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

&laquo; Il faut augmenter la productivit&eacute; de l&rsquo;agriculture, car elle montre des signes inqui&eacute;tants d&rsquo;essoufflement &raquo;

On ne soulignera jamais assez l&rsquo;importance cruciale de la productivit&eacute;, trop souvent confondue avec le productivisme. L&rsquo;augmentation de la productivit&eacute; agricole, d&eacute;finie par le rapport entre le volume de la production et la quantit&eacute; de facteurs de production (terre, travail, capital) mobilis&eacute;e pour cette production, permet en effet, gr&acirc;ce &agrave; la baisse des co&ucirc;ts de production unitaires, d&rsquo;accro&icirc;tre simultan&eacute;ment le revenu des producteurs et des consommateurs de produits alimentaires. Elle lib&egrave;re en outre des actifs agricoles pour travailler dans d&rsquo;autres secteurs, th&eacute;oriquement plus productifs, et constitue ainsi un moteur majeur du d&eacute;veloppement. De plus, am&eacute;liorer la productivit&eacute; est une condition imp&eacute;rative pour rendre les productions locales comp&eacute;titives avec les produits import&eacute;s.

Encore faut-il s&rsquo;entendre sur le terme &laquo; productivit&eacute; &raquo;. C&rsquo;est la productivit&eacute; totale des facteurs (PTF) qui est l&rsquo;indicateur idoine pour mesurer l&rsquo;effet du progr&egrave;s technique et organisationnel, mais elle est difficile &agrave; mesurer et on se rabat souvent sur les productivit&eacute;s &laquo; partielles &raquo; de la terre et du travail agricoles. Or, si les rendements des cultures stagnent dans certains pays (par exemple le bl&eacute; en France), on n&rsquo;observe pas de ralentissement significatif de la PTF dans les diff&eacute;rentes r&eacute;gions du monde, m&ecirc;me si l&rsquo;impact potentiel du changement climatique incite &agrave; la prudence pour l&rsquo;avenir. En revanche, l&rsquo;Afrique subsaharienne souffre de niveaux de productivit&eacute; particuli&egrave;rement bas, tant pour les rendements que pour le travail agricole. Aucune am&eacute;lioration durable des revenus des paysans africains n&rsquo;est envisageable s&rsquo;ils ne produisent pas davantage par actif.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

Pr&eacute;cisons qu&rsquo;il est tr&egrave;s r&eacute;ducteur de se polariser sur la productivit&eacute; agricole stricto sensu. Renforcer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire implique en fait d&rsquo;am&eacute;liorer la productivit&eacute; globale des fili&egrave;res agroalimentaires. Or il existe un gisement &eacute;norme d&rsquo;efficacit&eacute; dans les secteurs situ&eacute;s en amont (intrants) et en aval (transport, transformation, distribution des denr&eacute;es) des exploitations agricoles. Comme l&rsquo;indiquent les &eacute;tudes de l&rsquo;IFPRI en Asie, lorsque ces secteurs se modernisent, le nombre d&rsquo;interm&eacute;diaires s&rsquo;amenuise et la part du prix au d&eacute;tail qui revient &agrave; l&rsquo;agriculteur s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve. En outre, les techniques de conservation des produits alimentaires se perfectionnent, ce qui diminue les pertes.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

&laquo;L&rsquo;intensification conventionnelle n&rsquo;est pas durable, place &agrave; l&rsquo;agro-&eacute;cologie&raquo;

En r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;am&eacute;lioration de la durabilit&eacute; des syst&egrave;mes de production se joue d&rsquo;abord dans l&rsquo;adaptation des techniques d&rsquo;intensification conventionnelle, plus que dans une hypoth&eacute;tique r&eacute;volution agricole qui voudrait faire table rase des progr&egrave;s accumul&eacute;s depuis la Seconde Guerre mondiale. Il existe de grandes marges de man&oelig;uvre pour &laquo; verdir &raquo; les techniques actuelles de culture et d&rsquo;&eacute;levage, gr&acirc;ce &agrave; la g&eacute;n&eacute;ralisation des rotations culturales, la simplification du travail du sol, la mise au point de vari&eacute;t&eacute;s plus productives (pour un m&ecirc;me niveau d&rsquo;intrants) ou encore une pr&eacute;cision accrue des apports d&rsquo;engrais et de produits phytosanitaires, gr&acirc;ce aux dispositifs satellitaires. La red&eacute;couverte de l&rsquo;agronomie est le signe indubitable d&rsquo;une plus grande &eacute;cologisation des syst&egrave;mes de production, qui ne fait sans doute que commencer.&nbsp;

Reconnaissons &agrave; la fois les impasses d&rsquo;un productivisme d&eacute;brid&eacute; et les promesses d&rsquo;une intensification conventionnelle renouvel&eacute;e, qui ma&icirc;triserait toujours davantage ses impacts sanitaires et environnementaux. Dans les pays en d&eacute;veloppement, augmenter de mani&egrave;re raisonn&eacute;e l&rsquo;utilisation d&rsquo;intrants reste une priorit&eacute; &agrave; court terme pour accro&icirc;tre rapidement le revenu des agriculteurs qui en consomment peu, faute de moyens. Cela n&rsquo;est pas contradictoire avec une r&eacute;orientation des efforts de recherche-d&eacute;veloppement en vue de mettre au point des techniques culturales plus innovantes, s&rsquo;appuyant sur le fonctionnement des &eacute;cosyst&egrave;mes et visant &agrave; r&eacute;duire la d&eacute;pendance des exploitations &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des &eacute;nergies fossiles. Mais cette r&eacute;orientation, l&eacute;gitime, risque de ne pas produire ses fruits avant longtemps. Enfin, l&rsquo;expression &laquo;agriculture &eacute;cologiquement intensive&raquo; est ins&eacute;cable : l&rsquo;enjeu est d&rsquo;am&eacute;liorer simultan&eacute;ment les performances &eacute;conomique et environnementale des fili&egrave;res agroalimentaires, sans sacrifier ind&ucirc;ment l&rsquo;une &agrave; l&rsquo;autre. .&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;

&laquo; Les politiques publiques ont montr&eacute; leurs limites, au secteur priv&eacute; d&rsquo;investir dans l&rsquo;agriculture &raquo;

Les agriculteurs sont les acteurs centraux des fili&egrave;res agroalimentaires. On ne gagnera pas la bataille contre la faim et la pauvret&eacute; si les petites et moyennes exploitations n&rsquo;ont pas les moyens d&rsquo;investir pour produire plus et mieux et r&eacute;pondre en quantit&eacute; et en qualit&eacute; &agrave; la demande alimentaire urbaine, en pleine expansion.&nbsp;&nbsp;

Cette Journ&eacute;e mondiale de l&rsquo;alimentation nous invite &agrave; ne pas nous tromper de cible: le v&eacute;ritable scandale n&rsquo;est pas que les prix agricoles augmentent, mais que les petits agriculteurs des pays en d&eacute;veloppement ne puissent pas en tirer parti - faute de cr&eacute;dit abordable pour acheter des intrants, &agrave; cause du manque de dispositifs efficaces pour se pr&eacute;munir contre les al&eacute;as ou en raison de leurs difficult&eacute;s &agrave; s&rsquo;int&eacute;grer dans des fili&egrave;res performantes. L&rsquo;argent est le nerf de la guerre ; les banquiers et les assureurs ont un r&ocirc;le majeur &agrave; jouer pour accompagner la modernisation des agricultures dans les pays les moins avanc&eacute;s. Il en est de m&ecirc;me pour les transformateurs agroalimentaires, qui peuvent faire acc&eacute;der les petits producteurs au march&eacute;. Cependant, l&rsquo;histoire des pays d&eacute;velopp&eacute;s le montre : dans ces domaines comme dans d&rsquo;autres, rien ne se fera sans des politiques publiques fortes, dot&eacute;es de moyens substantiels et visant &agrave; favoriser l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;exploitations familiales &agrave; vocation entrepreneuriale. Des exploitations financi&egrave;rement robustes, capables de produire et de valoriser leurs productions et de catalyser ainsi durablement le d&eacute;veloppement.
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Value Added Services to extend the potential of agricultural insurance products Des services &agrave; valeur ajout&eacute;e pour &eacute;tendre le potentiel de l&#39;assurance agricole

The Centre for Insurance and Risk Management (CIRM) Advisory Services, a specialized design and research centre based in Chennai, India, is committed to stimulating greater market outreach of risk management solutions among vulnerable households. In order to develop an efficient outreach and ensure delivery of formal risk management solutions, the Centre has chosen to be a niche player and focus on microinsurance and risk management solutions under four axes: Health, Agriculture, Livestock and Catastrophe.

Agriculture, an important occupation for people in many developing countries, is affected by various production risks such as unfavourable weather conditions, diseases and pests, storage and processing risks, and catastrophe. Various risk mitigation strategies are used by the farmers to overcome the adverse effects of such risks. These strategies include informal methods like reduction of consumption expenditure, informal borrowing, distress sale of assets and migration, and formal methods like formal credit, insurance, cash transfer and disaster relief.

Most of the traditional informal risk management strategies used by farmers in developing countries, like those listed above, are ex-post in nature. However, there is a requirement for more ex-ante risk mitigation/transfer strategies which would help the farmers concentrate on important production related activities rather than on management of risk related losses. Weather Index Insurance (WII)&nbsp;is a market-based ex-ante weather risk transfer mechanism which helps the farmers to increase their resilience towards such risks. It is now being used by farmers in many developing countries like India (world&rsquo;s largest WII market), Malawi, Ethiopia&nbsp; and Kenya. Gine, Townsend &amp; Vickery&nbsp;define weather index-based insurance as &ldquo;A product whose pay-outs are linked to a publicly observable index, such as rainfall recorded on a local rain gauge&rdquo;. They state that weather index insurance is characterised by transparency and cost effectiveness. However, the key issue which crops up when we speak about insurance is: client willingness for product uptake.

WII products have traditionally suffered from problems of low voluntary product take-up and renewal. A recent study&nbsp; highlights this problem for India, indicating that a majority of farmers under the Weather Based Crop Insurance Scheme (WBCIS)&nbsp; are covered under a compulsory program, requiring them to buy insurance because they are taking loans. Voluntary purchase of insurance by farmers is low. One of the key reasons for low penetration of insurance is low perceived value of the insurance product. The farmers may prefer to spend their money on other important activities, such as, purchasing agricultural inputs, rather than on insurance with an uncertain payout. Even if a farmer purchases the product, he/she may not want to renew the product for the following years if she/he does not receive a claim pay-out in a particular year.

To address this problem of low uptake driven by poor perceived value, one of the solutions suggested is bundling of the insurance product with a Value Added Service (VAS), which would deliver tangible benefits in order to improve client value for the product. The annual report (2012)&nbsp; of the Microinsurance Innovation Facility, International Labour Organization&nbsp; highlights this fact in the section &ldquo;Improving Client Value&rdquo; and explains it through the examples of Health Microinsurance (HMI) products covering inpatient services, bundled with the VAS of outpatient care.

In case of these VAS in HMI, the tangible benefit to the client is improved health care through outpatient services, even when he/she may not be able to utilize the inpatient services covered by the insurance product. The VASs which may be considered when speaking about agro-insurance are: linking the product with savings or bundling them with free/subsidized agriculture inputs like seeds/fertilizers etc., which farmers will value. In case of WII insurance, another important VAS which is being considered is - provision of free timely weather forecasts to client farmers. These weather forecasts would help the farming community take timely preventive measures to reduce damage to crops and make them resilient towards weather related risks, thereby generating additional client value for such bundled products.

To test this hypothesis CIRM conducted a study in 7 districts in India. In 2009, Weather Risk Management Services Ltd. (WRMS)&nbsp;introduced a weather (rainfall) index insurance product for small and marginal farmers in these districts. In addition to the insurance, the farmers were also provided with free weather forecasts as a VAS. The system of delivery of these weather forecasts was also unique. They were delivered as SMSs to the mobile phones of the client farmers. An evaluation study for one of the districts was undertaken in 2011-12 to assess among other things, the incremental perceived value generated by the provision of the VAS of weather forecasts.

Significant challenges were faced during execution of this intervention and the VAS intervention failed to improve client value for the product. The survey revealed that only 61% of the client farmers had access to a mobile phone. Thus, not everyone received the weather forecasts. Additionally, most of the client farmers could not recognize and distinguish the forecast messages from other messages. The fraction of clients who felt that the SMSs were regular, relevant, trustworthy and useful was also very low. A factor which may have led to such a feedback among farmers could be the usage of English (instead of the vernacular language: Bengali) as the language for communication in most SMSs. We also found that the clients preferred other channels of weather forecasts, like TV, Radio or discussion with neighbours, rather than SMS based forecasts. The clients were also not aware that the SMS based weather forecasts were based on new local weather stations and therefore more reliable than other channels which did not have access to the localized information from these weather stations. The project partners were aware of some of these challenges but were unable to tinker the product due to pre-existing project plan governed by contractual arrangements.

To sum up, we strongly believe that agriculture insurance programmes like WII are highly beneficial ex-ante risk transfer mechanisms for poor and vulnerable farmers, but they suffer from a problem of low voluntary uptake. Bundling insurance products with VASs is one of the possible ways to improve client value for the product and increase take-up. Delivering weather forecasts as a VAS has tremendous potential to improve client value for the WII products. However, we were unable to validate this hypothesis in the above experiment due to various operational challenges. Learning from this experience we would recommend budgeting extra time and resources for product tinkering to meet localised client needs. Furthermore, the experiments show that it is desirable to adapt the project objectives based on changing goals of the partners. Value Added Services extend the potential of insurance products that should be included in a broader strategy of risk management, for the benefit of family farms.
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Tunisie : quelle cohérence des politiques de l’eau dans le contexte post-révolution ?

En effet, la Tunisie est le pays du Maghreb qui fait face aux risques les plus importants de d&eacute;ficit en eau. Avec une disponibilit&eacute; de 470 m3/habitant/an, le pays est aujourd&rsquo;hui class&eacute; en situation de stress hydrique. Au risque de p&eacute;nurie, s&rsquo;ajoute un grave ph&eacute;nom&egrave;ne de d&eacute;gradation et de contamination de la ressource, r&eacute;sultant de la surexploitation des nappes phr&eacute;atiques (1/4 d&rsquo;entre elles), de l&rsquo;intrusion marine et de la pollution. L&rsquo;explosion des besoins en eau, li&eacute;e &agrave; la croissance d&eacute;mographique, &agrave; l&rsquo;urbanisation et &agrave; la diversification des activit&eacute;s &eacute;conomiques, entra&icirc;ne une comp&eacute;tition croissante entre ses divers usages et remet en cause la place pr&eacute;pond&eacute;rante de l&rsquo;agriculture dans l&rsquo;utilisation des ressources hydriques (83 % des quantit&eacute;s totales utilis&eacute;es).

Apr&egrave;s la mise en &oelig;uvre d&rsquo;une strat&eacute;gie ax&eacute;e sur la mobilisation maximale des ressources et la construction de grands barrages (95 % des ressources sont d&eacute;j&agrave; mobilis&eacute;es), les politiques de l&rsquo;eau ont connu d&rsquo;importantes r&eacute;formes au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Celles-ci ont vis&eacute; une meilleure ma&icirc;trise de la demande en eau et un meilleur ciblage de son usage, &agrave; travers la mise en &oelig;uvre d&rsquo;instruments tarifaires et la diffusion de techniques d&rsquo;&eacute;conomie d&rsquo;eau. Elles se sont aussi accompagn&eacute;es de r&eacute;formes juridiques et institutionnelles qui ont permis le transfert de la gestion &agrave; des associations d&rsquo;usagers de l&rsquo;eau, plus couramment nomm&eacute;es groupements de d&eacute;veloppement agricole (GDA). Force est de constater cependant que le d&eacute;sengagement de l&rsquo;Etat du secteur de l&rsquo;eau n&rsquo;a pas permis une &laquo; rationalisation &raquo; de sa gestion et une v&eacute;ritable autonomisation des GDA.

La presqu&rsquo;&icirc;le du Cap Bon, situ&eacute;e dans le nord-est de la Tunisie, constitue un exemple int&eacute;ressant pour illustrer les dynamiques actuelles du secteur de l&rsquo;eau en M&eacute;diterran&eacute;e et les conflits dont fait l&rsquo;objet sa r&eacute;partition entre diff&eacute;rents usages et usagers.

Le Cap Bon, une r&eacute;gion m&eacute;diterran&eacute;enne &agrave; vocation agricole soumise &agrave; de fortes menaces de p&eacute;nurie d&rsquo;eau

Le Cap Bon est traditionnellement une r&eacute;gion de culture mara&icirc;ch&egrave;re et fruiti&egrave;re intensive, qui fournit environ 16 % de la production agricole nationale, avec seulement 4 % de la SAU totale du pays. Il s&rsquo;agit principalement de la production d&rsquo;agrumes, de tomates, de pommes de terre et de la viticulture. Le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture intensive et de cultures fortement consommatrices en eau y ont entrain&eacute; une surexploitation et une d&eacute;gradation des eaux souterraines. L&rsquo;&eacute;volution de la r&eacute;gion est marqu&eacute;e &eacute;galement par une forte urbanisation et le d&eacute;veloppement du tourisme sur les zones littorales qui entra&icirc;nent une augmentation rapide de la demande en eau potable. En raison notamment du d&eacute;ficit en eau, les conditions de l&rsquo;activit&eacute; agricole se sont fortement d&eacute;grad&eacute;es, ayant pour cons&eacute;quence un important mouvement d&rsquo;abandon des terres, plus particuli&egrave;rement dans les zones littorales.
Ceci a conduit les pouvoirs publics &agrave; mettre en &oelig;uvre, d&egrave;s la fin des ann&eacute;es 1980, un vaste programme de mobilisation des ressources en eau pour la sauvegarde de l&rsquo;agriculture irrigu&eacute;e et l&rsquo;approvisionnement en eau potable des zones urbaines. Les infrastructures existantes incluent cinq barrages, auquel s&rsquo;ajoute le canal Medjerda-Cap Bon qui assure le transfert des eaux du Nord &agrave; partir de plusieurs barrages construits sur la Medjerda, le fleuve le plus long du pays, et permet leur acheminement vers plusieurs p&eacute;rim&egrave;tres publics irrigu&eacute;s de la r&eacute;gion, situ&eacute;s dans les zones littorales.

Le Lebna au c&oelig;ur d&rsquo;un syst&egrave;me d&rsquo;interactions g&eacute;n&eacute;ratrices de tensions croissantes autour de l&rsquo;eau

La zone d&rsquo;&eacute;tude, objet de l&rsquo;analyse d&eacute;velopp&eacute;e dans cet article, est celle du bassin versant du Lebna qui couvre une superficie de 200 km2. Son r&eacute;seau hydrographique est constitu&eacute; de deux principaux oueds, El Widien et Bou Dokhane, &agrave; la jonction desquels a &eacute;t&eacute; construit le barrage du Lebna, le plus grand du Cap Bon. D&rsquo;une capacit&eacute; initiale de 30 millions de m3, le barrage devait assurer l&rsquo;alimentation de la nappe orientale du Cap Bon et l&rsquo;approvisionnement en eau des p&eacute;rim&egrave;tres am&eacute;nag&eacute;s pour l&rsquo;irrigation, situ&eacute;s en aval du barrage (p&eacute;rim&egrave;tres g&eacute;r&eacute;s par les GDA Ettadhamen et Barrage). Aujourd&rsquo;hui, les eaux du barrage, dont la capacit&eacute; de stockage a diminu&eacute; en raison de l&rsquo;envasement&nbsp; (23 millions de m3), sont &eacute;galement utilis&eacute;es par d&rsquo;autres usagers : les riverains du barrage, qui pompent directement sur la retenue, les p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s situ&eacute;s en dehors du bassin versant, la compagnie d&rsquo;exploitation et de distribution de l&rsquo;eau potable (SONEDE), enfin les usines de transformation. Le bassin versant et le barrage du Lebna se trouvent ainsi&nbsp; au c&oelig;ur d&rsquo;un syst&egrave;me d&rsquo;interactions qui g&eacute;n&egrave;rent des pressions accrues sur la ressource et des conflits croissants entre usagers.
Bas&eacute; sur les r&eacute;sultats d&rsquo;une recherche en cours r&eacute;alis&eacute;e dans le cadre du projet Approche biophysique et socio&eacute;conomique de la gestion de l&rsquo;eau dans la r&eacute;gion du Lebna-Cap Bon (Programme Sicmed/Mistrals - IRD/INRGREF/CNRS), cet article propose une analyse pr&eacute;liminaire des processus&nbsp; qui sont &agrave; l&rsquo;origine de pressions et de tensions accrues autour de l&rsquo;usage de l&rsquo;eau et de leur impact sur les pratiques de l&rsquo;agriculture.

Des facteurs d&rsquo;exacerbation des conflits d&rsquo;origine multiple

Il s&rsquo;agit tout d&rsquo;abord de l&rsquo;explosion des besoins en eau potable dont la satisfaction est consid&eacute;r&eacute;e comme prioritaire par les pouvoirs publics. Les pr&eacute;l&egrave;vements effectu&eacute;s par la SONEDE sur le canal Medjerda Cap Bon ont doubl&eacute; depuis 1997 et aujourd&rsquo;hui la r&eacute;partition des volumes pr&eacute;lev&eacute;s entre usages agricoles et non agricoles s&rsquo;est invers&eacute;e en faveur de la consommation en eau potable. En outre, la compagnie des eaux a install&eacute; r&eacute;cemment une station de pompage et de traitement des eaux sur le Lebna, pour faire face au manque d&rsquo;eau qu&rsquo;a connu la r&eacute;gion, suite &agrave; la s&eacute;cheresse de 2009-2010.
La pression croissante sur les eaux du Lebna et les conflits qu&rsquo;elle g&eacute;n&egrave;re r&eacute;sultent &eacute;galement de la diminution des quantit&eacute;s d&rsquo;eau disponibles pour les p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s aliment&eacute;s &agrave; l&rsquo;origine par d&rsquo;autres sources. L&rsquo;&eacute;puisement de la r&eacute;serve d&rsquo;eau du barrage Chiba,&nbsp; aujourd&rsquo;hui quasi-totalement envas&eacute;, oblige les irrigants des p&eacute;rim&egrave;tres de Chiba et de Korba Menzel Temime &agrave; recourir au canal Medjerda-Cap Bon. Ceci se fait au d&eacute;triment des b&eacute;n&eacute;ficiaires initiaux du canal qui sont les p&eacute;rim&egrave;tres de sauvegarde de Diar Hojjej, Lebna village et Tafelloun. Ces derniers sont d&eacute;sormais conduits &agrave; pr&eacute;lever aussi sur le barrage de Lebna, au moyen d&rsquo;une pompe diesel install&eacute;e sur la rive droite du barrage. Depuis la s&eacute;cheresse qu&rsquo;a connue la r&eacute;gion en 2009, les quantit&eacute;s pomp&eacute;es sur le barrage par les p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s initialement&nbsp; aliment&eacute;s par le Canal Medjerda Cap Bon ont &eacute;t&eacute; multipli&eacute;es par cinq. La pression sur les ressources du Lebna est aussi aggrav&eacute;e par l&rsquo;extension de p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s existants et l&rsquo;am&eacute;nagement de nouvelles zones d&rsquo;irrigation pour satisfaire les demandes sociales.

Des dispositifs de gestion locale de l&rsquo;eau d&eacute;faillants

Les tensions autour de l&rsquo;eau sont aggrav&eacute;es par le dysfonctionnement des GDA en charge de la gestion de l&rsquo;eau &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s. Tout d&rsquo;abord, les GDA, dont les recettes proviennent exclusivement de la vente d&rsquo;eau, sont confront&eacute;es &agrave; de s&eacute;rieuses difficult&eacute;s financi&egrave;res, li&eacute;es principalement aux impay&eacute;s (le taux de recouvrement des factures d&rsquo;eau ne d&eacute;passe pas 40 % des volumes consomm&eacute;s par les agriculteurs). Ce ph&eacute;nom&egrave;ne s&rsquo;est aggrav&eacute; depuis 2011 et l&rsquo;endettement des GDA a des r&eacute;percussions n&eacute;gatives sur leur capacit&eacute; &agrave; assurer l&rsquo;entretien des r&eacute;seaux et l&rsquo;approvisionnement en eau des adh&eacute;rents. A cela s&rsquo;ajoutent&nbsp; le manque de transparence dans la gestion financi&egrave;re des GDA et la faible l&eacute;gitimit&eacute; des conseils d&rsquo;administration, souvent contr&ocirc;l&eacute;s par les autorit&eacute;s locales et les acteurs &eacute;conomiques influents. Ceci donne lieu &agrave; des in&eacute;galit&eacute;s de traitement entre adh&eacute;rents et g&eacute;n&egrave;re des conflits, d&rsquo;une part, entre agriculteurs, d&rsquo;autre part entre les GDA et les agriculteurs qui se sentent l&eacute;s&eacute;s en mati&egrave;re d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau.
Les pressions croissantes qu&rsquo;exercent l&rsquo;explosion de la demande en eau, la mise en concurrence et l&rsquo;aggravation des conflits opposant les usagers des diff&eacute;rents p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s donnent lieu &agrave; des protestations r&eacute;guli&egrave;res de la part des b&eacute;n&eacute;ficiaires initiaux des eaux du barrage (p&eacute;rim&egrave;tres Ettadhamen et Lebna Barrage) qui contestent la position influente de certaines associations d&rsquo;usagers pour l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau du barrage. Les protestations, qui vont jusqu&rsquo;au sabotage des installations sur le barrage, sont &eacute;galement le fait des agriculteurs situ&eacute;s en amont du barrage qui estiment &ecirc;tre d&eacute;poss&eacute;d&eacute;s de &laquo; leur &raquo; eau.&nbsp;&nbsp;

Des strat&eacute;gies d&rsquo;adaptation qui aggravent la pression sur l&rsquo;eau et les in&eacute;galit&eacute;s entre agriculteurs

Dans ce contexte d&rsquo;exacerbation des pressions sur l&rsquo;eau, diverses strat&eacute;gies d&rsquo;adaptation sont d&eacute;ploy&eacute;es par les usagers. A l&rsquo;&eacute;chelle des p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s, on observe des strat&eacute;gies d&rsquo;autonomisation par rapport &agrave; l&rsquo;organisation collective de la gestion&nbsp; de l&rsquo;eau. Les GDA n&rsquo;&eacute;tant pas toujours en mesure de satisfaire les besoins en eau de leurs adh&eacute;rents, en quantit&eacute; et en temps voulus, plusieurs agriculteurs ont mis en place des solutions alternatives, telles que le contournement des tours d&rsquo;eau, la construction de bassins de stockage et de r&eacute;servoirs, l&rsquo;acquisition de motopompes individuelles pour pr&eacute;lever directement sur le barrage, le retour &agrave; l&rsquo;exploitation des puits et la construction de forages ill&eacute;gaux. Dans le p&eacute;rim&egrave;tre d&rsquo;Ettadhaman, irrigu&eacute; au d&eacute;part par les eaux du barrage Lebna, 40 % des eaux actuellement utilis&eacute;es par les agriculteurs proviendraient des puits priv&eacute;s. L&rsquo;administration r&eacute;gionale de l&rsquo;agriculture avance par ailleurs le chiffre de 1 000 forages construits de mani&egrave;re illicite depuis 2011, dans le gouvernorat de Nabeul. Ces strat&eacute;gies ont pour effet d&rsquo;aggraver les probl&egrave;mes li&eacute;s &agrave; la surexploitation de la ressource et se traduisent par un manque &agrave; gagner important pour les associations d&rsquo;usagers qui assurent la vente de l&rsquo;eau.&nbsp;

Les difficult&eacute;s d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau conduisent &eacute;galement certains groupes d&rsquo;agriculteurs &agrave; r&eacute;duire les superficies cultiv&eacute;es en irrigu&eacute; (cultures mara&icirc;ch&egrave;res, en particulier la tomate) et &agrave; r&eacute;introduire les cultures en sec (fourrages et c&eacute;r&eacute;ales). L&rsquo;abandon de l&rsquo;irrigation, surtout par les plus petits agriculteurs, se traduit par une diminution notable du nombre d&rsquo;adh&eacute;rents des GDA.
Ces &eacute;volutions s&rsquo;accompagnent de tendances contradictoires qui se traduisent chez les cat&eacute;gories d&rsquo;agriculteurs les plus dot&eacute;s par un d&eacute;veloppement important des cultures &agrave; forte valeur ajout&eacute;e et une intensification de l&rsquo;usage de l&rsquo;eau (en particulier pour la culture des fraises). Outre un ph&eacute;nom&egrave;ne de diff&eacute;renciation des exploitations du point de vue des syst&egrave;mes de production, les enqu&ecirc;tes pr&eacute;liminaires font ressortir un mouvement de concentration des exploitations, notamment &agrave; travers le d&eacute;veloppement de la location des terres par des promoteurs agricoles ext&eacute;rieurs &agrave; la r&eacute;gion. Ces dynamiques se traduisent&nbsp; par une diff&eacute;renciation sociale accrue au sein de l&rsquo;agriculture de la r&eacute;gion -autrefois domin&eacute;e par la petite exploitation familiale- qui oppose de plus en plus fortement des petits agriculteurs marginalis&eacute;s &eacute;conomiquement et un groupe &eacute;mergent d&rsquo;entrepreneurs agricoles ins&eacute;r&eacute;s dans les march&eacute;s internationaux.

De la pr&eacute;dominance des solutions techniques &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de politiques publiques coh&eacute;rentes et int&eacute;grant les multiples enjeux de la gestion de l&rsquo;eau

Face &agrave; ces &eacute;volutions et en particulier &agrave; l&rsquo;accroissement de la demande et des conflits autour de l&rsquo;eau, les autorit&eacute;s publiques axent leur strat&eacute;gie sur l&rsquo;augmentation de l&rsquo;offre d&rsquo;eau, &agrave; travers les solutions essentiellement techniques : meilleure interconnexion entre barrages et rehaussement des retenues existantes, installation d&rsquo;une pompe &eacute;lectrique sur barrage Lebna pour l&rsquo;irrigation compl&eacute;mentaire des p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s initialement par le barrage Chiba et l&rsquo;approvisionnement en eau de ce dernier, d&eacute;doublement de la conduite eaux du Nord-Chiba, d&eacute;doublement du Canal Merdjerda Cap Bon &agrave; l&rsquo;horizon 2030, d&eacute;veloppement des eaux non conventionnelles (eaux us&eacute;es, dessalement).

Sur le plan institutionnel, les solutions pr&eacute;conis&eacute;es apparaissent contradictoires. Ainsi, on propose d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; de renforcer les capacit&eacute;s de gestion des associations d&rsquo;usagers, de l&rsquo;autre d&rsquo;encourager la participation du secteur priv&eacute; local et r&eacute;gional, &agrave; travers des contrats de partenariats public-priv&eacute;. En l&rsquo;absence d&rsquo;actions concr&egrave;tes d&rsquo;appui aux GDA, ceci reviendrait &agrave; marginaliser ou &agrave; mettre &agrave; l&rsquo;&eacute;cart les usagers dans la gestion de l&rsquo;eau. De fait, leur r&ocirc;le se limite aujourd&rsquo;hui &agrave; la vente de l&rsquo;eau et comme cela a &eacute;t&eacute; soulign&eacute;, leur nombre d&rsquo;adh&eacute;rents a connu une baisse notable. Et les strat&eacute;gies individuelles d&rsquo;autonomisation des irrigants par rapport &agrave; l&rsquo;organisation collective de l&rsquo;eau se d&eacute;veloppent. Signalons &eacute;galement que les difficult&eacute;s de fonctionnement des GDA d&rsquo;eau potable, aggrav&eacute;es par l&rsquo;augmentation des impay&eacute;s et le ph&eacute;nom&egrave;ne des branchements illicites au r&eacute;seau, favorisent aujourd&rsquo;hui le d&eacute;veloppement d&rsquo;un commerce priv&eacute; de l&rsquo;eau qui &eacute;chappe &agrave; toute r&eacute;glementation, aussi bien en mati&egrave;re de prix, que de normes sanitaires.

Sur le plan des pratiques agricoles, les pr&eacute;conisations des pouvoirs publics, qui font &eacute;galement ressortir quelques incoh&eacute;rences, portent sur la r&eacute;duction des cultures consommatrices en eau (la tomate) et l&rsquo;augmentation de la productivit&eacute;, l&rsquo;am&eacute;lioration des assolements, enfin le d&eacute;veloppement du mara&icirc;chage et des fourrages d&rsquo;hiver (pour l&rsquo;&eacute;levage laitier). Mais ces pr&eacute;conisations ne se traduisent pas dans des changements r&eacute;els de pratiques, faute d&rsquo;actions globales d&rsquo;appui aux agriculteurs.

En conclusion, la gestion de l&rsquo;eau dans la zone d&rsquo;&eacute;tude met en &eacute;vidence les incoh&eacute;rences des politiques publiques, guid&eacute;es - au-del&agrave; des discours sur la rationalisation de la gestion de l&rsquo;eau- par une logique pr&eacute;dominante de satisfaction de la demande et caract&eacute;ris&eacute;e par la poursuite d&rsquo;une gestion de l&rsquo;offre, au d&eacute;triment d&rsquo;une gestion durable et &eacute;quitable de la ressource. Pour satisfaire cette demande, ce sont essentiellement des solutions techniques qui sont mises en avant, ainsi qu&rsquo;une approche en termes de gestion de volumes d&rsquo;eau plut&ocirc;t qu&rsquo;en termes de gestion de la variabilit&eacute; temporelle de la demande d&rsquo;eau (en fonction des saisons et des besoins des cultures). Les m&ecirc;mes lacunes et incoh&eacute;rences continuent de caract&eacute;riser les dimensions institutionnelles de la gestion de l&rsquo;eau. Les actions d&rsquo;appui aux dispositifs de gestion de l&rsquo;eau &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle locale restent limit&eacute;es, voire inexistantes. Le d&eacute;sengagement de l&rsquo;Etat de la gestion de l&rsquo;eau, sans transfert de moyens aux associations d&rsquo;usagers, ne permet pas &agrave; ces derni&egrave;res de se d&eacute;gager de la tutelle de l&rsquo;administration (tarif, quotas d&rsquo;eau, travaux de maintenance, etc.) et, qui plus est, les soumet au jeu des acteurs locaux les plus influents, comme cela a &eacute;t&eacute; soulign&eacute; plus haut. Ces tendances se sont aggrav&eacute;es depuis la r&eacute;volution et surtout depuis les &eacute;lections du 23 octobre 2011 qui ont conduit &agrave; un affaiblissement de la capacit&eacute; d&rsquo;intervention de l&rsquo;administration, laissant le champ libre au jeu in&eacute;gal des acteurs. Ce laisser-faire participe &eacute;galement de logiques politiques et &eacute;lectoralistes dans le nouveau contexte ouvert par la r&eacute;volution.

Alors que le contexte post-r&eacute;volution favorise la mont&eacute;e des revendications pour un meilleur acc&egrave;s aux ressources, mais aussi l&rsquo;ouverture de nouveaux champs d&rsquo;action pour des acteurs &eacute;mergents, la construction de politiques de l&rsquo;eau coh&eacute;rentes prenant mieux en compte les concurrences entre diff&eacute;rents usages et territoires, ainsi que les interactions entre les dimensions sociales, &eacute;conomiques&nbsp; environnementales de la gestion de l&rsquo;eau s&rsquo;av&egrave;re plus qu&rsquo;indispensable.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1557 2013-09-18 text/htmlfr
Genetic Intensification: An Essential but Not Sufficient Tool in the Fight Against Hunger L&rsquo;intensification g&eacute;n&eacute;tique, un outil essentiel mais non suffisant pour combattre la faim Today, the world is searching for solutions to a series of global challenges unprecedented in their scale and complexity. Food insecurity, malnutrition, climate change, rural poverty and environmental degradation, among others, persist as global leaders strive to find efficient and synergistic ways of tackling them sustainably.

In Africa alone over 200 million people are chronically hungry, many of whom are smallholder farmers, and 40% of children under the age of 5 are stunted. At the same time, the continent&rsquo;s population is growing rapidly and is experiencing serious declines in the agricultural resource base with present food production systems only expected to be able to meet 13% of the continent&#39;s food needs by 2050.

A New Paradigm for Agriculture

A recent report, entitled Sustainable Intensification: A New Paradigm for African Agriculture, by the Montpellier Panel, a group of African and European experts in the fields of agriculture, sustainable development, trade and policy, outlines their solution to our food and environmental challenges, namely sustainable intensification.

The term &lsquo;sustainable intensification&rsquo;, first coined by Jules Pretty and brought to prominence in a 2009 Royal Society report and more recently in the FAO&#39;s Save and Grow report, can be simply defined as &quot;producing more outputs with more efficient use of all inputs - on a durable basis - while reducing environmental damage and building resilience, natural capital and the flow of environmental services&quot;.

Sometimes viewed as a Trojan horse for the implantation of large-scale, industrial agriculture &ndash; increasing yields through an increase in the use of fertilisers and pesticides while paying lip service to the environment -, the report redefines sustainable intensification as relevant to smallholder farmers in Africa.
As the report explains, smallholder African farmers require innovation on three fronts, ecological, genetic and socio-economic, if they are to increase their production, incomes and nutrition for the long term.Out of these three, genetic intensification, altering a crop variety or livestock breed&rsquo;s genetic make-up, has proven controversial, particularly in the case of genetic modification (GM).&nbsp;&nbsp;

But genetic intensification encompasses a whole range of other technologies from conventional breeding to marker-assisted selection (MAS) and tissue culture. Rapid advances in crop breeding and biotechnology mean sustainability, resilience and increased yields can be built directly into the seed, and thus, when combined with environmental, social and economic considerations, can be transformative to on-farm productivity and nutrition.

Genetic Intensification in Practice

Orange-fleshed sweet potatoes have been conventionally bred in Mozambique to contain higher levels of beta-carotene, the pre-cursor of vitamin A, which is often lacking in staple diets. The breeding programme, begun in 1997, had distributed improved planting material to half a million households by 2005. In response to a severe drought in the country, the programme then began an accelerated breeding programme incorporating drought tolerance and by 2011 with 15 new drought-resistant varieties released, capable of producing 15 tons/ha.

One on-going project, the Water Efficient Maize for Africa (WEMA) partnership, aims to develop some 15 new drought-tolerant maize varieties using a whole range of conventional and biotechnological breeding processes, including GM.The resulting varieties will be marketed royalty-free to smallholder farmers in Kenya, Mozambique, South Africa, Uganda and Tanzania. The next phase of the project is developing drought-tolerant maize varieties also resistant to pests such as stem borers, which may present even more of a barrier to increasing agricultural productivity in a changing climate.

In East Africa, bananas are an important crop but have been devastated by Black Sigatoka fungus, a leaf spot disease, decreasing productivity by as much as 40%. Because new plants are grown directly from cuttings from a &ldquo;mother plant&rdquo;, any diseases present are transferred. Since 1995 the Kenyan Agricultural Research Institute (KARI) has made available tissue culture bananas, rapidly cloned disease-free plants. As a result banana production has doubled up to 2004 and more than tripled in average yield. In the last decade over 6 million tissue cultured banana stems have been planted in Kenya, producing an additional income of some $64 million to banana farmers.

The Need for All Forms of Intensification

The oncoming challenges the world faces, be they nutrition, drought or disease-related, will require considerable human ingenuity and innovativeness. Rapid advances in biotechnology hold great potential for transforming the agricultural sector. But we must be judicious. Whether conventional or biotechnological, every technology will need to be reviewed on a case-by-case basis to assess social, environmental and health-related impacts, weighing the risks against the benefits and ensuring new technologies are appropriate.

Genetic, ecological and socio-economic intensification combined are crucial to the success of these initiatives. For example, alongside the research and development, a business model known as Wangigi and piloted by Africa Harvest has greatly increased access to tissue culture banana outlets for 3,500 farmers.

Sustainable intensification can be relevant and beneficial as a prevailing paradigm for smallholder African farmers, prioritising equally the concurrent needs to boost productivity and profitability while promoting equitable access to resources and sound environmental management. Promising examples of sustainable intensification are already being seen throughout Africa, albeit on a small scale. If sustainable intensification is to have real impact, interventions will need to be scaled up and action will need to be taken on all three fronts, ecological, socio-economic and, equally important, genetic. All tools are needed to fight hunger and malnutrition, and promote agricultural growth to stimulate development.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1547 2013-09-03 text/htmlfr
L'offre de conseil agricole en Afrique : les défis de la pluralité
Une plus grande diversit&eacute; d&rsquo;acteurs
Les SCR, qui pendant longtemps &eacute;taient majoritairement publics, ont beaucoup souffert de la crise &eacute;conomique des d&eacute;cennies 1980 et 1990 et des plans d&rsquo;ajustements structurels qui ont &eacute;t&eacute; impos&eacute;s par les bailleurs de fonds. Malgr&eacute; des r&eacute;sultats probants obtenus par le pass&eacute;, les SCR publics se heurtent aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;insuffisance de leurs ressources humaines, logistiques et financi&egrave;res au regard de l&rsquo;ampleur de leurs mandats. A partir des ann&eacute;es 2000, plusieurs pays d&rsquo;AOC ont engag&eacute; des r&eacute;formes tant au niveau des dispositifs et des approches que des outils de conseil pour redynamiser les SCR publics. Les r&eacute;sultats de ces r&eacute;formes sont encore attendus et il appara&icirc;t de plus en plus que la couverture des besoins des acteurs en SCR ne peut pas se faire uniquement &agrave; partir des structures publiques. Cette &eacute;volution est d&rsquo;autant plus nette que le recentrage du r&ocirc;le de l&rsquo;Etat et les difficult&eacute;s des services publics &agrave; offrir des SCR ont co&iuml;ncid&eacute; avec l&rsquo;&eacute;mergence de nouveaux fournisseurs, dont les activit&eacute;s prennent du volume au fil des ans. Parmi ces nouveaux acteurs, on peut citer notamment : le secteur priv&eacute; (distributeurs d&rsquo;intrants, agro-industries, bureaux d&rsquo;&eacute;tudes), les organisations non-gouvernementales (ONG), les paysans formateurs et les organisations de producteurs (OP).
Le secteur priv&eacute;, &agrave; travers notamment les fournisseurs d&rsquo;intrants et d&rsquo;&eacute;quipements agricoles, joue un r&ocirc;le important dans le processus d&rsquo;intensification des syst&egrave;mes de production et l&rsquo;&eacute;mergence de l&rsquo;entrepreneuriat agricole. Leur offre de conseil porte principalement sur l&rsquo;utilisation des produits ou des &eacute;quipements qu&rsquo;ils commercialisent, sans toujours aider les producteurs &agrave; &eacute;largir leur gamme de choix et encore moins &agrave; raisonner leurs d&eacute;cisions de fa&ccedil;on syst&eacute;mique. Les services propos&eacute;s par les vendeurs d&rsquo;intrants ne sont en g&eacute;n&eacute;ral disponibles que dans des zones &agrave; fort potentiel o&ugrave; des cha&icirc;nes de valeur de produits marchands sont d&eacute;j&agrave; plus ou moins install&eacute;es. Les petites exploitations agricoles familiales luttant pour la subsistance y ont difficilement acc&egrave;s. Dans le secteur agro-industriel, le secteur priv&eacute; intervient surtout dans des cha&icirc;nes de valeur plus ou moins sp&eacute;cifiques (exemple du coton avec les soci&eacute;t&eacute;s cotonni&egrave;res), avec une approche g&eacute;n&eacute;ralement normative et un int&eacute;r&ecirc;t souvent minime pour les autres productions de l&rsquo;exploitant. Par ailleurs, il convient de noter la pr&eacute;sence des bureaux d&rsquo;&eacute;tudes qui interviennent g&eacute;n&eacute;ralement plus au niveau de la formation des conseillers que des interactions avec les producteurs. Ils jouent souvent un r&ocirc;le important dans les op&eacute;rations de changement d&rsquo;&eacute;chelle et de transformation des dispositifs existants.
Les organisations non gouvernementales foisonnent en AOC depuis les &eacute;pisodes de famines des d&eacute;cennies pr&eacute;c&eacute;dentes et la crise &eacute;conomique qui a fragilis&eacute; nombre d&rsquo;Etats de cette sous-r&eacute;gion. Dans le secteur agricole, les ONG sont souvent porteuses de projets dont la mise en &oelig;uvre conduit &agrave; l&rsquo;installation d&rsquo;un dispositif et la fourniture de conseil aux producteurs. Les techniques diffus&eacute;es, les approches et les outils mobilis&eacute;s sont plus ou moins innovants. Les interventions des ONG permettent de toucher les petits producteurs souvent oubli&eacute;s car travaillant dans des zones recul&eacute;es ou des cha&icirc;nes de valeur peu marchandes. Quelquefois, on note un d&eacute;calage entre les besoins r&eacute;els des producteurs et les SCR qui leur sont propos&eacute;s par les ONG.
Le sch&eacute;ma, souvent caricatur&eacute;, dans lequel le vulgarisateur est consid&eacute;r&eacute; comme d&eacute;tenteur du savoir qu&rsquo;il cherche &agrave; transmettre aux producteurs, g&eacute;n&eacute;ralement illettr&eacute;s et per&ccedil;us comme de simples ex&eacute;cutants des consignes re&ccedil;ues reste plus ou moins vivace selon les contr&eacute;es. N&eacute;anmoins, on note une implication accrue des producteurs dans l&#39;offre de conseil et plus g&eacute;n&eacute;ralement la diffusion de nouvelles techniques de production. Ces paysans formateurs (PF) sont per&ccedil;us comme un moyen pour suppl&eacute;er le d&eacute;ficit des agents publics. La formation de paysan &agrave; paysan (FPP) se r&eacute;v&egrave;le m&ecirc;me comp&eacute;titive compar&eacute;e aux approches de diffusion en vigueur, principalement pour des aspects techniques comme la r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration naturelle assist&eacute;e (RNA) des ligneux qui ne n&eacute;cessitent pas un bagage intellectuel &eacute;lev&eacute;. Dans certains pays comme le Burkina Faso et le Niger, on rencontre des paysans formateurs qui se sont organis&eacute;s en groupements de prestations de services et participent &agrave; la mise en &oelig;uvre des projets port&eacute;s par les ONG ou les gouvernements. Toutefois, l&rsquo;approche FPP souffre d&rsquo;un probl&egrave;me de durabilit&eacute; notamment sur le plan financier et du renouvellement de l&rsquo;offre de service. Par ailleurs, l&rsquo;insuffisance des moyens logistiques r&eacute;duit la zone d&rsquo;intervention des PF.
La majorit&eacute; des organisations de producteurs en AOC sont traditionnellement plut&ocirc;t des clients du conseil agricole, mais leur participation dans la fourniture des SCR, notamment au b&eacute;n&eacute;fice de leurs membres, va croissant au fil des ans. Cette dynamique s&rsquo;observe surtout au niveau des OP fa&icirc;ti&egrave;res comme les unions et les f&eacute;d&eacute;rations o&ugrave; on rencontre de plus en plus souvent un d&eacute;partement charg&eacute; de l&rsquo;encadrement que les OP essaient de financer &agrave; travers les cotisations des membres, mais aussi des contributions de leurs partenaires. L&rsquo;implication des OP dans les SCR est d&rsquo;autant plus forte qu&rsquo;elles sont mieux reconnues et associ&eacute;es &agrave; la mise en &oelig;uvre des projets et autres innovations touchant aux cha&icirc;nes de valeurs o&ugrave; s&rsquo;inscrivent leurs activit&eacute;s. Toutefois, les OP doivent souvent faire face au d&eacute;fi du renouvellement de leur offre de conseil et au dispositif n&eacute;cessaire pour la conduite des activit&eacute;s de conseil.

De nouvelles probl&eacute;matiques
La pluralit&eacute; actuelle des fournisseurs des SCR en Afrique de l&#39;Ouest et du Centre d&eacute;montre que l&rsquo;arr&ecirc;t des vastes programmes publics, dont notamment le programme de promotion de l&rsquo;approche &laquo; Training &amp; Visit &raquo; (Formation &amp; Visite) financ&eacute; de fa&ccedil;on cons&eacute;quente par la Banque mondiale, n&rsquo;a pas plong&eacute; les SCR dans un marasme. Bien au contraire, on observe plut&ocirc;t un certain dynamisme, marqu&eacute; par la diversit&eacute; des acteurs, comme indiqu&eacute; dans les lignes pr&eacute;c&eacute;dentes. Toutefois, la multiplicit&eacute; des SCR doit relever des d&eacute;fis importants :
  • la probl&eacute;matique des profils et des comp&eacute;tences appropri&eacute;s pour les conseillers. Pour des types d&rsquo;activit&eacute; souvent similaires, les diff&eacute;rents fournisseurs de SCR mobilisent des conseillers aux profils tr&egrave;s variables. Il se pose la question de la qualit&eacute; du conseil d&eacute;velopp&eacute; et plus globalement de l&rsquo;aptitude du conseiller &agrave; r&eacute;pondre aux attentes des producteurs. Le Forum mondial pour le conseil rural (GFRAS) a dress&eacute; r&eacute;cemment le portrait du nouveau conseiller agricole (the New Extensionist (1)&nbsp;), qui pourra &ecirc;tre adapt&eacute; au contexte de l&rsquo;AOC ;
  • la coordination et la compl&eacute;mentarit&eacute; des diff&eacute;rentes interventions. A priori la diversit&eacute; et la&nbsp;pluralit&eacute;&nbsp;des fournisseurs de SCR devraient contribuer &agrave; assurer une meilleure couverture des demandes des producteurs, tr&egrave;s variables en fonction de leur situation. Par ailleurs, au gr&eacute; des objectifs des fournisseurs des SCR, l&rsquo;offre peut &ecirc;tre surabondante et m&ecirc;me redondante dans certaines zones tandis qu&rsquo;elle est faible voire inexistante dans d&rsquo;autres. Un m&eacute;canisme partag&eacute; et efficace de coordination des interventions est n&eacute;cessaire pour assurer une meilleure couverture de la demande non seulement sur le plan g&eacute;ographique mais aussi sur celui des th&eacute;matiques. Un tel m&eacute;canisme devrait mettre l&rsquo;accent sur les principes de subsidiarit&eacute; dans les interventions, de cofinancement et de synergie d&eacute;clin&eacute;e sous forme de programme multi-acteurs avec des r&ocirc;les sp&eacute;cifiques et compl&eacute;mentaires. Cela faciliterait en outre la t&acirc;che aux bailleurs de fonds qui appuient souvent des dispositifs plus ou moins sp&eacute;cifiques et certains types de fournisseurs de SCR ;
  • l&rsquo;efficacit&eacute; et le suivi-&eacute;valuation des effets et impacts. Le constat actuellement assez partag&eacute; de la n&eacute;cessit&eacute; de plus d&rsquo;investissements dans les SCR ne peut donner lieu &agrave; une r&eacute;action positive des d&eacute;cideurs que si des arguments fiables sur le r&ocirc;le des SCR sont d&eacute;velopp&eacute;s et valoris&eacute;s ;
  • la p&eacute;rennit&eacute; de nouveaux dispositifs : les nouveaux acteurs mettent en place des syst&egrave;mes innovants, leurs interventions sont g&eacute;n&eacute;ralement ponctuelles avec une couverture g&eacute;ographique faible. Peu de connaissances existent sur les conditions de&nbsp;p&eacute;rennit&eacute; et de replicabilit&eacute; de ces dispositifs, si tant est que la tendance vers le pluralisme soit irr&eacute;versible.
Les OP, qui sont en m&ecirc;me temps clients et fournisseurs des SCR, semblent pr&eacute;senter le plus grand potentiel en termes de durabilit&eacute; de ces services.

Un besoin d&rsquo;&eacute;changes et de concertation
Les &eacute;changes, la capitalisation et la valorisation des exp&eacute;riences (effets, &eacute;checs, impacts et bonnes pratiques) des diff&eacute;rents fournisseurs des SCR sont n&eacute;cessaires pour apporter les ajustements appropri&eacute;s. Ceci exige que les acteurs des SCR se concertent plus souvent, &eacute;changent sur leurs approches, leurs outils ainsi que sur les demandes et offres de conseil rural. Des dynamiques organisationnelles et de synergies autrefois tr&egrave;s localis&eacute;es, comme le R&eacute;seau gestion(2) au Burkina Faso, &eacute;mergent de plus en plus, confort&eacute;es par des mouvements similaires et plus structur&eacute;s au niveau continental et mondial. On peut &eacute;voquer notamment le Forum mondial pour le service de conseil rural qui est fonctionnel depuis janvier 2010 et le Forum africain des services de conseil agricole (AFAAS). Au niveau de la sous-r&eacute;gion AOC, le R&eacute;seau des services de conseil agricole et rural des pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre (RESCAR-AOC) se met en place avec pour mission d&rsquo;&laquo;offrir un espace d&rsquo;&eacute;changes, de concertation, de renforcement de la sensibilisation, de renforcement de comp&eacute;tences, d&rsquo;acteur majeur de gestion du savoir, de mobilisation populaire et du plaidoyer &agrave; ses membres et de forger des partenariats entre acteurs&raquo;.

Au-del&agrave; de leurs fonctions de cadre d&rsquo;&eacute;change, les diff&eacute;rents fora, &agrave; leur &eacute;chelle sp&eacute;cifique d&rsquo;intervention, sont appel&eacute;s &agrave; contribuer &agrave; la coordination et la valorisation de la pluralit&eacute; actuelle des fournisseurs des SCR. Dans cette optique, il est important que ces fora soient appropri&eacute;s par tous les acteurs, parviennent &agrave; se doter d&rsquo;une autorit&eacute; et &agrave; se positionner en interface et force de proposition dans le cadre de l&rsquo;&eacute;laboration et de la mise en &oelig;uvre des politiques agricoles nationales, bi et multilat&eacute;rales.

(1) http://www.g-fras.org/fr/activites/the-new-extensionist
(2) Le R&eacute;seau gestion, soutenu par Agriculteurs fran&ccedil;ais et d&eacute;veloppement international (AFDI) depuis 2002, est un regroupement de sept organisations paysannes (OP) burkinab&egrave;, provinciales et nationales, impliqu&eacute;es dans des actions de conseil &agrave; l&rsquo;exploitation familiale (CEF). Son objectif global est de d&eacute;velopper la gestion des exploitations familiales au Burkina Faso.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1521 2013-07-30 text/htmlfr
Le nouvel Acte uniforme de l’OHADA sur le droit des sociétés coopératives : une transition à haut risque premier colloque international sur l&rsquo;Acte uniforme relatif au droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives de l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), organis&eacute; conjointement par l&rsquo;universit&eacute; du Luxembourg et l&rsquo;universit&eacute; de Yaound&eacute;, dans la capitale camerounaise.

Le colloque &eacute;tait consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;insertion de l&rsquo;Acte uniforme dans le droit coop&eacute;ratif africain et &agrave; ses cons&eacute;quences pour le fonctionnement des coop&eacute;ratives dans les dix-sept Etats membres de l&rsquo;OHADA (1). Il ne traitait pas sp&eacute;cifiquement des coop&eacute;ratives agricoles, mais le bilan qu&rsquo;il a permis de dresser sur la mise en &oelig;uvre de l&rsquo;Acte uniforme dans ces Etats soul&egrave;ve de nombreuses interrogations pour les organisations de producteurs agricoles.

L&rsquo;OHADA vise essentiellement &agrave; faciliter les &eacute;changes et les investissements et &agrave; garantir la s&eacute;curit&eacute; juridique et judiciaire des activit&eacute;s des entreprises dans le but de cr&eacute;er un vaste march&eacute; int&eacute;gr&eacute;. Alors que les huit premiers Actes uniformes &eacute;taient principalement destin&eacute;s aux investisseurs &eacute;trangers (pays hors OHADA), l&rsquo;Acte uniforme relatif au droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives, adopt&eacute; en d&eacute;cembre 2010, apr&egrave;s dix ans de concertation, concerne plus directement les populations africaines. Il &eacute;dicte diff&eacute;rentes dispositions ayant pour but d&rsquo;unifier le statut et le fonctionnement des coop&eacute;ratives, unions et f&eacute;d&eacute;rations de soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives, agricoles ou non agricoles, existantes ou en voie de cr&eacute;ation dans les Etats membres. Conform&eacute;ment &agrave; l&rsquo;article 10 du Trait&eacute; relatif &agrave; l&rsquo;harmonisation en Afrique du droit des affaires, adopt&eacute; le 17 octobre 1993, &laquo; les actes uniformes sont directement applicables et obligatoires dans les Etats Parties, nonobstant toute disposition contraire de droit interne, ant&eacute;rieure ou post&eacute;rieure &raquo;.

Les grandes difficult&eacute;s rencontr&eacute;es dans la mise en &oelig;uvre du neuvi&egrave;me Acte, qui depuis le 15 mai 2011 se substitue aux lois nationales sur les coop&eacute;ratives, montrent combien les Etats membres peinent &agrave; appliquer des politiques publiques d&rsquo;envergure. Alors que les gouvernements avaient deux ans pour mettre les statuts des coop&eacute;ratives existantes en conformit&eacute; avec les dispositions de l&rsquo;OHADA, les r&eacute;sultats, au 15 mai 2013, sont tr&egrave;s en de&ccedil;&agrave; des attentes. De plus, les niveaux d&rsquo;implication des Etats sont tr&egrave;s variables.

Un autre objectif de l&rsquo;Acte uniforme est de d&eacute;l&eacute;guer directement aux coop&eacute;ratives le pouvoir de r&eacute;daction de leurs statuts juridiques, en favorisant leur autonomisation par rapport aux Etats. Ainsi, au Cameroun, les coop&eacute;ratives ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;es en 1956 dans les secteurs du caf&eacute;, du cacao et du coton. Elles &eacute;taient con&ccedil;ues par les pouvoirs publics comme un outil d&rsquo;application de leur politique. Aujourd&rsquo;hui, le d&eacute;veloppement des coop&eacute;ratives d&eacute;pend de plus en plus de la capacit&eacute; des administrateurs &agrave; les int&eacute;grer dans l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;, ce qui exige flexibilit&eacute; et r&eacute;activit&eacute;, mais les Etats rechignent &agrave; se d&eacute;partir de leur pouvoir de contr&ocirc;le.

Certains responsables gouvernementaux ont sans doute sur-interpr&eacute;t&eacute; la port&eacute;e de l&rsquo;Acte uniforme relatif au droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives en &eacute;largissant son champ d&rsquo;application &agrave; d&rsquo;autres types d&rsquo;organisations, notamment dans le secteur agricole, rendant ainsi sa mise en &oelig;uvre encore plus confuse. En outre, le projet initial d&rsquo;uniformisation des pratiques juridiques dans tous les Etats membres est mis &agrave; mal par certains pays qui tentent d&rsquo;ajouter des dispositions non conformes &agrave; l&rsquo;Acte uniforme. Les mises en application sont hasardeuses et impliquent plusieurs minist&egrave;res, ce qui complique le processus. Alors qu&rsquo;au Mali, le minist&egrave;re de tutelle des coop&eacute;ratives est celui du d&eacute;veloppement social, au B&eacute;nin, c&rsquo;est le minist&egrave;re de l&rsquo;agriculture, pour les coop&eacute;ratives, et le minist&egrave;re de l&rsquo;int&eacute;rieur, pour les associations. Plus encore, certains minist&egrave;res font leur propre interpr&eacute;tation de l&rsquo;Acte, sans toujours se r&eacute;f&eacute;rer aux &laquo; points focaux &raquo; des Etats, charg&eacute;s de la mise en application du droit de l&rsquo;OHADA (l&rsquo;Acte a &eacute;t&eacute; sign&eacute; principalement par les minist&egrave;res de la justice, de l&rsquo;&eacute;conomie et des finances, et de l&rsquo;industrie). Or, l&rsquo;Acte uniforme est une sorte de loi-cadre, qui laisse aux administrateurs des coop&eacute;ratives une certaine souplesse pour r&eacute;diger de nouveaux statuts, &agrave; condition de respecter les dispositions de l&rsquo;OHADA.

Le p&eacute;riode de transition pour la mise en conformit&eacute; des statuts des coop&eacute;ratives existantes avec les r&egrave;gles de l&rsquo;Acte uniforme &eacute;tait de deux ann&eacute;es et trois mois apr&egrave;s la publication au journal officiel des Etats membres. Elle a &eacute;t&eacute; sous-estim&eacute;e et n&eacute;cessiterait d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;&eacute;valu&eacute;e pour ne pas pousser dans l&rsquo;ill&eacute;galit&eacute; les nombreuses organisations qui ne sont pas encore des coop&eacute;ratives au sens de l&rsquo;OHADA, notamment dans le secteur agricole. En outre, il faut souligner qu&rsquo;avant le 15 mai 2013, la majorit&eacute; des organisations de producteurs (OP) agricoles ne remplissaient pas les obligations impos&eacute;es par leurs anciens statuts juridiques, sans r&eacute;ellement en subir de cons&eacute;quences. Depuis cette date, dans certains pays, les minist&egrave;res de l&rsquo;agriculture ont re&ccedil;u l&rsquo;ordre de ne plus appuyer les OP qui ne sont pas immatricul&eacute;es selon les dispositions de l&rsquo;OHADA, soit en suspendant les services de conseil agricole soit en supprimant les soutiens octroy&eacute;s pour l&rsquo;approvisionnement en intrants. Cela interroge sur les intentions r&eacute;elles des gouvernements qui veulent &eacute;tendre l&rsquo;application de l&rsquo;Acte uniforme aux OP qui ne sont pas des coop&eacute;ratives et sur l&rsquo;impact potentiel de cette situation pour les exploitations familiales, d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s fragiles.

Les groupes d&rsquo;agriculteurs qui cherchent &agrave; se mettre en conformit&eacute; avec la nouvelle l&eacute;gislation OHADA sur les coop&eacute;ratives se heurtent au manque de pr&eacute;paration des administrations. Dans plusieurs pays, les fonctionnaires ne sont pas encore form&eacute;s sur la l&eacute;gislation OHADA et les registres d&rsquo;immatriculation des coop&eacute;ratives font souvent d&eacute;faut. Le projet louable des Etats d&rsquo;engager les nouvelles coop&eacute;ratives sur la voie d&rsquo;une plus grande professionnalisation contraste avec les moyens d&eacute;ploy&eacute;s pour favoriser la transition juridique de ces organisations. Les gouvernements devraient mieux communiquer pour rassurer les agriculteurs et bien d&eacute;limiter le champ d&rsquo;application de l&rsquo;Acte uniforme.

Comme l&rsquo;a mis en lumi&egrave;re l&rsquo;&eacute;tude r&eacute;alis&eacute;e pour FARM par Roger Blein et C&eacute;lia Coronel, &laquo; Les organisations de producteurs en Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre : attentes fortes, dures r&eacute;alit&eacute;s &raquo; (f&eacute;vrier 2013), un nouveau cadre juridique ne r&eacute;soudra pas, &agrave; lui seul, les probl&egrave;mes auxquels sont confront&eacute;es les OP et qui expliquent leurs nombreux &eacute;checs. La transition juridique qui d&eacute;coule de l&rsquo;Acte uniforme relatif au droit des soci&eacute;t&eacute;s coop&eacute;ratives doit s&rsquo;inscrire dans des politiques publiques globales de d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture et de renforcement des organisations de producteurs agricoles. Si elle &eacute;tait bien men&eacute;e, cette transition pourrait constituer une &eacute;tape importante vers la mise en &oelig;uvre effective d&rsquo;une ambitieuse politique agricole communautaire. On en est loin.

(1) Les dix-sept Etats membres de l&rsquo;OHADA : B&eacute;nin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, Gabon, Guin&eacute;e, Guin&eacute;e Bissau, Guin&eacute;e &eacute;quatoriale, Mali, Niger, R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo, S&eacute;n&eacute;gal, Tchad, Togo.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1510 2013-07-10 text/htmlfr
Les défis de la relève agricole au Burkina Faso
C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; en parler &agrave; mes partenaires pour qu&rsquo;ils m&rsquo;accompagnent dans cette initiative en faveur des jeunes. Une premi&egrave;re formation s&rsquo;est tenue &agrave; D&eacute;dougou, en 2010, avec vingt jeunes issus de localit&eacute;s et de structures paysannes diff&eacute;rentes, avec l&rsquo;appui de la Fondation pour l&rsquo;agriculture et la ruralit&eacute; dans le monde (FARM). Cette formation &eacute;tait anim&eacute;e par moi-m&ecirc;me, avec l&rsquo;appui de deux techniciens burkinab&eacute;s. Nous avons discut&eacute; du leadership des jeunes, des probl&egrave;mes environnementaux et du foncier. Apr&egrave;s cette premi&egrave;re exp&eacute;rience concluante, les jeunes ont souhait&eacute; que je poursuive cette initiative et que je partage avec eux ma vision du d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture. J&rsquo;ai donc cr&eacute;&eacute;e un blog sur lequel je donne mon avis sur diff&eacute;rents sujets li&eacute;s de l&rsquo;agriculture, chose qui, selon moi, peut aider les d&eacute;cideurs agricoles et les jeunes.

La deuxi&egrave;me &eacute;tape, qui a dur&eacute; toute l&rsquo;ann&eacute;e 2012, a consist&eacute; en des sorties dans dix-huit localit&eacute;s o&ugrave; vivent ces jeunes. Il s&rsquo;agissait de tenir des d&eacute;bats ouverts, &agrave; travers lesquels j&rsquo;&eacute;coutais les pr&eacute;occupations des repr&eacute;sentants des milieux agricoles, et de discuter de l&rsquo;avenir de l&rsquo;agriculture. Cet avenir doit prendre en compte les jeunes, ainsi que l&rsquo;environnement naturel, &eacute;conomique et social. A la fin de chacune de ces rencontres qui regroupaient les repr&eacute;sentants des structures pr&eacute;sentes et tout autre personne, quel que soit son &acirc;ge, qui d&eacute;sirait y assister, la libert&eacute; &eacute;tait donn&eacute;e &agrave; l&rsquo;assistance de choisir cinq jeunes pour participer &agrave; une formation sur le leadership. Les repr&eacute;sentants locaux devaient s&eacute;lectionner ces jeunes en pensant &agrave; l&rsquo;impact qu&rsquo;ils auraient, &agrave; leur retour, s&rsquo;ils recevaient des formations adapt&eacute;es. Ils ont &eacute;galement tenu compte de la capacit&eacute; des jeunes &agrave; respecter leurs engagements et de leur rigueur au travail.
La troisi&egrave;me &eacute;tape a &eacute;t&eacute; la formation des quarante-sept jeunes s&eacute;lectionn&eacute;s, &agrave; Moundasso, du 2 au 5 avril 2013, sur le th&egrave;me &laquo; Leadership pour une action paysanne d&eacute;mocratique &raquo; (Le savoir des gens de la terre, LSGT), programme mis au point par l&rsquo;Union des producteurs agricoles du Qu&eacute;bec, d&eacute;veloppement international (UPA DI). Cette formation avait comme animateur Fabrice Larue, de FARM, et comme intervenants Marilyn C&ocirc;t&eacute;, productrice de lait et membre de la F&eacute;d&eacute;ration de la rel&egrave;ve agricole du Qu&eacute;bec (FRAQ), et moi-m&ecirc;me. Elle a permis aux jeunes non seulement de mieux cerner les concepts et le r&ocirc;le du leadership dans le monde agricole, mais aussi de prendre conscience qu&rsquo;une bonne rel&egrave;ve dans les exploitations familiales et les organisations paysannes est n&eacute;cessaire pour assurer leur p&eacute;rennit&eacute;. C&rsquo;est pourquoi ils se sont engag&eacute;s &agrave; relever les d&eacute;fis auxquels font face leurs exploitations et leurs organisations, tout en esp&eacute;rant avoir le soutien des v&eacute;t&eacute;rans du secteur agricole. Suite &agrave; cette formation, les jeunes ont souhait&eacute; que je continue &agrave; les accompagner.

Au Burkina Faso, l&rsquo;agriculture est familiale. Depuis son jeune &acirc;ge, l&rsquo;enfant va avec son papa au champ. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il est initi&eacute; au m&eacute;tier agricole. Dans la tradition, la premi&egrave;re &eacute;tape &eacute;tait l&rsquo;initiation, qui englobait la formation physique et morale des enfants. Ces initiations ont laiss&eacute; la place &agrave; l&rsquo;&eacute;cole fran&ccedil;aise, &agrave; l&rsquo;&eacute;cole coranique et &agrave; l&rsquo;alphab&eacute;tisation. Plusieurs facteurs influencent les jeunes pour qu&rsquo;ils prennent la rel&egrave;ve de l&rsquo;exploitation agricole : l&rsquo;&eacute;ducation, l&rsquo;environnement social, leur itin&eacute;raire personnel et leurs capacit&eacute;s physiques. Le jeune doit comprendre que c&rsquo;est par son ardeur au travail et pas uniquement par sa capacit&eacute; &agrave; convaincre par la parole, qu&rsquo;il obtiendra la confiance des vieux. Il peut cependant avoir des difficult&eacute;s parce qu&rsquo;il ne se fait pas bien comprendre ou parce que lui-m&ecirc;me n&rsquo;est pas d&eacute;termin&eacute; &agrave; se d&eacute;dier aux activit&eacute;s agricoles pour sa famille. Il n&rsquo;est pas toujours conscient de l&rsquo;importance de faire preuve d&rsquo;exemplarit&eacute; pour impulser un changement dans sa famille et l&rsquo;engager vers le d&eacute;veloppement. C&rsquo;est ce qui conduit parfois &agrave; l&rsquo;exode rural. De nos jours, en ayant en vue l&rsquo;enjeu de la modernisation de l&rsquo;agriculture, les jeunes sont les plus aptes &agrave; d&eacute;velopper les innovations technologiques. Mais cela n&eacute;cessite la formation et la conscientisation de la soci&eacute;t&eacute; pour la prise en compte des jeunes. Je pense que cette implication des jeunes dans la vulgarisation des innovations technologiques est un passage sine qua non pour le d&eacute;veloppement agricole.

Lors de la derni&egrave;re formation de Moundasso, nous avons senti la prise de conscience des jeunes face aux opportunit&eacute;s qu&lsquo;offre l&rsquo;agriculture. Mais nous avons &eacute;galement per&ccedil;u que ces opportunit&eacute;s pouvaient &ecirc;tre &eacute;branl&eacute;es si le jeune n&rsquo;est pas conscient qu&rsquo;il doit r&eacute;sister &agrave; beaucoup de tentations. Par exemple, un jeune qui obtient un million de francs CFA apr&egrave;s la r&eacute;colte du coton n&rsquo;a pas n&eacute;cessairement la maturit&eacute; pour r&eacute;investir et moderniser son exploitation agricole. Les jeunes devraient &ecirc;tre accompagn&eacute;s pour r&eacute;fl&eacute;chir aux diff&eacute;rentes strat&eacute;gies qui s&rsquo;offrent &agrave; eux et ne pas dilapider les fruits de leur travail.

La consommation d&rsquo;alcool peut &eacute;galement conduire &agrave; une mauvaise gestion financi&egrave;re et &agrave; une mauvaise gestion du temps. Cela est valable pour les jeunes qui ont eu un bon h&eacute;ritage comme ceux qui n&rsquo;en ont pas eu. Souvent, les jeunes qui ont fait le choix de s&rsquo;investir pleinement dans l&rsquo;agriculture sont isol&eacute;s parce qu&rsquo;ils sont minoritaires. Ils sont tout le temps au travail et les autres jeunes pensent qu&rsquo;ils se font exploiter.

Dans une des localit&eacute;s visit&eacute;es, qui est une zone de grande production agricole, les personnes &acirc;g&eacute;es ont l&rsquo;impression que la jeune g&eacute;n&eacute;ration n&rsquo;a pas pris conscience de la place que leur localit&eacute; occupe sur le plan socio-&eacute;conomique. Dans le pass&eacute;, cette r&eacute;gion &eacute;tait cit&eacute;e comme un exemple de familles soud&eacute;es o&ugrave; les jeunes &eacute;taient &agrave; l&rsquo;&eacute;coute des personnes &acirc;g&eacute;es, qui elles-m&ecirc;mes travaillaient &agrave; &eacute;conomiser pour l&rsquo;avenir des jeunes. Aujourd&rsquo;hui, les a&icirc;n&eacute;s voient que certains jeunes ne sont plus attach&eacute;s &agrave; leur famille ; ils ont gaspill&eacute; les &eacute;conomies r&eacute;alis&eacute;es et la localit&eacute; a perdu sa dignit&eacute;. Une bonne partie des jeunes sont devenus individualistes. Cet individualisme les d&eacute;soriente, les pousse &agrave; ne pas faire d&rsquo;efforts et les conduit &agrave; l&rsquo;exode rural et &agrave; l&rsquo;alcoolisme. Dans cette localit&eacute;, les personnes &acirc;g&eacute;es ont bien accueilli l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;accompagner des jeunes par des formations et demandent que celles-ci se perp&eacute;tuent.
A la suite de la rencontre d&rsquo;avril 2013, le groupe des quarante-sept a d&eacute;cid&eacute; de s&rsquo;engager r&eacute;ellement dans la voie du d&eacute;veloppement de leurs exploitations et de leurs organisations, en prenant leurs responsabilit&eacute;s en tant que jeunes. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;ils se sont engag&eacute;s &agrave; rester soud&eacute;s, &agrave; continuer &agrave; partager leurs exp&eacute;riences pour avoir une influence positive vis-&agrave;-vis des autres jeunes qui n&rsquo;ont pas particip&eacute; &agrave; cette formation. Selon eux, un jeune doit &ecirc;tre endurant et visionnaire pour influencer la gestion de l&rsquo;exploitation. Il doit s&rsquo;imposer par de bonnes actions. C&rsquo;est de cette mani&egrave;re qu&rsquo;il se fera comprendre par ses a&icirc;n&eacute;s.

Quand un jeune arrive &agrave; s&rsquo;imposer dans sa famille par sa vision et sa d&eacute;termination, cela se r&eacute;percute dans la productivit&eacute; et dans les revenus de l&rsquo;exploitation. Un jeune qui arrive &agrave; changer positivement les revenus de sa famille peut influencer la vie de son organisation professionnelle car il a comme r&eacute;f&eacute;rence le changement qu&rsquo;il a provoqu&eacute; dans sa famille. Dans la m&ecirc;me logique, son engagement au sein de son organisation visera &agrave; d&eacute;fendre les int&eacute;r&ecirc;ts des autres familles regroup&eacute;es dans cette organisation paysanne (OP). Les structures paysannes doivent prendre cela en compte et choisir des repr&eacute;sentants d&eacute;j&agrave; exemplaires au sein de leurs familles. Un bon dirigeant d&rsquo;une structure professionnelle est celui qui sait que ses int&eacute;r&ecirc;ts sont li&eacute;s aux int&eacute;r&ecirc;ts des autres. Les partenaires techniques et financiers devraient &eacute;galement prendre en compte cette notion d&rsquo;exemplarit&eacute; lorsqu&rsquo;ils accompagnent des OP et accordent leur confiance &agrave; certains responsables.

Dans toutes les localit&eacute;s o&ugrave; je me suis rendu et lors de la formation des quarante-sept jeunes, les d&eacute;bats ont fait ressortir l&rsquo;importance de l&rsquo;accompagnement des jeunes par des personnes plus &acirc;g&eacute;es. Certains ont cit&eacute; des exemples de difficult&eacute;s qu&rsquo;ils ont eues, pendant qu&rsquo;ils &eacute;taient jeunes, pour se faire comprendre dans leur famille ou dans leur organisation. Ils vivent aujourd&rsquo;hui les cons&eacute;quences du fait qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; compris lorsqu&rsquo;ils &eacute;taient jeunes. Il a &eacute;t&eacute; &eacute;galement mentionn&eacute; qu&rsquo;un jeune peut &ecirc;tre plein d&rsquo;&eacute;nergie, plein de volont&eacute; mais que le manque d&rsquo;exp&eacute;rience peut le faire tomber dans beaucoup de pi&egrave;ges. C&rsquo;est pour cela que, dans toutes les localit&eacute;s, les jeunes ont choisi de se faire accompagner par les plus &acirc;g&eacute;s et par des personnes d&rsquo;exp&eacute;rience.

En conclusion, si je me rappelle de tout ce qui a &eacute;t&eacute; dit dans les localit&eacute;s o&ugrave; je suis intervenu, et en &eacute;coutant les jeunes, cette formule participative avec quelqu&rsquo;un qui a de l&rsquo;exp&eacute;rience constitue une sorte d&rsquo;innovation. Tous les participants ont souhait&eacute; la p&eacute;rennit&eacute; de cette formation et m&ecirc;me sa formalisation.

Fran&ccedil;ois Traor&eacute; a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; ambassadeur des Nations unies pour l&rsquo;ann&eacute;e internationale des coop&eacute;ratives, en 2012. Il est pr&eacute;sident d&rsquo;honneur de l&rsquo;Association des producteurs de coton africains (AProCA) et a obtenu un doctorat honoris causa de la Facult&eacute; universitaire des sciences agronomiques de Gembloux, en Belgique, en 2006.

Blog de Fran&ccedil;ois Traor&eacute;

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1505 2013-06-28 text/htmlfr
Changements structurels dans les échanges agricoles mondiaux Monitoring Agri-trade Policy, publi&eacute; par la Commission europ&eacute;enne, contient deux informations r&eacute;v&eacute;latrices de l&rsquo;&eacute;volution profonde du commerce mondial de produits agricoles, bruts et transform&eacute;s. L&rsquo;Union europ&eacute;enne (UE), premier importateur agricole, est devenue, de mani&egrave;re structurelle, un exportateur net de ces produits. Et la Chine, premier importateur net, est en passe de rattraper les Etats-Unis comme deuxi&egrave;me acheteur mondial de produits agricoles.

Les USA et l&rsquo;UE sont depuis longtemps les premiers exportateurs agricoles. Ils vendent pratiquement le m&ecirc;me montant sur les march&eacute;s mondiaux (respectivement 117 et 114 milliards d&rsquo;euros en 2012). Contrairement &agrave; une opinion r&eacute;pandue, le Br&eacute;sil vient loin derri&egrave;re (65 milliards d&rsquo;euros). Et les exportations agricoles br&eacute;siliennes progressent &agrave; peine plus vite que celles de l&rsquo;UE (+ 35 % contre + 31 % depuis 2010).

Jusqu&rsquo;en 2009, l&rsquo;UE importait plus de produits agricoles, en valeur, qu&rsquo;elle n&rsquo;en exportait. La situation s&rsquo;est invers&eacute;e en 2010. L&rsquo;exc&eacute;dent agricole communautaire enregistr&eacute; en 2012 (12,6 milliards d&rsquo;euros) est triple de celui observ&eacute; en 2010.

Quant aux importations chinoises de produits agricoles, elles ont cr&ucirc; fortement ces derni&egrave;res ann&eacute;es, dop&eacute;es par la hausse des revenus, l&rsquo;expansion et la diversification de la demande alimentaire, ainsi que par le boom des achats de coton. Avec un bond de 30 % en 2012, elles ont atteint 82 milliards d&rsquo;euros, niveau certes inf&eacute;rieur &agrave; celui des importations de l&rsquo;UE (102 milliards d&rsquo;euros), mais presque &eacute;quivalent &agrave; celui des USA (85 milliards d&rsquo;euros). Devenue importatrice nette de produits agricoles en 2003, deux ans apr&egrave;s son accession &agrave; l&rsquo;OMC, la Chine a vu son d&eacute;ficit augmenter de pr&egrave;s de moiti&eacute; &agrave; 47 milliards d&rsquo;euros en 2012. Elle est devenue un moteur majeur des &eacute;changes internationaux de produits agricoles.

Un autre rapport &eacute;claire cette &eacute;volution. Les Perspectives agricoles de l&rsquo;OCDE et de la FAO 2013-2022, publi&eacute;es le 6 juin, indiquent que, durant la derni&egrave;re d&eacute;cennie, la production agricole chinoise a progress&eacute; &agrave; un rythme annuel (3,2 %) l&eacute;g&egrave;rement inf&eacute;rieur &agrave; celui de la consommation (3,4 %), ce qui a entra&icirc;n&eacute; une croissance des importations. Encore ces chiffres ne concernent-ils que les principaux produits agricoles. Ils ne comprennent pas les fruits et l&eacute;gumes, les vins et spiritueux, ni les produits alimentaires transform&eacute;s, dont la demande explose.

Selon ce rapport, l&rsquo;&eacute;cart entre la hausse annuelle de la production (+ 1,7 %) et celle de la consommation des principaux produits agricoles (+ 1,9 %), en Chine, devrait se poursuivre dans les dix prochaines ann&eacute;es. On peut donc pr&eacute;voir, &agrave; moyen terme, un creusement du d&eacute;ficit chinois de produits agricoles bruts et transform&eacute;s, surtout si le yuan continue de se r&eacute;&eacute;valuer.

D&rsquo;o&ugrave; quelques r&eacute;flexions sur le plan politique. D&egrave;s lors que l&rsquo;UE d&eacute;gage un exc&eacute;dent dans ses &eacute;changes agricoles, la justification primordiale de la politique agricole commune (PAC) - assurer la s&eacute;curit&eacute; alimentaire des Europ&eacute;ens -, semble s&rsquo;estomper. Mais la mesure des &eacute;changes agricoles en valeur, et incluant les produits agricoles non comestibles, est un pi&egrave;tre indicateur de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire. Selon une &eacute;tude du Cirad pour Pluriagri, l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest produisait 87 % de sa consommation alimentaire, exprim&eacute;e en calories, en 2007. Ce chiffre demande &agrave; &ecirc;tre actualis&eacute;.

On note &eacute;galement que le solde des &eacute;changes agricoles communautaires s&rsquo;est am&eacute;lior&eacute; bien que, selon l&rsquo;OCDE, le soutien &agrave; l&rsquo;agriculture dans l&rsquo;UE ait sensiblement diminu&eacute; depuis le d&eacute;but de la r&eacute;forme de la PAC, au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Inversement, le d&eacute;ficit agricole de la Chine s&rsquo;accro&icirc;t alors que le soutien &agrave; l&rsquo;agriculture, dans ce pays, a fortement augment&eacute; et d&eacute;passe d&eacute;sormais, en pourcentage des recettes des producteurs, le niveau observ&eacute; aux Etats-Unis.

La relation entre politique agricole, commerce ext&eacute;rieur de produits agricoles et s&eacute;curit&eacute; alimentaire est complexe. L&rsquo;un des objectifs du programme europ&eacute;en FoodSecure, auquel participe Mathilde Douillet, chef de projet Politiques et march&eacute;s agricoles &agrave; FARM, en collaboration avec le Cirad, est d&rsquo;en d&eacute;m&ecirc;ler l&rsquo;&eacute;cheveau. ]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1485 2013-06-13 text/htmlfr
Changement de musique au Cotton Club soul music, ce nom &eacute;voque le label mythique de Memphis, Tennessee, sous lequel enregistr&egrave;rent, dans les ann&eacute;es 1960, des chanteurs comme Otis Redding et Isaac Hayes. Pour ceux qui suivent le d&eacute;bat sur le farm bill am&eacute;ricain, c&rsquo;est l&rsquo;acronyme d&rsquo;un nouveau programme de soutien aux producteurs de coton gr&acirc;ce auquel les Etats-Unis, premiers exportateurs mondiaux, esp&egrave;rent mettre un terme au diff&eacute;rend qui les oppose au Br&eacute;sil depuis plus de dix ans.

En 2004, puis en 2008, l&rsquo;OMC, saisie par le Br&eacute;sil, a &eacute;tabli que certaines aides vers&eacute;es aux producteurs de coton am&eacute;ricains faussaient les &eacute;changes et violaient les r&egrave;gles commerciales internationales. Les Br&eacute;siliens ont accept&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre compens&eacute;s partiellement pour les pr&eacute;judices subis, moyennant l&rsquo;engagement des Am&eacute;ricains &agrave; r&eacute;former leur syst&egrave;me d&rsquo;aide au coton dans la nouvelle loi-cadre agricole, actuellement discut&eacute;e au Congr&egrave;s.

Il est vrai que les producteurs de coton, outre-Atlantique, sont prot&eacute;g&eacute;s des al&eacute;as du march&eacute; par toute une panoplie de soutiens qui les incitent &agrave; accro&icirc;tre leur production, au d&eacute;triment de leurs concurrents br&eacute;siliens, indiens, africains ou autres. Ils per&ccedil;oivent un prix minimum et des aides directes dont certaines, dites &laquo;&nbsp;paiements anticycliques&nbsp;&raquo;, augmentent lorsque les cours du coton diminuent. Ils peuvent en outre souscrire une assurance recette, fortement subventionn&eacute;e, qui leur verse des indemnit&eacute;s lorsque le rendement baisse ou quand le prix du coton, &agrave; la r&eacute;colte, est inf&eacute;rieur &agrave; celui pr&eacute;vu au moment des semis. Le montant total de ces soutiens est &eacute;norme&nbsp;: sur la derni&egrave;re d&eacute;cennie, il &eacute;quivaut &agrave; 45&nbsp;% de la valeur de la production de coton, ce qui en fait la culture la plus subventionn&eacute;e aux Etats-Unis.

Le prix minimum et les paiements anticycliques &ndash; mais pas l&rsquo;assurance - ont &eacute;t&eacute; condamn&eacute;s par le panel br&eacute;silien &agrave; l&rsquo;OMC. Les producteurs de coton am&eacute;ricains ont donc imagin&eacute; un nouveau dispositif de soutien, en deux volets. D&rsquo;une part, le prix minimum du coton deviendrait flexible&nbsp;: il serait fix&eacute; sur la base de la moyenne des cours mondiaux observ&eacute;s durant les deux ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes. Ce prix serait plafonn&eacute; &agrave; son niveau actuel et pourrait diminuer de 10 %, au maximum, par rapport &agrave; ce niveau. D&rsquo;autre part, les producteurs de coton auraient acc&egrave;s &agrave; une assurance recette compl&eacute;mentaire. Ainsi, un producteur pourrait acheter une police d&rsquo;assurance classique, couvrant les pertes de recette sup&eacute;rieures &agrave; 30 % et subventionn&eacute;e &agrave; 80&nbsp;%. Il souscrirait ensuite, s&rsquo;il le souhaite, une police d&rsquo;assurance au titre du Stacked Income Protection Plan (STAX), indemnisant les pertes de recette comprises entre 10&nbsp;% et 30 %, et &eacute;galement subventionn&eacute;e &agrave; 80 %. Contrairement aux polices d&rsquo;assurance classiques, bas&eacute;es sur le rendement de l&rsquo;exploitation, les contrats d&rsquo;assurance STAX seraient index&eacute;s sur le rendement moyen du comt&eacute;, c&rsquo;est-&agrave;-dire de la r&eacute;gion administrative o&ugrave; serait situ&eacute;e l&rsquo;exploitation.

Le nouveau dispositif de soutien a &eacute;t&eacute; adopt&eacute;, &agrave; la mi-mai, par les commissions agricoles de la Chambre des repr&eacute;sentants et du S&eacute;nat. Il figurera vraisemblablement dans la version finale du farm bill, qui devrait &ecirc;tre vot&eacute;e cet &eacute;t&eacute;. Donnera-t-il satisfaction aux Br&eacute;siliens&nbsp;? Ou ceux-ci jugeront-ils que les soutiens octroy&eacute;s aux producteurs de coton am&eacute;ricains faussent encore trop la concurrence et justifient d&rsquo;appliquer l&rsquo;ensemble des mesures de r&eacute;torsion autoris&eacute;es par l&rsquo;OMC&nbsp;? En tout &eacute;tat de cause, l&rsquo;&eacute;valuation &eacute;conomique de la r&eacute;forme du prix minimum du coton et de la cr&eacute;ation du STAX ne devrait pas se fonder uniquement sur le montant et l&rsquo;impact du soutien, mais prendre &eacute;galement en compte le fait que dans le prochain farm bill, le coton sera sans doute moins subventionn&eacute; que les autres cultures, ce qui pourrait favoriser un recul de ses emblavements.

Les producteurs de coton ouest-africains, qui d&eacute;noncent depuis des ann&eacute;es les aides accord&eacute;es &agrave; leurs homologues &eacute;tasuniens, auraient tort de se r&eacute;jouir trop vite. M&ecirc;me si ces aides diminuent, elles devraient rester tr&egrave;s substantielles &agrave; court terme. En outre, le Br&eacute;sil a augment&eacute; son soutien &agrave; l&rsquo;agriculture ces derni&egrave;res ann&eacute;es&nbsp;; il d&eacute;veloppe une assurance r&eacute;colte et exp&eacute;rimente une assurance recette inspir&eacute;e de celle en vigueur aux Etats-Unis. Il ne faut pas se tromper de partition&nbsp;: la d&eacute;nonciation des aides d&eacute;loyales existant dans les autres pays est n&eacute;cessaire&nbsp;; le plaidoyer pour la mise en place d&rsquo;une solide politique agricole est plus important encore.
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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1475 2013-05-27 text/htmlfr
L'agriculture africaine peut-elle se développer sans les organisations de producteurs ? Watch List de la FAO pour raison d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; alimentaire [2].&nbsp;

C&rsquo;est pourquoi le rapport, &agrave; partir de l&rsquo;inventaire de plusieurs fili&egrave;res destin&eacute;es soit &agrave; la consommation locale ou r&eacute;gionale - le riz au S&eacute;n&eacute;gal et au Ghana, le ma&iuml;s en Zambie, le lait au Kenya -, soit &agrave; l&rsquo;exportation - le cacao au Ghana, les haricots verts au Kenya - rel&egrave;ve la dualit&eacute;, voire la fracture existant entre la masse des petits producteurs desservant les populations rurales et urbaines pauvres et les fili&egrave;res int&eacute;gr&eacute;es de l&rsquo;agro-industrie extraverties vers les march&eacute;s ext&eacute;rieurs, et s&rsquo;interroge sur les passerelles entre ces deux syst&egrave;mes &eacute;conomiques.

Parall&egrave;lement, dressant l&rsquo;&eacute;tat des lieux d&rsquo;un panel d&rsquo;organisations de producteurs en Afrique de l&rsquo;Ouest (Ghana et Burkina Faso) et du Centre (Cameroun), une &eacute;tude r&eacute;cente, r&eacute;alis&eacute;e par FARM, signale que les organisations op&eacute;rant dans les fili&egrave;res d&rsquo;exportation de produits bruts ou semi-transform&eacute;s sont bien mieux structur&eacute;es et donc plus efficaces que celles centr&eacute;es sur la production alimentaire pour les march&eacute;s int&eacute;rieurs. D&egrave;s lors, d&eacute;noncent les r&eacute;dacteurs du rapport en regard des menaces de crise alimentaire, &laquo; pour les gouvernements, la question n&rsquo;est plus d&rsquo;assurer l&rsquo;adaptation des agricultures familiales et la structuration des fili&egrave;res agroalimentaires, mais de promouvoir des unit&eacute;s de production de grande taille et de ma&icirc;triser l&rsquo;aval de la production, en fonction des attentes des march&eacute;s &raquo; [3].

Dans cette logique, la demande accrue de mati&egrave;res premi&egrave;res agricoles en Afrique sub-saharienne et la flamb&eacute;e concomitante des prix sur le march&eacute; international avaient attir&eacute; d&egrave;s 2009 des fonds d&rsquo;investissement ciblant l&rsquo;agriculture, en esp&eacute;rant des taux de rendement &eacute;lev&eacute;s. Ainsi la revue African investor, dans son bimestriel de janvier-f&eacute;vrier 2011, publie les r&eacute;sultats d&rsquo;une &eacute;tude du cabinet Dalberg [4]: il existerait 50 fonds d&rsquo;investissement actifs dans le secteur agricole, parmi lesquels 19 seraient exclusivement d&eacute;di&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture et &agrave; l&rsquo;agro-industrie, repr&eacute;sentant une masse financi&egrave;re totale de l&rsquo;ordre de 2,4 milliards de dollars.

Mais cette premi&egrave;re impression d&rsquo;un engouement opportun d&rsquo;investisseurs et de gestionnaires pour l&rsquo;agriculture africaine cache une r&eacute;alit&eacute; plus complexe et moins optimiste : l&rsquo;impact de la crise financi&egrave;re a rendu difficile la lev&eacute;e de fonds de nombreuses initiatives ; les exploitations agro-industrielles sont souvent les cibles privil&eacute;gi&eacute;es pour le moindre risque et la meilleure rentabilit&eacute; qu&rsquo;elles repr&eacute;sentent, or celles-ci n&rsquo;associent que rarement les communaut&eacute;s locales ; les investissements b&eacute;n&eacute;ficient fr&eacute;quemment, in fine, &agrave; la production de mati&egrave;res premi&egrave;res agricoles destin&eacute;es &agrave; l&rsquo;exportation. Comme le soulignent la plupart des gestionnaires de fonds, l&rsquo;identification et la structuration des transactions sont particuli&egrave;rement complexes dans le secteur agricole, car celui-ci souffre d&rsquo;un d&eacute;ficit majeur en mati&egrave;re d&rsquo;appui et d&rsquo;assistance technique &agrave; destination des entreprises cibles non famili&egrave;res du capital investissement.

En 2010, African Agriculture Fund (AAF), le premier fonds d&rsquo;investissement essentiellement consacr&eacute; &agrave; la production alimentaire pour l&rsquo;Afrique sub-saharienne, a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;. De l&rsquo;exp&eacute;rience des r&eacute;flexions men&eacute;es lors de la mise en place de ce fonds, il nous semble que les investisseurs devraient se poser deux questions : l&rsquo;agriculture africaine peut-elle se d&eacute;velopper sans les organisations de producteurs agricoles ? Outre la fracture agricole entre les &eacute;conomies du Nord et le continent africain, doit-on laisser s&rsquo;aggraver une autre, &eacute;conomique, entre les Africains ?

Des &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponse nous sont fournis dans diff&eacute;rentes contributions :

1/ La FAO, dans son rapport 2012 sur la situation mondiale de l&rsquo;alimentation et de l&rsquo;agriculture [5], tout en insistant sur l&rsquo;importance de la combinaison d&rsquo;investissements renfor&ccedil;ant la productivit&eacute; agricole et prot&eacute;geant les ressources naturelles et les &eacute;cosyst&egrave;mes, rappelle que les agriculteurs familiaux ou disposant de petites surfaces demeurent les premiers investisseurs dans l&rsquo;agriculture dans les &eacute;conomies fragiles, loin devant les investisseurs publics nationaux, l&rsquo;aide publique au d&eacute;veloppement et les investisseurs priv&eacute;s &eacute;trangers.

Le taux d&rsquo;investissement par travailleur agricole a n&eacute;anmoins baiss&eacute; au cours des trente derni&egrave;res ann&eacute;es [6]. De plus, les d&eacute;penses publiques affect&eacute;es &agrave; l&rsquo;agriculture ont eu des impacts limit&eacute;s en termes de productivit&eacute;, de r&eacute;duction de la pauvret&eacute; et de durabilit&eacute;. Quant aux investissements directs &eacute;trangers, leur effet d&rsquo;entra&icirc;nement sur les gains de productivit&eacute; est lui aussi rest&eacute; faible, car ils se sont orient&eacute;s principalement, au cours de la derni&egrave;re d&eacute;cennie, vers l&rsquo;acquisition de terres arables destin&eacute;es &agrave; des productions de rente [7] ou vers les industries agro-alimentaires tourn&eacute;es vers l&rsquo;exportation.

Par cons&eacute;quent, toute strat&eacute;gie de croissance des investissements devra, selon nous, pour &ecirc;tre efficace, respecter les aspirations des agriculteurs familiaux et des acteurs des fili&egrave;res dans lesquelles ils s&rsquo;ins&egrave;rent en les int&eacute;grant dans des mod&egrave;les de production plus performants, afin d&rsquo;&eacute;viter les ph&eacute;nom&egrave;nes d&eacute;vastateurs d&rsquo;investissements non concert&eacute;s accompagn&eacute;s d&rsquo;accaparement de terres.

2/ Dans le m&ecirc;me ordre d&rsquo;id&eacute;es, une &eacute;tude du consultant Dalberg publi&eacute;e en septembre 2012 [8], tout en confirmant la part essentielle des petits producteurs dans les cha&icirc;nes de valeur agricole, rel&egrave;ve (comme FARM) la faiblesse des organisations paysannes, leur acc&egrave;s limit&eacute; au cr&eacute;dit &agrave; court terme et au financement d&rsquo;investissement qui leur permettraient d&rsquo;accro&icirc;tre la productivit&eacute; de leurs parcelles. Les petits producteurs ne peuvent donc inscrire leurs efforts dans un cycle vertueux de production marchande ayant un r&eacute;el impact sur la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, notamment dans les zones urbanis&eacute;es, trop souvent d&eacute;pendantes des importations de produits alimentaires. Afin de satisfaire cette demande de financement, Dalberg envisage diff&eacute;rentes trajectoires de croissance (cinq au total) et analyse les impacts attendus pour chacune.

Nous retenons de cette &eacute;tude que, quelle que soit la trajectoire choisie, sa r&eacute;ussite implique une action concert&eacute;e des diff&eacute;rents intervenants sur le lieu de production et sur les march&eacute;s agricoles (organisations de producteurs, acheteurs des r&eacute;coltes, entreprises de transformation et de distribution) et des institutions financi&egrave;res &agrave; court et &agrave; moyen terme. C&rsquo;est pourquoi les politiques d&rsquo;int&eacute;gration des fili&egrave;res, pour r&eacute;ussir durablement, doivent &ecirc;tre articul&eacute;es avec la mise en place de facilit&eacute;s globales de financement, s&eacute;curisant et solidarisant tous les acteurs de la fili&egrave;re.

3/ Approfondissant cette approche, le groupe d&rsquo;experts ind&eacute;pendants aupr&egrave;s du Comit&eacute; pour les financements innovants dans l&rsquo;agriculture [9] a dress&eacute; derni&egrave;rement un inventaire des m&eacute;canismes les plus novateurs par leur effet catalyseur sur les investissements priv&eacute;s et leur impact sur les cha&icirc;nes de valeur agricoles.

Dans cette &eacute;valuation, les partenariats public-priv&eacute; constitu&eacute;s sous la forme juridique de fonds d&rsquo;investissements (mais aussi les fonds de garantie) sont pr&eacute;sent&eacute;s comme les facilit&eacute;s de financement et de structuration des fili&egrave;res les plus aptes &agrave; g&eacute;n&eacute;rer un impact fort et durable, pour autant qu&rsquo;ils op&egrave;rent dans des pays ou des sous-r&eacute;gions ayant mis en place une strat&eacute;gie de d&eacute;veloppement de leur agriculture.

L&rsquo;issue, pour accro&icirc;tre significativement les investissements publics et priv&eacute;s dans l&rsquo;agriculture conform&eacute;ment aux recommandations pr&eacute;c&eacute;dentes, et tendre avec les organisations de producteurs vers la r&eacute;alisation du potentiel de croissance annonc&eacute; par la Banque mondiale, se trouve ainsi dans la conception et la promotion de fonds d&rsquo;investissement associ&eacute;s &agrave; d&rsquo;autres acteurs : institutions financi&egrave;res de d&eacute;veloppement soucieuses de l&rsquo;orientation strat&eacute;gique des investissements et de leur gouvernance responsable, organismes priv&eacute;s (investisseurs et gestionnaires) apportant une impulsion entrepreneuriale, donateurs publics (par exemple le FIDA) ou fondations (comme AGRA) impliqu&eacute;s dans l&rsquo;assistance technique aux petits producteurs. La r&eacute;ussite d&rsquo;un tel mod&egrave;le de fonds d&rsquo;investissement requiert plusieurs conditions : d&rsquo;abord, une th&egrave;se d&rsquo;investissement rigoureuse, c&rsquo;est-&agrave;-dire op&eacute;rant sur l&rsquo;ensemble de la cha&icirc;ne de valeur alimentaire, int&eacute;grant pour chaque op&eacute;ration un volet d&eacute;di&eacute; aux acteurs locaux &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle villageoise et disposant de forces suffisantes pour cr&eacute;er une offre durable de produits agricoles ; mais aussi, une facilit&eacute; d&rsquo;assistance technique plac&eacute;e aupr&egrave;s du fonds, pouvant octroyer des aides visant &agrave; renforcer les capacit&eacute;s des petits exploitants agricoles et &agrave; les ins&eacute;rer dans des fili&egrave;res agro industrielles organis&eacute;es et structur&eacute;es pour l&rsquo;acc&egrave;s aux march&eacute;s et aux financements.

Dans cette conception, il est essentiel de souligner que les processus d&eacute;cisionnels et de gouvernance de la facilit&eacute; d&rsquo;assistance technique sont juridiquement s&eacute;par&eacute;s de ceux du fonds, m&ecirc;me si, afin d&rsquo;optimiser la mise en jeu des comp&eacute;tences, une plateforme technique regroupant les experts des deux composantes facilite les interactions lors des prises de d&eacute;cision.

C&rsquo;est la voie choisie par African Agriculture Fund [10], dont l&rsquo;exp&eacute;rience, nous l&rsquo;esp&eacute;rons, sera profitable &agrave; d&rsquo;autres.

Sources

[1] Growing Africa. Unlocking the Potential of Agribusiness, The World Bank, January 2013.
http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/africa-agribusiness-report-2013.pdf.

[2] Cf. Africa Pulse, October 2012/Volume 6, The World Bank, figures 1 et 2, table 1.
http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/Africas-Pulse-brochure_Vol6.pdf

[3] Les organisations de producteurs en Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre : attentes fortes, dures r&eacute;alit&eacute;s, Roger Blein et C&eacute;lia Coronel, FARM, f&eacute;vrier 2013 (page 39).
http://www.fondation-farm.org/article854

[4] Harvesting promise, Agribusiness funds, Angela R Hansen, AfricanInvestor, janvier-f&eacute;vrier 2011.
http://www.phatisa.com/images/file/Harvesting%20promise%20(small).pdf

[5] La situation mondiale de l&rsquo;alimentation et de l&rsquo;agriculture - Investir dans l&rsquo;agriculture pour un avenir meilleur, FAO (2012).
http://www.fao.org/docrep/017/i3028f/i3028f.pdf

[6] Le graphique 8 page 21 du rapport indique que l&rsquo;Afrique subsaharienne est la seule r&eacute;gion du monde o&ugrave; la variation annuelle moyenne du capital d&rsquo;exploitation par travailleur a &eacute;t&eacute; n&eacute;gative sur la p&eacute;riode 1980-2007.

[7] En Afrique subsaharienne, les acquisitions de terre &agrave; grande &eacute;chelle ont concern&eacute; principalement six pays : l&rsquo;Ethiopie, le Mali, le Lib&eacute;ria, le Mozambique, le Nig&eacute;ria et le Soudan (source : FAO, rapport cit&eacute; note 5, page 75, tableau 11).

[8] Catalyzing Smallholder Agricultural Finance, Dalberg Global Development Advisors (September 2012).
http://dalberg.com/documents/Catalyzing_Smallholder_Ag_Finance.pdf

[9] Innovative Financing for agriculture, food security and nutrition , Report of the High-level expert Committee to the Leading Group on Innovative Financing for agriculture , food security and nutrition, International Expert Report (December 2012). Page 21, tableau 2 : &ldquo;Mechanisms innovating through their catalytic effect on private investments&rdquo;.
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/Agriculture_GB_bd_cle03aa11.pdf

[10] Pour en savoir plus sur African Agriculture Fund, voir l&rsquo;article de Marie Garcin et Gilles Peltier, Relever le d&eacute;fi de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire en Afrique sub-saharienne : sous quelles conditions les fonds d&rsquo;investissement peuvent-ils-y contribuer ?, revue Techniques Financi&egrave;res et D&eacute;veloppement N&deg; 110, Epargne sans fronti&egrave;re.
http://www.epargnesansfrontiere.org/Articles_c-9-s-89-i-534 (revue payante)]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1412 2013-05-03 text/htmlfr
Par le trou de serrure de l’OHADA &laquo; La dynamique des organisations de producteurs en Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre : attentes fortes, dures r&eacute;alit&eacute;s &raquo;, publi&eacute;e en f&eacute;vrier 2013) est certainement un geste important, un geste &agrave; saluer. D&rsquo;autant plus que peu d&rsquo;intervenants de la coop&eacute;ration ont pris le temps de faire pareil travail, en dehors peut-&ecirc;tre de certaines &eacute;tudes command&eacute;es par des agences de d&eacute;veloppement.

Le fruit de cet exercice r&eacute;v&egrave;le tellement d&rsquo;influences, tellement d&rsquo;interf&eacute;rences dans l&rsquo;&eacute;dification des organisations agricoles.

Il y a d&rsquo;abord celle de la colonisation. On ne peut pas faire abstraction de cet &eacute;tat de fait. Non pas pour excuser ou pour nuancer, mais simplement pour expliquer. Autrement comment expliquer le fait que les fili&egrave;res coton, cacao et caf&eacute; notamment soient mieux organis&eacute;es. Comment comprendre que la commercialisation de leurs produits soit plus structur&eacute;e, que les organisations de producteurs soient plus efficientes, sinon par le fait qu&rsquo;elles ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli&egrave;re, par int&eacute;r&ecirc;t des m&egrave;res patries ? Ajoutons aussi que de ce fait, elles ont une plus longue ligne de vie que les autres.

Les autres justement, les fili&egrave;res vivri&egrave;res. Elles n&rsquo;ont pas eu droit aux m&ecirc;mes &eacute;gards. Elles ont m&ecirc;me &eacute;t&eacute; boud&eacute;es depuis tellement longtemps par les pouvoirs publics. Il est tout de m&ecirc;me int&eacute;ressant de relever qu&rsquo;&agrave; la base, il s&rsquo;agit des m&ecirc;mes paysans &eacute;voluant dans un m&ecirc;me milieu. Dans un cas, ils ont su s&rsquo;organiser et dans l&rsquo;autre, ils en auraient &eacute;t&eacute; incapables jusqu&rsquo;&agrave; ce jour ?

C&rsquo;est qu&rsquo;une autre influence est venue interf&eacute;rer. L&rsquo;influence de tant de coop&eacute;rations. Chacune avec ses objectifs et sa mani&egrave;re d&rsquo;intervenir, avec des aides plus ou moins li&eacute;es. Comment s&rsquo;en sortir lorsque, en l&rsquo;espace de vingt-cinq ans, on passe d&rsquo;une dynamique bas&eacute;e sur les groupements villageois pour &eacute;voluer tour &agrave; tour vers les pr&eacute;-coop&eacute;ratives, les coop&eacute;ratives, &agrave; travers la redynamisation des chambres d&rsquo;agriculture et l&rsquo;approche fili&egrave;re s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;interprofession ?

Pour une paysanne, un paysan, admettons qu&rsquo;il y a de quoi vouloir rester dans son champ. Toutes ces influences ont pu cohabiter pendant le dernier quart de si&egrave;cle gr&acirc;ce &agrave; la complicit&eacute; d&rsquo;une autre influence, celle de la mondialisation et avec elle, la mont&eacute;e du n&eacute;olib&eacute;ralisme.

Si les fili&egrave;res d&rsquo;exportation ont continu&eacute; d&rsquo;attirer l&rsquo;attention, c&rsquo;est en bonne partie parce qu&rsquo;elles favorisaient l&rsquo;essor de la mondialisation. Si les fili&egrave;res vivri&egrave;res ont &eacute;t&eacute; ignor&eacute;es, c&rsquo;est surtout parce qu&rsquo;elles &eacute;taient vues comme une entrave au n&eacute;olib&eacute;ralisme. Avant la crise alimentaire de 2008, rappelons-nous que ce n&rsquo;&eacute;tait pas tr&egrave;s &agrave; la mode de vouloir structurer le march&eacute; local. La mondialisation &eacute;tait l&agrave; pour r&eacute;pondre au march&eacute; et les petits paysans, apparemment, n&rsquo;avaient pas la capacit&eacute; de participer &agrave; ce grand projet. Avec les r&eacute;sultats que l&rsquo;on conna&icirc;t.

La lecture du rapport nous rappelle aussi l&rsquo;importance d&rsquo;une autre r&eacute;alit&eacute;, celle de la gouvernance.

Il ne faudrait pas oublier que les gouvernements de ces &Eacute;tats composent encore avec une population agricole avoisinant 50 % du nombre total de citoyens. Ils ne voient pas n&eacute;cessairement d&rsquo;un bon &oelig;il le fait que le monde paysan s&rsquo;organise. Quel chef d&rsquo;&Eacute;tat veut jongler avec un &Eacute;tat dans l&rsquo;&Eacute;tat ?

Finalement, les gouvernements s&rsquo;arrangent assez bien avec l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; g&eacute;n&eacute;r&eacute;e par autant d&rsquo;influences. &Agrave; ce chapitre, ils n&rsquo;ont pas eu besoin de diviser pour r&eacute;gner. D&rsquo;autres l&rsquo;ont fait si bien &agrave; leur place. Pendant que le march&eacute; gouverne l&rsquo;&eacute;conomie agricole, les gouvernements n&rsquo;ont pas &agrave; g&eacute;rer le risque d&rsquo;une organisation trop forte du monde agricole.

Mais justement, &agrave; la lumi&egrave;re de la crise de 2008, une lumi&egrave;re suffisamment forte pour que plus de monde voie le risque &eacute;norme que nous courons, la population mondiale a besoin d&rsquo;une agriculture pr&eacute;sente partout sur la plan&egrave;te. Elle doit pouvoir compter sur une plus grande biodiversit&eacute; agricole pour r&eacute;duire les risques d&rsquo;une catastrophe alimentaire.

Cela nous ram&egrave;ne &agrave; l&rsquo;essence de l&rsquo;&eacute;tude r&eacute;alis&eacute;e pour le compte de FARM. Il y a un travail incommensurable &agrave; poursuivre sur la structuration du monde agricole. Pour faire ce travail, il ne suffit pas de regarder par le trou de serrure de l&rsquo;OHADA, l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;harmonisation du droit des affaires en Afrique, dont les pays membres ont adopt&eacute; un &laquo; Acte unique &raquo; visant &agrave; renforcer le statut des coop&eacute;ratives. Il est &eacute;vident qu&rsquo;un bon nombre d&rsquo;organisations sont rest&eacute;es de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; du portail.

Il faut comprendre le contexte, s&rsquo;appuyer sur les acquis et d&eacute;boulonner un &agrave; un les boulons de la serrure qui emp&ecirc;chent l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la cour des grands.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1408 2013-04-22 text/htmlfr
Afrique de l'Ouest : transformer notre production agricole pour consommer local Ce que nous voulons, c&rsquo;est &ecirc;tre s&ucirc;r de manger et surtout manger ce que nous produisons et transformons. Ce n&rsquo;est pas un acte gratuit. C&rsquo;est un acte militant, c&rsquo;est un choix de d&eacute;veloppement pour nos pays. C&rsquo;est le choix de d&eacute;velopper les productions agricoles locales et de les valoriser en les transformant. C&rsquo;est le choix de cr&eacute;er des emplois car nous le savons bien : en Afrique de l&rsquo;Ouest, c&rsquo;est dans l&rsquo;agriculture et la transformation agroalimentaire que nous pouvons cr&eacute;er des emplois en grand nombre. C&rsquo;est le choix d&rsquo;innover en mettant sur le march&eacute; des produits accessibles au plus grand nombre et adapt&eacute;s aux nouvelles habitudes de consommation.
J&rsquo;aimerais tout d&rsquo;abord pr&eacute;ciser de quelles entreprises de transformation il est question ici. Le champ de l&rsquo;agroalimentaire est vaste et diversifi&eacute;. Il y a diff&eacute;rentes fili&egrave;res investies par des entreprises industrielles, semi-industrielles et artisanales. En tant que pr&eacute;sidente de l&rsquo;association Afrique AgroEXport (AAFEX), je m&rsquo;exprime au nom des entreprises semi-industrielles et artisanales formelles, qui sont des tr&egrave;s petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) et qui constituent la majorit&eacute; des membres de l&rsquo;AAFEX. Les entreprises de l&rsquo;AAFEX ne sont pas dans leur grande majorit&eacute; des agro-industries, car ce terme recouvre plut&ocirc;t les grandes firmes et principalement celles qui sont dans l&rsquo;arachide, le sucre, le riz, la tomate industrielle et le coton. Nos membres sont surtout dans la transformation de c&eacute;r&eacute;ales et de fruits et l&eacute;gumes.
Pour les entreprises, le premier enjeu est celui de l&rsquo;approvisionnement en mati&egrave;res premi&egrave;res en quantit&eacute;, en qualit&eacute; et &agrave; un prix abordable. Elles s&rsquo;approvisionnent principalement sur les march&eacute;s ruraux (les loumas), les march&eacute;s de regroupement (Thiaroye et Pikine, situ&eacute;s en p&eacute;riph&eacute;rie de Dakar), les march&eacute;s urbains de consommation et aupr&egrave;s d&rsquo;interm&eacute;diaires. Toutes ces transactions sont informelles, se font au coup par coup et &agrave; des prix qui fluctuent de jour en jour.
Il faut que l&rsquo;on se penche sur le fonctionnement et sur la modernisation de ces march&eacute;s, qui sont g&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;pourvus de structures de stockage et de conditionnement adapt&eacute;s. Dans un premier temps, la mise en place d&rsquo;un syst&egrave;me d&rsquo;informations sur les quantit&eacute;s disponibles et les prix pourrait am&eacute;liorer les choix des op&eacute;rateurs pour effectuer des transactions. Enfin, il est n&eacute;cessaire de r&eacute;gler tr&egrave;s rapidement le probl&egrave;me de l&rsquo;insalubrit&eacute; des produits propos&eacute;s sur ces march&eacute;s car il s&rsquo;agit de produits alimentaires et donc de la s&eacute;curit&eacute; sanitaire des aliments que nous consommons.
Mais la solution durable se trouve dans la contractualisation avec les producteurs &agrave; travers une approche &laquo; cha&icirc;nes de valeur &raquo; o&ugrave; chacun trouve son int&eacute;r&ecirc;t. Nous devons nous inspirer des contractualisations r&eacute;ussies, comme pour la Soci&eacute;t&eacute; de conserves alimentaires du S&eacute;n&eacute;gal (SOCAS)* ou La Laiterie du Berger**.
Par ailleurs, les entreprises ont int&eacute;r&ecirc;t &agrave; se regrouper en coop&eacute;ratives, ou en consortium, pour leur approvisionnement en mati&egrave;res premi&egrave;res, en emballages et pour la commercialisation de leurs produits. Les initiatives comme celles de la Centrale d&rsquo;achats Andandoo*** doivent &ecirc;tre multipli&eacute;es.
Mais pour que cela marche, il faudrait que ces structures soit bien organis&eacute;es et aient acc&egrave;s au cr&eacute;dit bancaire. Il faudrait que les banques s&rsquo;impliquent dans le processus comme elles le font pour les entreprises de grande envergure cit&eacute;es ci-dessus.
Les banques et les institutions de financement devraient avoir des produits mieux adapt&eacute;s aux entreprises agroalimentaires et surtout aux TPE et PME qui ont fait leurs preuves avec leurs propres moyens et qui recherchent des financements pour leur croissance.
Les banques accompagnent volontiers les entreprises sur le court terme mais lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de pr&ecirc;ts plus consistants, &agrave; moyen et long terme, destin&eacute;s &agrave; financer l&rsquo;acquisition d&rsquo;un terrain, de b&acirc;timents et d&rsquo;&eacute;quipements, les exigences sont pratiquement les m&ecirc;mes que pour toutes les entreprises ; alors qu&rsquo;&agrave; mon sens, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de secteurs prioritaires comme l&rsquo;agriculture et l&rsquo;agroalimentaire, les crit&egrave;res d&rsquo;appr&eacute;ciation des dossiers de demande de financement devraient &ecirc;tre diff&eacute;rents.
Le cr&eacute;dit-bail**** est une solution qui n&rsquo;est pas suffisamment connue et pratiqu&eacute;e par les entreprises. Il faudrait savoir pourquoi cela marche ailleurs et non ici, et voir comment l&rsquo;adapter &agrave; notre contexte.
Concernant plus pr&eacute;cis&eacute;ment la question des &eacute;quipements, tant qu&rsquo;on aura besoin d&rsquo;aller en Europe, en Chine ou en Inde pour en trouver, nos entreprises ne d&eacute;passeront pas le stade semi-artisanal. Quand on a la chance d&rsquo;acqu&eacute;rir un &eacute;quipement &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, on a un peu de mal &agrave; le faire fonctionner ou &agrave; assurer sa maintenance, car nous n&rsquo;avons pas les bons techniciens sur place. Il y a l&agrave; un v&eacute;ritable cr&eacute;neau pour la production locale d&rsquo;&eacute;quipements modernes et pour la formation d&rsquo;ing&eacute;nieurs et de techniciens comp&eacute;tents.
Puisqu&rsquo;on est bien conscient qu&rsquo;il faut miser sur ce secteur qui offre beaucoup d&rsquo;opportunit&eacute;s, il faut maintenant passer de la parole aux actes et cr&eacute;er les conditions pour que les entreprises agroalimentaires puissent se d&eacute;velopper. Il est temps de lib&eacute;rer toutes les potentialit&eacute;s qu&rsquo;offre ce secteur.
Les membres de l&#39;AAFEX qui ont cr&eacute;&eacute; leur entreprise de transformation des c&eacute;r&eacute;ales veulent mettre &agrave; la disposition des m&eacute;nages des produits de qualit&eacute;, bien conditionn&eacute;s et pr&ecirc;ts &agrave; consommer. Aujourd&rsquo;hui, pour rentabiliser leurs activit&eacute;s, ces entreprises vendent 50 % de leur production &agrave; l&rsquo;export parce que leurs produits sont chers et ne sont pas accessibles au plus grand nombre. Il faut donc &eacute;galement ouvrir la r&eacute;flexion sur les co&ucirc;ts de production, sur la mise en place d&rsquo;une fiscalit&eacute; adapt&eacute;e aux TPE et PME agroalimentaires et sur les campagnes de promotion en faveur du &laquo; consommer local &raquo;.
Enfin, j&rsquo;aimerais insister sur le fait que le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture et de la transformation agroalimentaire sont des enjeux de taille, incontournables, qui doivent ouvrir des perspectives pour les jeunes. Nous avons un boulevard devant nous et ce cr&eacute;neau est le plus porteur qui soit car il y a encore beaucoup &agrave; faire.
Le march&eacute; pour les produits agroalimentaires est local, sous-r&eacute;gional, africain et &agrave; l&rsquo;export. Nous consommons volontiers des produits import&eacute;s. Apprenons &agrave; consommer local mais transformons &eacute;galement nos produits pour qu&rsquo;ils soient attractifs pour les autres consommateurs d&rsquo;Afrique et du monde.

*La SOCAS, install&eacute;e au S&eacute;n&eacute;gal est &laquo; le premier producteur industriel de concentr&eacute; d&#39;Afrique du Centre et de l&#39;Ouest, &agrave; partir de tomates fra&icirc;ches r&eacute;colt&eacute;es dans la r&eacute;gion de Saint-Louis. La SOCAS ach&egrave;te la totalit&eacute; de ses besoins en tomates &agrave; des paysans ou groupements ind&eacute;pendants qu&#39;elle a initi&eacute;s &agrave; cette production et avec lesquels elle passe des contrats fermes d&#39;achats &raquo;.
** La Laiterie du Berger, install&eacute;e &agrave; Richard-Toll depuis 2006, collecte du lait aupr&egrave;s d&rsquo;&eacute;leveurs traditionnels peulhs organis&eacute;s au sein d&rsquo;une coop&eacute;rative, pour en faire des yaourts et divers produits laitiers.
*** La Centrale d&rsquo;achats Andandoo a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e par des op&eacute;rateurs de l&rsquo;agroalimentaire du S&eacute;n&eacute;gal afin de faciliter leur acc&egrave;s &agrave; un emballage de qualit&eacute;, qui respecte l&rsquo;environnement, &agrave; un prix accessible.
**** Le cr&eacute;dit bail permet &agrave; une PME de faire porter la totalit&eacute; du financement de son mat&eacute;riel de production ou un bien immobilier professionnel par un sp&eacute;cialiste du leasing et d&rsquo;acquitter ainsi des loyers d&eacute;ductibles qui peuvent &ecirc;tre pass&eacute;s en charges courantes.]]>
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Intensification écologique, agro-écologie, intensification durable de l’agriculture : pourquoi cela concerne-t-il aussi les agriculteurs ouest-africains ? agro-&eacute;cologie, agriculture de conservation, intensification durable et plus rarement intensification &eacute;cologique ou &eacute;cologisation des pratiques sont entr&eacute;s depuis quelques ann&eacute;es dans le langage des agronomes, des d&eacute;cideurs et parfois des agriculteurs d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Ces nouveaux mod&egrave;les de production ou de fa&ccedil;on de produire cherchent &agrave; r&eacute;pondre, &agrave; la fois, au d&eacute;fi de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire (quantitative et qualitative) et &agrave; celui de la protection de l&#39;environnement. Ils sont r&eacute;guli&egrave;rement repris dans les agendas des agences internationales comme le PNUD (Programme des Nations unies pour le d&eacute;veloppement) - avec le plaidoyer d&rsquo;Olivier de Schutter pour l&rsquo;agro-&eacute;cologie en 2011 - ou la FAO, notamment dans son ouvrage &laquo; Produire plus avec moins &raquo; [...d&#39;intrants], paru la m&ecirc;me ann&eacute;e, tous deux disponibles sur Internet. Mais ces nouvelles fa&ccedil;ons de produire sont-elles r&eacute;ellement ins&eacute;r&eacute;es dans les politiques agricoles et environnementales de cette r&eacute;gion du monde ?

Un besoin d&rsquo;accro&icirc;tre l&rsquo;offre alimentaire dans un contexte en &eacute;volution...

En Afrique de l&rsquo;Ouest, l&#39;accroissement de l&#39;offre alimentaire locale et r&eacute;gionale dans un contexte de forte pression fonci&egrave;re (urbanisation, croissance de la population rurale) n&eacute;cessite une hausse des rendements des cultures vivri&egrave;res, mais aussi une r&eacute;duction des pertes subies lors du stockage et de la commercialisation des r&eacute;coltes. Cette strat&eacute;gie devra surtout composer avec trois &eacute;l&eacute;ments fondamentaux et relativement r&eacute;cents :
  • l&rsquo;augmentation du prix des engrais min&eacute;raux, qui d&eacute;pend largement du co&ucirc;t de l&#39;&eacute;nergie fossile (fabrication, transport) ;

  • la rar&eacute;faction et la d&eacute;gradation des ressources naturelles &quot;agricoles&quot; par habitant, du fait du fort accroissement d&eacute;mographique en milieu rural et de l&rsquo;absence de financements publics d&eacute;di&eacute;s &agrave; des mesures agro-environnementales ;

  • enfin, les changements climatiques li&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;l&eacute;vation des temp&eacute;ratures et &agrave; l&rsquo;amplification des al&eacute;as pluviom&eacute;triques, avec les risques concomitants : inondations, s&eacute;cheresses, tornades, incendies, etc.

...en valorisant les processus &eacute;cologiques de la nature

Pour certains agronomes, il est n&eacute;cessaire, pour faire face &agrave; ces nouvelles contraintes, de s&rsquo;appuyer plus syst&eacute;matiquement sur les processus &eacute;cologiques fournis par les &eacute;cosyst&egrave;mes pour accro&icirc;tre la production tout en r&eacute;duisant l&#39;usage des intrants chimiques et des &eacute;nergies fossiles. Cet &eacute;l&eacute;ment strat&eacute;gique constitue la base de l&rsquo;agro-&eacute;cologie, telle que propos&eacute;e par Miguel Altieri dans son ouvrage paru en fran&ccedil;ais en 1986, mais aussi le socle de l&#39;intensification &eacute;cologique (IE) promue par Michel Griffon dans ses ouvrages publi&eacute;s depuis 2006. Dans les deux cas, les fondements des fa&ccedil;ons de produire s&rsquo;inspirent du fonctionnement des &eacute;cosyst&egrave;mes naturels.

Ces approches ne sont pas sp&eacute;cifiques d&rsquo;un continent et pas nouvelles, puisque les principes de la lutte biologique et de la lutte raisonn&eacute;e contre les bio-agresseurs des cultures remontent aux ann&eacute;es 1960. Dans un autre registre, l&rsquo;importance de l&rsquo;entretien du taux de mati&egrave;re organique des sols cultiv&eacute;s tropicaux a &eacute;t&eacute; mis en exergue dans les ann&eacute;es 1980 ; parall&egrave;lement, les agronomes ont montr&eacute; les limites voire les dangers d&rsquo;une fertilisation uniquement min&eacute;rale pouvant conduire, dans cette r&eacute;gion, &agrave; une acidification des sols (dans le cas de fortes doses d&rsquo;engrais utilis&eacute;es chaque ann&eacute;e et dans la dur&eacute;e). Les avanc&eacute;es th&eacute;oriques r&eacute;centes dans le domaine de la gestion des agro-syst&egrave;mes concernent non plus un facteur d&eacute;terminant la production mais un ensemble de facteurs en relation avec les composantes de ces syst&egrave;mes, rapprochant ainsi l&rsquo;agronomie de l&rsquo;&eacute;cologie (au sens de la discipline scientifique), d&rsquo;une part, et l&rsquo;agronomie des sciences sociales, d&rsquo;autre part.

Mais la r&eacute;volution verte est toujours d&rsquo;actualit&eacute;

Dans le m&ecirc;me temps, on note un regain d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des responsables africains pour soutenir leur agriculture, suite aux grandes fluctuations des prix des produits alimentaires de base qui ont conduit, entre autres, &agrave; des &eacute;meutes en milieu urbain, fin 2008. Pour accro&icirc;tre la production agricole, en particulier celle des c&eacute;r&eacute;ales, les Etats ont mis&eacute; sur l&rsquo;application des principes de la &laquo; r&eacute;volution verte &raquo; promue &agrave; partir de 1960, en subventionnant les engrais min&eacute;raux pour certaines cultures et en relan&ccedil;ant la production et la distribution des semences de vari&eacute;t&eacute;s s&eacute;lectionn&eacute;es. Ce retour &agrave; la r&eacute;volution verte a surtout &eacute;t&eacute; mis en &oelig;uvre dans les zones pluvieuses - soudaniennes et guin&eacute;ennes - et dans les p&eacute;rim&egrave;tres irrigu&eacute;s ouest-africains o&ugrave; l&rsquo;alimentation en eau des cultures est assez bien assur&eacute;e, afin de rentabiliser l&rsquo;application des intrants. On peut ais&eacute;ment comprendre le choix effectu&eacute; &agrave; cette p&eacute;riode par des d&eacute;cideurs politiques qui voulaient rapidement augmenter la production en vue de mettre sur le march&eacute; des quantit&eacute;s importantes de denr&eacute;es &agrave; moindre prix. Mais ce choix d&rsquo;un mod&egrave;le de production et d&rsquo;intensification (&laquo; engrais x vari&eacute;t&eacute;s x travail m&eacute;canis&eacute; &raquo;), r&eacute;alis&eacute; dans l&rsquo;urgence, doit-il perdurer ? Comment expliquer l&rsquo;attrait des agriculteurs et des d&eacute;cideurs des zones de savane pour ce mod&egrave;le productiviste dont les scientifiques ont montr&eacute; les limites ?

Pourquoi les agriculteurs et les d&eacute;cideurs privil&eacute;gient-ils le mod&egrave;le de la r&eacute;volution verte ?

L&rsquo;analyse des choix techniques et strat&eacute;giques des agriculteurs d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest r&eacute;v&egrave;le des points communs. En effet, bon nombre d&rsquo;entre eux h&eacute;sitent &agrave; adopter des innovations &laquo; agro-&eacute;cologiques &raquo; co&ucirc;teuses en travail et pas toujours rentables &agrave; court terme. Ils privil&eacute;gient plut&ocirc;t le mod&egrave;le de la r&eacute;volution verte. Nos travaux de terrain, men&eacute;s avec les partenaires des structures de recherche et de d&eacute;veloppement et des organisations paysannes, permettent d&rsquo;avancer plusieurs facteurs pour comprendre ces choix :
  • l&#39;engrais min&eacute;ral peut &ecirc;tre appliqu&eacute; sur de grandes surfaces, plusieurs hectares par exploitation, si son approvisionnement est ad&eacute;quat et si les agriculteurs ont acc&egrave;s au cr&eacute;dit, ce qui n&rsquo;est pas possible avec la fumure organique dont les disponibilit&eacute;s sont r&eacute;duites et ne peuvent pas cro&icirc;tre rapidement ;

  • la culture continue et l&#39;abandon de la jach&egrave;re devenant la r&egrave;gle, l&#39;usage de l&#39;engrais min&eacute;ral mais aussi des herbicides est devenu incontournable. Le recours aux herbicides courants a &eacute;t&eacute; facilit&eacute; ces dix derni&egrave;res ann&eacute;es par la baisse de leurs prix (glyphosate, 2-4 D, atrazine&hellip;) ;

  • &agrave; assolements &eacute;quivalents (grandes cultures, coton, c&eacute;r&eacute;ales, l&eacute;gumineuses), ce mod&egrave;le de production est moins co&ucirc;teux en travail que des mod&egrave;les plus &quot;agro-&eacute;cologiques&quot; impliquant la production et l&#39;utilisation de mati&egrave;res organiques, des cultures associ&eacute;es dont l&rsquo;agroforesterie, l&rsquo;enclosure des champs, etc. ;

  • l&rsquo;usage des vari&eacute;t&eacute;s s&eacute;lectionn&eacute;es est une solution facile &agrave; mettre en &oelig;uvre, car relativement peu on&eacute;reuse ;

  • certains effets et impacts n&eacute;gatifs de ce mod&egrave;le de production sur les ressources naturelles sont encore mal connus ou co&ucirc;teux &agrave; mesurer. C&rsquo;est le cas par exemple des impacts sur la qualit&eacute; de l&rsquo;eau des nappes, la perte de biodiversit&eacute; (macrofaune, microfaune), l&rsquo;apparition de r&eacute;sistances aux pesticides et herbicides ou encore la baisse de la densit&eacute; des arbres dans les paysages agricoles.

Comment les scientifiques peuvent-ils accompagner la transition agro-&eacute;cologique ?

Les chercheurs doivent mieux se faire entendre, mieux communiquer et collaborer pour pr&eacute;parer les strat&eacute;gies d&rsquo;am&eacute;lioration de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire non pas pour la prochaine campagne agricole mais pour les prochaines d&eacute;cennies. Autrement dit, le dialogue entre praticiens (agriculteurs, conseillers agricoles, responsables des fili&egrave;res&hellip;) et chercheurs doit v&eacute;ritablement se construire dans la dur&eacute;e pour appr&eacute;hender ces processus dans leur dimension biologique mais aussi socio-&eacute;conomique, afin d&rsquo;assurer durablement un accroissement de la production en regard des besoins des populations africaines. Les bases techniques de cette am&eacute;lioration sont connues, mais leurs mises en pratique sont d&eacute;licates : ins&eacute;rer plus de l&eacute;gumineuses dans les rotations afin de b&eacute;n&eacute;ficier de la fixation de l&rsquo;azote de l&rsquo;air &ndash; certes, mais pour quels usages et quels march&eacute;s ? Peut-on revenir aux cultures associ&eacute;es tout en gardant les acquis de la culture attel&eacute;e (sarclage et buttage m&eacute;canis&eacute;s rapides et moins p&eacute;nibles que manuellement) ? Comment introduire plus d&rsquo;arbres dans des champs o&ugrave; le b&eacute;tail trouve sa ration en saison s&egrave;che ? Nous, agronomes de la recherche et du d&eacute;veloppement, avons certainement sous-&eacute;valu&eacute; les contraintes internes de la grande majorit&eacute; des exploitations de la r&eacute;gion. Les agriculteurs n&#39;ont pas une opinion toujours n&eacute;gative des innovations &laquo; classiques &raquo; ou &laquo; agro-&eacute;cologiques &raquo;, mais pour qu&#39;ils y adh&egrave;rent il faut qu&rsquo;ils y trouvent un int&eacute;r&ecirc;t. De ce fait, l&#39;&eacute;valuation des innovations qu&rsquo;il faut r&eacute;aliser avec eux doit int&eacute;grer, en plus de l&#39;analyse traditionnelle co&ucirc;ts/b&eacute;n&eacute;fices, les &eacute;l&eacute;ments suivants :

  • les risques que les agriculteurs prennent en adoptant une nouvelle technologie, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;ordre technique (par exemple, pullulation non pr&eacute;vue d&#39;un d&eacute;pr&eacute;dateur) ou &eacute;conomique ;

  • la temporalit&eacute; du retour sur investissement. Pour les agriculteurs, l&#39;investissement consenti pour l&#39;adoption d&#39;une innovation doit &ecirc;tre rentabilis&eacute; si possible sur un cycle cultural. Cela pose probl&egrave;me pour toutes les innovations d&#39;am&eacute;lioration de la fertilit&eacute; des sols et s&rsquo;explique par le fait que les agriculteurs disposent rarement d&#39;une &eacute;pargne ou d&#39;un acc&egrave;s au cr&eacute;dit de moyen terme et encore moins de subventions &agrave; l&#39;investissement ;

  • le temps de travail relatif aux innovations et sa p&eacute;nibilit&eacute; ne sont pas toujours pris en compte dans leur &eacute;valuation. L&#39;accroissement du temps de travail est rarement accept&eacute; par le chef d&#39;exploitation et les actifs familiaux, sauf si le b&eacute;n&eacute;fice engendr&eacute; est &eacute;lev&eacute;.

Face aux &eacute;volutions des conditions de production &eacute;voqu&eacute;es plus haut &ndash; rar&eacute;faction des ressources naturelles par habitant, rench&eacute;rissement et rar&eacute;faction des mati&egrave;res premi&egrave;res n&eacute;cessaires &agrave; la fabrication des intrants, externalit&eacute;s n&eacute;gatives des syst&egrave;mes de production actuels &ndash;, les agriculteurs et les d&eacute;cideurs ne peuvent pas se tenir &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des recherches men&eacute;es pour une intensification durable et plus agro-&eacute;cologique. Toutefois, l&rsquo;usage des intrants ne doit pas &ecirc;tre &eacute;cart&eacute;, car il permet d&rsquo;amorcer des processus biologiques utiles. Ainsi, les engrais min&eacute;raux sont utiles pour accro&icirc;tre rapidement la production de biomasse v&eacute;g&eacute;tale indispensable pour &laquo;r&eacute;activer&raquo; les sols par un apport de mati&egrave;re organique cons&eacute;quent. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;opposer syst&eacute;matiquement des mod&egrave;les de production (productivistes vs agro-&eacute;cologiques), mais de tirer le meilleur parti possible des ressources disponibles. Cette transition agro-&eacute;cologique de l&rsquo;agriculture prendra du temps et requiert :

  • des mesures originales d&rsquo;accompagnement des producteurs (formation, appui-conseil, &eacute;changes de savoir-faire, etc.) ;

  • une mise en d&eacute;bat de ces nouvelles fa&ccedil;ons de produire mais aussi de conseiller, de former et de garantir la qualit&eacute; des produits, avec les d&eacute;cideurs, les op&eacute;rateurs de d&eacute;veloppement et les organisations de producteurs ;

  • des politiques publiques comprenant des mesures incitatives pour favoriser cette transition et des programmes de recherche appliqu&eacute;e men&eacute;s dans la dur&eacute;e.

Mais il ne faudrait pas mettre de c&ocirc;t&eacute; les capacit&eacute;s d&rsquo;innovation des agriculteurs ouest-africains et leurs savoirs sur des &eacute;cosyst&egrave;mes qu&rsquo;ils parcourent et valorisent chaque jour. La transmission de ces savoirs et leur hybridation avec les savoirs &laquo;scientifiques&raquo; constituent aussi un enjeu de la transition agro-&eacute;cologique de l&rsquo;agriculture.

Ce texte est tir&eacute; d&rsquo;une r&eacute;flexion collective pr&eacute;sent&eacute;e dans la communication &laquo; L&rsquo;intensification &eacute;cologique : r&eacute;flexions pour la mise en pratique de ce concept dans les zones de savane d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest &raquo;, de Dugu&eacute; P., Vayssi&egrave;res J., Chia E., Ou&eacute;draogo S., Havard M., Coulibaly D., Nacro H.B., Sissoko F., Sangar&eacute; M., Vall E., 2011 (2-SA_minaire_Bobo_theme_1-Dugue.pdf). ]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1377 2013-03-18 text/htmlfr
Agenda de Doha : la poursuite des négociations agricoles est nécessaire pour les pays pauvres, mais le cadre est à revoir Doha Development Agenda, DDA) pr&eacute;sentait l&rsquo;ambition de d&eacute;boucher sur un accord favorable aux pays en d&eacute;veloppement, en particulier les pays les moins avanc&eacute;s (PMA), notamment en ce qui concerne le volet agricole des n&eacute;gociations. Douze ans apr&egrave;s le lancement du DDA, la perspective d&rsquo;un accord semble s&rsquo;&eacute;loigner. Bonne ou une mauvaise nouvelle pour les PMA ?&nbsp;

Les n&eacute;gociations agricoles ont &eacute;t&eacute; conduites autour d&rsquo;engagements des pays membres de l&rsquo;OMC dans la continuit&eacute; directe de l&rsquo;Accord agricole de l&rsquo;Uruguay Round (AAUR) de 1994, comme si les &eacute;l&eacute;ments de politiques agricole et commerciale qui doivent &ecirc;tre combattus parce qu&rsquo;ils sont &agrave; l&rsquo;origine des distorsions des &eacute;changes et briment les int&eacute;r&ecirc;ts commerciaux agricoles des pays en d&eacute;veloppement, &eacute;taient les m&ecirc;mes en 2013 qu&rsquo;au en 1994. Or depuis les ann&eacute;es 1990, deux &eacute;l&eacute;ments majeurs ont boulevers&eacute; le contexte international agricole. D&rsquo;une part, les PMA, autour desquels les enjeux du cycle de Doha devraient &ecirc;tre centr&eacute;s, sont pass&eacute;s depuis les ann&eacute;es 1990 d&rsquo;une situation d&rsquo;exportateurs nets &agrave; celle d&rsquo;importateurs nets de produits agricoles. D&rsquo;autre part, la tendance des prix agricoles observ&eacute;e &agrave; la baisse entre 1960 et 2000 s&rsquo;est retourn&eacute;e &agrave; la hausse depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 2000. Il s&rsquo;en suit que, m&ecirc;me si le cadre r&eacute;glementaire actuel de l&rsquo;OMC n&rsquo;est pas vraiment limitant pour les PMA, le volet agricole des n&eacute;gociations est mal cibl&eacute; pour r&eacute;orienter les n&eacute;gociations en leur faveur.

L&rsquo;AAUR de 1994 r&eacute;sulte de la volont&eacute; des parties contractantes au GATT d&rsquo;int&eacute;grer le secteur agricole aux n&eacute;gociations commerciales multilat&eacute;rales pour lutter contre les &laquo;distorsions aux &eacute;changes&raquo; c&rsquo;est-&agrave;-dire les politiques ayant pour effet de faire baisser le prix mondial. En effet, afin d&rsquo;accro&icirc;tre leur production agricole et assurer leur s&eacute;curit&eacute; alimentaire, la plupart des pays d&eacute;velopp&eacute;s et notamment l&rsquo;Europe ont mis en place dans la deuxi&egrave;me moiti&eacute; du XXe si&egrave;cle des syst&egrave;mes de prix agricoles sup&eacute;rieurs aux prix mondiaux, ou des aides directes &agrave; la production. Prot&eacute;g&eacute;s des fluctuations du prix mondial et assur&eacute;s d&rsquo;un soutien &agrave; la production, les agriculteurs ont &eacute;t&eacute; incit&eacute;s &agrave; accro&icirc;tre leur productivit&eacute; et leurs rendements et donc &agrave; ajuster &agrave; la hausse leur niveau de production par rapport &agrave; la situation qui aurait pr&eacute;valu sans intervention publique. Le d&eacute;veloppement de l&rsquo;offre et la relative stabilit&eacute; de la demande solvable au niveau mondial se sont traduits par une baisse tendancielle des prix agricoles sur la p&eacute;riode 1960-2000. Au milieu des ann&eacute;es 1980, la plupart des march&eacute;s agricoles connaissent la surproduction. C&rsquo;est dans ce contexte que les parties contractantes au GATT signent l&rsquo;AAUR qui les engage, sur la p&eacute;riode 1995-2000, &agrave; r&eacute;duire leur soutien interne ayant des effets de distorsion des &eacute;changes, &agrave; faciliter l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; leurs march&eacute;s via la r&eacute;duction des droits de douane et &agrave; am&eacute;liorer la concurrence &agrave; l&rsquo;exportation en diminuant le recours au subventions aux exportations.

La mise en &oelig;uvre de ces engagements est &eacute;galement cens&eacute;e profiter aux secteurs exportateurs et donc notamment aux PMA. En effet, pouss&eacute;s par les institutions financi&egrave;res internationales, nombre de ces pays se sont fortement sp&eacute;cialis&eacute;s, dans les ann&eacute;es 1980, dans la production d&rsquo;un nombre limit&eacute; de cultures d&rsquo;exportation (th&eacute;, caf&eacute;, banane, sucre de canne&hellip;), en esp&eacute;rant valoriser leurs avantages comparatifs sur la sc&egrave;ne internationale. Malheureusement, l&rsquo;augmentation des volumes d&rsquo;exportation ne s&rsquo;est pas accompagn&eacute;e d&rsquo;une hausse des recettes, &agrave; cause de l&rsquo;&eacute;rosion continue du prix des produits export&eacute;s : la p&eacute;riode 1961-2001 est au contraire marqu&eacute;e par une r&eacute;duction de leurs termes de l&rsquo;&eacute;change. Les gains d&rsquo;acc&egrave;s au march&eacute; qui devaient r&eacute;sulter de l&rsquo;AAUR sont rest&eacute;s limit&eacute;s, car l&rsquo;accord n&rsquo;a pas mis fin aux pics tarifaires appliqu&eacute;s justement aux produits les plus int&eacute;ressants pour les PMA agro-exportateurs (viande bovine, sucre, banane, dans le cas de l&rsquo;Union europ&eacute;enne). Ce r&eacute;sultat a abouti &agrave; la conclusion que l&rsquo;accord de 1994 n&rsquo;allait pas assez loin. Les n&eacute;gociations de Doha ont donc logiquement cherch&eacute; &agrave; poursuivre le travail afin de d&eacute;gager des gains significatifs pour les pays pauvres en termes d&rsquo;acc&egrave;s aux march&eacute;s des pays du Nord, de r&eacute;duction des soutiens &agrave; l&rsquo;agriculture qui d&eacute;t&eacute;riorent les march&eacute;s agricoles au d&eacute;triment des exportateurs comp&eacute;titifs et de lutte contre les subventions aux exportations qui constituent une forme de concurrence d&eacute;loyale.

Mais ce raisonnement ignore que le commerce agricole des PMA est devenu d&eacute;ficitaire depuis 1990, et que leur d&eacute;ficit agricole s&rsquo;est creus&eacute; dans les ann&eacute;es 2000, en particulier pour le continent africain. En effet, la sp&eacute;cialisation de l&rsquo;agriculture des PMA dans la production d&rsquo;un nombre restreint de produits d&rsquo;exportation a accru leur d&eacute;pendance aux importations de denr&eacute;es alimentaires. Or les droits de douane qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes appliquent &agrave; ces importations sont tr&egrave;s faibles, et le niveau de soutien interne &agrave; la production alimentaire est insignifiant voire n&eacute;gatif, car les politiques ont historiquement cherch&eacute; &agrave; favoriser l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la nourriture &agrave; bas prix pour les populations urbaines, plut&ocirc;t que soutenir les producteurs ruraux. L&rsquo;offre agricole domestique s&rsquo;av&egrave;re insuffisante et inadapt&eacute;e &agrave; la modification des r&eacute;gimes alimentaires, notamment pour la demande urbaine, qui se tourne plus facilement vers la consommation de produits import&eacute;s. Une &eacute;l&eacute;vation du prix des importations alimentaires contribue &agrave; d&eacute;grader les termes de l&rsquo;&eacute;change des PMA. Or dans les n&eacute;gociations agricoles au GATT puis &agrave; l&rsquo;OMC, m&ecirc;me s&rsquo;il est mentionn&eacute; que les pays importateurs nets de produits agricoles doivent faire l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli&egrave;re au cas o&ugrave; les r&eacute;formes entra&icirc;neraient pour eux des &laquo; effets n&eacute;gatifs possibles &raquo;, aucune disposition concr&egrave;te n&rsquo;est &eacute;voqu&eacute;e.

Plus encore : les engagements commerciaux &agrave; l&rsquo;OMC, h&eacute;rit&eacute;s de l&rsquo;Uruguay Round, visent tous &agrave; lutter contre la baisse des prix mondiaux. Or le d&eacute;but des ann&eacute;es 2000 semble marquer une inversion de tendance des prix &agrave; la hausse (sans diminution de leur volatilit&eacute;), du fait des effets combin&eacute;s de la croissance d&eacute;mographique mondiale, du d&eacute;veloppement des classes moyennes des pays &eacute;mergents qui d&eacute;cuple la demande globale, des agro-carburants qui viennent concurrencer le d&eacute;bouch&eacute; alimentaire, voire d&rsquo;un ralentissement de la progression des gains de productivit&eacute; et de rendements au niveau mondial.

Ainsi en 2007, alors que les stocks &eacute;taient au plus bas, les accidents climatiques qui ont touch&eacute; de grands bassins de production c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re ont entra&icirc;n&eacute; des pics de prix du lait, des c&eacute;r&eacute;ales, du sucre, des huiles v&eacute;g&eacute;tales. La &laquo; crise alimentaire &raquo; de 2007-2008 a donn&eacute; lieu, dans plusieurs pays d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Asie, &agrave; des &laquo; &eacute;meutes de la faim &raquo; qui t&eacute;moignent de l&rsquo;exasp&eacute;ration et du d&eacute;sarroi des populations urbaines r&eacute;volt&eacute;es par la hausse des prix alimentaires et la perte de leur pouvoir d&rsquo;achat. Face &agrave; cette menace sociale et politique, de nombreux Etats ont souhait&eacute; abonder leurs march&eacute;s domestiques en s&rsquo;ouvrant davantage aux importations (baisse des droits de douane) et/ou en limitant leurs exportations. En r&eacute;duisant l&rsquo;offre sur le march&eacute; mondial, ces r&eacute;ponses ont contribu&eacute; &agrave; propager la crise par leur effet de distorsion des prix &agrave; la hausse, ce qui a pes&eacute; sur la s&eacute;curit&eacute; alimentaire des pays pauvres importateurs nets de produits alimentaires.

La hausse tendancielle des prix, leur volatilit&eacute; toujours tr&egrave;s marqu&eacute;e et l&rsquo;&eacute;pisode de 2007-2008, traduisent sur les march&eacute;s la r&eacute;surgence de l&rsquo;incertitude quant &agrave; la s&eacute;curit&eacute; alimentaire mondiale. Tandis que les institutions financi&egrave;res internationales ou le G20 semblent prendre conscience de l&rsquo;insuffisance du d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture vivri&egrave;re et des probl&egrave;mes pos&eacute;s par la trop forte d&eacute;pendance alimentaire aux importations de nombreux pays en d&eacute;veloppement, les n&eacute;gociations de Doha restent dans l&rsquo;impasse, comme si l&rsquo;ambition initiale du cycle du d&eacute;veloppement &eacute;tait abandonn&eacute;e. Or les r&egrave;gles de l&rsquo;OMC constituent un garde-fou contre les interventions &agrave; l&rsquo;origine de distorsions des march&eacute;s dont il serait dommage de se priver, compte tenu du risque que la multiplication des accords bilat&eacute;raux am&egrave;ne &agrave; d&eacute;roger aux r&egrave;gles multilat&eacute;rales. Mais se limiter aux seules distorsions qui jouent &agrave; la baisse sur le prix mondial n&rsquo;a pas de sens : les outils distordant &agrave; la hausse devraient &eacute;galement faire l&rsquo;objet de disciplines. Ainsi, alors que la r&eacute;duction des subventions aux exportations est clairement vis&eacute;e, il est dommage que les discussions au DDA cherchant &agrave; discipliner l&rsquo;usage des restrictions aux exportations aient &eacute;t&eacute; rapidement laiss&eacute;es de c&ocirc;t&eacute; et n&rsquo;aient jamais explicitement concern&eacute; le secteur agricole.

D&rsquo;autre part, les accords multilat&eacute;raux constituent la r&eacute;f&eacute;rence pour le traitement des diff&eacute;rends entre membres de l&rsquo;OMC et l&rsquo;&eacute;volution de certaines r&egrave;gles pourrait d&eacute;gager des marges de man&oelig;uvre utiles aux PMA, sans risque d&rsquo;&ecirc;tre inqui&eacute;t&eacute;s par une proc&eacute;dure de panel. Toutefois le passage d&rsquo;une situation d&rsquo;exportateurs nets &agrave; importateurs nets modifie consid&eacute;rablement les enjeux commerciaux des PMA. Faciliter leur acc&egrave;s aux march&eacute;s du Nord pour leurs secteurs exportateurs n&rsquo;est pas suffisant, alors que contenir la hausse des prix pour &eacute;viter les crises alimentaires et les risques politiques associ&eacute;s, et r&eacute;duire leur d&eacute;pendance alimentaire aux importations, devient absolument n&eacute;cessaire. Plus g&eacute;n&eacute;ralement, dans ce contexte de prix des produits agricoles de base &eacute;lev&eacute;s et instables, le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture des PMA ne peut plus cibler les seules cultures d&rsquo;exportation mais doit permettre d&rsquo;am&eacute;liorer la comp&eacute;titivit&eacute; des produits agricoles destin&eacute;s aux march&eacute;s locaux (c&eacute;r&eacute;ales, produits laitiers, ol&eacute;agineux) face aux produits du reste du monde.

Quelles politiques agricoles seraient adapt&eacute;es, efficaces et &laquo; OMC-compatibles &raquo; pour permettre aux PMA d&rsquo;investir dans le d&eacute;veloppement des capacit&eacute;s de production et de se pr&eacute;munir contre les risques li&eacute;s &agrave; la volatilit&eacute; des prix ? Des exp&eacute;riences locales r&eacute;ussies en Afrique donnent quelques pistes (restriction des importations dans des secteurs particuliers, ouverture des march&eacute;s r&eacute;gionaux, am&eacute;lioration des capacit&eacute;s de stockage coupl&eacute;es au micro-cr&eacute;dit warrantage) ; celles-ci m&eacute;riteraient d&rsquo;&ecirc;tre analys&eacute;es finement pour en tirer des enseignements plus g&eacute;n&eacute;raux. Les r&egrave;gles g&eacute;n&eacute;rales de l&rsquo;OMC restreignent l&rsquo;usage des soutiens coupl&eacute;s, mais les PMA sont loin d&rsquo;utiliser leur forfait de soutien exempt&eacute; de r&eacute;duction (&laquo; de minimis &raquo;). Il pourrait aussi &ecirc;tre utile de reprendre la r&eacute;flexion sur l&rsquo;accroissement de ce plafond de soutien pour les PMA, &agrave; l&rsquo;image d&rsquo;une &laquo; bo&icirc;te d&eacute;veloppement &raquo; imagin&eacute;e au d&eacute;but du DDA mais abandonn&eacute;e d&egrave;s 2004. Un pr&eacute;alable r&eacute;side n&eacute;anmoins dans l&rsquo;acceptation des Etats d&rsquo;&eacute;liminer les politiques industrielles, mon&eacute;taires ou sociales ayant des effets n&eacute;fastes pour leur propre agriculture.

Le soutien &agrave; l&rsquo;agriculture peut &eacute;galement passer par des mesures accrues de protection aux fronti&egrave;res. Dans ce domaine la plupart des PMA disposent de marges de man&oelig;uvre &agrave; l&rsquo;OMC dans le cadre du Traitement sp&eacute;cial et diff&eacute;renci&eacute; et de la Clause de sauvegarde sp&eacute;ciale. Reste &agrave; maintenir voire &agrave; conforter ces acquis dans un accord. Toutefois, leur mise en &oelig;uvre effective requiert l&agrave; aussi un consensus national autour de l&rsquo;acceptation par les consommateurs d&rsquo;une hausse des prix des biens alimentaires en contrepartie d&rsquo;une offre domestique mieux assur&eacute;e et d&rsquo;une moindre instabilit&eacute; des prix.

M&ecirc;me si les r&egrave;gles de l&rsquo;OMC contraignent moins que les capacit&eacute;s budg&eacute;taires des pays et le n&eacute;cessaire arbitrage politique entre populations agricole et urbaine, un recadrage du contenu des n&eacute;gociations agricoles, qui d&eacute;gagerait de r&eacute;elles orientations accompagnant le d&eacute;veloppement agricole au Sud, pourrait peut-&ecirc;tre faire bouger les lignes et remotiver les pays en d&eacute;veloppement qui se sont montr&eacute;s jusque-l&agrave; tr&egrave;s r&eacute;ticents &agrave; conclure un accord. Il serait int&eacute;ressant que les candidats actuels au renouvellement de la direction de l&rsquo;OMC, qui sont soucieux de redynamiser les n&eacute;gociations multilat&eacute;rales, se penchent sur ces aspects de la n&eacute;gociation.]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1375 2013-03-04 text/htmlfr
Politiques-agricoles http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1191 2013-03-01 text/htmlfr Les interprofessions agricoles en Afrique de l’Ouest au miroir de l'expérience française
Des interprofessions souvent impuls&eacute;es de l&rsquo;ext&eacute;rieur

A la diff&eacute;rence de ce qui s&rsquo;est pass&eacute; historiquement en France, les acteurs des fili&egrave;res agricoles, en Afrique de l&rsquo;Ouest, n&rsquo;ont g&eacute;n&eacute;ralement pas &eacute;t&eacute; les moteurs de la cr&eacute;ation des organisations interprofessionnelles. En effet, ces derni&egrave;res ont &eacute;t&eacute; mises en place au sein des &laquo; grandes &raquo; fili&egrave;res d&rsquo;exportation, suite aux plans d&rsquo;ajustement structurel lanc&eacute;s au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Les missions des soci&eacute;t&eacute;s &eacute;tatiques &eacute;tant remises en question, les Etats ont d&ucirc; trouver les moyens de continuer &agrave; faire fonctionner ces fili&egrave;res, qui jouaient un r&ocirc;le strat&eacute;gique pour le financement du budget et la balance commerciale, et d&rsquo;am&eacute;liorer leur comp&eacute;titivit&eacute;. Plusieurs gouvernements ont donc propos&eacute; et accompagn&eacute; la mise en place d&rsquo;interprofessions, comme par exemple dans la fili&egrave;re coton au Burkina Faso et au B&eacute;nin, qui regroupe les organisations de producteurs, les &eacute;greneurs et les fournisseurs d&rsquo;intrants. Cependant, certaines interprofessions africaines ont b&eacute;n&eacute;fici&eacute; d&rsquo;une mobilisation relativement forte des professionnels : c&rsquo;est le cas, au S&eacute;n&eacute;gal, du Comit&eacute; national de concertation sur la fili&egrave;re tomate industrielle, n&eacute; au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Il est vrai que les producteurs et les transformateurs de tomates devaient trouver un cadre d&rsquo;entente sur les prix, pour assurer le bon fonctionnement du secteur.

Depuis peu, avec l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t croissant pour le d&eacute;veloppement du secteur agricole, dans un contexte marqu&eacute; par des pr&eacute;occupations sur la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, la question des interprofessions comme mode d&rsquo;organisation des fili&egrave;res vivri&egrave;res (dites &laquo;domestiques&raquo;) est &agrave; l&rsquo;ordre du jour. L&agrave; encore, les raisons tiennent moins &agrave; la mobilisation des acteurs locaux qu&rsquo;&agrave; la volont&eacute; de partenaires ext&eacute;rieurs (Etat, bailleur de fonds) d&rsquo;organiser les march&eacute;s. Le Comit&eacute; interprofessionnel du Burkina Faso a &eacute;t&eacute; impuls&eacute; par l&rsquo;Etat burkinab&egrave; au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000 pour mettre en &oelig;uvre son plan d&rsquo;action c&eacute;r&eacute;alier. Au Mali, la Banque mondiale a initi&eacute;, en 2008, un programme qui a abouti &agrave; la mise en place de l&rsquo;interprofession de l&rsquo;&eacute;chalote et de l&rsquo;oignon (IFEO).

Au sein des fili&egrave;res exportatrices ou int&eacute;gr&eacute;es, telles que la tomate d&rsquo;industrie au S&eacute;n&eacute;gal, il y a un nombre d&rsquo;acteurs limit&eacute;s, bien identifi&eacute;s et un point de passage oblig&eacute; du produit, ce qui facilite les discussions entre les diff&eacute;rentes parties prenantes. A l&rsquo;inverse, les fili&egrave;res c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res sont longues, toute la production n&rsquo;est pas commercialis&eacute;e, l&rsquo;offre est atomis&eacute;e et les nombreux acteurs ne sont pas toujours tr&egrave;s bien organis&eacute;s : il est donc plus difficile de trouver des convergences d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts entre professionnels.

Depuis 2009, certains acteurs des fili&egrave;res c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res, en Afrique de l&rsquo;Ouest, s&rsquo;int&eacute;ressent au potentiel des interprofessions pour l&rsquo;organisation de leur secteur au niveau sous-r&eacute;gional. Avec l&rsquo;appui du programme Agri Trade Promotion (ATP) de l&rsquo;USAID, l&rsquo;agence am&eacute;ricaine de d&eacute;veloppement international, le R&eacute;seau ouest-africain des c&eacute;r&eacute;aliers (ROAC) est sur le point de voir le jour.

Un voyage d&rsquo;&eacute;tude sur les interprofessions en France

C&rsquo;est dans ce contexte que la fondation FARM a organis&eacute; en d&eacute;cembre 2012, en partenariat avec Inter-R&eacute;seaux D&eacute;veloppement rural, un voyage d&rsquo;&eacute;tude en France pour cinq pr&eacute;sidents d&rsquo;interprofessions agricoles ouest-africaines (voir liste ci-dessous). Les participants ont pu partager leurs exp&eacute;riences et d&eacute;battre avec des repr&eacute;sentants et des artisans de la cr&eacute;ation des interprofessions fran&ccedil;aises des semences (Gnis), des c&eacute;r&eacute;ales (Interc&eacute;r&eacute;ales), des ol&eacute;agineux et des produits laitiers. Les discussions ont fait ressortir quelques enjeux du d&eacute;veloppement des interprofessions en Afrique de l&rsquo;Ouest.

Trois d&eacute;fis

Le cadre l&eacute;gislatif des interprofessions agricoles ouest-africaines est soit relativement r&eacute;cent, soit inexistant. Les lois d&rsquo;orientation agricole du S&eacute;n&eacute;gal et du Mali, qui &eacute;voquent les interprofessions, datent respectivement de 2004 et 2005 (le gouvernement malien a publi&eacute; un d&eacute;cret d&rsquo;application en 2008). Au Burkina Faso, l&rsquo;interprofession c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re existe depuis pr&egrave;s de dix ans, mais la loi r&eacute;gissant les interprofessions n&rsquo;a &eacute;t&eacute; promulgu&eacute;e qu&rsquo;en octobre 2012. Surtout, peu d&rsquo;interprofessions ouest-africaines poss&egrave;dent ce qui fait la force du dispositif fran&ccedil;ais, &agrave; savoir de r&eacute;elles d&eacute;l&eacute;gations de pouvoir de l&rsquo;Etat, qui permettent d&rsquo;imposer &agrave; tous les op&eacute;rateurs les r&egrave;gles &eacute;dict&eacute;es par l&rsquo;organisation interprofessionnelle. Il semble qu&rsquo;en Afrique le principe de repr&eacute;sentativit&eacute; des interprofessions ne soit pas acquis, notamment dans le secteur c&eacute;r&eacute;alier.

De m&ecirc;me, le syst&egrave;me de financement des interprofessions &laquo; &agrave; la fran&ccedil;aise &raquo; ne peut pas se mettre en place sans une forte concertation avec les pouvoirs publics. Ce syst&egrave;me repose sur le principe de &laquo; cotisations volontaires obligatoires &raquo; (CVO), qui implique de r&eacute;aliser des pr&eacute;l&egrave;vements financiers aupr&egrave;s de certains acteurs de la fili&egrave;re selon des modalit&eacute;s bien d&eacute;finies et reconnues par la loi. Pour les fili&egrave;res int&eacute;gr&eacute;es, le point de pr&eacute;l&egrave;vement est identifiable ; certaines fili&egrave;res africaines d&eacute;gagent ainsi des financements, m&ecirc;me si l&rsquo;on ne peut parler de CVO &agrave; part enti&egrave;re. Dans l&rsquo;interprofession tomate d&rsquo;industrie au S&eacute;n&eacute;gal, le pr&eacute;l&egrave;vement est fait par kilo de tomate livr&eacute; aux usines de transformation. En revanche, dans les fili&egrave;res c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res, il n&rsquo;y a pas de point de passage oblig&eacute; du produit ; les march&eacute;s plus ou moins formels, qui comptent un grand nombre d&rsquo;interm&eacute;diaires, rendent beaucoup plus difficile la mise en place des pr&eacute;l&egrave;vements. Il se pose donc la question de la reproductibilit&eacute; des CVO, souvent cit&eacute;es en exemple en Afrique de l&rsquo;Ouest, et plus globalement du mod&egrave;le de financement des fili&egrave;res. En Afrique de l&rsquo;Est, apr&egrave;s sept ann&eacute;es d&rsquo;existence, l&rsquo;interprofession c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re d&eacute;pend encore lourdement de fonds ext&eacute;rieurs : les cotisations des membres ne fournissent que 2 % des recettes ; 19 % proviennent des prestations des services fournis et 79 % de l&rsquo;aide des partenaires techniques et financiers. A l&rsquo;&eacute;vidence, de nouveaux modes de financement doivent &ecirc;tre envisag&eacute;s.

Enfin, les interprofessions agricoles ouest-africaines reposent sur des organisations en cours de structuration, plus ou moins dynamiques. Une interprofession regroupe au minimum deux &agrave; trois groupes d&rsquo;acteurs d&rsquo;une fili&egrave;re. La plupart du temps, ce sont les organisations agricoles qui jouent un r&ocirc;le moteur (comme d&rsquo;ailleurs on l&rsquo;observe aussi en France). Les autres membres - transporteurs, commer&ccedil;ants, etc. - sont plus ou moins actifs dans les discussions et ne sont pas toujours aussi structur&eacute;s que le monde agricole. Ainsi, l&rsquo;interprofession &eacute;chalote/oignon au Mali a du mal &agrave; regrouper les commer&ccedil;ants repr&eacute;sentatifs de la fili&egrave;re. Le ROAC, pour sa part, mobilise des commer&ccedil;ants et des transformateurs, mais sera constitu&eacute; dans une premi&egrave;re phase par des interprofessions et des organisations nationales &agrave; vocation interprofessionnelle, compte tenu de l&rsquo;absence, dans certains pays, de l&eacute;gislations qui d&eacute;finissent et encadrent les interprofessions.

Sans constituer un mod&egrave;le de r&eacute;f&eacute;rence d&rsquo;organisation des march&eacute;s, les exp&eacute;riences fran&ccedil;aises en mati&egrave;re de cr&eacute;ation et de fonctionnement des interprofessions pr&eacute;sentent des points forts et des points faibles qui m&eacute;ritent d&rsquo;&ecirc;tre partag&eacute;s avec les interprofessions ouest-africaines, en phase de d&eacute;veloppement. Loin d&rsquo;imposer un mod&egrave;le, notre r&ocirc;le d&rsquo;acteur du d&eacute;veloppement agricole accompagnant ces organisations est de susciter d&eacute;bats et r&eacute;flexions pour trouver des r&eacute;ponses aux d&eacute;fis de la structuration des fili&egrave;res agricoles.

Liste des participants
  • Ablaye DIENG, pr&eacute;sident du Comit&eacute; national de concertation sur la fili&egrave;re tomate industrielle du S&eacute;n&eacute;gal (CNCFTI)
  • Lionel GUEZODJE, pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration des unions de producteurs du B&eacute;nin (FUPRO)
  • Bintou GUINDO, pr&eacute;sidente de l&rsquo;Interprofession de la fili&egrave;re &eacute;chalotes/oignon du Mali (IFEO)
  • Salif Ay&eacute;foumi OLOU ADARA, pr&eacute;sident de la Centrale des producteurs de c&eacute;r&eacute;ales du Togo (CPC)
  • Souma&iuml;la SANOU, pr&eacute;sident du Comit&eacute; interprofessionel des fili&egrave;res c&eacute;r&eacute;ales et ni&eacute;b&eacute; du Burkina Faso (CICB)

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http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1370 2013-02-18 text/htmlfr
Il y a de plus en plus d’agriculteurs dans la «ferme Afrique» Disponible alimentaire et productivité agricole en Afrique subsaharienne. Une approche dynamique comparative (1961-2003) », récemment publié par Michel Benoit-Cattin et Bruno Dorin, chercheurs au Cirad, que d’analyser en détail les ressorts de l’évolution de la situation alimentaire dans cette région sur plus de quatre décennies, pour en éclairer les enjeux.

Dans la lignée des travaux de la prospective Agrimonde menée par l’Inra et le Cirad, cet article propose pour 38 pays d’Afrique subsaharienne continentale (y compris l’Afrique du Sud) et Madagascar un diagnostic basé sur des estimations en kilocalories de tous les volumes alimentaires produits, échangés et utilisés chaque année entre 1961 et 2003. La conversion en kilocalories permet d’additionner des quantités de produits très divers, donc d’offrir un panorama global de la situation alimentaire de la région. A ce titre, c’est un outil précieux, même si le contenu calorique ne constitue qu’un indicateur partiel de la valeur nutritionnelle des denrées et des régimes alimentaires.

Sans vouloir résumer l’article, très riche, nous en retiendrons ici deux idées-force. La première concerne la légère progression du disponible moyen par habitant, en Afrique subsaharienne, sur la période étudiée (+ 7 %). Mais ce disponible est faible, comparé aux autres régions : 2 366 kilocalories par tête en 2003. Surtout, il va de pair avec une dégradation du solde des échanges alimentaires africains avec le reste du monde, exprimé en kilocalories. Excédentaire en 1961, ce solde s’est équilibré au début des années 1980, avant de devenir ensuite de plus en plus déficitaire.

La hausse des importations de produits alimentaires, commerciales ou sous forme d’aide, a compensé la diminution de la production alimentaire par habitant (- 14 %). Encore celle-ci doit-elle être interprétée correctement. En effet, l’Afrique subsaharienne a nettement accru sa production alimentaire, en kilocaries, entre 1961 et 2003 (+ 168 %). Le problème est que la population a augmenté à un rythme beaucoup plus rapide (+ 211 %). Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du défi démographique, sachant que le nombre d’habitants, dans cette région, devrait plus que doubler entre 2010 et 2050.

La seconde idée-force est qu’il faut relativiser le rôle de l’extension des surfaces cultivées, souvent souligné, dans la croissance de la production alimentaire africaine. Sur la période étudiée, les surfaces en cultures annuelles ou pérennes ont progressé beaucoup moins vite que les rendements, exprimés en kilocaries par hectare (+ 40 % contre + 91 %). En outre, on ne peut pas comprendre l’évolution de la «ferme Afrique» si l’on n’intègre pas le fait que la population agricole a plus que doublé, gagnant plus de 100 millions de nouveaux actifs, en une quarantaine d’années. En conséquence, malgré la hausse globale de la surface cultivée, la superficie moyenne par actif agricole a chuté de 35 %, tombant à environ 1 hectare en 2003.

L’agriculture africaine s’est donc intensifiée, que l’on considère l’augmentation de la production par hectare (+ 91 %) ou par actif (+ 25 %). «Des progrès de productivité de la terre et du travail agricole ont bien eu lieu à l’échelle du continent durant ces 40 années, notent les auteurs. Ils ont été moins rapides qu’ailleurs mais il n’y a pas eu stagnation et encore moins régression».

Que penser, dès lors, des formidables réserves de terres cultivables, encore inexploitées, dont, selon certains experts, disposerait encore l’Afrique subsaharienne ? Sans trancher le débat, force est de constater que dans la plupart des 39 pays étudiés, «la tendance assez générale à la baisse de la superficie cultivée par actif remet bien en cause l’idée d’abondance de terre, ou du moins d’accès facile à des terres de forêts ou de savane servant à l’alimentation de bétail plus ou moins itinérant». L’article ne fait pas de projections. Cependant, même si les disponibilités physiques en foncier sont élevées, les difficultés d’accès à la terre, conjuguées à l’expansion prévue de la population active agricole, risquent d’entraîner à moyen terme une nouvelle réduction de la surface cultivée par actif. La hausse des rendements n’en est que plus pressante. D’autant que, comme le relèvent les chercheurs du Cirad, malgré l’accroissement de la population agricole, le nombre de personnes à charge par actif travaillant dans l’agriculture a sensiblement augmenté (de 2,6 à 3,7) depuis le début des années 60.

Les faibles quantités d’intrants utilisées en Afrique subsaharienne, notamment en matière d’engrais, offrent des marges de manœuvre. Reste à définir les contours d’une intensification durable, qui répondrait au double impératif de «produire plus», pour améliorer le revenu des agriculteurs et la sécurité alimentaire du continent, et «produire mieux», pour favoriser une mise en valeur durable des terres cultivables et des ressources en eaux. ]]>
http://www.fondation-farm.org/zoe.php?s=blogfarm&w=wt&idt=1365 2013-01-21 text/htmlfr
Après le « printemps arabe » : pour de nouvelles politiques alimentaires, agricoles et rurales en Afrique du Nord

Persistance de la pauvreté rurale, malgré des succès réels

Les faits les plus importants pour notre propos portent sur la profondeur de la pauvreté, encore manifeste dans les zones rurales de plusieurs pays de la région. L'indicateur le plus pertinent au niveau national est l'indice de développement humain publié chaque année, depuis 1990, par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). Cet indice tient compte du revenu moyen par habitant mais aussi d'indicateurs sociaux comme la durée de l'espérance de vie et d'indicateurs de scolarisation. Les pays sont classés en fonction de cet indice. Il se trouve que les classements des pays du sud et de l'est de la région méditerranéenne ne sont pas bons (130e pour le Maroc en 2011, 113e pour l'Egypte, 96e pour l'Algérie et même 92e pour la Turquie), moins bons que pour le revenu moyen par tête. En outre, ces mauvais classements reflètent surtout les situations de grande pauvreté dans les zones marginalisées, à caractère principalement rural, comme la Haute Egypte ou les régions de l'Atlas au Maroc, où les indicateurs de santé, comme le taux de mortalité des jeunes enfants, ou d'éducation comme les taux d'analphabétisme, sont très négatifs.

En effet, les zones rurales et les communautés qui y vivent sont l'objet de nombreuses discriminations : manques d'infrastructures, accès limité aux services sociaux de santé et d'éducation, revenus moyens nettement plus faibles que dans les zones urbaines, même lorsque celles-ci incluent beaucoup de populations pauvres. Et l'accès à l'emploi y est particulièrement difficile, entraînant l'émigration vers les bidonvilles des zones urbaines et, lorsque c'est possible, vers l'étranger : principalement l'Europe pour les pays du Maghreb et les pays du Golfe pour l'Egypte.
Autre évolution inquiétante : le déficit croissant de la balance commerciale agricole dû, en particulier, à une croissance très rapide des importations de céréales, la production intérieure ne couvrant plus en 2010 que 58 % des besoins intérieurs au Maroc, 53 % en Egypte, 37 % en Algérie et 25 % en Tunisie. Enfin, on le sait bien, les défis pour l'agriculture liés au réchauffement climatique seront particulièrement difficiles à relever dans cette région.

Remise en cause de la logique des politiques alimentaires, agricoles et rurales suivies depuis l'indépendance

Les faits et les tendances qui viennent d'être rappelés ne sont pas vraiment nouveaux. Et d'ailleurs, dans tous les pays des interventions vigoureuses, souvent fort coûteuses pour les finances publiques, ont été mises en œuvre depuis des décennies pour assurer aux consommateurs une alimentation à bon marché, pour les produits de base au moins, et en même temps, soutenir le revenu des agriculteurs, encourager la production intérieure, lutter contre la pauvreté rurale et protéger les ressources naturelles. Malgré les grandes variations de ces politiques dans le temps et d'un pays à l'autre, leurs fondements intellectuels ont été largement partagés et ils sont restés les mêmes depuis la période des indépendances. La première priorité a toujours été d'assurer un prix bas à la consommation pour les céréales, le pain et la farine, et cela grâce à des subventions parfois massives (plus de 1 % du PIB dans certains cas), comme on l'a vu encore récemment. En parallèle, la plupart des gouvernements ont soutenu la modernisation de l'agriculture, tout particulièrement par le développement de l'irrigation. Ces investissements d'infrastructure ont d'ailleurs souvent représenté une très grande part du budget de l'Etat consacré à l'agriculture. La persistance de la pauvreté rurale soulignée ci-dessus et la part croissante des importations dans les approvisionnements nationaux conduisent à s'interroger sur la pertinence de ces grandes orientations politiques.

Cependant, avant de se lancer dans une remise en cause radicale, il convient de souligner deux faits importants : d'une part, les politiques publiques passées ont tout de même eu des résultats positifs : la croissance de la production agricole a été surprenante au cours de la décennie 2000-2010 (la valeur ajoutée agricole a augmenté à un rythme annuel moyen supérieur à 5 % en Algérie et au Maroc et à 3 % en Egypte) et des progrès significatifs ont été faits pour la réduction de la pauvreté rurale, comme le révèle l'examen détaillé des indicateurs de développement humain. D'autre part, la prise de conscience de la nécessité d'intensifier la lutte contre la pauvreté rurale a beaucoup progressé comme l'illustrent plusieurs tournants dans les interventions publiques, tels que la mise en œuvre du Plan national de développement agricole et rural (PNDAR) en Algérie à partir de 2002 et le lancement du Plan Maroc Vert en 2008. Dans les deux cas, ces initiatives répondent entre autres au souci de corriger les insuffisances du passé dans le soutien aux régions agricoles et rurales marginalisées. Par ailleurs, les évènements du «printemps arabe» ont révélé, particulièrement en Tunisie, que le déséquilibre régional entre zones littorales dynamiques et zones intérieures, fortement dépendantes du secteur agricole et où sévit un chômage massif des jeunes, était source de tensions sociales et politiques de moins en moins supportables. Face à ce bilan contrasté, marqué tout de même par un sentiment de crise, quelles orientations préconiser pour l'avenir ?

Trois pistes de réflexion

Les défis à surmonter (éliminer la pauvreté rurale, fournir des emplois appropriés en quantité suffisante, accroître la productivité du travail en agriculture – condition indispensable pour assurer un revenu suffisant aux producteurs agricoles-, réduire le déficit de la balance commerciale agricole, s'adapter au réchauffement climatique, mieux gérer l'eau – ressource rare par excellence dans la région -, etc.) sont redoutables, d'autant plus que les effets négatifs du réchauffement climatiques iront en s'amplifiant. Trois pistes peuvent néanmoins être suggérées : un plus grand ciblage des bénéficiaires des politiques publiques, une remise en cause de la priorité donnée aux céréales et un soutien plus volontariste aux « institutions agronomiques ».

Le ciblage des bénéficiaires est politiquement difficile partout dans le monde. Néanmoins, on voit mal comment les gouvernements de la région pourraient continuer à consacrer des ressources financières considérables à la consommation des céréales et de leurs produits dérivés. Sans changement de politique, ces subventions ne peuvent aller qu'en augmentant du fait à la fois de l'accroissement des volumes importés et, en tendance moyenne, des prix qu'il faudra probablement payer sur les marchés internationaux. Certes, le fait de ne subventionner que certains produits, comme le «pain baladi» en Egypte ou la « farine nationale » au Maroc, constitue déjà une forme de ciblage. Mais il faudra probablement aller beaucoup plus loin. Du côté des producteurs, maintenir un niveau de prix élevé sur le marché intérieur, comme le font la plupart des gouvernements, bénéficie davantage aux gros producteurs qu'aux plus petits, qui sont les plus pauvres. On sait qu'en matière de lutte contre la pauvreté, un système de paiements directs aux producteurs les plus pauvres serait plus efficace et plus équitable que le soutien des prix. Mais on sait aussi qu'une telle réforme est politiquement délicate. En Afrique du Nord, rares sont ceux qui sont prêts à l'envisager car les coûts budgétaires paraissent prohibitifs. Mais est-ce bien sûr ? Où sont les travaux de recherche qui étayent une telle conviction ?

Une autre interrogation concerne la priorité quasi-absolue donnée aux céréales dans les politiques alimentaires et agricoles des gouvernements de la région. Sans remettre en cause les raisons qui expliquent cette priorité, on peut tout de même remarquer que des pays comme la Chine et l'Inde, qui ont à peu près les mêmes raisons d'accorder une place privilégiée aux céréales, et qui le font, n'ont jamais dans leurs histoire semblé aussi obnubilés par les marchés des céréales que les gouvernements de l'Egypte et des pays du Maghreb. Le soutien aux petits producteurs de céréales n'enferme-t-il pas ceux–ci dans une production où la productivité de leur travail est très faible ? Quant aux consommateurs pauvres, ne faudrait-il pas envisager d'autres filets de sécurité pour eux ?

Enfin, on ne peut qu'être frappés par la faiblesse des institutions d'enseignement supérieur et de recherche agronomique de la région. Les manifestations et les causes de cette faiblesse institutionnelle sont multiples et diverses, résultant d'un jeu complexe de forces économiques, sociales, culturelles, etc. Mais il est clair que ce problème est largement sous-estimé, y compris au sein même des organismes concernés ! Il faudra beaucoup de lucidité et de volonté politique pour réformer et revitaliser ces institutions absolument indispensables au progrès de l'agriculture dans une région où les problèmes à résoudre sont particulièrement complexes.]]>
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Pas de développement sans politique agricole : mais qui tient les rênes ?

Une fois cela acté, reste à évaluer la faisabilité d'un tel propos. Les Etats africains ont-ils le contrôle de leur stratégie de développement et des politiques sectorielles censées mener à ce développement ? Si la réponse ne peut être que nuancée, compte tenu de la diversité des situations au sein du continent africain, elle reste néanmoins largement négative. Plus de cinquante ans après les indépendances, nombre d'Etats africains ne sont toujours pas maîtres de leurs stratégies et de leurs politiques. La communauté internationale est restée omniprésente au fil des décennies, mêmes si ses modalités d'intervention ont changé. L'ajustement structurel des années 1980 et 1990 a fait place à l'initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et à la promotion des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). 50 ans d' « accompagnement » des politiques des pays africains par la communauté internationale n'ont pas produit le renforcement institutionnel attendu.

Des institutions nationales durablement affaiblies

Le bilan est même franchement négatif si l'on se réfère aux administrations nationales, fortement affaiblies au terme d'une période censée pourtant créer les conditions de leur montée en puissance et de leur prise d'autonomie. Les différents programmes d'ajustement structurel mis en place dans les années 1980 avaient poussé les Etats à réduire les moyens financiers et humains de leurs administrations. Cet affaiblissement programmé s'est poursuivi par la suite malgré le changement de discours et la réhabilitation progressive d'une nouvelle forme d'intervention de la puissance publique. L'émergence de nouvelles thèses relatives aux vertus d'Etats dits « développeurs » n'a en effet pas modifié le comportement dominant de la plupart des agences de coopération, qui ont continué à marquer une défiance certaine à l'égard des administrations publiques nationales. Jugeant celles-ci inefficaces, les bailleurs ont dans leur grande majorité préféré les contourner au profit de structures ad-hoc destinées à mettre en oeuvre leurs programmes d'appui au développement. De telles entités, entièrement dépendantes du financement des bailleurs, leur sont tout naturellement fort dévouées et dans tous les cas beaucoup plus malléables que les administrations nationales.

L'attitude des agences de coopération, prise au nom de l'efficacité de leurs interventions à court terme, porte en elle-même un caractère auto-réalisateur dans la mesure où elle renforce le postulat initial : partant du constat de la faible capacité de l'Etat à mettre en oeuvre des projets de développement, les agences privilégient les structures ad hoc au détriment des administrations nationales et contribuent de ce fait à affaiblir un peu plus ces dernières.

Les crises institutionnelles et politiques vécues dans nombre de pays au cours des deux dernières décennies constituent d'autres causes plus endogènes d'affaiblissement des administrations. Ces crises ont notamment contribué à paralyser le fonctionnement des administrations sur des périodes plus ou moins longues. Elles sont également la cause de fréquents remaniements ministériels qui ont altéré l'efficacité des services, et qui ont empêché que des mandats clairs soient attribués à chaque équipe gouvernementale, encourageant ainsi les rivalités et les recouvrements d'activités.

L'absence de contrôle sur les financements

L'absence de contrôle sur les financements est un autre facteur limitant la marge de manoeuvre des pays africains dans la conduite de leur politique agricole. Mettre en oeuvre une politique sectorielle active requiert bien souvent des moyens budgétaires importants, les exemples de la Politique agricole commune européenne (environ 55 milliards d'euros par an) et du Farm Bill américain (de 25 à 50 milliards de dollars US selon les années) en sont la preuve explicite. La faiblesse récurrente des finances publiques de nombreux pays africains rend ces derniers largement dépendants de ressources extérieures pour le financement de leur secteur agricole, que ce soit dans le cadre de projets de développement ou dans celui de l'aide budgétaire sectorielle. Bien souvent, les financements extérieurs représentent de 60 à 80 % des dépenses publiques totales dirigées au secteur. Le financement intérieur est avant tout consacré à la couverture des dépenses courantes (essentiellement le paiement des salaires), le reste étant utilisé à la contrepartie exigée par les bailleurs pour la mise en oeuvre de leurs projets.

La faible capacité des États africains à financer leur développement agricole réduit clairement leur marge de manoeuvre quant au choix des mesures prioritaires à mettre en oeuvre. La plupart des instruments de soutien interne, dont le financement est hors de portée de budgets publics exsangues, sont mis en oeuvre dans le cadre de projets conçus ailleurs. La coordination très relative des différents bailleurs intervenant dans le secteur agricole contribue à brouiller la cohérence d'ensemble : ainsi, les projets d'appui à la production de riz de diverses agences de coopération dans des régions différentes et selon des modalités différentes ne sauraient constituer une politique rizicole nationale.

L'émergence des politiques régionales, source d'espoir ?

Des efforts ont porté ces dernières années sur la promotion de politiques agricoles au niveau régional (PAU au niveau de l'UEMOA, ECOWAP pour la CEDEAO, RAP pour la SADC), avec l'idée d'enclencher, à partir de structures de coordination régionales, une dynamique de renforcement des politiques agricoles nationales. Une initiative récente a même vu le jour au niveau de l'ensemble du continent africain, le PDDAA (Programme Détaillé pour le Développement de l'agriculture en Afrique). Ibrahima Mayaki, Secrétaire Général du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique) en a présenté les grandes lignes lors du colloque René Dumont. Cette initiative propose un cadre de cohérence régionale pour l'ensemble des interventions dans le secteur agricole, à travers des plans d'investissement agricole tant nationaux (PNIA) que régionaux (PRIA). L'ambition affichée de reprendre la main sur les choix politiques et stratégiques se manifeste par le souci de renverser les rapports entre bailleurs de fonds et les bénéficiaires de l'aide, par la volonté de faire prévaloir l'expression des besoins sur la logique d'offre des bailleurs. Cette posture est à l'évidence une rupture avec les pratiques passées et mérite d'être signalée comme telle. La mise en oeuvre concrète du PDDAA montre toutefois qu'il est difficile d'inverser en peu de temps des tendances lourdes : les documents d'orientation stratégique sont encore rédigés par une expertise externe (principalement FAO et IFPRI) au lieu d'être produits en interne. Les plans d'investissement ne hiérarchisent pas suffisamment les priorités et les pays semblent trop attendre de l'APD pour les financer. La voie d'une reprise de contrôle par les Etats africains de leurs stratégies de développement est encore escarpée.]]>
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Afrique, une lente transformation « la transformation structurelle en Afrique subsaharienne » publié dans le dernier numéro de Regional Economic Outlook: Sub-Saharan Africa retient donc l'attention.

La transformation structurelle est définie par les auteurs de l'article, « au sens étroit », comme « le transfert des emplois des secteurs à faible productivité du travail vers les secteurs à haute productivité du travail, ce qui contribue à une augmentation de la productivité moyenne du travail dans l'économie ».

Rappelons que c'est ce phénomène, au coeur du processus de développement, qui s'est produit en Europe depuis la révolution industrielle du XVIIIème siècle. Il s'est traduit par un déclin spectaculaire de la part de l'agriculture dans l'emploi et l'activité économique, au profit de l'industrie et des services. Ainsi, au Royaume-Uni, la proportion des actifs travaillant dans l'agriculture est tombée de 56 % en 1700 à 16 % en 1890 et moins de 2 % aujourd'hui. L'Amérique du Nord, l'Océanie et le Japon ont suivi le même chemin, avec à la clé une hausse considérable du revenu par tête. Beaucoup plus tardivement, les pays d'Asie et d'Amérique latine se sont eux aussi engagés dans cette voie, avec plus ou moins de succès.

Chaque fois - même si ce point est contesté par certains chercheurs -, la hausse de la productivité agricole a joué un rôle moteur dans le développement, en accroissant le revenu des populations rurales, en réduisant le coût de l'alimentation et en libérant de la main-d'oeuvre pour les autres secteurs.

Pour beaucoup d'experts, le retard de développement de l'Afrique s'expliquerait précisément par la lenteur de sa transformation structurelle, liée notamment à la stagnation de la productivité agricole. C'est ce constat qui a amené Alain de Janvry et Elisabeth Sadoulet, suite au rapport de la Banque mondiale sur l'agriculture en 2008, à affirmer que l'Afrique avait raté sa transformation. En 2010, la valeur ajoutée par actif agricole en Afrique subsaharienne était pratiquement à son niveau de 1985, alors qu'elle a augmenté de moitié en Asie du Sud et doublé en Asie de l'Est. Sur l'ensemble du continent africain, l'agriculture emploie encore plus de 60 % des actifs, alors qu'elle fournit moins de 20 % du PIB.

L'article du FMI apporte un précieux éclairage sur les tendances observées depuis quinze ans (1995-2010). Durant cette période, la productivité du travail agricole en Afrique subsaharienne a crû très faiblement, d'environ 0,1-0,2 % par an, à cause « d'insuffisances en matière d'irrigation et de fertilisation, d'un recul dans l'utilisation des terres et des contraintes d'infrastructures ». Mais le rythme et les modalités de la transformation structurelle sont très variables selon les pays.

Sur les 44 pays africains étudiés, 12 ont connu, depuis 1995, une baisse de la productivité moyenne du travail (tous secteurs confondus), qui compromet gravement leur développement. A l'opposé, 13 pays ont réalisé d'excellentes performances, au point que la valeur ajoutée par actif pourrait plus que doubler « en une génération ». Les autres pays d'Afrique subsaharienne se situent entre ces deux extrêmes.

Le FMI détaille « des exemples réussis de transformation structurelle » dans la région. Depuis 1995, le Burkina Faso a doublé son revenu par tête, grâce notamment à un accroissement soutenu de la productivité agricole, lié aux mesures favorables mises en oeuvre en faveur des producteurs de coton. La Tanzanie a réorienté son économie vers l'industrie, tandis que l'Ile Maurice et le Kenya se sont diversifiés dans les services.

Ce dernier pays illustre une tendance originale en Afrique subsaharienne : plutôt que de suivre la voie observée historiquement en Occident, beaucoup de pays africains passent directement de l'agriculture aux services, sans s'industrialiser. Certains experts, comme Ousmane Badiane, directeur pour l'Afrique à l'IFPRI (International Food Policy Research Institute), s'inquiètent de cette évolution : elle signifierait que la main-d'oeuvre migre de l'agriculture vers des secteurs où la productivité du travail est encore plus faible, comme le commerce de détail traditionnel ou l'administration. Mais le FMI pointe des exemples encourageants de diversification vers des services à haute valeur ajoutée, comme la finance et les technologies de l'information et de la communication.

Selon l'article, pour que les forts taux de croissance économique enregistrés ces dernières années en Afrique subsaharienne (+ 5-6 % par an) perdurent, la région doit accélérer sa transformation structurelle. Et de souligner que l'amélioration de la productivité agricole est un ingrédient essentiel de ce changement, au même titre que la mise en place de politiques propices au décollage de l'industrie et des services.

Il est regrettable que les auteurs de l'article raisonnent dans le cadre ternaire traditionnel (secteurs primaire, secondaire, tertaire), au lieu de penser de façon transversale, en termes de filières. Certes, le manque de données statistiques fiables est un obstacle majeur. Mais la focalisation sur l'agriculture comme productrice de matières premières est réductrice. Un enjeu crucial pour l'Afrique est l'émergence d'industries agroalimentaires performantes, capable de répondre à la demande croissante de produits transformés, résultant de l'urbanisation rapide. Ces industries sont des gisements d'emplois que les stratégies de développement auraient bien tort de négliger. En comparant précisément des données sectorielles sur l'évolution historique de la productivité globale des facteurs, le chercheur américain Dani Rodrik a montré que les filières agro-industrielles sont parmi les plus productives en Afrique et pourraient favoriser l'acquisition des capabilités nécessaires pour pousser l'ensemble de l'économie vers la transformation.

Rien de tel, pour prendre une plus juste mesure du rôle de l'agriculture dans le développement, que de considérer la situation dans un pays à haut revenu, comme la France. Selon un rapport du Sénat, l'agriculture française employait environ 1 million d'actifs en 2000. Mais les industries liées à l'agriculture (agrofourniture, agroalimentaire) faisaient travailler pratiquement le même nombre de personnes. Les services liés à l'alimentation (transports, distribution, restauration) occupaient, quant à eux, 2 millions d'actifs. Au total, le complexe agricole et alimentaire, au sens large, fournirait aujourd'hui, en France, environ 14 % des emplois.

Enfin, comment ne pas prendre en compte, à l'heure où s'affirment les préoccupations environnementales et territoriales, que dans la plupart des pays, au Nord comme au Sud, l'agriculture occupe la majeure partie du sol ? Une perception plus juste de la transformation structurelle nous oblige à changer nos instruments d'observation.]]>
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Augmenter la productivité agricole : l’ampleur du défi
D’où l’intérêt du constat établi par le 2012 Global Agricultural Productivity (GAP) Report, récemment publié aux Etats-Unis, selon lequel la productivité agricole dans le monde a crû ces dernières années à un rythme supérieur à celui nécessaire pour doubler la production agricole, à ressources constantes, d’ici à 2050 (1,84 % contre 1,75 % par an).

Ces chiffres font référence à la productivité globale des facteurs, définie comme le volume total de produits agricoles (cultures, produits animaux) obtenu par unité de facteur de production (terre, travail, intrants, équipements). Ils semblent balayer les inquiétudes des experts, relayées par les gouvernements et les organisations internationales, qui s’interrogent sur la capacité de l’offre agricole à suivre la croissance de la demande, compte tenu de l’expansion démographique, de la hausse des revenus dans les pays émergents et du boom des utilisations non alimentaires de produits agricoles.

Mais les auteurs du GAP Report avertissent : le défi ne pourra être relevé que si d’énormes investissements sont réalisés et si des politiques favorables sont mises en œuvre. Car de nouvelles menaces pèsent sur l’agriculture : le changement climatique, la concurrence pour les ressources en terres et en eau, le renchérissement des intrants. Surtout, il existe de grandes disparités régionales entre la hausse de la demande et le potentiel de production agricole.

Entre 2000 et 2030, la consommation alimentaire devrait augmenter, en moyenne annuelle, de 3,64 % en Asie de l’Est et de 2,75 % en Asie du Sud et du Sud-Est. Même si les taux de croissance de la productivité agricole, relativement élevés, enregistrés dans ces régions durant la dernière décennie (respectivement 3,05 % et 2,48 % par an) se poursuivent, le déficit alimentaire ne pourra être comblé que par une progression des importations.

Le diagnostic est comparable pour la région Afrique du Nord/Moyen-Orient, où la croissance de la demande alimentaire prévue d’ici à 2050 (2,14 % par an) est nettement supérieure au taux d’augmentation de la productivité agricole (1,9 %). Encore ce taux ne pourra-t-il être maintenu que si de nouvelles technologies d’irrigation, économisant l’eau, sont appliquées.

Le cas le plus préoccupant est celui de l’Afrique subsaharienne. Le taux de croissance de la demande alimentaire anticipé entre 2000 et 2030 (2,83 % par an) est dû essentiellement à l’expansion démographique. Il dépasse très largement le rythme d’augmentation actuel de la productivité agricole (0,5 % par an). Si cet écart perdure, les agriculteurs africains ne satisferont que 13 % des besoins en nourriture du sous-continent en 2030.

En revanche, indique le GAP Report, l’Amérique latine et l’ex-URSS devraient accroître sensiblement leurs exportations agricoles à moyen terme. Quant aux pays développés, où la productivité globale des facteurs en agriculture atteint les niveaux les plus élevés, ils seront en mesure de continuer à dégager des excédents « si leurs investissements dans la science et la technologie sont suffisamment robustes ».

C'est le point crucial : les taux actuels de croissance de la productivité agricole sont la conséquence de décisions d’investissement prises il y a au moins dix ans. Les efforts consentis aujourd’hui pour la recherche et le développement (R&D) dans l’agriculture porteront leurs fruits dans les prochaines décennies. Or les dernières statistiques en la matière suscitent quelques inquiétudes.

Selon le rapport ASTI Global Assessement of Agricultural R&D Spending, publié peu après le 2012 GAP Report, les dépenses publiques de recherche-développement en agriculture, financées par les Etats et les bailleurs internationaux, se sont accélérées dans les pays en développement entre 2000 et 2008. Mais l’accroissement de ces investissements est principalement le fait des pays à revenu intermédiaire, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil (+ 4,4 % par an). Dans les pays à faible revenu, qui comprennent la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, les dépenses publiques de R&D agricoles ont progressé deux fois moins vite (+ 2,1 % par an). Elles ont même diminué dans plusieurs pays d’Afrique francophone, comme le Burkina Faso et le Togo.

Situation paradoxale, car dans les pays les plus pauvres, l’agriculture fournit près de 30% du produit intérieur brut et contribue donc de manière décisive à la croissance économique et à la réduction de la pauveté. « Nous sommes très préoccupés par le fait que, à moins que les dépenses augmentent de manière spectaculaire, les petits agriculteurs dans les pays plus pauvres continueront de manquer des connaissances et des technologies essentielles pour subvenir à leurs besoins et pour soutenir la résilience de la production face aux défis à venir », déplore un des auteurs du rapport ASTI.

La situation économique de l’Afrique s’améliore, comme en témoignent la forte croissance et le désendettement de nombreux pays. Mais le délaissement de la recherche agricole menace d’aggraver l’insécurité alimentaire et de creuser les inégalités sociales, au détriment du monde rural. ]]>
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L'équipe
Maxime Cumunel, adjoint au directeur

Beno&icirc;t Faivre Dupaigre, chef de projet Politiques et march&eacute;s

Sophie Kamech, documentaliste

San&acirc;a Kerouani, assistante du directeur

Bruno Martin, webmaster

Philippe Massebiau, chef de projet Politiques et march&eacute;s

Marie-Jos&eacute; Neveu Tafforeau,&nbsp;chef de projet Financement et fili&egrave;res agricoles]]>
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Les instances Conseil d&rsquo;administration
Le Conseil d&rsquo;administration est compos&eacute; des membres suivants :

- au titre du Coll&egrave;ge des fondateurs :
  • Jean-Marie Sander, pr&eacute;sident du Conseil d&rsquo;administration
  • Jean-Louis Blanc, directeur du d&eacute;veloppement-France de GDF-Suez, tr&eacute;sorier
  • Laurence Breton-Moyet, directrice des op&eacute;rations &agrave; l&rsquo;Agence Fran&ccedil;aise de D&eacute;veloppement (AFD)
- au titre du Coll&egrave;ge des amis de la fondation :
  • Erik Orsenna, acad&eacute;micien, conseiller d&rsquo;Etat, vice-pr&eacute;sident du Conseil d&rsquo;administration
  • Xavier Beulin, pr&eacute;sident de Sofiprot&eacute;ol et pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration nationale des syndicats d&rsquo;exploitants agricoles (FNSEA)
  • Michel Eddi, pr&eacute;sident du Cirad
- au titre du Coll&egrave;ge des personnalit&eacute;s qualifi&eacute;es :
  • Bernard Bachelier, ancien directeur de FARM
  • Jean-Paul Betb&egrave;ze, professeur des universit&eacute;s, chef &eacute;conomiste de Cr&eacute;dit Agricole S.A., secr&eacute;taire du Conseil d&rsquo;administration
  • Christiane Lambert, vice-pr&eacute;sidente de la F&eacute;d&eacute;ration Nationale des Syndicats d&rsquo;Exploitants Agricoles (FNSEA)
  • Herv&eacute; Lejeune, Conseil g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;alimentation, de l&rsquo;agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)
  • Pierre-Henri Texier, Conseil g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;alimentation, de l&rsquo;agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)
  • Carlo Trojan, pr&eacute;sident de l&rsquo;International Food &amp; Agricultural Trade Policy Council (IPC, Argentine)


Conseil scientifique
Le Conseil scientifique est compos&eacute; des membres suivants :
  • Michel Petit, professeur &agrave; l&rsquo;Institut Agronomique M&eacute;diterran&eacute;en de Montpellier (IAM.M, France) - pr&eacute;sident du Conseil scientifique
  • Anne Pacquet, Anne Pacquet Consulting - vice-pr&eacute;sidente du Conseil scientifique
  • Henri Carsalade, pr&eacute;sident d&rsquo;Agropolis International et d&rsquo;Agropolis Fondation
  • Alia Gana, directeur de recherche (CNRS) &agrave; l&rsquo;Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) de Tunis (Tunisie)
  • Suresh Gokhal&eacute;, v&eacute;t&eacute;rinaire, vice-pr&eacute;sident de la Bharatiya Agro Industries Foundation (BAIF, Inde)
  • Pierre Jacquet, pr&eacute;sident, Global Development Network (Inde)
  • Oumar Niangado, docteur en am&eacute;lioration des plantes, d&eacute;l&eacute;gu&eacute; de la Fondation Syngenta pour une agriculture durable (Mali)
  • Marcelo Regunaga, professeur &agrave; l'universit&eacute; de Buenos Aires, vice-pr&eacute;sident de l&rsquo;International Food &amp; Agricultural Trade Policy Council (IPC, Argentine)
  • Alain Reti&egrave;re, Cap2100 consulting
  • Marie-Andr&eacute;e Tall, pr&eacute;sidente de l&rsquo;association Afrique AgroEXport (AAFEX), directrice de Fruitales (S&eacute;n&eacute;gal)
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