Pour une agriculture productive et résiliente : l’agroforesterie

26 juin 2017
Patrick Worms, Conseiller principal pour la politique scientifique, Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF), Nairobi


Dans le Pays Dogon, au Mali, il se passe quelque chose de merveilleux : dans une douzaine de villages au nord de Koro, aux confins du Sahara, il y a assez à manger, malgré la sécheresse qui affecte la région. 

Les fermiers dogons, en renouvelant une méthode agricole ancestrale, ont engrangé une réserve suffisante pour passer la saison sèche.

Leurs voisins n’ont pas cette chance. En effet, sur cette terre aride qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge, la malnutrition fait rage, tandis que la famine s’abat sur les plus pauvres, depuis la Somalie et le Kenya, à l’Est, jusqu’au Mali, à l’Ouest. Ce n’est pas la sécheresse qui menace les 250 millions de fermiers qui habitent ces terres. Ils la connaissent bien, pour la subir régulièrement. Ce qui arrive est bien pire, bien plus effrayant : ce sont les sols qui sont en train de mourir.

Lessivés de toute matière organique, cuits par un soleil qui ne leur offre aucun répit, les sols du Sahel deviennent durs comme du béton. Les pluies, quand elles arrivent, ne pénètrent plus. C’est la raison essentielle pour laquelle périclitent des fermes et qui engendre une forte dépendance à l’aide alimentaire pour plusieurs millions de personnes. Des millions d’autres sont forcées de prendre la route de l’exil – vers le Sud, vers la pluie ; vers le Nord ; ou encore vers l’Europe. 

Chaque année, les sols perdent encore du peu de fertilité qu’il leur reste : de 10 à 15 % par an. Si rien n’est fait, d’ici quelques années, l’Afrique devra faire face à des famines monstrueuses, mettant en danger la vie de dizaines de millions de personnes.

Agir est non seulement urgent mais possible, et les fermiers dogons nous montrent la voie à suivre.

Des centaines de milliers de fermiers africains, partout dans les zones arides, redécouvrent une agriculture que l’on croyait révolue, celle de leurs ancêtres. Cette agriculture résistante aux aléas du climat et adaptée à l’Afrique se répand pour une raison simple : elle permet, à un coût dérisoire, de retrouver une productivité suffisante pour donner aux paysans l’assurance que des investissements supplémentaires seront porteurs.




C’est une agriculture qu’on a aussi connue dans le Nord, en Europe. Une agriculture antérieure à la séduction du diesel, des machines et des intrants artificiels. Une agriculture qui exploite les sources locales de fertilité : les déjections animales, les feuilles des arbres, la rotation des cultures, l’utilisation abondante de légumineuses.

Cette agriculture-là ne ressemble guère aux grandes surfaces arables qui incarnent, pour nombre d’entre nous, le summum de la modernité. Elle n’est pas austère mais exubérante, pas monoculturale mais multiforme. Surtout, surtout, elle est affaire de mélanges – mélanges de cultures, d’arbres et de bétail en tous genres.

En Europe, bénéficiant d’un climat tempéré qui marie harmonieusement ensoleillement et pluie tout au long des saisons, nous avons pu nous permettre d’arracher nos haies et nos arbres, d’abandonner des siècles d’expérience et de miser sur la mécanisation et les intrants. Traiter le sol comme un support neutre ne nous a coûté, semble-t-il, que de l’argent et la destruction de nos paysages ruraux. Les rendements, eux, ont tellement augmenté que ce prix nous semble dérisoire !

Mais en Afrique, ce prix est rendu inabordable par le climat. Prenez le Sahel de ces paysans dogons : une seule saison des pluies de quelques semaines, suivie de dix mois de chaleur et de sécheresse. Dans ces conditions, une agriculture industrielle ne peut se réaliser qu’à grands renfort d’irrigation – une solution hors de prix pour la vaste majorité des agriculteurs.

Pourtant, de Maradi à Zinder, du Sénégal à l’Ethiopie, des paysans arrivent à produire, bon an mal an, quelques tonnes de sorgho, de millet ou de teff par hectare dans ces conditions délétères. Ils n’ont pas de machines, pas de pompes, souvent même pas d’animaux de trait. Mais ils ont des alliés de poids : leurs arbres.

Qu’ils soient régénérés naturellement (la majorité des cas) ou plantés, ces arbres poussant à même les champs apportent ce dont les cultures ont besoin. Leurs profondes racines vont chercher des nutriments dans le sol, qui retombent à la surface avec la chute des feuilles. Celles-ci, en se minéralisant, libèrent ces nutriments pour les cultures et rechargent les sols en carbone organique. Beaucoup d’arbres, comme par exemple les acacias, si communs dans la région, sont des légumineuses qui apportent de l’azote aux cultures. Ces mêmes racines permettent à la pluie de pénétrer les sols, rechargeant ainsi les nappes phréatiques. L’ombre des arbres protège les cultures et le bétail des chaleurs du milieu de journée, augmentant leur productivité. Leur présence ralentit les vents, diminuant ainsi l’érosion des sols et l’évapotranspiration des cultures. Les arbres offrent aussi des bénéfices plus directs : fourrage pour le bétail, bois de chauffe et d’œuvre, miel, fruits, noix et produits médicinaux.

C’est bien simple : sans les arbres, ces terres deviennent des déserts. Avec eux, elles redeviennent de grandes surfaces agricoles productives.

Partout dans le Sahel, des paysans innovent avec leurs arbres. Les Dogons des environs de Koro les taillent en forme de cônes inversés, garantissant ainsi une ombre constante aux cultures. Certains taillent une partie des arbres, pour faciliter l’accès du bétail au fourrage. D’autres rajoutent des arbres fruitiers à proximité immédiate de leur habitation pour varier les repas et améliorer la nutrition des enfants.

Ces techniques, connues sous le nom d’agroforesterie, sont millénaires (le figuier, première plante domestiquée il y a déjà 11 000 ans, est une espèce agroforestière typique). Mais elles sont aussi parmi les plus modernes. Des centaines de chercheurs, pour beaucoup affiliés au Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF), les explorent depuis des décennies. Leurs conclusions, publiées dans des milliers d’articles, sont sans appel : l’agroforesterie, c’est le futur. Mais aussi : l’agroforesterie, c’est délicat.

Comme l’exemple des Dogons le montre, des combinaisons somme toute simples – acacias plus céréales – donnent déjà de fameux résultats. Mais des combinaisons beaucoup plus complexes, comme celles trouvées dans les fermes à damar, sur l’île de Sumatra, en Indonésie, donnent des résultats encore plus mirobolants : plus de résilience, de productivité, de revenus. Pourquoi ? Que faire pour diffuser de tels systèmes? Comment les standardiser, les adapter à la mécanisation ? Ces questions-là, nous commençons à peine à y trouver réponse. Et pourtant, le travail déjà fait est immense : l’ICRAF dispose d’une librairie génétique de milliers d’espèces d’arbres, a déjà séquencé des douzaines d’espèces tropicales et développe une variété d’outils de vulgarisation prometteuse.

Et pourtant, l’agroforesterie ne se répand que lentement dans les paysages africains. Les causes de ce phénomène sont connues. Il s’agit parfois de problèmes d’ordre réglementaire : personne n’investira dans des arbres sans garantie d’en profiter. Dans d’autres cas, le problème est culturel : « ça, c’est l’agriculture de mon grand-père. Moi, je veux être un fermier moderne ! ».

Mais le plus souvent, la barrière est l’ignorance. Toute forme d’agroforesterie demande un savoir théorique (sur la compétition entre arbres et cultures, par exemple) et pratique (quels arbres choisir ? pour quoi faire ? comment les régénérer ou les planter ? comment les élaguer et les soigner ?), rarement présent dans une campagne où les arbres on disparu. C’est un savoir complexe, qui devrait être diffusé par des systèmes de vulgarisation agricole performants. Mais ceux-ci sont rares : les dispositifs mis en œuvre par le secteur public souffrent de sous-investissement ; en outre, comme ceux du secteur privé, ils sont focalisés sur des conseils agronomiques axés sur des solutions coûteuses, tels que les intrants ou l’irrigation.

L’agroforesterie demande une vulgarisation vigoureuse et approfondie. Et c’est évidemment là que le bât blesse. Ce n’est pas seulement que les cours d’agroforesterie sont rares dans les collèges agricoles ou que les services publics de conseil rural sont pauvres: c’est que les filières agroindustrielles n’y trouvent pas leur compte. Comment valoriser un conseil agroforestier, quand votre business model est axé sur la vente d’intrants ?

Pour se répandre, les options qui intègrent des arbres dépendent donc surtout de donateurs qui, de leur côté, ont parfois du mal à croire qu’une solution au rapport coût-bénéfice si exceptionnel puisse être la clé du développement rural à grande échelle.

Pourtant, son futur semble radieux. Les grandes puissances agricoles misent toutes de plus en plus sur l’incorporation des arbres. Du Brésil à la Chine, des centaines de milliers d’hectares de céréales et de soja sont cultivés sous des rangées d’arbres. Après avoir longtemps pénalisé les paysans qui avaient la témérité d’avoir des arbres sur leurs parcelles, la politique agricole commune de l’Union européenne les subventionne aujourd’hui. L’Inde à été le premier pays au monde à se doter d’une politique agroforestière nationale, lancée par son Président (excusez du peu). Et de la FAO à la Banque mondiale, la conclusion se répand que développement rural soutenu et soutenable passe le plus souvent par l’inclusion des arbres.

Il s’agit maintenant de combiner ces grandes déclarations de principe avec un support concret sur le terrain.


 


11 commentaire(s)
Bonjour
Je ne sais si les milliers d'hectares de céréales ou de soja cultivés en agroforesterie du Brésil à la Chine sont destinés à l'exportation ou à la consommation locale Il faut en effet développer ces techniques car l'enjeu est la survie de l'agriculture. Cela va nécessiter des efforts considérables pour convaincre les agriculteurs de nos régions céréalières et de nos régions d'élevage intensif, plus encore les décideurs de l'agrofourniture et enfin les politiques, à moins d'inverser cet ordre Cela va nécessiter des moyens financiers très importants pour l'incitation, le conseil technique et la communication - on pourrait dire l'éducation - . Les aides de la PAC devront être repensées Au bout du compte c'est le consommateur qui décidera de consacrer ou non un budget plus important qu'aujourd'hui pour sauvegarder sa santé et celle de l'agriculture.
Ecrit le 26 juin 2017 par : gernez joelgernez@free.fr 3397

Depuis la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement Humain (CNUEH) de juin 1972 à Stockholm (Suède), soit 45 ans déjà, la prise en compte de l'environnement dans la gestion des activités humaines et les politiques publiques est devenue une préoccupation formelle. Dans cet ordre d'idées, il y a aujourd'hui une prise de conscience planétaire pour reconnaître désormais que l'avenir doit se reposer sur une agriculture basée sur les écosystèmes en vue de la résilience climatique et la sécurité alimentaire. La COP 21 de novembre-décembre 2015 a martelé cette nécessité, le PNUE a un peu avant initié en juillet 2015 dans ce sens une plateforme continentale inclusive dénommée "Assemblée sur l'Adaptation basée sur les Ecosystèmes pour la Sécurité Alimentaire (EBAFOSA)" qui s'enracine véritablement sur tout le continent africain, la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (AMCEN), à sa session extraordinaire d'avril 2016 tenue au Caire (Egypte) a encore renforcé l'idée de la nécessité de l'agriculture durable et entériné la création de l'EBAFOSA. En somme, tout le monde s'accorde sur le fait de promouvoir les pratiques agricoles durables dont l'agroforesterie en est une.
Mais, le véritable problème qui se pose dans l'adoption et le développement de ces pratiques agricoles durables est qu'elles sont tributaires des contextes, des enjeux et des parties prenantes en présence. Il y a de ce fait besoin de modéliser le phénomène au moyen de la recherche scientifique sur les caractéristiques déterminant l'adoption de ces pratiques pour enfin savoir créer les vraies conditions de succès. Il me semble que c'est ce qui a toujours manqué à ce jour où l'on vante plus les mérites de l'agroforesterie sans une maîtrise des facteurs sur lesquels il faut agir pour une adoption massive. Des recherches empiriques s'imposent donc. Il faut le reconnaître et en fournir les moyens.
Ecrit le 26 juin 2017 par : Dr Emile N. Houngbo enomh2@yahoo.fr 3398

Bonjour,
Les cultures associées multi-spécifiques (céréales, légumineuses, oléagineuses, café, banane, cacao, coton...) et multi-étagées (herbacées, arbustives et arborés) sont pratiquées depuis des millénaires sur tous les continents et encore de nos jours... J'ai étudiées ces associations depuis 1965 du Sahel au Tropique. J'ai constaté que grâce aus Services Éco-Systémiques gratuits ces associations produisaient plus que les monocultures intensifiées / unité de surface (Land Equivalent Ratio>1 jusqu'a 3) avec moins d'engrais, pas de biocide, et pas plus de 30% d'eau en plus pour 4 cultures. En forêt le nombres d'espèces dépassent la douzaine. Elles assurent la totalité des besoin des familles... On observe une meilleure utilisation de l'ensoleillement, une résilience des sols, une récup des nutriments lixiviés, une abondante prolifération des bactéries et micro-champignons et des insectes, vers de terres etc.... Elles limites l'effet de serre par une forte séquestration de CO2... L'association acacia- céréals/légumineuses est connue des Serrères du Sénégal et des autres ethnies d'Afrique... Le jardin créole/indonésien perdure... Les Chinois commencent à introduire des associations dans les périmètres irrigués.... During the Ming Dynasty (1368–1644), the “Complete Works 390 of Agronomy” was written by the agronomist Xu Guangqi, who summarized his 391 experience on intercropping of wheat and broad bean (Gong et al., 2000). Besides, 392 multi-component systems with some pertaining to intercropping are often reported 393 in ancient literature, e.g. “Essential Farming Skills of the People of Qi” (∼600 AD), 394 “Agricultural Treatise of Chen Fu” (1149) and “Complete Treatise on Agriculture” 395 (∼1600) (Li, 2001) Cordialement valet serge Hydropédologue & Eco-Dévelopement Franchome E., J-L Diman, G. Alexandrre, S. VALET, and H. Ozier-Lafontaine, 2015. Ecological modernization of Caribbean agro-systems: from concept to design. Sustaineble food production practices in the Caribbean. Tome 2. W. G. Ganpat and W-A. P. Isaac Edit. Pp: 261-294. VALET S., H. Ozier-Lafontaine, 2013. Ecosystem services of multispecific and multistratified cropping systems: an innovative challenges for agroecological engineering. Sustainable Agriculture Reviews 14. Pp: 185-268. VALET S., H. Ozier-Lafontaine, 2013. Use the Ecosystemic services of intercropping to maximise the Water Efficiency. Desert Land, Congerence on desertification and land degradation; Abstract book. 17-18 june, Ghent, Belgium. 127p. p. 65.
Ecrit le 26 juin 2017 par : VALET serge valet.serge2@wanadoo.fr 3410

L'agroforesterie est parmi les techniques des plus anciennes, mais l'aspect sur lequel je voudrai bien y insister, c'est ce que j'appelle, le génie local ou le savoir ingénieux des populations locales qui ont inventé ces techniques pour s'adapter aux conditions climatiques dans lesquelles ils vivent, visant essentiellement l'atténuation de l'impact des changements climatiques sur leurs systèmes de productions. Ceci suggère l'idée que la recherche scientifique agricole doit prendre en considération les points de vue des agriculteurs pour développer des techniques appropriées à chaque contexte climatique. un autre point qu'il faudrait considérer est celui relatif aux travail du sol, et je vise par là, les aspects relatifs à la microbiologie et la fertilité des sols. De tels aspects sont de nos jours négligés par la plupart des agronomes, alors les agriculteurs expérimentés en tiennent compte. En conclusion, l'association: Sciences et savoir Local ne peut aboutir qu'à des résultats positifs et favorables, et au chercheur, et à l'agriculteur. Je ne peux et je ne dois que féliciter ces agriculteurs maliens qui, malgré les conditions difficiles ont pu s'attacher aux idées de leurs ancêtres qui sont justes et confirmés scientifiquement.
Amor Chermiti. phD Sciences Agricoles. DG INRA Tunisie
Ecrit le 26 juin 2017 par : Amor Chermiti amor_chermiti@yahoo.com 3411

Oui, l'agroforesterie va devenir "un mode de production très locale" à grande échelle...
Mais je ne pense pas que, "pour l'instant" les USA, la RUSSIE voir l'Europe prennent ce "virage écologique"... Elle est trop contraignante techniquement… Regardez donc nos campagnes pour voir nos pratiques agricoles qui « violent » nos territoires, nos espaces, nos paysages, nos racines, notre histoire depuis 50 ans!... Dans le silence général, et avec l’accord politique les « primes » coulent pour certains et les pressions de productions et des prix bas tuent ou « rendent fous » les autres… Il faut produire plus, et plus encore et l’industrie de la céréale et de la viande ont des lobbys puissants dans le monde politique (Députés, Sénateurs, Ministres ET PRESIDENTS…) pour « imposer » leurs lois et leurs « façons » de produire… La « machine à billets » est là pour arrondir les décisions prises… L’argent règne, et les populations subissent !... Il n’y a plus que les pays « en voie de développement » qui peuvent appliquer cette « nouvelle » agriculture !... Car en plus de respecter les sols et la plante, elle respecte aussi les hommes, le cercle familial et social et les civilisations… Pour nous, « occidentaux et « pays riches » il va falloir d’abord repenser notre modèle de société et savoir réellement ce que nous voulons faire « pour nos enfants » !... Oui, l’écologie c’est se projeter vers demain en privilégiant le « mieux vivre ensemble » et l’agroforesterie n’en est qu’une petite étape… Alain BAERISWYL ATPV Concept bois - Concept végétal
Ecrit le 26 juin 2017 par : ATPV Concept atpv@orange.fr 3412

C'est super cet article, moi aussi je pense que l'agroforesterie pourrait jouer un rôle notable dans l'augmentation de la production et la réhabilitations des terres dégradées.
Ecrit le 27 juin 2017 par : Bakhoum Niokhor niokhor.bakhoum@gmail.com 3413

L'espoir est toujours permis. Comme quoi, il n'y a rien de nouveaux sous le soleil , pourvu que les multinationales laissent l'Afrique et les pays en voie de développement puiser dans les connaissances ancestrales et qu'elles accompagnent l'agroforesterie. Aussi que les législations forestières s'adaptent à la gestion des arbres plantés par les paysans qui ne comprennent pas trop souvent pourquoi demander une autorisation avant de couper un arbre planté par eux. Il faut revoir nos règlements de la gestion des arbres et encourager la plantation et la vulgarisation d'arbres utiles comme le moringa, les acacias, le manguier, le palmier ou le baobab.
Ecrit le 27 juin 2017 par : ICHOLA Jacob cobichola@yahoo.fr 3415

La recherche à mener est très importante et essentiellement menée par des agronomes anglo-saxons dans les pays d'Afrique de l'est. Il s'agit en particulier de passer en revue les systèmes racinaires pour inventorier les meilleures synergies dans les associations de micro-organismes avec les racines pour l'assimilation des apports d'éléments fertilisants et compatibles avec les cultures associées.Certaines associations ont effectivement des résultats remarquables. Je trouve dommage notre scepticisme devant les travaux de chercheurs non francophones et il faut reconnaître que nous sommes à la traîne dans ce domaine. Cordialement.
Ecrit le 28 juin 2017 par : Jean Paul JAMET 3422

Je n'ai bien sûr aucune objection à l'encontre de l'agroforesterie, une technique qui peut rendre de grands services dans certaines circonstances. Mais j’en ai contre ce document, inutilement provocateur, plein de fausse science, et qui tend à démontrer qu’ on résoudra tous les problèmes alimentaires du sahel avec un tout petit bricolage forestier, grâce au retour à des traditions « ancestrales » (Si c’est la leçon des ancêtres, alors, pourquoi un effort de recherche et même de « vulgarisation » serait-il nécessaire ? ..).
Je ne crois pas que la méthode, telle qu’elle est décrite, puisse produire « quelques tonnes » de céréales par hectares : l’auteur a dû confondre la notion de tonne avec celle de quintal… Il est vrai qu’il admet quand même, à très juste titre, que « l’agroforesterie, c’est compliqué » , et nécessite des recherches pointues. Mais dire que le seul obstacle à sa généralisation est « l’ignorance » de paysans stupides qui « veulent faire moderne » est une grave contre vérité. Il existe de multiples obstacles à la diffusion de ces techniques, en particulier les régimes fonciers, loin d’être clairs en Afrique, avec de graves conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires (cf une thèse récemment couronnée par l’AAF sur cette question : Alexis Gonin : Jeux de pouvoir pour l’accès aux ressources et devenir de l’élevage en Afrique soudanienne. Le foncier pastoral dans l’Ouest du Burkina Faso .). Enfin, croire que la diffusion de l’agroforesterie permettra d’éviter de se poser le problème de la fertilisation et même de l’irrigation relève de l’inconscience (y compris, du reste en pays Dogon !). On n’échappera sûrement pas à l’intensification de l’agriculture sahélienne, à moins d’accepter la généralisation de conflits meurtriers (une autre façon de résoudre le problème par réduction de la population ) . Ce document sur l’agroforesterie me rappelle la « doctrine Montjauze » en vedette en Algérie à l’aube de l’indépendance, selon laquelle la plantation d’arbres devait être l’avenir de l’agriculture algérienne… Comme cela ne s’est pas fait, il doit y avoir une raison…En vérité, la seule attitude scientifique vis à vis de cette technique est de se demander pourquoi elle ne se développe pas en dépit de ses avantages apparents...
Ecrit le 28 juin 2017 par : JM Boussard jmarc.boussard@orange.fr 3418

Je ne critique nullement l'agroforesterie, bien au contraire ! Mais je suis seulement agacé par la façon dont elle est présentée ici : comme le produit des méditations d'un sorcier africain, évidemment bien plus malin qu'un scientifique occidental, et bénéficiant d'une ligne directe avec les ancêtres ! A mon avis, c'est contre-productif, et pourrait détourner des gens sérieux de s'intéresser à des recherches pourtant prometteuses...
En plus, la critique des techniques dites "modernes" (avec lesquelles celle-ci est parfaitement complémentaire, et nullement concurrente) est spécialement mal venue. Et, bien sûr, je ne néglige pas du tout la recherche non francophone (j'ai même le souvenir, au début de ma carrière, d'avoir été taxé de "traitre à langue française" pour avoir publié en anglais et cité trop d'auteurs américains!). Mais il faut rendre à César ce qui est à César, et à Alexis Monjauze (ingénieur forestier qui a joué un rôle important en Algérie avant et après l'indépendance) ce qui lui revient: ses théories sur l'intérêt des cultures arbustives en zone sèche.....
Ecrit le 28 juin 2017 par : JM Boussard jmarc.boussard@orange.fr 3423

Bonsoir
Je partage les critiques de Boussard sur l'article. Ceci dit, la synthèse établie en 2014 par le World Resources Institute (WRI) sur l'état des sols et la restauration des terres dégradées en Afrique (cf version française jointe) et qui me parait sérieuse (elle est en tous cas bien documentée) montre que l'agroforesterie par régénération naturelle assistée est bien engagée dans certains pays (5 millions ha au Niger Sud) et peut avoir des effets d'un réelle ampleur, tant les sols sont dégradés. Le CGAAER avait invité son principal auteur, Chris Reij, à en présenter les résultats il y a deux ans à Paris. C'est bien dommage que l'article n'y fasse pas mention ! Cependant, l'agroforesterie n'est pas la seule méthode d'intensification en cultures pluviales possible dans ces régions comme le WRI le démontre d'ailleurs fort bien. Quant à l'irrigation, il est stupéfiant de constater que sur la zone de l'Observatoire du Sahara et du Sahel, l 'Afrique de l'Ouest (y compris le Tchad) ne prélève que 3% de la ressource en eau ( 13 km3 d'eau prélevés par an pour tous les usages sur une ressource annuelle renouvelable évaluée à 387 km3/an) alors que ce taux est de 93% en Afrique du Nord et de 17% sur la sous-région Est de l'OSS (figure ci dessous). La sous-région aurait pourtant bien besoin de valoriser ce potentiel pour créer des emplois, produire davantage de valeur, réduire sa vulnérabilité au changement climatique et maintenir les jeunes ruraux sur place. Des exemples locaux de réussite, documentés à l'occasion du 5ème Forum mondial de l'eau (CGAAER 2012), en ont démontré toute la portée possible, y compris en termes de développement humain. Bien cordialement Guillaume BENOIT
Ecrit le 28 juin 2017 par : Guillaume Benoit guillaume.benoit@agriculture.gouv.fr 3424

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